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Jour 221 ☼ — Daniel, foi juive en terre païenne

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Résumé : Le frère Paul-Adrien ouvre le livre de Daniel en le situant dans la grande fresque de l'exil : après Tobie (Assyrie) et Jérémie, Isaïe, Ézéchiel (Babylone), Daniel couvre la période charnière où l'empire babylonien tombe aux mains des Mèdes et des Perses. La lecture du chapitre 1 raconte la déportation de Daniel, Ananias, Misaël et Azarias, leur formation à la cour et l'épisode des mets royaux refusés. Le commentaire renverse la lecture habituelle : il ne s'agit pas d'un bras de fer entre gentils Juifs pratiquants et mauvais empereur idolâtre, mais d'une proposition honnête faite par Nabuchodonosor et d'une intégration bénie par Dieu. Daniel demande l'autorisation, l'obtient, et le miracle vient de ce que tout le monde joue le jeu de tout le monde.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

On continue nos petits livres qui nous amènent vers la fin de la période exilique. On était avec Baruch et maintenant on passe à Daniel. Alors Daniel, vous allez voir, c'est un monde à lui tout seul. Je suis un fan intégral de Daniel. Mais je vous préviens tout de suite, Daniel, ça peut être assez complexe. On essayera de faire ça au plus simple, d'accord ?

Pour l'instant, je vous situe juste Daniel dans la grande fresque du peuple en exil. Pour que tout le monde suive bien, dans l'ordre chronologique, on avait commencé avec Tobie. C'était le tout premier exil, l'Assyrie qui avait envahi le royaume du nord, Israël. Ensuite, avec Jérémie, Isaïe et Ézéchiel, on était dans l'exil du royaume du sud, Juda, à Babylone. Avec Daniel, c'est la période charnière. Babylone va être envahie ensuite par un empire, l'empire perse. Et Daniel, ça couvre toute cette période exilique.

Il a 15 ans, c'est un adolescent quand il se fait emmener en déportation par Nabuchodonosor à Babylone. Il va voir l'empire de Babylone tomber et être remplacé par l'empire mède et perse. À travers lui, c'est la valse des empires qu'on va suivre. À travers lui, c'est aussi le peuple hébreu que l'on va suivre et qui arrive à se faire une place dans ces empires païens. C'est le peuple juif qui passe du statut de peuple réfugié, exilé, à un statut de conseiller du roi. C'est pas rien, le changement. Allez, on commence.

Lecture : Daniel 1

Le roi de Babylone arriva devant Jérusalem et l'assiégea. Le Seigneur livra entre ses mains Joiaqim, roi de Juda, ainsi qu'une partie des objets de la maison de Dieu. Il les emporta au pays de Babylone et les déposa dans le trésor de ses dieux.

Le roi ordonna à Ashpenaz, chef des eunuques, de faire venir quelques jeunes Israélites de race royale ou de famille noble. Ils devaient être sans défauts corporels, de belle figure, exercés à la sagesse, instruits et intelligents, pleins de vigueur, pour se tenir à la cour du roi et apprendre l'écriture et la langue des Chaldéens. Le roi leur assignait pour chaque jour une portion des mets royaux et du vin de sa table. Ils devaient être formés pendant trois ans et ensuite ils entreraient au service du roi.

Parmi eux se trouvaient Daniel, Ananias, Misaël et Azarias, qui étaient de la tribu de Juda. Le chef des eunuques leur imposa des noms : à Daniel, celui de Beltassar ; à Ananias, celui de Shadrak ; à Misaël, celui de Méshak ; et à Azarias, celui d'Abed-Négo.

Daniel eut à cœur de ne pas se souiller avec les mets du roi et le vin de sa table. Il supplia le chef des eunuques de lui épargner cette souillure. Et Dieu permit à Daniel de trouver auprès de celui-ci faveur et bienveillance. Mais il répondit à Daniel : « J'ai peur de mon seigneur le roi, qui a fixé votre nourriture et votre boisson. S'il vous voit le visage plus défait qu'aux jeunes gens de votre âge, c'est moi qui, à cause de vous, risquerai ma tête devant le roi. »

Or, le chef des eunuques avait confié Daniel, Ananias, Azarias et Misaël à un intendant. Daniel lui dit : « Fais donc pendant dix jours un essai avec tes serviteurs. Qu'on nous donne des légumes à manger et de l'eau à boire. Tu pourras comparer notre mine avec celle des jeunes gens qui mangent les mets du roi, et tu agiras avec tes serviteurs suivant ce que tu auras constaté. »

L'intendant consentit à leur demande et les mit à l'essai pendant dix jours. Au bout de dix jours, ils avaient plus belle mine et meilleure santé que tous les jeunes gens qui mangeaient les mets du roi. L'intendant supprima définitivement leurs mets et leurs rations de vin et leur fit donner des légumes.

À ces quatre jeunes gens, Dieu accorda science et habileté en matière d'écriture et de sagesse. Daniel, en outre, savait interpréter les visions et les songes.

Au terme fixé par le roi Nabuchodonosor pour qu'on lui amène tous les jeunes gens, le chef des eunuques les conduisit devant lui. Le roi s'entretint avec eux et pas un seul n'était comparable à Daniel, Ananias, Misaël et Azarias. Ils entrèrent donc au service du roi. Sur toutes les questions demandant sagesse et intelligence que le roi leur posait, il les trouvait dix fois supérieurs à tous les magiciens et tous les mages de tout son royaume. Et Daniel vécut jusqu'à la première année du roi Cyrus.

Commentaire

Alors, je vous disais que Daniel, c'était un monde à part, un monde à lui tout seul, qui pouvait être assez complexe. Mais on va y aller gentiment, pas à pas. Ce qui fait que pendant un jour ou deux, vous allez avoir l'impression que vous avez déjà entendu des choses comme ça. Mais laissez-moi vous dire que vous n'êtes pas prêts pour ce qui va arriver.

Alors on commence gentiment, on reprend le chapitre que vous venez d'entendre. Vous avez compris l'idée. L'idée, c'est de montrer comment est-ce qu'un Juif qui reste attaché à ses traditions peut survivre dans un empire païen qui le dépasse. Bon, ça, c'est assez simple.

J'attire simplement votre attention sur une erreur de lecture assez courante quand on lit ce livre de Daniel, ce chapitre 1. Généralement, on se focalise tout de suite sur cette question de nourriture. Et on voit comme une sorte de bras de fer, avec Dieu qui va récompenser les gentils petits Juifs pratiquants en faisant des miracles, contre les mauvais empereurs idolâtres. À mon avis, contresens. À mon avis, ce chapitre-là veut dire exactement l'inverse.

La porte d'entrée dans le livre de Daniel, c'est en fait une proposition que l'empereur Nabuchodonosor avait faite au peuple juif. À ce peuple qui était exilé et qu'il aurait pu laisser tout à fait dans cette sorte de ghetto qu'il y avait à côté du fleuve Kebar, où on avait laissé le prophète Ézéchiel. Mais voilà que le roi Nabuchodonosor leur fait une proposition, et une proposition honnête. Il leur propose de rentrer à la cour, pour devenir des conseillers du roi. Eh bien vous voyez que là, on ne commence pas tout de suite par une épreuve de force. On commence par un honneur qui est fait au peuple juif. Un honneur qui est gratuit, il n'était pas obligé de le faire.

Et vous voyez que d'ailleurs, Daniel joue le jeu. Il n'impose pas ses restrictions alimentaires. Il demande l'autorisation. Et on lui donne l'autorisation. Ça change la perspective. La bonne santé de Daniel, à l'issue de cette soi-disant épreuve, c'est autant une bénédiction pour Daniel qu'une bénédiction pour Nabuchodonosor. Donc ce chapitre, en fait, il vous montre comment est-ce que le peuple juif est en train de s'intégrer dans l'empire babylonien, et comment Dieu bénit cette intégration.

Alors, maintenant qu'on a bien reposé le texte comme il fallait, reprenons ça ensemble. Ça commence avec la proposition que Nabuchodonosor fait à notre peuple de devenir des fonctionnaires d'État. De suivre le cursus honorum pour avoir la formation et devenir pas n'importe quel fonctionnaire d'État, mais des interprètes de songes, des devins professionnels — le mot technique est dans le texte : des mages.

Les mages dans l'empire babylonien, excusez-moi de vous le dire, mais c'est pas n'importe quoi. C'est eux qui sont responsables de la politique impériale. Eh oui, parce qu'en fait, les rois, à cette époque-là, ils étaient les serviteurs des dieux. Et c'était les dieux qui leur envoyaient des songes pour leur dire ce qu'il fallait faire. Nabuchodonosor, son nom, ça veut dire « serviteur du dieu Nabû ». Et simplement, il fallait qu'il y ait des interprètes pour comprendre les songes que les dieux envoyaient aux rois. Et c'est là qu'intervenaient les mages. Donc ils sont un point crucial dans l'organigramme politique. En fonction de l'interprétation, il va y avoir des guerres qui vont se faire ou qui ne vont pas se faire.

Et petite parenthèse : c'est d'eux que viendront plus tard les rois mages, Melchior, Balthazar et Gaspard, qui sont venus adorer Jésus au pied de la crèche. C'est d'eux qu'il s'agit là. Je ferme la parenthèse, je retourne à Daniel.

Donc, excusez du peu. C'est pas rien de devenir mage à la cour du roi de Babylone. Après tout, c'est quand même Nabuchodonosor qui est en train de confier les clés du royaume et de la politique impériale à un peuple exilé. Sacrée marque de confiance, il n'était pas obligé quand même. Ça vous montre aussi la hauteur d'esprit de ce peuple conquérant. Évidemment, un honneur à cette époque-là, ça ne se refuse pas, je vous l'accorde. Mais quand même, ça reste un honneur et on leur déroule le tapis rouge.

Alors maintenant, ça consiste en quoi, le tapis rouge ? Comment est-ce qu'on devient mage ? D'abord, on prend ce qu'il y a de meilleur. On prend la fine fleur de la race juive et on leur offre ce qu'il y a de meilleur. On leur donne accès, comme le disait le texte, à la langue et aux écrits des Chaldéens. L'écriture cunéiforme, qui est notoirement difficile, mais à travers elle, vous avez accès au nec plus ultra de la littérature et de la culture mésopotamienne, c'est-à-dire de la culture mondiale.

Donc avec ça, vous allez pouvoir étudier l'épopée de Gilgamesh qui, à cette époque-là, reste la plus grande épopée. Vous allez même pouvoir apprendre ce qu'est le déluge, qui sera plus tard importé dans la Bible. Par exemple, l'angélologie, ça vient de là aussi. Donc ne dites pas « la culture mésopotamienne, c'est une culture de païens ». Non, non, non, à cette époque-là, c'est Harvard, c'est ce qui se fait de mieux au monde. Tout n'est pas à jeter là-dedans. Et même à travers elle, sacrée marque de confiance, on leur donne accès aux pratiques divinatoires, aux tablettes d'interprétation. On leur donne les secrets de fabrique.

Et c'est dans ce contexte-là qu'il faut comprendre cette question de nourriture. Daniel qui dit : « Très bien, moi j'étudie tout ça, mais est-ce que je peux avoir mon régime alimentaire à moi ? » Là, il faut bien comprendre : c'est pas une question de pur ou d'impur, de manger du cochon ou pas de manger du cochon ici. C'est qu'à cette époque-là, dans la cour, la viande, elle est offerte en sacrifice aux idoles, aux divinités païennes. Et le vin, il est répandu en libation. Donc cette nourriture, c'est une nourriture sacrée, que l'on pense être comme imbibée de propriétés divinatoires et magiques. En mangeant ces mets-là, vous invoquez sur vous les pouvoirs des dieux pour interpréter les songes.

Et il se trouve que Daniel, lui, il a d'autres pratiques alimentaires. Vous les verrez d'ailleurs, ce sera plus tard, dans le chapitre 10. On vous donnera le descriptif des pratiques ascético-mystiques, ce qu'on appelle le jeûne de Daniel. En se privant de viande et de vin, c'est une manière de jeûner pour, dans un esprit de deuil et de repentir, implorer et infléchir la miséricorde divine. Donc c'est une autre technique divinatoire qui, cette fois-ci, est sanctionnée par la Bible, qui est acceptée.

Et quand Daniel demande de pouvoir prendre son rite alimentaire à lui, ce que ça veut dire derrière, c'est qu'il est en train de dire à cet eunuque : « Très bien, mais moi, ce que je vous propose, c'est non seulement d'étudier la langue des Chaldéens, de faire mon boulot — je joue le jeu de l'Empire, je vais conseiller et je vais aider Nabuchodonosor —, mais peut-être aussi que ce que je peux apporter, ma petite pierre à l'édifice, c'est cette sagesse du peuple d'où je viens, qui sert un autre Dieu, qui a d'autres pratiques alimentaires. Et si jamais vous acceptez, moi, je vous propose qu'on mette les deux ensemble. J'étudie la langue des Chaldéens d'un côté, et de l'autre côté, je continue de demander l'aide de mon Dieu. »

Et puis, eh bien, Daniel dit : « Et on voit ce que ça donne. On n'a rien à perdre, on fait un essai. » Et l'eunuque dit : « Eh bien très bien, chiche, on fait un essai, si jamais ça ne marche pas, eh bien on arrêtera. » Ce qui est sympa de la part de l'eunuque, je le redis quand même. Mais l'eunuque, il devait avoir des doutes. Après tout, le Dieu que sert Daniel, il vient d'être vaincu par l'empire babylonien, donc il n'était pas obligé de faire confiance à ce Dieu-là. Mais large d'esprit, il dit : « Dans le doute, on ne sait pas, on va laisser une chance au produit. »

Et c'est là que le miracle arrive, et ça marche. Verset 17 :

À ces quatre jeunes gens, Dieu accorda science et habileté en matière d'écriture et de sagesse.

Et d'ailleurs, verset 20 :

Sur toutes les questions demandant sagesse et intelligence que le roi leur posait, il les trouvait dix fois supérieurs à tous les magiciens et tous les mages de tout son royaume.

Et donc là, eh bien, maintenant, on arrive à la fin de ce chapitre. Conclusion : qu'est-ce que ce chapitre voulait dire ? Eh bien, ce que tout ça veut dire, c'est que quand tout le monde joue le jeu de tout le monde, ça fait des miracles.

Et même, ça va nous amener encore plus loin. Parce qu'en fait, si vous regardez bien, la question, c'est pas seulement « quand tout le monde joue le jeu de tout le monde, qu'est-ce que ça donne ». C'est : quand on prend le meilleur de la race juive, la meilleure des religions, le Dieu de la Bible, qu'on le met dans le meilleur environnement culturel de l'époque, Babylone, avec l'empereur qui a le plus de largeur d'esprit, Nabuchodonosor — bref, quand vous prenez le meilleur de tout au niveau mondial et que ça matche ensemble, a priori, vous vous dites : on est parti pour découvrir quoi ?

Vous imaginez, vous prenez le plus grand génie, que vous mettez dans la plus grande université, et à qui vous déroulez le tapis rouge en disant : « Chèque en blanc, maintenant, tu découvres ce que tu veux. » Eh bien Einstein, il va découvrir quoi ? Eh bien, Daniel, c'est l'Einstein de l'époque. Il a tout ce qu'il faut pour découvrir des trucs que personne n'avait découverts avant lui. C'est ça que ça veut dire.

D'ailleurs, Daniel, je le redis, c'est pas un nom qui vient de nulle part. Daniel, dans la culture mésopotamienne, ça représente l'idéal de la sagesse incarnée : c'était le nom d'un héros antique, Dan-El, qui avait marqué les mémoires. Donc, préparez-vous : il est possible que Daniel, ça nous amène dans des endroits qui étaient jusqu'à présent totalement inexplorés.

Proverbes 15,6-10

La maison du juste regorge de richesses, les gains du méchant sont précaires.

Les lèvres des sages sèment le savoir, pour le cœur des insensés, il n'en va pas ainsi.

Le sacrifice des méchants, le Seigneur l'a en horreur, mais il accueille la prière des honnêtes gens.

Le chemin du méchant fait horreur au Seigneur, il aime celui qui recherche la justice.

Rude leçon pour qui s'écarte du sentier, refuser l'avertissement, c'est la mort.


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