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Livre de · 14 chapitres

Daniel

Dn 5,1-28
Liturgie · mercredi, 34ᵉ sem. ordinaire (impaire)
Bible Crampon (1923)

1 Le roi Baltasar fit un grand festin à mille de ses princes, et en présence de ces mille il but du vin.

2 Excité par le vin, Baltasar fit apporter les vases d'or et d'argent que Nabuchodonosor, son père, avait enlevés du temple qui est à Jérusalem, afin que le roi et ses princes, ses femmes et ses concubines, s'en servissent pour boire.

3 Alors on apporta les vases d'or qui avaient été enlevés du temple de la maison de Dieu qui est à Jérusalem, et le roi et ses princes, ses femmes et ses concubines s'en servirent pour boire.

4 Ils burent du vin, et ils louèrent les dieux d'or et d'argent, d'airain, de fer, de bois et de pierre.

5 A ce moment apparurent des doigts de main humaine qui écrivaient, en face du candélabre, sur la chaux de la muraille du palais royal ; et le roi vit le bout de la main qui écrivait.

6 Alors le roi changea de couleur, et ses pensées le troublèrent ; les jointures de ses reins se relâchèrent et ses genoux se heurtèrent l'un contre l'autre.

7 Le roi cria avec force qu'on fit venir les magiciens, les Chaldéens et les astrologues ; et le roi prit la parole et dit aux sages de Babylone : " Quiconque lira cette écriture et m'en fera connaître la signification, sera revêtu de pourpre et portera au cou une chaîne d'or, et il commandera en troisième dans le royaume. "

8 Alors tous les sages du roi entrèrent, mais ils ne purent lire ce qui était écrit, ni en faire savoir la signification au roi.

9 Alors le roi Baltasar fut très effrayé ; il changea de couleur, et ses princes furent consternés.

10 La reine, apprenant les paroles du roi et de ses princes, entra dans la salle du festin ; la reine prit la parole et dit : " O roi, vis éternellement ! Que tes pensées ne te troublent pas, et que tes couleurs ne changent point !

11 Il y a un homme de ton royaume en qui réside l'esprit des dieux saints ; dans les jours de ton père, on trouva en lui une lumière, une intelligence et une sagesse pareilles à la sagesse des dieux. Aussi le roi Nabuchodonosor ton père, — le roi, ton père, — l'établit chef des lettrés, des magiciens, des Chaldéens, des astrologues,

12 parce qu'un esprit supérieur, de la science et de l'intelligence pour interpréter les songes, pour faire connaître les énigmes et résoudre les questions difficiles furent trouvés en lui, en Daniel, à qui le roi avait donné le nom de Baltassar. Qu'on appelle donc Daniel et il te fera connaître la signification ! "

13 Alors Daniel fut introduit devant le roi. Le roi prit la parole et dit à Daniel : " Es-tu ce Daniel, l'un des captifs de Juda, que le roi, mon père, a amenés de Judée ?

14 J'ai entendu dire à ton sujet que l'esprit des dieux est en toi, qu'une lumière, une intelligence et une sagesse extraordinaires se trouvent en toi.

15 On vient d'introduire devant moi les sages et les magiciens pour lire cette écriture et m'en faire savoir la signification ; mais ils n'ont pu me faire connaître la signification de ces mots.

16 Et moi, j'ai entendu dire de toi que tu peux donner les significations et résoudre les questions difficiles. Si donc tu peux lire ce qui est écrit et m'en faire savoir la signification, tu seras revêtu de pourpre, tu porteras au cou une chaîne d'or, et tu commanderas en troisième dans le royaume. "

17 Alors Daniel prit la parole et dit devant le roi : " Que tes dons soient à toi, et donne à un autre tes présents ! Toutefois je lirai au roi ce qui est écrit et je lui en ferai savoir la signification.

18 O roi, le Dieu Très-Haut avait donné à Nabuchodonosor, ton père, la royauté et la grandeur, la gloire et la majesté ;

19 et à cause de la grandeur qu'il lui avait donnée, tous les peuples, nations et langues étaient dans la crainte et tremblaient devant lui ; il faisait mourir qui il voulait, et il donnait la vie à qui il voulait ; il élevait qui il voulait, et il abaissait qui il voulait.

20 Mais son cœur s'étant élevé et son esprit s'étant endurci jusqu'à l'arrogance, on le fit descendre du trône de sa royauté et la grandeur lui fut ôtée.

21 Il fut chassé du milieu des enfants des hommes, son cœur devint semblable à celui des bêtes et sa demeure fut avec les ânes sauvages ; on le nourrit d'herbe comme les bœufs, et son corps fut trempé de la rosée du ciel, jusqu'à ce qu'il reconnût que le Dieu Très-haut domine sur la royauté des hommes, et qu'il y élève qui il lui plaît.

22 Et toi, son fils, Baltasar, tu n'as pas humilié ton cœur, quoique tu susses toutes ces choses.

23 Mais tu t'es élevé contre le Seigneur du ciel ; on a apporté devant toi les vases de sa maison, et toi, tes princes, tes femmes et tes concubines, vous y avez bu du vin ; tu as loué les dieux d'argent et d'or, d'airain, de fer, de bois et de pierre, qui ne voient, ni n'entendent, ni ne connaissent rien ; et le Dieu qui a dans sa main ton souffle et de qui relèvent toutes tes voies, tu ne l'as pas glorifié.

24 C'est alors qu'a été envoyé de sa part ce bout de main et qu'a été tracé ce qui est écrit là.

25 Voici l'écriture qui a été tracée : MENÉ MENÉ. THEQEL. OUPHARSIN.

26 Et voici la signification de ces mots : Mené (compté) : Dieu a compté ton règne et y a mis fin.

27 Theqel (pesé) : tu as été pesé dans les balances et trouvé léger.

28 Perès (divisé) : ton royaume sera divisé et donné aux Mèdes et aux Perses. "

— Dn 5,1-28 —
Commentaire

DU LIVRE DE DANIEL

Commentaire

1. Situation

Le Livre de Daniel ne porte pas le nom de son auteur, mais du principal personnage qui en est le sujet.

On ne sait pas qui est ce "Daniel" : ni l'un des fils de David (1 Chroniques, 3, 1), ni l'un des captifs de retour de Babylone après l'exil (Esdras, 8, 2 et Néhémie, 10, 7), ni l'illustre contemporain de Noé ou de Job, dont parle Ezéchiel en le nommant "Danel" (Ezéchiel, 14, 14 et 20), ainsi que le livre de la Sagesse (Sagesse, 28, 3). Tout au plus, peut-on dire, ce nom de "Daniel" signifie "mon juge, c'est Dieu" ou "Dieu a jugé".

Ce Livre de Daniel se divise en 2 parties sensiblement égales :

  • 6 histoires édifiantes concernant Daniel et ses 3 compagnons à la cour royale de Babylone (Daniel, 1 - 6),
  • 4 visions de 4 royaumes, dans lesquels se trouvent les Juifs depuis la conquête de Juda par Babylone, jusqu'à l'établissement pour eux du Royaume même du Dieu d'Israêl.

Ce qui veut dire qu'on ne peut comprendre ce Livre de Daniel sans un regard sur les grands empires qui se sont succédé au Moyen Orient : l'empire Babylonien (605 - 539), l'empire Perse (550 - 331), l'Empire Grec d'Alexandre le Grand et ses successeurs, dont, parmi enx, les dynasties des Ptolémées en Egypte et des Séleucides en Syrie (336 - 164).

Le dernier de ces rois Séleucides, Antiochus Epiphane (175 - 164), prit la décision politique d'hélléniser les Juifs de Palestine, et de les forcer ainsi à abandonner Ia religion de leurs pères pour se rallier aux cultes païens du reste de son royaume. Ce qui entraîna la révolte réussie des frères Maccabées (voir 1 et 2 Maccabées), et ce qui constitue également le thème de base du Livre de Daniel.

Le livre de Daniel nous offre ainsi une réflexion sur cette relation conflictuelle entre la religion d'Israël et le paganisme, en essayant de se situer du point de vue de Dieu. En nous montrant que Dieu a prévu et toléré ces événements, le Livre de Daniel nous révèle la supériorité de la Sagesse d'Israël, ainsi que la maîtrise de Dieu sur tous les événements de l'histoire des hommes (Daniel, 2, 21 ).

Dans la 1ère partie de son Livre (Daniel, 1 - 6), l'auteur de Daniel nous raconte des "histoires" ou "récits" dans le but de nous livrer un enseignement moral. Ces récits peuvent être de pures inventions de l'auteur ou des développements très libres à partir d'événements réels.

Dans la 2nde partie de son l..ivre (Daniel, 7 - 12), l'auteur s'exprime selon le genre "apocalyptique", fait de révélations mystérieuses, de visions fantastiques, de rencontres d'anges ou messagers célestes, le tout pour nous annoncer l'établissement d'un Règne défintif de Dieu à la fin des temps.

Dans de tels récits, des événements réels du passé, et antérieurs à l'auteur, sont présentés comme des prophéties de l'avenir. Cette seconde partie, dans son ensemble, nous offre une vision divine de l'histoire des hommes, située dans le plan de Dieu. L'auteur a dû écrire son livre peu de temps avant la mort du roi persécuteur Antiochus Epiphane, soit vers 165. On ne sait si cet auteur est unique, on pense volontiers qu'il ne l'est pas, mais le Livre est suffisamment unifié pour indiquer au moins une même école de pensée, au cas où il serait l'oeuvre de plusieurs.


Avec cette page du chapitre 5 du Livre de Daniel, nous en sommes à la 5ème des 6 belles histoires édifiantes qui constituent la 1ère partie du Livre, et qui mettent principalement en scène le jeune Daniel, avec à l'occasion ses 3 compagnons, tous témoins de la droiture du Judaïsme authentique face aux païens qui les entourent.

Ces récits n'ont d'autre but que de faire réfléchir les Israélites, à l'époque où, justement, leur religion est fondamentalement menacée d'extinction par les décisions du roi Séleucide Antiochus Epiphane.

En effet, hien que situés quelques siècles auparavant, ces récits, qui mettent en scène des rois de Babylone du 6ème siècle, n'ont été écrits que vers la moitié du 2ème siècle avant JC, à l'époque justement de ce roi Antiochus Epiphane et de la révolte des frères Maccabées.

2. Message

Bien que, cette fois, Daniel soit amené à résoudre une énigme qu'il sera toujours seul capable de déchiffrer, la substance de ce récit est différente des histoires des chapitres 2 et 4, où il était déjà intervenu, à propos de 2 songes du Roi Nabuchodonosor.

La grande différence d'avec les occasions précédentes, c'est qu'un nouveau roi de Babylone est ici en cause, et surtout qu'il ne se repent pas le moins du monde et se trouve donc, de ce fait, condamné absolument et sans recours.

La morale de cette histoire, c'est que Dieu punit ceux qui, au lieu de lui rendre gloire comme Maître de leur destin et de leur existence, se mettent à adorer des idoles et à profaner des vases sacrés au cours de banquets sacrilèges.

A noter toutefois que cette histoire demeure, d'une certaine façon, très proche des précédentes. Le nouveau roi y est présenté comme le "fils" de Nabuchodonosor, dont il était question auparavant, et il est déclaré par Daniel comme bien au courant des songes et des aventures qu'avait connus son "père", qui avait fait appel, chaque fois, au charisme d'interprétation du jeune Daniel.

Même si l'on s'est demandé si cette histoire ne serait pas d'origine plus ancienne, à cause des 3 mots mystérieux écrits sur le mur du palais, la morale peut toujours s'appliquer au roi Antiochus Epiphane. Tel le roi Balthasar de cette histoire, il s'est emparé des vases sacrés du Temple de Jérusalem, et les a profanés dans ses actions sacrilèges (2 Maccabées, 5, 16; 1 Maccabées, 4, 49). Pour cette raison, les Juifs persécutés du 2ème siècle pouvaient trouver réconfort dans ce récit, et y lire l'annonce qu' Antiochus connaîtrait une fin semblable à celle du Bathasar de notre page (dont le dernier verset, non lu ce jour, nous dit qu'il mourut, assassiné, dès la nuit suivante).

3. Decouvertes

Du point de vue de l'histoire réelle, Balthasar était loin d'être le "fils" de Nabuchodonosor. II fut en réalité le "fils" de Nabonide, 4ème successeur, et non descendant, de Nabuchodonosor. De plus, il ne fut jamais roi, mais il exerça, pendant de longues années, les fonctions royales.

Les 3 mots mystérieux écrits sur le mur de la salle du banquet dans le palais étaient, semble- t-il, le nom de 3 monnaies en cours : la "mine", le "shekel", et la "demi-mine". Daniel a changé ces "noms" en "verbes" pour arriver aux trois mots "compter", "peser", "diviser".

4. Prolongement

Tel le jeune Daniel de ces récits, Jésus n'a pas ménagé ses avertissements à ceux qui ne voulaient pas l' écouter ou le suivre : les scribes et les Pharisiens, ainsi que Judas, qui le trahissait, entre autres. Il leur a toujours dit ce qu'il pensait en vérité, et il s'est comporté de la même façon devant Pilate, lors de son procès (Jean, 18, 33 - 19, 11).

Il n'a jamais, cependant, renoncé pour autant à la miséricorde, se contentant de déclarer "malheureux" ces gens qui ne le suivaient pas et méditaient sa perte. Il ne les a donc jamais absolument condamnés.

Jésus est le parfait témoin de Dieu, qui est Amour (1 Jean, 4, 7 - 16) et Vérité totale, parce que Lumière absolue (1 Jean, 1, 5 - 8). N'oublions pas que c'est justement à cause des comportements concrets de Jésus, et des paroles qu'il adressait à tous ceux qu'il rencontrait, qu'on a pu voir en lui cet unique "révélateur" de Dieu comme "Amour" et *"Vérité".

Prière

*Seigneur Jésus, en te déclarant "chemin, vérité, vie, et lumière du monde", et en vivant dans l'obéissance constante et totale au Père qui t'avait envoyé en mission parmi nous, tu nous as, par tes paroles et tous tes comportements, révélé qui est Dieu lui-même, comme réalité au-delà de tout et à laquelle tu participes pleinement comme Fils du Père dans, et avec, l'Esprit Saint, Dieu, dont nous savons désormais, suite à ton parcours humain, qu'il est Amour et Vérité, Vie et Lumière, qu'il nous invite à partager dans sa gloire : apprends-moi à me tourner sans cesse de nouveau vers le Père, en te suivant comme disciple sur ton chemin d'obéissance et de pauvreté du coeur, dans l'Esprit Saint de ta présence au plus profond de moi-même, et donne-moi de témoigner de toi, en vérité, dans toutes les situations que je rencontre dans mon histoire humaine de chaque jour au milieu de mes frères et soeurs en humanité. AMEN.

26.11.2003.*