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Jour 221 ☾ — Une statue, un rêve, un royaume éternel

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Résumé : Les années de formation de Daniel sont terminées : Nabuchodonosor fait un songe que nul mage ne peut lui révéler, et c'est Daniel, éclairé par Dieu dans une vision nocturne, qui décrit la statue aux quatre métaux et sa destruction par une pierre détachée de la montagne. Le frère Paul-Adrien déroule la clé de lecture : l'or babylonien, l'argent mède, le bronze perse, le fer et l'argile de l'empire hellénique, puis le royaume éternel de Dieu. Il souligne le changement d'échelle par rapport au songe de Joseph — quatorze ans contre cinq siècles — et l'apparition d'un genre nouveau : le mystèrion, le décret caché de Dieu que les visionnaires sont désormais invités à décrypter. L'épisode se referme sur la promesse que cette vision va bientôt « partir dans tous les sens ».

Introduction

Alors, on continue, Daniel ! Les années de formation sont terminées. Qu'est-ce que notre petit Einstein va découvrir ? Réponse dans ce chapitre, Daniel chapitre 2.

Lecture : Daniel 2

La deuxième année de son règne, Nabuchodonosor eut des songes, et le sommeil quitta son esprit troublé. Le roi fit appeler les magiciens, les mages, les enchanteurs, les devins, pour qu'ils interprètent les songes du roi. Ils arrivèrent et se tinrent en présence du roi.

Le roi leur dit : « J'ai eu un songe, et mon esprit est troublé par le désir de le comprendre. »

Les devins dirent au roi, en araméen : « Ô roi, puisses-tu vivre à jamais ! Raconte le songe à tes serviteurs, et nous en donnerons l'interprétation. »

Le roi répondit aux devins : « Je n'ai qu'une parole. Faites-moi connaître le songe et son interprétation, sinon vous serez mis en pièces, et vos maisons ne seront plus. Par contre, si vous me faites connaître le songe et son interprétation, vous recevrez de moi des cadeaux, des récompenses et de grands honneurs. Faites-moi donc connaître le songe et son interprétation. »

Pour la deuxième fois, ils répondirent : « Que le roi dise le songe à ses serviteurs, et nous en ferons connaître l'interprétation. »

« Il n'y aura pour vous qu'une seule sentence. Vous êtes complices, et vous me tenez des discours mensongers et retors pour tromper le temps. Racontez-moi le songe, et je saurai que vous m'en ferez connaître l'interprétation. »

Les devins répondirent au roi : « Personne au monde ne peut faire connaître ce que demande le roi. D'ailleurs, aucun roi, si grand et si puissant soit-il, n'a encore demandé une chose pareille à un magicien, un mage ou un devin. Ce que le roi demande est si difficile que seuls les dieux, dont la demeure n'est pas parmi les hommes, pourraient le faire connaître au roi. »

Alors le roi laissa exploser une terrible colère, et il ordonna de faire exécuter tous les sages de Babylone. La condamnation à mort des sages fut promulguée, et l'on fit chercher Daniel et ses compagnons pour les faire mourir.

Mais Daniel, en des paroles sages et prudentes, s'adressa à Arioc, chef des gardes du roi, qui s'apprêtait à faire mourir les sages de Babylone. Il parla ainsi à Arioc, l'officier du roi : « Pourquoi la sentence du roi est-elle si dure ? » Et Arioc l'expliqua à Daniel.

Daniel alla demander au roi de lui accorder un délai pour faire connaître au roi l'interprétation du songe. Puis Daniel retourna chez lui et mit au courant de l'affaire Hanania, Mishaël et Azarya, ses compagnons. Il leur demanda d'implorer la miséricorde du Dieu du ciel à propos de ce mystère, pour qu'on n'exécute pas Daniel et ses compagnons avec les autres sages de Babylone.

Alors, dans une vision nocturne, le mystère fut révélé à Daniel. Et Daniel bénit le Dieu du ciel.

Daniel prit la parole et dit : « Béni soit le nom de Dieu depuis toujours et à jamais. À lui la sagesse et la force. Lui qui fait changer les âges et les temps. Il renverse des rois, il en établit d'autres. Aux sages il donne la sagesse, et l'intelligence à ceux qui savent discerner. Lui qui révèle profondeurs et secrets. Il connaît ce qui est dans les ténèbres, et la lumière demeure auprès de lui. À toi, Dieu de mes pères, mon action de grâce et ma louange, car tu m'as donné la sagesse et la force. Et maintenant, tu m'as fait connaître ce que nous t'avons demandé, puisque tu nous as fait connaître ce qui concerne le roi. »

Après quoi, Daniel alla chez Arioc, que le roi avait chargé d'exécuter les sages de Babylone. Il entra et lui parla ainsi : « N'exécute pas les sages de Babylone. Conduis-moi devant le roi, je ferai connaître au roi l'interprétation du songe. »

En toute hâte, Arioc conduisit Daniel devant le roi et lui parla ainsi : « Parmi les déportés de Juda, j'ai trouvé un homme qui donnera l'interprétation au roi. »

Prenant la parole, le roi dit à Daniel, surnommé Baltassar : « Peux-tu me faire connaître ce que j'ai vu en songe et son interprétation ? »

En présence du roi, Daniel répondit : « Le mystère sur lequel le roi s'interroge, des sages, des mages, des magiciens ou des astrologues ne peuvent le faire connaître au roi. Mais dans les cieux, il y a un Dieu qui révèle les mystères et fait connaître au roi Nabuchodonosor ce qui arrivera à la fin des jours. Ton songe et les visions de ton esprit sur ton lit, les voici. Ô roi, sur ton lit, des pensées ont surgi à ton esprit au sujet de ce qui arrivera par la suite. Celui qui révèle les mystères t'a fait connaître ce qui arrivera. Quant à moi, ce n'est pas à cause d'une sagesse qui, en moi, serait supérieure à celle de tout être vivant que le mystère m'a été révélé, mais c'est afin que l'on fasse connaître au roi l'interprétation et que tu connaisses les pensées de ton cœur.

Ô roi, voici ta vision. Une énorme statue se dressait devant toi, une grande statue extrêmement brillante et d'un aspect terrifiant. Elle avait la tête en or, la poitrine et les bras en argent, le ventre et les cuisses en bronze ; ses jambes étaient en fer, et ses pieds en partie de fer, en partie d'argile. Tu étais en train de regarder. Soudain, une pierre se détacha d'une montagne sans qu'on y ait touché. Elle vint frapper les pieds de fer et d'argile de la statue et les pulvérisa. Alors furent pulvérisés tout ensemble le fer et l'argile, le bronze, l'argent et l'or. Ils devinrent comme la paille qui s'envole en été au moment du battage. Ils furent emportés par le vent sans laisser de traces. Quant à la pierre qui avait frappé la statue, elle devint un énorme rocher qui remplit toute la terre.

Voici le songe. Et maintenant, en présence du roi, nous allons en donner l'interprétation. C'est à toi, le roi des rois, que le Dieu du ciel a donné royauté, puissance, force et gloire. C'est à toi qu'il a remis les enfants des hommes, les bêtes des champs et les oiseaux du ciel, quelle que soit leur demeure. C'est toi qu'il a rendu maître de toute chose. La tête d'or, c'est toi. Après toi s'élèvera un autre royaume, inférieur au tien. Ensuite, un troisième royaume, un royaume de bronze, qui dominera la terre entière. Il y aura encore un quatrième royaume, dur comme le fer. De même que le fer brise et écrase tout, de même il pulvérisera et brisera : il brisera tous les royaumes. Tu as vu les pieds qui étaient en partie d'argile et en partie de fer : en effet, ce royaume sera divisé. Il aura en lui la force du fer, comme tu as vu du fer mêlé à l'argile. Ces pieds en partie de fer et en partie d'argile signifient que le royaume sera en partie fort et en partie faible. Tu as vu le fer associé à l'argile, parce que les royaumes s'uniront par des mariages, mais ils ne tiendront pas ensemble, de même que le fer n'adhère pas à l'argile. Or, au temps de ces rois, le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit et dont la royauté ne passera pas à un autre peuple. Ce dernier royaume pulvérisera et anéantira tous les autres, et lui-même subsistera à jamais. C'est ainsi que tu as vu une pierre se détacher de la montagne sans qu'on y ait touché et pulvériser le fer, le bronze, l'argile, l'argent et l'or. Le grand Dieu a fait connaître au roi ce qui doit arriver. Le songe disait vrai, l'interprétation est digne de foi. »

Alors le roi Nabuchodonosor tomba face contre terre. Se prosternant devant Daniel, il ordonna qu'on lui présente une offrande de céréales et un sacrifice d'agréable odeur. Le roi prit la parole et dit à Daniel : « En vérité, votre Dieu est le Dieu des dieux, le Seigneur des rois, celui qui révèle les mystères, puisque tu as su nous révéler ce mystère. »

Puis le roi conféra un rang élevé à Daniel et lui offrit de riches et de nombreux cadeaux. Il lui donna autorité sur toute la province de Babylone et en fit le préfet suprême de tous les sages de Babylone. Daniel demanda au roi de confier l'administration de la province de Babylone à Sidrac, Mésac et Abdénago. Quant à Daniel, il était à la cour du roi.

Commentaire

Alors, qu'est-ce que Daniel, notre petit Einstein, a découvert à la cour du roi de Babylone ? Ce qu'il découvre, à travers ce songe, c'est ni plus ni moins que l'ensemble de l'histoire humaine. Daniel, il découvre la clé de lecture qui permet de comprendre le monde dans lequel vous vivez.

Alors, tout de suite, quelques éléments pour comprendre cette vision. Une statue, quatre étages différents : l'or, l'argent, le bronze, et le fer mêlé d'argile. Ça, c'est la vaste fresque des empires qui vont se succéder du VIᵉ siècle jusqu'au Iᵉʳ siècle.

L'or, c'est l'empire babylonien. C'est de cet empire-là dont dépend actuellement Daniel, qui est en exil à Babylone. Petite parenthèse : dans l'empire babylonien est aussi inclus l'empire assyrien. Dans la tête des Babyloniens, ils étaient les successeurs des Assyriens ; pour eux, c'était le même empire. Fin de la parenthèse.

L'argent, c'est l'empire mède. Un empire qui est situé un peu au nord-est de l'empire babylonien. C'était avec les Mèdes que les Babyloniens s'étaient alliés pour renverser l'empire assyrien. Et c'est avec les Mèdes que les Perses vont s'allier pour renverser l'empire babylonien. Donc, c'est un empire de transition.

Et après, on arrive au bronze : l'empire perse. L'empire perse, c'est Cyrus. Cyrus qui, en moins 539, va envahir, conquérir Babylone. Et c'est lui qui va libérer les Juifs de l'exil. Là, à ce moment-là, cet empire n'est pas encore arrivé. Donc là, maintenant, Daniel parle au futur.

Et derrière cet empire d'argent va venir un dernier empire, un empire de fer et d'argile. Ça, c'est l'empire hellénique, le grand empire fondé par Alexandre le Grand. Le fer représente la dureté, mais l'argile, ça va représenter la fragilité, parce qu'Alexandre va bientôt mourir et son empire sera morcelé et fragile. Ça, ça nous amène jusqu'au IIᵉ siècle avant Jésus-Christ. Donc, c'est une immense fresque. C'est Daniel qui est en train de vous dérouler l'histoire du monde là où on va arriver.

Et puis ensuite, dernière chose, vous avez cette petite pierre qui s'était détachée, on ne sait pas très bien comment, par Dieu probablement, qui renverse cette statue et qui établit — nous, on le sait — le royaume de Dieu sur terre. Ça, c'est ce que veut dire cette statue. OK ?

Moi, maintenant, je voudrais que tout le monde comprenne bien ce que cette vision a d'inédit dans la Bible. Pour reprendre une comparaison dans la Bible : là, en fait, à travers Daniel, on a l'impression de revivre une histoire qu'on connaissait déjà. C'était l'histoire du patriarche Joseph. Souvenez-vous, dans la Genèse, Joseph, fils de Jacob, avait été vendu par ses frères comme esclave en Égypte, et le pharaon avait lui aussi un songe à décrypter. Joseph l'avait décrypté, et on lui avait confié les clés du royaume. Mais le songe qu'avait décrypté Joseph, tout le monde se souvient, c'était sept années d'abondance suivies de sept années de famine : soit quatorze ans. Daniel, lui, c'est cinq siècles. Paf ! On est sur une autre échelle, là. J'espère que tout le monde voit bien.

Et même Isaïe, Ézéchiel, etc., ils avaient des oracles, ils avaient des messages circonstanciés. Et là, on n'est plus dans un message circonstancié, on est dans une vision globale. Ce qui s'est passé, c'est qu'à force de lire et de relire ces prophètes, on s'est aperçu que Dieu prévoyait des guerres, qu'il y avait des appels à la repentance, qu'il y avait des empires qui allaient se succéder, que Jérusalem allait être détruite, que Jérusalem allait être rebâtie. Et on se disait à la fin : mais est-ce que tout ça, c'est au petit bonheur la chance ? On n'a pas l'impression. On a commencé à se dire : c'est comme si Dieu, à travers tous ces messages, suivait un plan bien précis, qu'il y avait un oracle dans l'oracle, qu'il y avait un plan dans le plan, que Dieu avait — allez, disons-le — que Dieu avait un projet.

Et maintenant, on va demander aux prophètes — puisque Daniel, c'est notre Einstein de l'époque — d'essayer de décrypter le plan global de Dieu. Ça porte un nom. Cette fois-ci, ce n'est plus un oracle, ce n'est même plus une vision. Ça porte un nom très précis, ça s'appelle, en grec, un mystèrion : le décret que Dieu a décidé dans son conseil divin. Le mot revenait huit fois dans le chapitre. Et c'est ça, maintenant, ce qu'on demande aux visionnaires d'étudier.

Eh bien, la fine fleur de la religion juive, Daniel, combinée avec la plus grande culture de l'époque mondiale, la littérature chaldéenne, dans la plus grande cour : ils décryptent le décret, le mystère divin. Ils sont passés de l'autre côté du voile. Et ce qu'ils découvrent, ce qu'il y a de l'autre côté du voile, c'est une statue. C'est, si vous voulez, le songe primordial. C'est la vision ultime, c'est la mère de toutes les autres prophéties. C'est ce qui explique tout le reste.

Alors, vous allez me dire : oh, il n'y a rien d'extraordinaire là-dedans. Ah, on n'a pas fini d'en parler ! Pour l'instant, on croit savoir ce que ça veut dire, la succession des empires. Mais vous allez voir que rapidement, ça va dégénérer, ça va bientôt partir dans tous les sens. Vous allez voir jusqu'où ça va nous amener, cette histoire de petite pierre qui s'est détachée on ne sait pas très bien comment, de Nabuchodonosor qui s'identifie à la statue, de ses pieds d'argile, etc. Ça va bientôt partir dans tous les sens. Daniel, c'est Alice au pays des merveilles. Bienvenue de l'autre côté du miroir.

Nous terminons par une prière.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, je te confie la civilisation humaine. Je te confie cette cité de Dieu qui est en proie à la cité du monde et du péché. Je te confie cette lutte. Je te confie ma petite histoire qui s'inscrit dans la grande histoire. Je te demande, Seigneur, de veiller et de me protéger.


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