Jour 219 ☾ — Cieux nouveaux, terre nouvelle !
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Résumé : Dernier épisode consacré à Isaïe, avec les chapitres 65 et 66 qui élargissent la transformation du peuple à la création tout entière : un ciel nouveau et une terre nouvelle, la Jérusalem recréée, la paix dirigée vers elle comme un fleuve. Le frère Paul-Adrien montre comment cette finale répond au premier chapitre du livre — culte impur devenu culte pur, épouse répudiée devenue épouse fidèle — et comment le feu purificateur annoncé au début devient ici le feu qui ne s'éteint pas, c'est-à-dire la découverte de l'enfer. Il souligne enfin qu'Isaïe offre, pour la première fois dans un livre prophétique, une vision synthétique de toute l'histoire du salut : faute, châtiment, exil, restauration, conversion des nations et renouvellement du cosmos. L'épisode se termine par une prière tissée avec les mots mêmes d'Isaïe.
Introduction
Aujourd'hui, nous terminons Isaïe — la vie est triste — avec les chapitres 65 et 66, qui vont parler de la transformation de l'univers entier, un ciel nouveau et une création nouvelle. On va repartir du côté du style apocalyptique. Dans les chapitres précédents, il était question de transformer un peuple dans la justice. Maintenant que ce peuple a été transformé, la création tout entière suit le mouvement et elle aussi est transformée dans la justice. Ce qui va nous permettre non seulement de conclure en beauté cette troisième partie d'Isaïe, mais ce qui nous permet aussi de conclure en beauté tout le livre d'Isaïe.
Lecture : Isaïe 65-66
Je me suis laissé approcher par qui ne me demandait rien. Je me suis laissé trouver par ceux qui ne me cherchaient pas. J'ai dit : « Me voici, me voici » à une nation qui n'invoquait pas mon nom. J'ai tendu les mains tout le jour vers un peuple rebelle, vers ceux qui suivent le mauvais chemin, entraînés par leurs pensées.
Ce peuple m'offense ouvertement, sans cesse. Il sacrifie dans les jardins, il brûle de l'encens sur des briques, ils habitent dans les tombeaux, passent la nuit dans des cachettes, ils mangent de la viande de porc avec des sauces impures dans leurs plats. Ils disent : « Retire-toi, ne t'approche pas, je suis trop saint pour toi. » Cela fait monter en moi une fumée de colère, un feu qui brûle à longueur de jour.
Voilà, c'est écrit devant moi : je ne me tairai pas sans avoir réglé leur compte, tout leur compte, le prix de leur faute et des fautes de leurs pères, toutes ensemble, dit le Seigneur. Ils ont fait brûler l'encens sur les montagnes, ils m'ont outragé sur les collines. Je mesurerai leur salaire, tout leur salaire, à leurs actions passées.
Ainsi parle le Seigneur : Quand on trouve du jus dans une grappe, on dit : « Ne la détruisez pas, car elle contient une bénédiction. » Ainsi ferai-je à cause de mes serviteurs, afin de ne pas tout détruire. Je ferai sortir de Jacob une descendance, et de Juda quelqu'un qui possédera mes montagnes. Mes élus les posséderont, mes serviteurs y demeureront. Le Sarone deviendra pâquage de brebis, et le val d'Akor un parc pour les bœufs, en faveur de mon peuple qui m'aura cherché.
Mais vous, qui abandonnez le Seigneur, qui oubliez ma montagne sainte, qui dressez une table pour le dieu Gad et remplissez une coupe de libation pour Meni, je vous destine à l'épée. Tous, vous plierez le genou pour être abattus. Car j'ai appelé et vous n'avez pas répondu. J'ai parlé et vous n'avez pas écouté. Vous avez fait ce qui est mal à mes yeux. Vous avez choisi ce qui me déplaît.
Et pourquoi ? Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici, mes serviteurs mangeront ; vous, vous aurez faim. Mes serviteurs boiront ; vous, vous aurez soif. Voici, mes serviteurs seront pleins d'allégresse ; vous, vous serez pleins de honte. Mes serviteurs crieront de joie, le cœur en fête ; vous, vous pousserez des cris dans la douleur de votre ventre, vous hurlerez, l'esprit brisé.
Pour mes élus, votre nom servira de malédiction : « Qu'il te fasse mourir comme un tel », dit le Seigneur Dieu. Mais à mes serviteurs, Dieu donnera un autre nom. Quiconque voudra se bénir lui-même dans le pays se bénira par le Dieu fidèle, et quiconque dans le pays fera un serment le fera par le Dieu fidèle. Car la détresse passée sera oubliée, elle aura disparu à mes yeux.
Oui, voici : je vais créer un ciel nouveau et une terre nouvelle. On ne se souviendra plus du passé, il ne reviendra plus à l'esprit. Soyez plutôt dans la joie, exultez sans fin pour ce que je crée. Car je vais recréer Jérusalem pour qu'elle soit exultation, et que son peuple devienne joie. J'exulterai en Jérusalem, je trouverai ma joie dans mon peuple. On n'y entendra plus de pleurs ni de cris.
Là, plus de nourrissons emportés en quelques jours, ni d'homme qui ne parvienne au bout de sa vieillesse. Le plus jeune mourra centenaire, ne pas atteindre cent ans sera malédiction. On bâtira des maisons, on y habitera. On plantera des vignes, on mangera leurs fruits. On ne bâtira pas pour qu'un autre habite, on ne plantera pas pour qu'un autre mange. Car les jours de mon peuple seront comme les jours d'un arbre, et mes élus jouiront des ouvrages de leurs mains. Ils ne se fatigueront pas pour rien, ils n'enfanteront plus l'épouvante, car ils sont la descendance des bénis du Seigneur, eux et leur postérité.
Alors, avant qu'ils n'appellent, moi je répondrai. Ils parleront encore que moi je les aurai entendus. Le loup et l'agneau auront même pâture. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le serpent, lui, se nourrira de poussière. Il n'y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte, ainsi parle le Seigneur.
Ainsi parle le Seigneur : Le ciel est mon trône, et la terre l'escabeau de mes pieds. Où donc me bâtiriez-vous une maison ? Où serait le lieu de mon repos ? Tout cela, c'est ma main qui l'a fait, et tout cela est à moi, oracle du Seigneur. Celui que je regarde, c'est le pauvre, celui qui a l'esprit abattu et tremble à ma parole.
On immole le bœuf, mais on abat aussi bien un homme. On sacrifie le mouton, mais on brise la nuque d'un chien. On présente une offrande, mais aussi bien du sang de porc. On brûle de l'encens en mémorial, mais on adresse une bénédiction aux idoles. Ainsi ces gens-là ont choisi leur propre chemin, ils se complaisent dans leurs horreurs. Eh bien moi, je choisirai leur tourment, et je ferai venir sur eux ce qu'ils redoutent. Puisque j'ai appelé et que personne n'a répondu, j'ai parlé et personne n'a écouté. Ils ont fait ce qui est mal à mes yeux, ils ont choisi ce qui me déplaît.
Écoutez ce que dit le Seigneur, vous qui tremblez à sa parole. Vos frères, qui vous haïssent et vous rejettent à cause de mon nom, se sont moqués en disant : « Que le Seigneur manifeste sa gloire, et nous verrons votre joie ! » Eh bien, ce sont eux qui connaîtront la honte. Une voix, un tumulte vient de la ville, une voix sort du temple : c'est la voix du Seigneur qui rend à ses ennemis ce qui leur est dû.
Avant d'être en travail, Sion a enfanté. Avant que lui viennent les douleurs, elle a accouché d'un garçon. Qui a jamais entendu rien de tel ? Qui a jamais vu chose pareille ? Peut-on mettre au monde un pays en un seul jour ? Une nation est-elle enfantée en une fois ? Pourtant Sion, à peine en travail, a enfanté ses fils. Est-ce que moi j'ouvrirai un passage à la vie et je ne ferai pas enfanter ? dit le Seigneur. Moi qui fais enfanter, je fermerai le passage de la vie ? dit ton Dieu.
Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez en elle, vous tous qui l'aimez. Avec elle, soyez pleins d'allégresse, vous tous qui la pleuriez. Alors vous serez nourris de son lait, rassasiés de ses consolations. Alors vous goûterez avec délice à l'abondance de sa gloire. Car le Seigneur le déclare : Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve, et comme un torrent qui déborde, la gloire des nations. Vous serez nourris, portés sur la hanche, vous serez choyés sur ses genoux. Comme un enfant que sa mère console, ainsi je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem vous serez consolés. Vous verrez, votre cœur sera dans l'allégresse, et vos os revivront comme l'herbe reverdie.
Le Seigneur fera connaître sa puissance à ses serviteurs, il sera indigné contre ses ennemis. Car voici que le Seigneur arrive dans un feu, avec ses chars pareils à un ouragan, pour assouvir l'ardeur de sa colère, exécuter ses menaces par les flammes du feu. Car le Seigneur vient par le feu juger, et par son épée, tout être de chair, et nombreuses sont les victimes du Seigneur.
Ceux qui se sanctifient et se purifient pour entrer dans les jardins, derrière une idole placée au centre, ceux qui mangent de la viande de porc, des bêtes répugnantes et des souris, succomberont ensemble, oracle du Seigneur, avec leurs actions et leurs pensées.
Moi, je viens rassembler toutes les nations de toutes langues. Elles viendront et verront ma gloire. Je mettrai chez elles un signe, et du milieu j'enverrai des rescapés vers les nations, vers Tarsis, Poul et Loud, Méshek, Ros, Toubal et Yavane, vers les îles lointaines, qui n'ont rien entendu de ma renommée, qui n'ont pas vu ma gloire. Eh bien, ma gloire, ces rescapés l'annonceront parmi les nations. Et de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères en offrande au Seigneur, sur des chevaux et des chariots, en litière, à dos de mulets et de dromadaires, jusqu'à ma montagne sainte, à Jérusalem, dit le Seigneur. On les portera comme l'offrande qu'apportent les fils d'Israël, dans des vases purs, à la maison du Seigneur. Je prendrai même des prêtres et des lévites parmi eux, dit le Seigneur.
Oui, comme le ciel nouveau et la terre nouvelle que je fais subsistent devant moi, oracle du Seigneur, ainsi subsisteront votre descendance et votre nom. Alors, de nouvelle lune en nouvelle lune et de sabbat en sabbat, tout être de chair viendra se prosterner devant moi, dit le Seigneur. Et au dehors, on verra les dépouilles des hommes qui se sont révoltés contre moi. Leur vermine ne mourra pas, leur feu ne s'éteindra pas, ils n'inspireront que répulsion à tout être de chair.
Commentaire
La conclusion grandiose du livre d'Isaïe. Avec la lecture que vous venez d'entendre, on vient de conclure cette troisième partie. La Jérusalem céleste qui était renouvelée trouve son écrin dans la nature entière.
Et même, remontons encore plus loin : ce que vous venez d'entendre vient aussi clôturer le début du livre d'Isaïe. Le culte impur du chapitre 1 est remplacé par le culte pur de tout être de chair. L'épouse prostituée et répudiée est devenue l'épouse fidèle et rayonnante.
Et puis il y a ça aussi, qui est encore plus troublant. Dans le premier chapitre, on vous parlait d'une purification par le feu et on dénonçait l'injustice. Eh bien voilà maintenant ce qu'est devenu ce feu purificateur. Écoutez :
Et au dehors, on verra les dépouilles des hommes qui se sont révoltés contre moi.
Au dehors, ce qu'on appellera plus tard, dans le Nouveau Testament, avec Jésus, les ténèbres extérieures. L'enfer, le lieu de la réprobation, loin de la face divine.
Leur vermine ne mourra pas, leur feu ne s'éteindra pas, ils n'inspireront que répulsion à tout être de chair.
Là, Isaïe vient de découvrir l'enfer.
Bref, tous les problèmes posés dans Isaïe ont été résolus. Et résolus à l'échelle de l'histoire entière. C'est pour ça qu'Isaïe, c'est génial. C'est la première fois dans un livre prophétique que vous avez une vision synthétique de tout. De toute l'histoire d'Israël : on vous raconte dedans sa faute, son châtiment, son exil et sa restauration. Les nations qui commencent par châtier Israël — Babylone, la Syrie —, qui ensuite deviennent des instruments dociles — l'Empire perse —, qui ensuite finissent par être châtiées par Dieu, à se convertir et à converger toutes ensemble pour adorer le Dieu unique, rassemblées sur la montagne de Sion.
Mais c'est là aussi où vous avez une vision sur la création tout entière, sur le cosmos, depuis sa première création jusqu'aux cieux nouveaux, en passant par la lutte contre le mal. On a parlé de Lucifer, on a parlé de la lutte contre le Léviathan, et là maintenant vous avez le feu réprobateur final. Mais c'est là aussi où on vous a décrit le mécanisme du salut. Enfin, c'est la première fois dans la Bible que vous avez un tel panorama, une telle vision globale de l'histoire du salut qui s'offre à vous. Alors oui, c'est disséminé sous des tas et des tas d'oracles qui intercalent les malheurs, les prophéties, les bonheurs ; on ne s'en sort pas très bien, mais tout est là-dedans. Isaïe, c'est génial.
Quoi dire ? On va terminer par une prière. Vous m'excuserez, je vais encore reprendre les mots d'Isaïe, mais… moi, je suis qui pour faire une prière après de tels textes ?
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Réjouissez-vous avec Jérusalem. Exultez en elle, vous tous qui l'aimez. Avec elle, soyez pleins d'allégresse, vous qui la pleuriez.
Dieu vous nourrira de son lait. Dieu vous rassasiera de ses consolations. Dieu vous fera goûter ses délices. Il vous donnera l'abondance de sa gloire.
Il dirigera vers vous la paix comme un fleuve. Il dirigera vers vous, comme un torrent qui déborde, la gloire des nations. Il vous nourrira. Il vous portera sur la hanche. Il vous choiera sur ses genoux, comme un enfant que sa mère console.
Ainsi, Dieu vous consolera. Vous verrez, votre cœur sera dans l'allégresse. Vos os revivront comme l'herbe reverdie. Le Seigneur fera connaître sa puissance à vous, ses serviteurs.
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