Jour 223 ☼ — Un festin, une main, des lions
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Résumé : Cet épisode couvre les chapitres 5 et 6 du livre de Daniel : le festin sacrilège du roi Balthazar, la main mystérieuse qui écrit sur le mur, l'interprétation de Daniel annonçant la fin de l'empire babylonien, puis, sous Darius le Mède, le complot des satrapes et la nuit de Daniel dans la fosse aux lions. Le frère Paul-Adrien situe rapidement la réalité historique de ces événements — approximations assumées du récit — pour en dégager la vraie pointe : la succession des empires ne s'explique pas par la puissance militaire, mais par une arrogance blasphématoire qui agit en eux comme un ferment de destruction. Pendant ce temps, Daniel poursuit son chemin et devient le numéro trois de l'empire : l'exil, manifestement, réussit au peuple juif. L'épisode se termine par les Proverbes 15, 16-20.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Nous continuons notre histoire de Daniel. Jusqu'où ça va nous amener ? Dans ces chapitres, on va prendre un tout petit peu de recul. Daniel, ce n'est pas seulement le prophète arrivé à son avatar suprême, l'apocalypticien qui décrypte les songes. Daniel, c'est aussi l'histoire du peuple juif en exil. Et je vous avais dit qu'on allait d'empire en empire, que Daniel était à la bascule. Eh bien, ça va être les chapitres d'aujourd'hui. Exit Nabuchodonosor. On est avec le dernier empereur babylonien, Balthazar. Un nouvel empire va les remplacer. Et voilà la manière dont la Bible parle de cette bascule.
Daniel, chapitres 5 et 6.
Lecture : Daniel 5-6
Le roi Balthazar donna un somptueux festin pour les grands du royaume, au nombre de mille. Et il se mit à boire du vin en leur présence. Excité par le vin, il fit apporter les vases d'or et d'argent que son père, Nabuchodonosor, avait enlevés au Temple de Jérusalem. Il voulait y boire, avec ses grands, ses épouses et ses concubines.
On apporta donc les vases d'or enlevés du Temple, de la maison de Dieu à Jérusalem. Et le roi, ses grands, ses épouses et ses concubines s'en servirent pour boire. Après avoir bu, ils entonnèrent la louange de leurs dieux d'or et d'argent, de bronze et de fer, de bois et de pierre.
Soudain, on vit apparaître, en face du candélabre, les doigts d'une main d'homme qui se mit à écrire sur le mur, sur la paroi de la salle du banquet royal. Lorsque le roi vit cette main qui écrivait, il changea de couleur. Son esprit se troubla, il fut pris de tremblements et ses genoux s'entrechoquèrent.
Le roi cria de faire entrer les mages, les devins, les astrologues. Il prit la parole et dit aux sages de Babylone : « L'homme qui lira cette inscription et me l'interprétera, on le revêtira de pourpre, on lui mettra un collier d'or, et il sera le troisième personnage du royaume. »
Tous les sages du roi entrèrent donc. Mais ils ne purent lire l'inscription ni en donner au roi l'interprétation. Le roi Balthazar en était épouvanté, son visage changea de couleur et les grands du royaume furent atterrés.
La reine, alertée par les paroles du roi et des grands, entra dans la salle du banquet. Elle prit la parole et dit : « Ô roi, puisses-tu vivre à jamais ! Que tes pensées ne t'épouvantent pas, que ton visage ne change pas de couleur. Dans ton royaume, un homme possède en lui l'esprit des dieux saints. Du temps de ton père, on a trouvé en lui une lumière, une intelligence et une sagesse pareille à la sagesse des dieux. Le roi Nabuchodonosor, ton père, le nomma chef des magiciens, des mages, des devins et des astrologues. Il fit ainsi parce qu'on avait trouvé en ce Daniel, à qui le roi avait donné le nom de Baltassar, un esprit supérieur, une intelligence, une clairvoyance pour interpréter les songes, déchiffrer les énigmes et dénouer les difficultés. Donc, que ce Daniel soit appelé, et il donnera l'interprétation. »
On fit venir Daniel devant le roi, et le roi lui dit : « Es-tu bien Daniel, l'un de ces déportés amenés de Juda par le roi mon père ? J'ai entendu dire qu'un esprit des dieux réside en toi et qu'on trouve chez toi une clairvoyance, une intelligence et une sagesse extraordinaires. Et maintenant, on a fait venir en ma présence les sages et les mages pour lire cette inscription et m'en faire connaître l'interprétation, mais ils n'ont pas été capables de me la donner. J'ai entendu dire aussi que tu es capable de donner des interprétations et de résoudre des questions difficiles. Si tu es capable de lire cette inscription et de me l'interpréter, tu seras revêtu de pourpre, tu porteras un collier d'or et tu seras le troisième personnage du royaume. »
Daniel répondit au roi : « Garde tes cadeaux et offre à d'autres tes présents. Moi, je lirai au roi l'inscription et je lui en donnerai l'interprétation. Ô roi, le Dieu Très-Haut avait donné à ton père, le roi Nabuchodonosor, la royauté, la grandeur, la gloire et la splendeur. La grandeur qui lui était donnée faisait trembler de crainte devant lui toutes les nations, tous les peuples, les gens de toutes langues. Il tuait qui il voulait, il laissait vivre qui il voulait, il élevait qui il voulait, abaissait qui il voulait. Mais lorsque son cœur devint hautain, son esprit dur jusqu'à l'orgueil, il fut jeté à bas de son trône royal et sa gloire lui fut retirée. On le chassa d'entre les hommes, son cœur devint comme celui des bêtes, il demeura avec les ânes sauvages, on le nourrissait d'herbe comme les bœufs, son corps était trempé par la rosée du ciel, jusqu'au moment où il reconnut que le Dieu Très-Haut est maître du royaume des hommes et place à sa tête qui il veut. Toi, son fils Balthazar, tu n'as pas abaissé ton cœur, et pourtant tu savais tout cela. Tu t'es élevé contre le Seigneur du ciel, tu t'es fait apporter les vases de sa Maison, et vous y avez bu du vin, toi, les grands de ton royaume, tes épouses et tes concubines. Vous avez entonné la louange de vos dieux d'or et d'argent, de bronze et de fer, de bois et de pierre, ces dieux qui ne voient pas, qui n'entendent pas, qui ne savent rien. Mais tu n'as pas rendu gloire au Dieu qui tient dans sa main ton souffle et tous tes chemins. C'est pourquoi il a envoyé cette main et fait tracer cette inscription. Et voici le texte : Mené, Mené, Teqel, Oufarsine. Et voici l'interprétation de ces mots. Mené, c'est-à-dire compté : Dieu a compté les jours de ton règne et y a mis fin. Teqel, c'est-à-dire pesé : tu as été pesé dans la balance et tu as été trouvé trop léger. Oufarsine, c'est-à-dire partagé : ton royaume a été partagé et donné aux Mèdes et aux Perses. »
Alors Balthazar ordonna de revêtir Daniel de pourpre, de lui mettre au cou un collier d'or et de proclamer qu'il deviendrait le troisième personnage du royaume. Et cette nuit-là, Balthazar, le roi des Chaldéens, fut tué. Darius le Mède reçut le royaume. Il avait soixante-deux ans.
Darius jugea bon d'établir sur son royaume cent vingt satrapes pour tout le royaume. Et au-dessus d'eux, trois ministres auxquels ces satrapes rendraient des comptes, pour que le roi ne soit pas lésé. L'un d'entre eux était Daniel. Or, Daniel l'emporta sur les autres ministres et les satrapes, parce qu'il avait en lui un esprit supérieur. Le roi avait l'intention de le placer à la tête de tout le royaume.
Pour cette raison, les ministres et les satrapes cherchaient à prendre Daniel en faute dans les affaires du royaume. Mais ils ne pouvaient trouver ni faute ni erreur, parce qu'il était fidèle et qu'on ne pouvait lui imputer ni négligence ni erreur. Ces hommes dirent : « Nous ne trouvons aucune faute en Daniel. Trouvons-en une à propos de la loi de son Dieu. »
Alors ces ministres et ces satrapes se précipitèrent chez le roi et lui parlèrent ainsi : « Ô roi Darius, puisses-tu vivre à jamais ! Après concertation, tous les ministres du royaume, les préfets, les satrapes, les conseillers et les gouverneurs te proposent de promulguer un décret pour donner force de loi à l'interdiction suivante : tout homme qui, dans les trente jours à venir, adressera une prière à un autre dieu ou à un autre homme que toi, ô roi, sera jeté dans la fosse aux lions. Maintenant, roi, promulgue cette interdiction. Fais-la mettre par écrit afin qu'on n'y change rien, selon la loi irrévocable des Mèdes et des Perses. » Et le roi Darius fit mettre l'interdiction par écrit.
Lorsque Daniel sut que l'acte avait été rédigé, il entra dans sa maison. Les fenêtres de sa chambre la plus haute s'ouvraient en direction de Jérusalem, et trois fois par jour il se mettait à genoux, s'adonnant à l'intercession et à la louange en présence de son Dieu, comme il l'avait toujours fait. Les hommes qui avaient comploté contre lui se précipitèrent et le surprirent en train de prier et de supplier en présence de son Dieu.
Ils allèrent trouver le roi et lui dire : « N'as-tu pas fait mettre par écrit cette interdiction : tout homme qui, dans les trente jours à venir, adressera une prière à un dieu ou à un homme autre que le roi sera jeté dans la fosse aux lions ? » Le roi répondit : « Oui, c'est la décision que j'ai prise. Et selon la loi des Mèdes et des Perses, elle est irrévocable. » Ils dirent alors au roi : « Daniel, un des déportés de Juda, ne tient compte ni de toi, ô roi, ni de ton interdiction. Trois fois par jour, il fait sa prière. »
En apprenant cela, le roi fut très contrarié et se préoccupa de sauver Daniel. Jusqu'au coucher du soleil, il chercha comment le soustraire à la mort. Les mêmes hommes revinrent à la charge auprès du roi : « N'oublie pas, ô roi, que selon la loi des Mèdes et des Perses, toute interdiction, tout décret porté par le roi est irrévocable. »
Alors le roi ordonna d'emmener Daniel, et on le jeta dans la fosse aux lions. Il dit à Daniel : « Ton Dieu, que tu sers avec tant de constance, c'est lui qui te délivrera. » On apporta une plaque de pierre et on la plaça sur l'ouverture de la fosse. Le roi la scella avec le cachet de son anneau et celui des grands du royaume, pour que la condamnation de Daniel fût irrévocable.
Puis le roi rentra dans son palais. Il passa la nuit sans manger ni boire. Il ne fit venir aucune concubine. Il ne put trouver le sommeil. Il se leva dès l'aube, au petit jour, et il se rendit en hâte à la fosse aux lions. Arrivé près de la fosse, il appela Daniel d'une voix angoissée. « Daniel, serviteur du Dieu vivant, ton Dieu que tu sers avec tant de constance a-t-il pu te faire échapper aux lions ? » Daniel répondit au roi : « Ô roi, puisses-tu vivre à jamais ! Mon Dieu a envoyé son ange qui a fermé la gueule des lions. Ils ne m'ont fait aucun mal, car j'avais été reconnu innocent devant lui, et devant toi, ô roi, je n'avais rien fait de criminel. »
Le roi ressentit une grande joie et ordonna de tirer Daniel de la fosse. On l'en retira donc. Il n'avait aucune blessure, car il avait eu foi en son Dieu.
Le roi ordonna d'amener les accusateurs de Daniel et de les jeter dans la fosse aux lions, avec leurs enfants et leurs femmes. Or, avant même qu'ils soient au fond de la fosse, les lions les avaient happés et leur avaient broyé les os.
Alors le roi Darius écrivit à tous les peuples, nations et gens de toutes langues qui habitent sur toute la terre : « Que votre paix soit grande ! Voici l'ordre que moi je donne dans toute l'étendue de mon empire : on doit trembler de crainte devant le Dieu de Daniel, car il est le Dieu vivant. Il demeure éternellement. Son règne ne sera pas détruit. Sa souveraineté n'aura pas de fin. Il délivre et il sauve. Il accomplit des signes et des prodiges au ciel et sur la terre, lui qui a sauvé Daniel de la griffe des lions. »
Daniel, quant à lui, prospéra sous le règne de Darius et sous le règne de Cyrus le Perse.
Commentaire
Ah, évidemment, il y aurait plein de choses à dire, ça me déprime, je n'ai pas le temps ! Ah là là là là ! Ce n'est pas la Bible en un an qu'il faudrait faire, c'est la Bible en deux ans ! Ok, on y va rapidement !
Quelle est la réalité historique des événements qu'on vient de vous décrire ? Pour un Balthazar, on aurait effectivement un corégent avec le roi Nabonide, même si ce n'est pas le fils de Nabuchodonosor mais de Nabonide — enfin bon, je vous passe les détails. Darius le Mède, inconnu au bataillon, mais en même temps, la statue avait parlé de l'empire mède, il fallait bien caser les Mèdes à un moment donné. Et de fait, les livres d'histoire nous raconteront comment l'empire babylonien tomba, parce que les prêtres se rebellèrent contre Nabonide et son corégent de fils, Balthazar, en ouvrant de nuit les portes à Cyrus le Grand.
Donc, beaucoup d'approximations qui à la fois tombent justes et ne tombent pas tout à fait justes, ce qui n'est pas très grave parce que ce n'est pas là la pointe du récit. La pointe du récit, c'est de vous amener à un autre regard sur l'histoire. On est en train de vous montrer des successions d'empires qui à la fois sont différents et se ressemblent. C'est à la fois le même mélange d'admiration et de persécution. Et ce que le narrateur vous dit, c'est que la succession des empires ne s'explique pas par la puissance sur le champ de bataille, mais par une arrogance blasphématoire qui est comme cachée en eux, mais qui pourtant agit comme un ferment de destruction.
En attendant — et c'est là l'autre leçon aussi — ça n'empêche pas Daniel de continuer son petit bonhomme de chemin. Le voilà arrivé, maintenant il est le numéro 3 de l'empire. C'est pas mal, ce n'est pas rien. Et derrière Daniel, c'est tout le peuple juif dont on est en train de vous raconter l'exil. Manifestement, l'exil est en train de leur réussir. Ça ne se passe pas si mal que ça, en fait.
Et maintenant, livre des Proverbes. Proverbes 15, 16 à 20.
Proverbes 15,16-20
Mieux vaut peu avec la crainte du Seigneur qu'un grand trésor et ses embarras.
Mieux vaut un plat de légumes servi avec amour que du veau gras servi avec de la haine.
Un homme irascible provoque la querelle, un homme patient apaise la dispute.
Le chemin du paresseux est un buisson de ronces, la route des honnêtes gens est dégagée.
Le fils sage fait la joie de son père. Insensé, l'homme qui méprise sa mère.
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