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Livre de · 14 chapitres

Daniel

Daniel 12, 1 - 3
AELF · Bible liturgique

Moi, Daniel, j'ai entendu cette parole de la part du Seigneur :

1 « En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges,

celui qui veille sur ton peuple.

Car ce sera un temps de détresse

comme il n'y en a jamais eu

depuis que les nations existent.

Mais en ce temps-là viendra le salut de ton peuple,

de tous ceux dont le nom se trouvera dans le livre de Dieu.

2 Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre

s'éveilleront :

les uns pour la vie éternelle,

les autres pour la honte et la déchéance éternelles.

3 Les sages brilleront comme la splendeur du firmament,

et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude

resplendiront comme les étoiles dans les siècles des siècles. »

Daniel 12, 1 - 3
Commentaire

Dans La Tourmente De La Persécution

Il y a au moins deux affirmations très importantes du prophète Daniel dans ces quelques lignes : premièrement, une parole de réconfort à l’adresse de ses contemporains qui traversent une période effroyable ; deuxièmement, et c’est une très grande nouveauté, une proclamation de la foi en la Résurrection des morts. D’abord, premièrement, une parole de réconfort à l’adresse de ses contemporains qui traversent une période terrible... Quand Daniel dit : « Ce sera un temps de détresse, comme il n’y en a jamais eu », il parle au futur, mais ce n’est qu’une apparence : parce qu’on est en période d’occupation et de persécution, on ne peut pas faire circuler des livres d’opposition non déguisée ; alors on fait semblant de parler du passé ou du futur, jamais du présent. Mais les lecteurs ne s’y trompent pas. Ils savent bien, eux, que le livre de Daniel qu’ils ont entre les mains les concerne, eux, dans l’immédiat. Et c’est d’abord de cela qu’ils ont besoin.

Nous sommes au deuxième siècle avant J.-C. Depuis les grandes conquêtes d'Alexandre le Grand, le pays est sous occupation grecque ; Alexandre et ses premiers successeurs se montraient libéraux à l’égard des populations des pays occupés, mais le temps a passé depuis Alexandre ; et son lointain successeur au pouvoir dans le pays des Juifs, à l'époque du livre de Daniel, c'est-à-dire vers 170 av. J.-C., est un certain Antiochus Épiphane tristement célèbre dans la mémoire juive.

Antiochus se livre à une effroyable persécution anti-juive : il interdit toute pratique de la religion et exige qu'on lui rende à lui les honneurs qu'on rendait jusqu'ici à Dieu ; c'est lui, désormais, qui est le centre du Temple et de la vie religieuse ; pour les Juifs, le choix est clair : il faut se soumettre ou bien rester fidèle à sa foi, et, dans ce cas, affronter la torture et la mort. Et en férocité, Antiochus s'y connaît. Comme toujours dans ces cas-là, on verra les deux attitudes : certains plieront, l'épreuve est trop dure ; mais de nombreux Juifs ont choisi la fidélité et l'ont payé de leur vie. Pour rester fidèles à la foi de leurs pères, à l'Alliance de Dieu tout simplement.

C’est à ce moment-là que le prophète Daniel prend la parole. Son premier message est une parole de réconfort pour tous ceux qui sont affrontés à l'horrible cas de conscience : « En ce temps-là se lèvera Michel, le chef des anges, celui qui se tient auprès des fils de ton peuple. Car ce sera un temps de détresse comme il n’y en a jamais eu. Mais en ce temps-ci tes fils seront délivrés. »

Ce « temps de détresse, comme il n'y en a jamais eu », c'est ce qu'ils vivent en ce moment et qui dépasse en horreur tout ce qu'on avait déjà vécu.

Daniel leur dit en substance : Michel, le chef des Anges, veille sur vous... apparemment, sur terre, ce que vous voyez, mes amis, ce que vous vivez, c'est l'échec, la mort des meilleurs, l'horreur... la victoire de ceux qui sèment le mal et la terreur. Mais, en finale, vous êtes les grands vainqueurs ! Le combat se déroule à la fois sur terre et au ciel : vous, vous ne voyez que ce qui se passe sur la terre, mais au ciel, dites-vous bien, les armées célestes ont déjà gagné la victoire pour vous.

C'est une caractéristique du livre de Daniel de représenter l'histoire humaine et ici du peuple de l'Alliance, comme un gigantesque combat : un combat dont on connaît déjà le vainqueur.

Naissance De La Foi En La Résurrection

Voilà donc le message de réconfort de Daniel pour les vivants. Mais il y a tous ceux qui sont morts dans cette tourmente : ils ont fait le sacrifice de leur vie pour ne pas trahir le Dieu vivant... Paradoxe !... Alors, pour Daniel, cela devient une évidence : Dieu ne peut pas abandonner éternellement ceux qui ont accepté de mourir pour lui. Ils sont morts, c'est vrai, mais ils ressusciteront. Et voilà une nouvelle conquête de la révélation : il revient à Daniel l'honneur d'avoir le premier percé cette lumière extraordinaire de la foi.

Après deux mille ans de Christianisme, le mot « Résurrection » fait partie de notre vocabulaire habituel. Mais il n'en avait jamais été question jusque-là. Comme toujours, il faut nous replacer dans la longue histoire de la pédagogie biblique et du développement progressif de la foi d'Israël. Pendant des siècles, la question de la résurrection individuelle ne s'est même pas posée : on s'intéressait au peuple et non à l'individu, au présent et à l'avenir du peuple, mais pas au lendemain de l'individu.

Pour croire à la résurrection individuelle, il faut combiner deux éléments : premièrement, s'intéresser au sort de l'individu pour lui-même (et pas seulement du peuple) ; deuxièmement, croire en un Dieu fidèle qui ne vous abandonne pas à la mort. Sur le premier point, l'intérêt pour le sort de l'individu n'est apparu que progressivement dans l'histoire d'Israël ; cela a été une conquête, un progrès très tardif. Vous savez bien que la notion de responsabilité individuelle date seulement de l'Exil (au sixième siècle avant J.-C.). Sur le deuxième point, la foi dans la fidélité de Dieu ne pouvait venir que de l'expérience, et donc progressivement elle aussi. La certitude que Dieu s'intéresse à l'homme, et ne lui veut que du bien, et que donc il ne l'abandonne jamais, s'est développée au rythme des événements concrets de l'histoire du peuple élu. C'est l'expérience historique de l'Alliance qui a nourri la foi d'Israël.

Un jour, on a fini par comprendre que le Dieu qui veut l'homme libre de toute servitude ne peut le laisser dans les chaînes de la mort. Peu à peu cette évidence est apparue au grand jour : et elle a éclaté précisément le jour où des croyants ont été à ce point fidèles au Dieu vivant qu'ils ont sacrifié leur vie pour lui. Si bien que, paradoxalement, c'est leur mort qui a été pour leurs frères la source de la foi dans la vie éternelle. « Ceux qui ont l’intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais. »

Pour les martyrs, donc, c'est clair, ils ressusciteront pour la vie éternelle ; mais pour les autres ? L'une des phrases de Daniel résonne un peu comme une sorte de verdict sans appel : « Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles. »

Pour l’instant, l'auteur du livre de Daniel n'envisage la résurrection que pour les justes ; mais il y aura d'autres étapes dans la découverte du projet de Dieu. On sait aujourd'hui que la résurrection est promise à toute chair ; car l'humanité n'est pas coupée en deux : les bons et les méchants ; personne n'est entièrement bon, personne n'est entièrement mauvais. C'est en chacun de nous que le tri s'opérera. Tout ce qui est de l'ordre de l'amour vient de Dieu et donc vivra éternellement.