Jour 222 ☼ — Debout dans la fournaise
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 3 du livre de Daniel, le frère Paul-Adrien explique d'abord son choix de suivre la version hébraïque, plus sobre, ce qui prive l'auditeur de quelques morceaux de bravoure du texte grec. Il lit ensuite l'érection de la statue d'or dans la plaine de Doura, le refus de Sidrac, Misac et Abdénago de l'adorer, leur épreuve de la fournaise et la proclamation finale de Nabuchodonosor. Le commentaire se concentre moins sur les trois jeunes gens que sur la réaction du roi, qui interprète son songe de la veille comme une divinisation de sa propre personne. Il montre comment le feu qu'il croyait maîtriser lui échappe, révélant un songe dans le songe et un Dieu vaincu sur le champ de bataille qui n'a pas dit son dernier mot. L'épisode se referme sur quelques proverbes du chapitre 15.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Imaginez : vous êtes un roi païen, vous êtes Nabuchodonosor, à la tête du plus grand empire mondial. Imaginez que vous veniez d'avoir en songe une statue en or. Que feriez-vous ? Comment réagiriez-vous ? Bienvenue dans Daniel, chapitre 3.
Alors, juste avant d'y aller, une petite remarque. Le livre de Daniel, il y a la version hébraïque et il y a la version grecque. Nous, on va partir sur la version hébraïque, qui est plus sobre mais, me semble-t-il, plus incisive. Donc, il y a un avantage et un inconvénient. L'avantage, c'est que le texte me semble plus transparent, plus compréhensible. L'inconvénient, c'est qu'il y a des morceaux de bravoure, de temps en temps, dans le texte grec, que vous n'aurez pas. Vous n'aurez pas Daniel et Suzanne, par exemple. Vous n'aurez pas non plus, dans le chapitre d'aujourd'hui, la grande prière, le cantique des trois enfants. J'ai passé pas mal de temps à réfléchir là-dessus, mais je pense que j'ai fait le bon choix. Je pense que c'est mieux pour vous, pour la compréhension du texte. Si j'ai du temps, promis, je vous case ça à la fin des épisodes, OK ?
Lecture : Daniel 3
Le roi Nabuchodonosor fit une statue d'or. Elle était haute de soixante coudées, large de six coudées. Il l'érigea dans la plaine de Doura, dans la province de Babylone.
Le roi Nabuchodonosor fit rassembler les satrapes, les préfets, les gouverneurs, les conseillers, les trésoriers, les juges, les magistrats et tous les fonctionnaires des provinces, pour qu'ils viennent à l'inauguration de la statue érigée par le roi Nabuchodonosor. Alors, les satrapes, les préfets, les gouverneurs, les conseillers, les trésoriers, les juges, les magistrats et tous les fonctionnaires des provinces se rassemblèrent pour l'inauguration de la statue qu'avait érigée le roi Nabuchodonosor. Ils se tenaient là, debout, devant la statue que le roi Nabuchodonosor avait érigée.
Le crieur public proclama avec force : « Vous, peuples, nations et gens de toutes langues, on vous l'ordonne : quand vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la harpe, de la lyre, de la cornemuse et de toutes sortes d'instruments, vous vous prosternerez et vous adorerez la statue d'or que le roi Nabuchodonosor a érigée. Quiconque ne se prosternera pas et n'adorera pas sera jeté immédiatement au milieu d'une fournaise de feu ardent. »
Alors, à l'instant même où tous entendirent le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la harpe, de la lyre, de la cornemuse et de toutes sortes d'instruments, tous les peuples, nations et gens de toutes langues se prosternèrent et adorèrent la statue d'or que le roi Nabuchodonosor avait érigée.
Là-dessus, à ce moment, des devins s'approchèrent pour dénoncer les Juifs. Prenant la parole, ils dirent à Nabuchodonosor : « Ô roi, puisses-tu vivre à jamais ! Toi, roi, tu as ordonné que tout homme qui entendrait le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la harpe, de la lyre, de la cornemuse et de toutes sortes d'instruments se prosternerait pour adorer la statue d'or, et que celui qui ne se prosternerait pas et n'adorerait pas serait jeté au milieu d'une fournaise de feu ardent. Or, tu as confié l'administration de la province de Babylone à des Juifs, Sidrac, Misac et Abdénago. Ces hommes-là n'ont pas tenu compte de toi, ô roi : ils ne servent pas tes dieux et n'adorent pas la statue d'or que tu as érigée. »
Ces hommes furent amenés devant le roi. Le roi Nabuchodonosor leur parla ainsi : « Est-il vrai, Sidrac, Misac et Abdénago, que vous refusez de servir mes dieux et d'adorer la statue d'or que j'ai fait ériger ? Êtes-vous prêts, maintenant, à vous prosterner pour adorer la statue que j'ai faite, quand vous entendrez le son du cor, de la flûte, de la cithare, de la harpe, de la lyre, de la cornemuse et de toutes sortes d'instruments ? Si vous n'adorez pas cette statue, vous serez immédiatement jetés dans la fournaise de feu ardent. Et quel est le dieu qui vous délivrera de ma main ? »
Sidrac, Misac et Abdénago dirent au roi Nabuchodonosor : « Ce n'est pas à nous de te répondre. Si notre Dieu, que nous servons, peut nous délivrer, il nous délivrera de la fournaise de feu ardent et de ta main, ô roi. »
Alors Nabuchodonosor fut rempli de fureur contre Sidrac, Misac et Abdénago, et son visage s'altéra. Il ordonna de chauffer la fournaise sept fois plus qu'à l'ordinaire. Puis il ordonna aux plus vigoureux de ses soldats de ligoter Sidrac, Misac et Abdénago et de les jeter dans la fournaise de feu ardent. Alors on ligota ces hommes, vêtus de leurs manteaux, de leurs tuniques, de leurs bonnets et de leurs autres vêtements, et on les jeta dans la fournaise. Là-dessus, comme l'ordre du roi était strict et la fournaise extrêmement chauffée, la flamme brûla à mort les hommes qui y portaient Sidrac, Misac et Abdénago. Et ces trois hommes, Sidrac, Misac et Abdénago, tombèrent ligotés au milieu de la fournaise de feu ardent.
Alors le roi Nabuchodonosor fut stupéfait. Il se leva précipitamment et dit à ses conseillers : « N'avons-nous pas jeté trois hommes ligotés au milieu du feu ? » Ils répondirent : « Assurément, ô roi ! » Il reprit : « Eh bien, moi, je vois quatre hommes qui se promènent librement au milieu du feu. Ils sont parfaitement indemnes, et le quatrième ressemble à un être divin. »
Alors Nabuchodonosor s'approcha de l'ouverture de la fournaise de feu ardent. Il appela : « Sidrac, Misac et Abdénago, serviteurs du Dieu Très-Haut, sortez et venez ici ! » Alors Sidrac, Misac et Abdénago sortirent du milieu du feu. Les satrapes, les préfets, les gouverneurs et les conseillers du roi, s'étant rassemblés, regardèrent ces hommes : le feu n'avait pas eu de pouvoir sur leur corps, leurs cheveux n'avaient pas été brûlés, leurs manteaux n'avaient pas été abîmés et l'odeur du feu ne les avait pas imprégnés.
Et Nabuchodonosor s'écria : « Béni soit le Dieu de Sidrac, Misac et Abdénago, qui a envoyé son ange et délivré ses serviteurs ! Ils ont mis leur confiance en lui. Ils ont désobéi à l'ordre du roi, ils ont livré leur corps plutôt que de servir et d'adorer un autre dieu que leur Dieu. Voici ce que j'ordonne à tous les peuples, nations et gens de toutes langues : si quelqu'un parle avec insolence du Dieu de Sidrac, Misac et Abdénago, qu'il soit mis en pièces et sa maison transformée en décombres, car aucun autre dieu ne peut délivrer de cette manière. »
Et le roi assura la prospérité de Sidrac, Misac et Abdénago dans la province de Babylone.
De Nabuchodonosor, le roi, à tous les peuples, nations et gens de toutes langues qui habitent sur toute la terre : que la paix vous soit donnée en abondance ! Je veux faire connaître les signes et les merveilles que le Dieu Très-Haut a faits pour moi. Ces signes, comme ils sont grands ! Ces merveilles, comme elles sont puissantes ! Son royaume est un royaume éternel, son pouvoir s'étend d'âge en âge.
Commentaire
C'est important de lire les textes dans la foulée. Et dans la foulée, vous aviez quoi ? Épisode précédent, vous aviez le songe d'une statue dans lequel il y avait de l'or. Et manifestement, Nabuchodonosor, cette vision, il avait été très, très, très content de ce songe. Il avait récompensé Daniel : c'était le dernier verset du chapitre qu'on a lu hier. Et là, tout de suite, premier verset du chapitre qu'on vient de lire :
Le roi Nabuchodonosor fit une statue d'or. Elle était haute de soixante coudées.
Trente mètres de haut. Allez hop, tout est dans tout, n'exagérons rien ! Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Nabuchodonosor a eu une réaction de gros plouc. Disons-le de manière simple. Il a vu une statue en or. Et il s'est dit : cette statue en or, cet homme primordial qui est à la tête de tous les empires, c'est qui ? C'est Bibi. Du coup, il a fait une statue à lui. Et puisque c'est un songe qui venait de Dieu, il s'est cru autorisé, favorisé par la divinité, à être adoré à l'égal d'un dieu. Tout ceci se comprend assez bien dans une mentalité païenne.
Alors, dans les faits, historiquement, ce n'est pas du tout dit que Nabuchodonosor ait vraiment fait cette statue. N'empêche que derrière, cette psychologie idolâtre, vous pouvez être sûr qu'il l'avait.
Alors, évidemment, dans ce chapitre, tout le monde a les yeux braqués sur ces trois jeunes gens dans la fournaise. Mais moi, je pense que l'aspect le plus intéressant, c'est cette réaction de gros plouc. Je voudrais la reprendre avec vous, parce qu'en fait, ça va vous montrer comment, chapitre après chapitre, c'est toujours un même songe qui ne cesse de se développer, de se déployer. Ça va vous faire comprendre Daniel.
Donc, je reprends notre premier songe. Je vous rappelle : une statue montrant la succession de quatre empires dont la valeur est décroissante, et à la fin, une pierre détachée par Dieu qui vient tout fracasser. Nous, on se dit : c'est clair, ce que ça veut dire. Ça vous a même donné une expression en français : un colosse aux pieds d'argile. Ça veut dire que l'empire humain n'est pas si résistant que ça, donc il faut faire attention.
Ce n'est pas du tout ce que Nabuchodonosor s'est dit. Lui, c'est un songe qui ne l'a pas du tout effrayé. Après tout, une vision quadripartite de l'histoire, ce n'est pas la première fois qu'on en parle dans la religion — ça vous donnera même les quatre cavaliers de l'Apocalypse. Et puis, une vision cyclique de l'histoire, avec des empires qui se succèdent et la nostalgie d'un âge d'or perdu, ça aussi, c'est un thème récurrent dans toutes les religions. Ça vous donnera plus tard un des poèmes classiques de la littérature grecque, celui d'Hésiode, qui vous dépeint les quatre âges classiques de l'humanité : un âge d'or, un âge d'argent, un âge de bronze, un âge de fer. C'étaient des idées qui traînaient dans l'air du temps.
Donc, Nabuchodonosor, lui, ça ne l'a pas du tout effrayé. Et plutôt que de se dire : « Non, ce que je bâtis, c'est fragile, il y a une pierre qui va venir tout détruire », il a dû se dire : « C'est comme ça, c'est la vie, c'est normal que ces choses-là aillent et viennent, ainsi est fait le monde. Plutôt que de se lamenter sur ces âges d'or perdus, réjouissons-nous ! On a la chance, en ce moment, avec moi, Nabuchodonosor, d'être précisément dans cet âge d'or qu'ensuite les nations regretteront. Donc, on va le fêter. »
En fait, ce qu'il n'a pas vu, c'est cette histoire de petite pierre qui vient tout fracasser. Parce que ça, ça induit quelque chose qui ne va pas tout à fait dans les schèmes classiques de l'Antiquité : ça veut dire qu'il y aura une fin dans l'histoire. Alors que normalement, on avait une vision plutôt cyclique des choses : un âge d'or, auquel succède un âge d'argent, auquel succède un âge de bronze, auquel succède un âge de fer, et on recommence. Et là, ce que ce songe vous dit, c'est exactement l'inverse. Mais ça, il n'était pas câblé pour le comprendre, Nabuchodonosor.
Donc, il ne se pose pas de questions, et il fait une statue qu'on va adorer. Et là, ça ne se passe pas comme prévu. Le feu qui est à l'intérieur de cette statue, qui est censé représenter le feu de sa propre divinité, voilà que ce feu lui échappe. C'est un feu qu'il ne maîtrise pas. Et dans ce feu, il y a une autre vie. Donc, le ver est dans le fruit : à l'intérieur de son empire, de lui-même, il y a des êtres divins, il y a un feu, il y a ces exilés juifs qui, tout d'un coup, lui paraissent très étranges.
Vous remarquez aussi que Nabuchodonosor est le seul à le voir. Oui, mais c'est aussi parce qu'il est roi, et le seul à avoir des songes. C'est là qu'il réalise que le Dieu de Daniel, d'Abdénago, de Sidrac et de Misac, ce Dieu qu'il a vaincu sur le champ de bataille, n'a peut-être pas dit son dernier mot. Ce que Nabuchodonosor réalise, c'est qu'il y a un songe dans le songe. Et qu'il y a peut-être autre chose derrière : un autre Dieu, avec une autre logique, qui va amener les choses ailleurs. Quoi exactement, on ne sait pas, mais je peux vous dire que là, Nabuchodonosor, il crève de trouille.
Et maintenant, livre des Proverbes.
Proverbes 15,11-15
Le séjour des morts et l'abîme sont devant le Seigneur, à plus forte raison le cœur des hommes.
Un insolent n'aime pas qu'on le reprenne, aussi ne va-t-il guère avec les sages.
À cœur joyeux, visage épanoui ; à cœur chagrin, soupir désolé.
Un cœur intelligent recherche le savoir, la bouche des insensés se repaît de sottise.
Pour les malheureux, tous les jours sont mauvais ; pour le cœur content, c'est un perpétuel festin.
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