Jour 220 ☾ — La sagesse est apparue sur la terre
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Résumé : Nous sommes au centre du livre de Baruch, au moment de la bascule entre le message des prophètes et le repentir du peuple. Le frère Paul-Adrien lit le grand discours sapientiel — un tour du monde où Canaan, les géants, les rois et les savants ignorent tous le chemin de la sagesse — puis la consolation de Jérusalem invitée à quitter sa robe de tristesse. Le commentaire souligne la différence avec Job : ici la sagesse a été trouvée, elle est apparue sur la terre et a vécu parmi les hommes dans la Loi, phrase qui annonce le « Verbe s'est fait chair » de saint Jean. L'épisode s'achève par une prière pour tous ceux qui sont dans le deuil, veufs et veuves, à qui ce livre semble aussi adressé.
Introduction
On continue notre livre de Baruch, le moment où la bascule se fait, où on passe du message des prophètes au repentir du peuple. Et là, on est dans le centre du Baruch, le moment où la bascule se fait, la perle précieuse de ce livre, qui est un discours sapientiel, qui ne sera pas sans vous rappeler quelque chose que vous avez entendu dans Job. Où est la sagesse ? Qui en a trouvé le chemin ?
On va vous proposer un tour du monde. On va aller du côté de Canaan, on va aller voir les géants, les rois, les savants grecs. Tous ignorent la vraie sagesse. Mais il va y avoir une petite différence avec Job, une différence en fait de taille. Job terminait sa sagesse par des discours sur les monstres du chaos, le Léviathan, le Béhémoth, pour nous embarquer vers une mystique du bien et du mal. Alors que là, la réponse à la fin va être différente.
Dans le livre de Baruch, on va vous dire que la sagesse, on l'a trouvée. On l'a trouvée dans la Loi. Alors la Loi, ce n'est pas simplement le Décalogue ou les préceptes. La Loi, c'est l'enseignement de Dieu, qui, par sa Loi, vit au milieu de nous. Et c'est le moment où le peuple retourne à Dieu. C'est ce que je vous disais.
Et il le dit, ce livre de Baruch, avec une phrase qui est très, très étonnante et très belle. Chapitre 3, verset 38 : « La sagesse est apparue sur la terre. Elle a vécu parmi les hommes. » Évidemment, ça vous fera penser à ce que dira saint Jean plus tard dans son évangile : « Et le Verbe s'est fait chair. » Il y a une parenté entre ces deux textes.
Baruch, fin du chapitre 3, chapitres 4 et 5. Bonne lecture.
Lecture : Baruch 3,9 – 5,9
Écoute, Israël, les commandements de vie. Prête l'oreille pour acquérir la connaissance. Pourquoi donc, Israël, pourquoi es-tu exilé chez tes ennemis, vieillissant sur une terre étrangère, souillé par le contact des cadavres, inscrit parmi les habitants du séjour des morts ? Parce que tu as abandonné la source de la sagesse. Si tu avais suivi les chemins de Dieu, tu vivrais dans la paix pour toujours. Apprends où se trouvent et la connaissance et la force et l'intelligence, pour savoir en même temps où se trouvent de longues années de vie, la lumière des yeux et la paix.
Mais qui donc a découvert la demeure de la sagesse ? Qui a pénétré jusqu'à ses trésors ? Où sont-ils, les chefs des nations, ceux qui domptent les bêtes de la terre, qui se jouent des oiseaux du ciel et qui entassent l'argent et l'or, ces biens auxquels les hommes accordent leur confiance, mais dont les possessions n'ont pas de fin ? Où sont-ils, ceux qui travaillent l'argent avec soin, mais dont les œuvres ne laissent pas de traces ? Ils ont disparu. Ils sont descendus dans le séjour des morts, et d'autres se sont levés à leur place. De plus jeunes ont vu le jour, installés sur la terre, mais le chemin du savoir, ils ne l'ont pas connu. Ils n'ont pas compris ses sentiers, ils ne l'ont pas saisi. Même leurs fils sont restés loin de son chemin.
De la sagesse, on n'a rien entendu en Canaan. En Témân, nul ne l'a vue. Ni les fils d'Agar recherchant l'intelligence sur la terre, ni les marchands de Merrân et de Témân, ni les conteurs de fables, ni les chercheurs d'intelligence n'ont connu le chemin de la sagesse. Ils n'ont pas gardé mémoire de ses sentiers.
Ô Israël, comme elle est grande, la maison de Dieu, comme il est vaste, le domaine qui lui appartient, grand et sans bornes, élevé, sans mesure. C'est là que naquirent les célèbres géants des origines, de haute stature, experts à la guerre. Ce n'est pas eux que Dieu a choisis. Il ne leur a pas montré le chemin du savoir. Ils ont péri par manque de connaissance. Ils ont péri à cause de leur imprudence.
Qui est monté au ciel pour saisir la sagesse et la faire descendre des nuées ? Qui a traversé la mer pour la trouver et la rapporter au prix d'un or très fin ? Nul ne connaît son chemin. Nul n'examine son sentier. Mais celui qui sait tout en connaît le chemin. Il l'a découvert par son intelligence. Il a pour toujours aménagé la terre et l'a peuplée de troupeaux. Il lance la lumière et elle prend sa course. Il la rappelle et elle obéit en tremblant. Et les étoiles brillent, joyeuses, à leur poste de veille. Il les appelle et elles répondent : « Nous voici. » Elles brillent avec joie pour celui qui les a faites. C'est lui qui est notre Dieu. Aucun autre ne lui est comparable. Il a découvert les chemins du savoir et il les a confiés à Jacob, son serviteur, à Israël, son bien-aimé.
Ainsi la sagesse est apparue sur la terre. Elle a vécu parmi les hommes. Elle est le livre des préceptes de Dieu, la Loi qui demeure éternellement. Tous ceux qui l'observent vivront. Ceux qui l'abandonnent mourront. Reviens, Jacob, saisis-la de nouveau. À sa lumière, marche vers la splendeur. Ne laisse pas ta gloire à un autre, tes privilèges à un peuple étranger. Heureux sommes-nous, Israël, car ce qui plaît à Dieu, nous le connaissons.
Courage, mon peuple, toi qui es la part d'Israël réservée à Dieu ! Vous avez été vendus aux nations païennes, mais ce n'était pas pour votre anéantissement. Vous avez excité la colère de Dieu. C'est pour cela que vous avez été livrés à vos adversaires, car vous avez irrité Dieu en offrant des sacrifices aux démons et non à Dieu. Vous avez oublié le Dieu éternel, lui qui vous a nourris. Vous avez aussi attristé Jérusalem, elle qui vous a élevés. Car elle a vu fondre sur vous la colère qui vient de Dieu et elle a dit :
« Écoutez, voisines de Sion, Dieu m'a infligé un deuil cruel. J'ai vu la captivité que l'Éternel a infligée à mes fils et à mes filles. Je les avais élevés dans la joie. Je les ai laissés partir dans les larmes et dans le deuil. Que nul ne se réjouisse de mon sort, à moi qui suis veuve et délaissée par tout le monde. J'ai été abandonnée à cause des péchés de mes enfants, parce qu'ils se sont détournés de la loi de Dieu. Ils n'ont pas reconnu ses jugements, ni marché sur les chemins des commandements du Seigneur. Souvenez-vous de la captivité que l'Éternel a infligée à mes fils et à mes filles, car il a fait venir contre eux une nation lointaine, une nation insolente et de langue étrangère, sans respect pour le vieillard, sans pitié pour le petit enfant. Ils ont emmené les fils bien-aimés de la veuve. Ils l'ont rendue solitaire en la privant de ses filles. Et moi, comment pourrais-je vous aider ? Celui qui vous a infligé ces malheurs, lui seul vous arrachera à la main de vos ennemis. Allez, mes enfants, allez votre chemin. Moi, délaissée, je reste solitaire. J'ai quitté la robe de paix, j'ai revêtu le sac du suppliant. Vers l'Éternel, je lancerai mon cri au long de mes jours.
Courage, mes enfants, criez vers Dieu. Il vous arrachera au pouvoir, à la main des ennemis, car moi, j'ai mis dans l'Éternel mon espérance pour qu'il vous accorde le salut. Et il m'est venu une joie de la part du Seigneur, en raison de la miséricorde qui bientôt vous sera envoyée par l'Éternel, votre Sauveur. Dans les deuils et les larmes, je vous ai laissés partir, mais Dieu vous ramènera vers moi pour toujours dans la joie et l'allégresse. Comme les voisines de Sion voient maintenant votre captivité, ainsi verront-elles bientôt le salut que Dieu vous accordera, qui viendra vers vous avec grande gloire, dans la splendeur de l'Éternel.
Mes enfants, supportez avec patience la colère qui vous est venue de Dieu. L'ennemi t'a poursuivi, mais bientôt tu verras sa ruine. Tu mettras ton pied sur sa nuque. Mes tendres enfants ont marché par de rudes chemins. Ils ont été enlevés comme un troupeau emporté par l'ennemi. Courage, mes enfants, criez vers Dieu. Celui qui vous a infligé l'épreuve se souviendra de vous. Votre pensée vous a égarés loin de Dieu. Une fois convertis, mettez dix fois plus d'ardeur à le chercher. Car celui qui a fait venir sur vous ces calamités fera venir sur vous la joie éternelle en assurant votre salut. »
Courage, Jérusalem ! Il te consolera, celui qui t'a donné un nom. Mais malheur à ceux qui t'ont maltraitée et se sont réjouis de ta chute. Malheur aux villes dont les enfants furent esclaves. Malheur à celles qui reçurent tes fils. Comme elles s'étaient réjouies de ta chute et avaient pris plaisir à ton effondrement, ainsi seront-elles attristées par leur propre dévastation. Je lui ôterai sa fierté de ville populeuse. Je changerai son insolence en deuil. Un feu lui surviendra de la part de l'Éternel pour de longs jours. Elle sera la demeure des démons pour plus longtemps encore.
Regarde vers l'Orient, Jérusalem, et vois l'allégresse qui te vient de Dieu. Voici, ils reviennent, les fils que tu laissas partir. Ils reviennent rassemblés du levant au couchant par la parole du Dieu Saint, et ils se réjouissent de la gloire de Dieu.
Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours. Enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu. Mets sur ta tête le diadème de la gloire de l'Éternel. Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel, car Dieu, pour toujours, te donnera ces noms : « Paix de la justice » et « Gloire de la piété envers Dieu ».
Debout, Jérusalem ! Tiens-toi sur la hauteur et regarde vers l'Orient. Vois tes enfants rassemblés du couchant au levant par la parole du Dieu Saint. Ils se réjouissent parce que Dieu se souvient. Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène portés en triomphe, comme sur un trône royal. Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées. Ainsi, la terre sera aplanie afin qu'Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu. Sur l'ordre de Dieu, les forêts et les arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage. Car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice.
Commentaire
C'est beau, hein ?
Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère.
Ça, ça vous a donné des chants extrêmement beaux dans la liturgie. C'était le moment où le peuple a fait sienne la parole des prophètes et retournait à Dieu. C'est ça, ce que chantait ce livre de Baruch.
Bon, moi, en entendant cette parole, « quitte ta robe de tristesse », où on s'adresse à Jérusalem comme à une veuve qu'on veut consoler, vous m'excuserez, mais ça me fait penser à ma vie personnelle, à toutes les personnes que je connais autour de moi, même dans ma famille.
Pour le coup, ça va peut-être nous amener un peu loin de notre propos, mais je me dis que ce n'est peut-être pas mal aussi qu'on pense à elles. C'est toutes les personnes qui sont veufs et veuves, tous ceux qui ont perdu des êtres chers. C'est peut-être pour eux aussi, je me dis, que le livre de Baruch a été écrit. Et si jamais, en faisant cette prière finale, on peut alors leur adresser notre amitié et demander que Dieu les console, ça peut être aussi une belle manière, je me dis, de lire ce livre de Baruch.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, tu sais ce que c'est que de perdre quelqu'un qu'on aime. Seigneur, tu sais ce que c'est que de pleurer. Tu as vu les larmes d'Israël en exil. Tu as vu ce que c'était que d'avoir des enfants dispersés, une maison désertée.
Seigneur, tu as promis de ramener tes enfants à Jérusalem. Ramène aussi tous ceux parmi nous qui sont dans la peine. Ramène-les dans ta paix.
Toi qui as dit que la sagesse a habité sur terre, entre dans les maisons silencieuses et parle à leur cœur comme on parle à une amie. Montre-leur que leur vie n'est pas finie et que l'amour qui les a habités sur terre continue de vivre à travers toi.
Tu es le Dieu qui console. Tu es le Dieu qui essuie les larmes. Tu es le Dieu qui rend à la ville en ruine un vêtement de joie. Revêts aussi, Seigneur, l'âme de ceux qui sont dans le deuil du manteau de la lumière.
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