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Livre de · 6 chapitres

Baruch

Ba 4,5-29
Liturgie · samedi, 26ᵉ sem. ordinaire (impaire)
Bible Crampon (1923)

5 Prends Courage, ô mon peuple, souvenir d'Israël !

6 Vous avez été vendus aux nations, non pour la ruine ; mais parce que vous avez excité la colère de Dieu, vous avez été livrés aux oppresseurs.

7 Car vous avez irrité Celui qui vous a faits, en offrant des sacrifices aux démons, et non à Dieu.

8 Vous avez oublié Celui qui vous a nourris, Dieu éternel, et vous avez contristé celle qui vous a élevés, Jérusalem.

9 Car elle a vu fondre sur vous la colère de Dieu, et elle a dit : Écoutez, voisines de Sion, car Dieu m'a envoyé un grand deuil.

10 J'ai vu la captivité de mes fils et de mes filles, que l'Éternel a fait venir sur eux.

11 Je les avais nourris dans la joie, et je les ai laissés partir dans les larmes et le deuil.

12 Que nul ne se réjouisse en me voyant veuve, et délaissée d'un grand nombre ! Je suis déserte à cause des péchés de mes fils, parce qu'ils se sont détournés de la loi de Dieu,

13 qu'ils ont méconnu ses commandements, qu'ils n'ont pas marché dans la voie des préceptes de Dieu, et n'ont pas suivi les sentiers de la discipline, selon sa justice.

14 Qu'elles viennent, les voisines de Sion ! Souvenez-vous de la captivité de mes fils et de mes filles, que l'Éternel a amenée sur eux.

15 Car il a fait venir contre eux une nation lointaine, une nation cruelle, au langage barbare,

16 qui n'a eu ni respect pour le vieillard, ni compassion pour l'enfant, qui a emmené les bien-aimés de la veuve, et m'a laissée seule, privée de mes filles.

17 Et moi comment pourrais-je vous secourir ?

18 Celui qui a fait venir ces maux sur vous, c'est lui qui vous tirera de la main de vos ennemis.

19 Allez, mes fils, allez ; pour moi, je reste seule !

20 J'ai quitté la robe des jours heureux ; j'ai revêtu le sac de ma supplication ; je crierai au Très-Haut tous les jours de ma vie.

21 Courage, mes fils ; criez au Seigneur, et il vous arrachera à la puissance, aux mains de vos ennemis.

22 J'attends de l'Éternel votre délivrance, et la joie me vient, de la part du Saint, pour la miséricorde qui vous viendra bientôt de l'Éternel, votre Sauveur.

23 Je vous ai laissés partir dans les larmes et le deuil ; mais Dieu vous ramènera à moi dans la joie et l'allégresse, pour toujours.

24 Comme les voisines de Sion ont vu votre captivité, ainsi elles verront bientôt votre délivrance de la part de Dieu, laquelle vous viendra avec une grande gloire et un grand éclat de l'Éternel.

25 Mes fils, supportez avec patience la colère de Dieu qui est venue sur vous ; votre ennemi vous a persécutés ; mais bientôt vous verrez sa ruine, et mettrez le pied sur son cou.

26 Mes fils les plus délicats ont marché par d'âpres chemins ; ils ont été enlevés comme un troupeau volé par l'ennemi.

27 Courage, mes fils, et criez au Seigneur : car Celui qui a fait venir sur vous ces maux se souviendra de vous.

28 Car, comme votre pensée a été de vous éloigner de Dieu, revenus à lui, vous mettrez dix fois plus d'ardeur à le chercher.

29 Car Celui qui a fait venir sur vous le malheur, vous amènera, en vous sauvant, une joie éternelle.

— Ba 4,5-29 —
Commentaire

DU LIVRE DE BARUCH

Commentaire

1. Situation

Le Livre de Baruch est une collection de plusieurs pièces distinctes, regroupées parce qu'elles se rattachent à la ruine de Jérusalem en 587 et à l'exil des Israélites à Babylone.

Les différentes parties en sont : - confession et prière de Baruch 1, 1 - 3, 8), - Un poème de Sagesse (3, 9 - 4, 4), - Un message prophétique à différents destinataires (4, 5 - 5, 9), - Le morceau intitulé "Lettre de Jérémie", que l'on étudie toutefois souvent indépendamment du Livre de Batuch (6,1 -72).

Notre passage se situe dans la troisième partie de ces textes regroupés, que l'on peut intituler "appel prophétique à Israël".

D'après l'introduction du narrateur (1, 1b - 2), la confession des péchés et la prière se présentent comme composés à Babylone, 5 ans après la destruction de Jérusalem. Cependant, cette datation est contredite par d'autres affirmations de l'introduction, qui laissent entendre que le Temple du Seigneur (détruit en 587) est toujours debout et fonctionne normalement (1, 10 - 14). Il semblerait plutôt que cette confession des péchés et cette prière au Seigneur doivent être situées environ 10 ans plus tôt, alors qu'lsraël avait déjà été emmené en exil en 597, et que ceux qui ont été laissés sur place peuvent encore fréquenter le Temple.

Le livre se présente comme l'oeuvre de Baruch, fils de Nerias (1, 1 et Jérémie, 32, 12 - 16; 36, 4 - 32; 45, 1 - 5). En réalité, Baruch, le secrétaire de Jérémie, ne peut être l'auteur de ce livret qui porte son nom. D'autre part, le style des différentes pièces de ce livre variant d'un élément à un autre, on s'accorde à considérer que ce Libre de "Baruch" fut écrit entre 300 et les premières décennies de notre ère chrétienne (certains parlent même de 130 avant J.C.), et par plusieurs auteurs différents.

2. Message

Les membres du Peuple de Dieu sont invités sont invités à écouter Jérusalem qui leur parle ici comme une "Mère".

Pour cela, ils doivent prendre conscience de leur péché, de la façon dont ils se sont détournés de Dieu et ont attiré sa colère. En oubliant le Seigneur Dieu, ils ont attristé Jérusalem, leur mère, qui a vu fondre sur eux la colère de Dieu.

Les paroles mises ensuite dans la bouche de Jérusalem la font s'adresser aux villes qui sont ses voisines, auxquelles elle partage sa détresse d'avoir assisté à la déportation de ses fils, lui créant une situation de veuvage et de désolation.

Puis elle invite ses enfants à reprendre courage et à se rapprocher du Seigneur avec ardeur, qui, après les avoir châtiés, les délivrera.

3. Decouvertes

Dans cette toute dernière partie de ce Livre de Baruch, qui est une "adresse à Israël" (4, 5 - 5, 9), nous pouvons d'abord lire des paroles d'encouragement à Israël (4, 5 - 9a), puis une exhortation de Sion à ses enfants (4, 9b - 29), que suivent à leur tour des paroles prophétiques de consolation adressées à Jérusalem (4, 30 - 5, 9).

Une formule répétée fait le lien entre les trois parties de cette adresse à Israël : "Prenez courage" (4,5; 4, 21 - 27; 4, 30)

La personnification de Sion comme "Mère" est un trait dominant de cet ensemble : on pense que ce thème s'inspire de ce que l'on considère être la source de cette section : le 2ème Livre d'Isaïe, 45, 20 - 21; 50, 1; 54, 1 - 8, ainsi que dans la version grecque du psaume 87, 5.

En s'adressant aux communautés ou villes voisines, Sion en 4, 9. 14. 29, leur parle comme à des témoins de l'exil de ses enfants, et donc de sa douleur.

A propos du verset 4, 15 de notre page, voir Deutéronome, 28, 49 - 50.

Le message prophétique de consolation à Jérusalem (4, 30 à 5, 9) s'inspire beaucoup des livres 2 et 3 d'Isaïe (Isaïe, 40 - 66).

4. Prolongement

Jésus a pleuré sur Jérusalem, en s'adressant à elle comme une "Mère", dont il a voulu rassembler les enfants.

Mais, à la différence du message de Baruch, il la rend responsable de leur attitude :

34 " Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble sa couvée sous ses ailes..., et vous n'avez pas voulu !

35 Voici que votre maison va vous être laissée. Oui, je vous le dis, vous ne me verrez plus, jusqu'à ce qu'arrive le jour où vous direz : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! "

Dès les Pères de l'Eglise des premiers siècles, cette image de Sion-Mère a été appliquée à l'Eglise, considérée comme l'ensemble des communautés croyantes.

Déjà Paul identifiait sous le nom "d'Eglise", le "collectif" ou "l'ensemble" des membres d'une communauté locale, en envoyant ses lettres à "l'Eglise qui est à Corinthe... à Ephèse... etc."

Prière

*Seigneur Jésus, tu as souffert de l'incompréhension, du rejet, de ceux que tu voulais rassembler, et tu as prié avec insistance pour que ceux qui ont accepté de te suivre vivent, demeurent et progressent dans une profonde unité entre eux, comme avec le Père, par toi, dans l'Esprit Saint : apprends-moi à me considérer comme chargé de tous les frères et soeurs que tu places sur ma route, à favoriser tout ce qui peut les faire grandir en unité et générosité, ainsi que dans leur fidélité à Dieu, ton Père et notre Père. AMEN.

04.10.03*