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Livre de · 14 chapitres

Daniel

AELF · Bible liturgique

En ces jours-là,
le peuple venait de condamner à mort Suzanne.
Alors elle cria d’une voix forte :
« Dieu éternel,
toi qui pénètres les secrets,
toi qui connais toutes choses avant qu’elles n’arrivent,
tu sais qu’ils ont porté contre moi un faux témoignage.
Voici que je vais mourir, sans avoir rien fait
de tout ce que leur méchanceté a imaginé contre moi. »

Le Seigneur entendit sa voix.
Comme on la conduisait à la mort,
Dieu éveilla l’esprit de sainteté
chez un tout jeune garçon nommé Daniel,
qui se mit à crier d’une voix forte :
« Je suis innocent
de la mort de cette femme ! »
Tout le peuple se tourna vers lui et on lui demanda :
« Que signifie cette parole que tu as prononcée ? »
Alors, debout au milieu du peuple, il leur dit :
« Fils d’Israël, vous êtes donc fous ?
Sans interrogatoire, sans recherche de la vérité,
vous avez condamné une fille d’Israël.
Revenez au tribunal,
car ces gens-là ont porté contre elle un faux témoignage. »

Tout le peuple revint donc en hâte,
et le collège des anciens dit à Daniel :
« Viens siéger au milieu de nous
et donne-nous des explications,
car Dieu a déjà fait de toi un ancien. »
Et Daniel leur dit :
« Séparez-les bien l’un de l’autre,
je vais les interroger. »
Quand on les eut séparés,
Daniel appela le premier et lui dit :
« Toi qui as vieilli dans le mal,
tu portes maintenant le poids des péchés
que tu as commis autrefois
en jugeant injustement :
tu condamnais les innocents
et tu acquittais les coupables,
alors que le Seigneur a dit :
“Tu ne feras pas mourir l’innocent et le juste.”
Eh bien ! si réellement tu as vu cette femme,
dis-nous sous quel arbre
tu les as vus se donner l’un à l’autre ? »
Il répondit :
« Sous un sycomore. »
Daniel dit :
« Voilà justement un mensonge qui te condamne :
l’ange de Dieu a reçu un ordre de Dieu,
et il va te mettre à mort. »
Daniel le renvoya, fit amener l’autre
et lui dit :
« Tu es de la race de Canaan et non de Juda !
La beauté t’a dévoyé
et le désir a perverti ton cœur.
C’est ainsi que vous traitiez les filles d’Israël,
et, par crainte, elles se donnaient à vous.
Mais une fille de Juda
n’a pu consentir à votre crime.
Dis-moi donc sous quel arbre
tu les as vus se donner l’un à l’autre ? »
Il répondit :
« Sous un châtaignier. »
Daniel lui dit :
« Toi aussi, voilà justement un mensonge qui te condamne :
l’ange de Dieu attend, l’épée à la main,
pour te châtier,
et vous faire exterminer. »

Alors toute l’assemblée poussa une grande clameur
et bénit Dieu qui sauve ceux qui espèrent en lui.
Puis elle se retourna contre les deux anciens
que Daniel avait convaincus de faux témoignage
par leur propre bouche.
Conformément à la loi de Moïse,
on leur fit subir la peine
que leur méchanceté avait imaginée contre leur prochain :
on les mit à mort.
Et ce jour-là, une vie innocente fut épargnée.

– Parole du Seigneur.

— Dn 13,41-62 —
Commentaire

DES SUPPLEMENTS DU LIVRE DE DANIEL

Commentaire

1. Situation

Il existe trois additifs au Livre de Daniel, qui ne font pas partie de la Bible Juive, ni des Bibles publiées par les chrétiens issus de la Réforme Protestante : "Daniel sauve la chaste Suzanne", "Daniel et les prêtres de Bel", "Daniel et le dragon". Certains y ajoutent le "Cantique des Trois Jeunes Gens dans la Fournaise".

Nous avons, dans ce récit concernant Suzanne une sorte d'histoire populaire qu'on a tenté d'interpréter en lui donnant un sens qui va au-delà de la dimension morale de son contenu. Certains y ont reconnu un tract des Pharisiens contre les Sadducéens au sujet de l'application de la justice en Israël : en effet, le principe "oeil pour oeil dent pour dent" fonctionnait mal en cas de faux témoignage, car on l'appliquait aux faux témoins quand leur victime innocente avait été punie (souvent de mort).

D'autres ont suggéré que cette histoire avait une signification "allégorique", Suzanne représentant les révoltés et les martyrs d'Israël (Judas Maccabée et ses frères) contre l'impie Antiochus IV, qui avait osé profaner le Temple, et qui serait représenté ici par les deux faux témoins vauriens.

2. Message

Le contenu de ce petit livret nous propose un message d'enseignement : la vertu l'emporte sur le vice. Et ce message est bien plus clair lorsqu'on a lu tout le chapitre et constaté que c'est parce que Suzanne avait refusé les avances des deux anciens qu'ils se sont vengés en portant contre elle leur faux témoignage. Ce message fonctionne à travers toute une série de contrastes : entre la vertueuse Suzanne qui prie Dieu et a confiance en lui (versets 35 et 42 - 43), et les deux anciens qui portent faux témoignage contre elle, ne prient pas Dieu, et n'obéissent pas à sa Parole (versets 9 et 53), entre les jeunes qui représentent le droit et la pîété (Suzanne et le jeune Daniel, dont le nom veut dire : "Dieu est mon juge"), et les deux anciens pervers. Daniel est présenté ici comme un jeune juge habile qui déclare le jugement de Dieu, jugement qui apporte le salut dans une situation apparemment perdue.

Autre aspect important de ce message : Dieu écoute ceux qui s'adressent à lui avec foi et confiance, comme l'a fait Suzanne clamant son innocence au Seigneur après sa condamnation.

3. Decouvertes

La théologie de cette belle histoire nous interpelle : la Loi de Moïse est l'expression du vouloir divin (verset 3), la justice divine exige que l'on ne punisse pas de mort l'innocent et le non-coupable (verset 53), mieux vaut mourir que de transgresser la Loi qui vient de Dieu (verset 23), l'innocent peut se tourner vers Dieu dans sa détresse (verset 42), car Dieu connaît toutes choses (verset 43), Dieu sauve ceux qui lui font confiance (versets 44 et 60), et punit les méchants (versets 55, 59 et 62).

En revanche, abandonner la prière conduit à rejeter la morale de la Loi : c'est le cas des deux anciens (verset 9).

Comme le jeune Daniel est inspiré par Dieu (verset 45), c'est en vertu de cette inspiration que son jugement est celui de Dieu : les jeux de mots grecs, intraduisibles, entre l'arbre, que cite chacun des faux témoins, et la sanction qui lui arrivera, sont secondaires.

4. Prolongement

Dans l'épisode de Jésus devant la femme adultère qu'on lui amène, prise en flagrant délit (Jean, 8, 1 - 11), Jésus équilibre magnifiquement la Vérité et la Miséricorde, et, devant son attitude qui les conteste, les accusateurs de cette femme disparaissent de la scène.

Dans son enseignement, Jésus nous demande de ne pas juger (Matthieu, 7, 1 - 5), et il précise ailleurs que celui qui croit s'est placé du côté de Dieu et échappe au jugement (Jean, 5, 24).

Paul, tout en déclarant que sa conscience ne lui reproche rien, ne se juge pas pour autant, car Dieu seul est son juge (1 Corinthiens, 4, 3 - 5).

A plus forte raison, pas question de trouver la moindre situation qui excuserait calomnie et faux témoignage. D'ailleurs toute démarche d'amour qui ne respecterait pas les 10 commandements ne saurait être authentique (Romains, 13, 8 - 10).

Prière

*Seigneur Jésus, tu as toujours su tendre la main à tous les pécheurs que tu as rencontrés, non seulement les publicains et les prostituées, mais la femme adultère, que tu n'as pas condamnée, Judas que tu as interpellé, tes bourreaux , pour lesquels tu as sollicité le pardon du Père, le larron criminel crucifié, que tu as accueilli dans son appel, et cela sans jamais pour autant sacrifier l'exigence de la Vérité authentique à laquelle tu as toujours rendu témoignage, en nous déclarant et en nous faisant découvrir que tu t'identifiais à elle : accorde-moi de refuser tout subterfuge, toute situation manquant de clarté ou de transparence, toute manière détournée de chercher mon intérêt ou de me mettre en valeur face à mes frères et soeurs, en me rappelant sans cesse ton enseignement fondamental : "Celui qui fait la vérité vient à la Lumière", et "Celui qui aime son frère demeure dans la Lumière". AMEN.

07.04.2003.*