Jour 222 ☾ — Le roi, le cèdre et la chute
← J222 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J223 ☼ →
Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 4 de Daniel, le frère Paul-Adrien lit le songe du grand arbre cosmique abattu sur l'ordre des vigilants, son interprétation par Daniel, puis l'accomplissement : Nabuchodonosor chassé d'entre les hommes, broutant l'herbe comme les bœufs, jusqu'à ce qu'il reconnaisse que le Très-Haut est maître du royaume des hommes. Le commentaire relie cette vision au livre d'Ézéchiel : le cèdre arrogant de l'Assyrie, mais surtout le chérubin de Tyr planté en Éden et jeté plus bas que terre. La bête que devient le roi — lion, aigle, bœuf, homme — est un tétramorphe dégénéré, un chérubin bestial : non pas une anecdote amusante mais un film d'horreur. L'épisode se termine par des extraits du cantique des trois jeunes gens dans la fournaise.
Introduction
Nous enchaînons les épisodes. Là, il sera question d'un cèdre. Alors, c'est toujours un peu curieux parce que dans les chapitres de Daniel, on a l'impression d'aller d'épisode en épisode et on ne voit pas très bien la logique. Donc, je vous laisse avec une question : comment cette histoire de cèdre se rattache-t-elle à tous les épisodes qu'on a déjà vus ? Et maintenant, Daniel, chapitre 4.
Lecture : Daniel 4
Tranquille dans ma maison et satisfait dans mon palais, j'ai eu un songe. Il m'a effrayé. Sur mon lit, je fus troublé par des pensées obsédantes et dans mon esprit par des visions. J'ai donné l'ordre d'introduire en ma présence tous les sages de Babylone pour qu'ils me fassent connaître l'interprétation du songe. Alors les magiciens, les mages, les devins et les astrologues entrèrent, et je leur racontai le songe, mais ils ne m'ont pas fait connaître son interprétation.
En dernier lieu, Daniel se présenta devant moi. Son nom est Beltassar, selon le nom de mon dieu, et il a en lui l'esprit des dieux saints. Je lui ai raconté le songe : « Beltassar, chef des magiciens, tu as en toi l'esprit des dieux saints, je le sais, et aucun mystère ne t'embarrasse. Voici le songe que j'ai fait. Dis-moi son interprétation.
Sur mon lit, je regardais les visions de mon esprit. Voici un arbre au milieu de la terre, d'une gigantesque hauteur. L'arbre grandit et il devint puissant. Sa hauteur atteignait le ciel et on le voyait de toute la terre. Son feuillage était beau, son fruit abondant. Il y avait en lui de la nourriture pour tous. Les animaux sauvages s'abritaient sous lui, les oiseaux du ciel demeuraient dans ses branches, toutes créatures se nourrissaient de lui.
Sur mon lit, je regardais les visions de mon esprit, lorsqu'un vigilant, un être saint, descendit du ciel. Il criait à pleine voix : "Abattez l'arbre ! Coupez ses branches, arrachez son feuillage et jetez son fruit. Que les bêtes quittent son abri et les oiseaux ses branches. Mais la souche avec les racines, laissez-les dans la terre, dans des chaînes de fer et de bronze, dans l'herbe des champs. L'arbre sera trempé de la rosée du ciel. Il partagera avec les bêtes l'herbe de la terre. Son cœur d'homme sera changé, un cœur de bête lui sera donné. Et sept temps passeront sur lui."
Voici la décision arrêtée par les vigilants, la résolution prise par les êtres saints, pour que les vivants le reconnaissent : le Très-Haut est maître du royaume des hommes. Il le donne à qui il veut. Il élève le plus humble des hommes.
Tel est le songe que j'ai eu, moi, le roi Nabuchodonosor. Toi, Beltassar, donne-moi son interprétation. Aucun sage de mon royaume n'a pu m'en faire connaître l'interprétation. Mais toi, tu le peux, puisque l'esprit des dieux saints est en toi. »
Alors Daniel, surnommé Beltassar, resta un instant terrifié et ses pensées l'épouvantaient. Le roi prit la parole et lui dit : « Beltassar, que le songe et son interprétation ne t'épouvantent pas. » Beltassar répondit : « Mon seigneur, que le songe soit pour tes ennemis et son interprétation pour tes adversaires.
L'arbre que tu as vu, grand, puissant, élevé, atteignant le ciel et visible de toute la terre, dont le feuillage était beau et le fruit abondant, en qui il y avait de la nourriture pour tous, sous lequel s'abritaient les animaux sauvages et dans les branches duquel demeuraient les oiseaux : c'est toi, ô roi. Tu es devenu grand, puissant. Tu as grandi au point d'atteindre le ciel et ta domination s'étend jusqu'aux extrémités de la terre.
Puis, ô roi, tu as vu un vigilant, un être saint, descendu du ciel et qui disait : "Abattez l'arbre et détruisez-le, mais laissez dans la terre la souche avec les racines, dans des chaînes de fer et de bronze, dans l'herbe des champs, et qu'il soit trempé de la rosée du ciel et partage le sort des animaux sauvages jusqu'à ce que sept temps passent sur lui."
Cette vision, ô roi, en voici l'interprétation. C'est la décision du Très-Haut qui atteint mon seigneur le roi. Tu seras chassé d'entre les hommes. Tu auras ta demeure avec les animaux sauvages. On te nourrira d'herbe comme les bœufs. Tu seras trempé de la rosée du ciel et sept temps passeront sur toi, jusqu'au moment où tu reconnaîtras que le Très-Haut est maître du royaume des hommes et le donne à qui il veut.
Et si l'on a dit de laisser en terre la souche avec les racines de l'arbre, c'est que ta royauté se maintiendra quand tu auras reconnu que le Ciel est le maître. Aussi, que mon conseil te paraisse bon, ô roi. Rachète tes péchés par ta justice et tes fautes par la pitié envers les malheureux. S'il en est ainsi, ta tranquillité se prolongera. »
Tout cela arriva au roi Nabuchodonosor. Douze mois après, comme il se promenait sur la terrasse du palais royal de Babylone, le roi prit la parole et dit : « N'est-ce pas ici Babylone la grande ? Moi, je l'ai bâtie comme une maison royale par la puissance de ma force et pour la gloire de ma majesté. »
Ses paroles étaient encore dans sa bouche quand une voix tomba du ciel : « C'est à toi que l'on parle, ô roi Nabuchodonosor. On te retire la royauté. Tu seras chassé d'entre les hommes. Tu auras ta demeure avec les animaux sauvages. On te nourrira d'herbe comme les bœufs, et sept temps passeront sur toi, jusqu'au moment où tu reconnaîtras que le Très-Haut est maître du royaume des hommes et le donne à qui il veut. »
À l'instant même, la parole s'accomplit pour Nabuchodonosor. Il fut chassé d'entre les hommes. Il mangea de l'herbe comme les bœufs. Son corps fut trempé de la rosée du ciel, jusqu'à ce que ses cheveux grandissent comme des plumes d'aigle et ses ongles comme des griffes d'oiseau.
Au bout des jours fixés, moi, Nabuchodonosor, je levai les yeux vers le ciel et l'intelligence revint en moi. Alors je bénis le Très-Haut, je célébrai l'Éternel vivant et lui rendis gloire. Son pouvoir est un pouvoir éternel. Son royaume s'étend d'âge en âge. Tous les habitants de la terre sont comptés pour rien. Il fait ce qui lui plaît de l'armée du ciel et des habitants de la terre. Nul ne fait obstacle à sa main. Personne ne lui dit : « Que fais-tu ? »
Et à ce moment-là, l'intelligence me revint. Ma splendeur et mon éclat me revinrent aussi, pour la gloire de mon règne. Mes conseillers et les grands de mon royaume me réclamèrent. Je fus rétabli dans ma royauté et un surcroît de grandeur me fut accordé.
Maintenant, moi, Nabuchodonosor, je bénis, j'exalte et célèbre le Roi du ciel. Toutes ses actions sont vérité et ses chemins justice. Il peut rabaisser ce qui marche dans l'arrogance.
Commentaire
Alors, c'est quoi le rapport entre cette vision d'un cèdre et d'un roi qui se transforme en animal avec le reste ? On ne voit pas très bien le rapport. Eh bien, c'est là où vous allez être contents de voyager avec moi, parce qu'en fait, ça s'explique à partir d'un autre livre que vous avez déjà lu. Donc, normalement, ça ira pour vous : le livre d'Ézéchiel.
Dans Ézéchiel, il y a déjà des visions avec des grands cèdres. Notamment une, au chapitre 31, pour dépeindre l'empire assyrien qu'Ézéchiel compare à un grand cèdre qui s'est pris pour l'égal d'un dieu et que donc on va abattre. Voilà pour l'arrogance. OK, mais on n'a pas encore tout expliqué.
Par exemple, comment est-ce qu'on est passé d'un songe où il y avait une statue qui représentait un homme, à un songe où l'homme est représenté par un arbre ? Ça veut dire que, dans le premier cas, ce sur quoi on insistait, c'était sur l'humanité de l'empire. Une humanité qui était fragile. Alors que là, dans cette deuxième vision, on insiste sur l'arrogance de cet empire qui veut toucher jusqu'au ciel. Et en fait, on est passé de l'un à l'autre parce que, vu la manière dont Nabuchodonosor a réagi quand il eut le premier songe, il s'est dit : cette statue, c'est moi. Là, c'est Dieu qui est en train de lui dire : non, non, non, mauvaise réaction. En fait, tu ne ressembles pas à une statue, tu ressembles à un cèdre arrogant qu'on va abattre. C'est la réponse du berger à la bergère. Mais ça reste la même vision, dont on est en train d'approfondir le sens.
Bon, OK. Et ensuite, on voit ce que provoque cette vision. On voit Nabuchodonosor qui se transforme en animal. Alors on se dit : comment est-ce qu'on est passé d'un cèdre à un animal ? C'est quoi le rapport ? Et même, est-ce que c'est simplement possible, cette affaire ? Alors, les exégètes vont du côté de l'archéologie. On vous exhume la prière d'un roi, la prière du roi Nabonide, qui aurait été malade pendant sept ans et guéri par un médecin juif. On vous parle de la lycanthropie ou de la boanthropie, une maladie psychiatrique où des hommes se prennent pour des animaux. Mais on se dit : ce n'est pas dit que ce soit quand même là où veut nous amener le récit.
Donc on regarde un peu plus cet animal, qu'on va mettre sous le microscope, et on va ressortir Ézéchiel, on va voir ce que ça va donner. Cet animal qu'est devenu Nabuchodonosor : on a commencé par vous dire que c'était un animal sauvage. C'est quoi, l'animal sauvage par excellence ? L'animal sauvage par excellence, c'est le lion. Et d'ailleurs, les Babyloniens adoraient les lions. Ils en mettaient partout sur leurs temples. Ensuite, on vous a dit qu'il allait avoir des ailes de vautour et d'aigle, qui allaient lui pousser comme des crocs et des griffes. Donc, un aigle. Ensuite, on vous a dit qu'il allait brouter comme un bœuf, comme un taureau, et qu'après on allait lui donner un cœur d'homme.
Donc, en fait, ce n'est pas une maladie psychiatrique, cette affaire. C'est une chimère. Et une chimère qui est à la fois un lion, un bœuf, un aigle et un homme. Dans Ézéchiel, on n'a pas déjà vu des choses comme ça ? Mais si, mes petits bichons ! La première grande vision, la mère de toutes les visions : le chariot divin. Vous vous souvenez ? On avait vu le trône divin sur une mer de saphir, porté par des chérubins à visages d'aigle, de bœuf, de lion et d'homme, nos fameux tétramorphes. Eh bien, voilà qu'on les a retrouvés ici, qui affleurent sous les traits d'un roi païen, Nabuchodonosor. Sauf que, évidemment, ce n'est pas un chérubin céleste. C'est un chérubin bestial. C'est une dégénérescence. Mais c'est raconté dans les mêmes termes.
Alors, Nabuchodonosor, il se reprend au dernier moment — et on avait vu qu'il était aussi de bonne foi, il avait été sympa avec Daniel, et que, ah, c'est un gros lourd, mais il est capable de voir ses erreurs. Donc, au dernier moment, on lui donne un cœur d'homme et il retrouve apparence humaine. Mais l'espace d'un instant, il nous a semblé voir autre chose derrière lui.
C'est là où je vous dis que le livre de Daniel, c'est toujours cette même vision, ce même songe qui est en train de partir dans tous les sens. Où est-ce qu'on est en train d'arriver, là ? Et c'est là encore, à nouveau, qu'il faut ressortir Ézéchiel. Il y a une dernière vision, la vision contre Tyr. On vous disait que Tyr était comme un chérubin planté dans le jardin d'Éden. Notre jardin d'Éden, c'était ce cèdre sous les branches duquel venaient s'abriter tous les hommes et qui, en fait, était comme un chérubin avec ses ailes protectrices. Mais voilà qu'il a voulu se faire l'égal de Dieu — ça, c'est toujours ce que disait Ézéchiel contre Tyr — et que donc on l'avait jeté plus bas que terre, et que ce chérubin paradisiaque était devenu un monstre de l'abîme. Et pendant un instant, vous venez de le voir, ce monstre.
Moi, je vous dis que cette anecdote qu'on trouve bizarre, à la fois amusante — parce que, tiens, c'est curieux, il est devenu un bœuf, un roi Nabuchodonosor qui ressemble maintenant à un aigle, un bœuf, etc., on a bien rigolé — non, non, non, non, non, on ne rigole pas du tout. Quand on regarde ça avec les yeux de la Bible, et en se disant que Daniel, qui est une sorte d'Einstein, de prophète, d'apocalypticien génial, qui a découvert le secret, le décret divin, qui est passé par-delà le voile — en fait, ça fout carrément les pétoches. Ce ne sont pas du tout des petites anecdotes. C'est un film d'horreur, Daniel. Ouh, doux Jésus.
On termine par une prière. Je vous propose qu'on se plonge dans cette prière qu'il y avait dans l'épisode précédent, mais qui était dans le texte grec, et que vous n'avez donc pas entendue. Mais elle est tellement magnifique qu'on la commence — on n'aura pas le temps de tout dire, mais on en dira des extraits : le cantique des trois jeunes gens dans la fournaise.
Prière
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Ainsi pria Azarias au milieu de la fournaise :
Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères. Loué sois-tu, glorifié soit ton nom pour les siècles. Oui, tu es juste en tout ce que tu fais.
Il n'est plus en ce temps ni prince, ni chef, ni prophète, plus d'holocauste ni de sacrifice, plus d'oblation ni d'offrande d'encens, plus de lieu où t'offrir nos prémices pour obtenir ta miséricorde.
Mais nos cœurs brisés, nos esprits humiliés, reçois-les comme un holocauste de béliers, de taureaux, d'agneaux gras par milliers. Que notre sacrifice en ce jour trouve grâce devant toi, car il n'est pas de honte pour qui espère en toi.
← J222 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J223 ☼ →