Jour 228 ☼ — Esther, impératrice et stratège du salut
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit le dénouement du conte d'Esther : au second banquet, la reine démasque Aman, qui est pendu à la potence dressée pour Mardochée, et un nouvel édit rend aux Juifs le droit de défendre leur vie. Le commentaire montre comment Esther, loin d'être une oie blanche, a mené une véritable stratégie de reconquête du cœur du roi, de festin en festin, jusqu'à l'estocade finale. Le frère rapproche cette figure de la femme de l'Apocalypse qui écrase le serpent, dans la lignée de Judith, Déborah et Yaël : personne ne se méfie d'une femme, et c'est là leur pouvoir royal. Enfin, il montre que l'accusation de séparatisme portée par Aman est démentie par Esther elle-même, juive parfaitement intégrée et servante de l'Empire — preuve que ce peuple exilé a retrouvé la vérité de son être en servant le bien commun. L'épisode se referme sur Proverbes 16, 6-10.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Nous continuons notre conte avec Esther, aujourd'hui les chapitres 6 et 7. Bonne lecture.
Lecture : Esther 7-8
Au banquet de la reine Esther.
Le deuxième jour, au cours du banquet, le roi dit encore à Esther : « Quelle est ta demande, ô reine Esther ? Cela te sera accordé. Quelle est ta requête ? Quand ce serait la moitié du royaume, ce sera réalisé. »
La reine Esther répondit : « Si j'ai trouvé grâce à tes yeux, ô roi, et s'il plaît au roi, accorde-moi la vie : voilà ma demande. Accorde la vie à mon peuple : voilà ma requête. Car nous avons été vendus, moi et mon peuple, pour être exterminés, tués, anéantis. Si nous avions été seulement vendus comme esclaves ou servantes, je me serais tue, car ce mauvais traitement n'aurait pas justifié que l'on dérange le roi. »
Le roi Assuérus prit la parole et demanda à la reine Esther : « De qui s'agit-il ? Quel est l'homme qui a osé agir ainsi ? »
Esther répondit : « L'adversaire, l'ennemi, c'est Aman, c'est ce misérable ! »
Devant le roi et la reine, Aman fut terrifié. Plein de fureur, le roi se leva, quitta la salle du banquet pour gagner le jardin du palais, tandis qu'Aman se tenait près de la reine Esther. Esther lui demanda grâce pour sa vie, voyant bien que le roi avait décidé sa perte.
Quand le roi revint du jardin du palais dans la salle du banquet, Aman était effondré sur le divan où se trouvait Esther. « Quoi ! dit le roi, va-t-il encore faire violence à la reine, chez moi, dans ma maison ? » Le roi prononça un ordre, et on voila le visage d'Aman.
Harbona, l'un des eunuques, dit devant le roi : « Il y a là, justement, dans la maison d'Aman, une potence de cinquante coudées qu'Aman avait fait dresser pour Mardochée, l'homme qui a parlé pour le bien du roi. » Le roi dit : « Qu'on l'y pende ! » Et on pendit Aman à la potence qu'il avait fait préparer pour Mardochée, et la fureur du roi s'apaisa.
Ce jour-là, le roi Assuérus donna à la reine Esther la maison d'Aman, l'adversaire des Juifs. Mardochée se présenta au roi : Esther avait révélé ce qu'il était pour elle. Le roi avait repris son anneau à Aman ; il l'ôta de son doigt pour le donner à Mardochée. Esther confia la gestion de la maison d'Aman à Mardochée.
De nouveau, Esther vint parler au roi Assuérus. Elle tomba à ses pieds en pleurant. Elle le supplia d'écarter le malheur préparé par Aman, et tous les affreux projets qu'il avait formés contre les Juifs. Selon la coutume, le roi tendit à Esther son sceptre d'or. Alors Esther se releva et se tint debout devant lui. Puis elle dit : « S'il plaît au roi et si j'ai trouvé grâce devant lui, si ma prière ne lui paraît pas déplacée, si je suis bien vue à ses yeux, je le supplie de révoquer par de nouvelles lettres celles qu'a envoyées Aman, fils de Hamdata, du pays d'Agag, ces lettres qui ordonnaient de faire périr les Juifs dans toutes les provinces du royaume. Comment pourrais-je donc supporter le mal qu'on veut faire à mon peuple ? Comment pourrais-je supporter la mort de toute ma parenté ? »
Le roi Assuérus répondit à la reine Esther et au Juif Mardochée : « J'ai fait cadeau à Esther de la maison d'Aman, et lui, on l'a pendu à la potence, parce qu'il avait voulu porter la main sur les Juifs. Écrivez donc aux Juifs ce que vous jugerez bon, au nom du roi, en cachetant les lettres avec mon anneau, car une lettre écrite au nom du roi et cachetée avec son anneau ne peut pas être révoquée. »
Les scribes royaux furent aussitôt convoqués. C'était le troisième mois, le mois de Sivane, le vingt-troisième jour. Sur l'ordre de Mardochée, ils écrivirent aux Juifs, aux satrapes, aux gouverneurs et aux grands officiers des provinces, depuis l'Inde jusqu'à l'Éthiopie, cent vingt-sept provinces, à chaque province selon son écriture et à chaque peuple selon sa langue, aux Juifs aussi selon leur écriture et selon leur langue. Ces lettres furent rédigées au nom du roi Assuérus et cachetées avec son anneau. Elles furent portées par des courriers montés sur des chevaux des écuries du roi.
Par ces lettres, le roi accordait aux Juifs, en chaque ville, le droit de se rassembler, de mettre leur vie en sécurité, et celui d'exterminer, de tuer, de faire périr tous les gens armés des peuples ou des provinces qui voudraient les attaquer, y compris les enfants et les femmes, et celui de piller leurs biens. Cela se ferait le même jour dans toutes les provinces du roi Assuérus, le treize du douzième mois, qui est Adar. La copie de ce texte, qui devait être promulguée comme loi dans chaque province, fut communiquée à tous les peuples pour qu'au jour fixé, les Juifs puissent se venger de leurs ennemis.
Sur l'ordre du roi, des courriers montés sur des chevaux royaux partirent immédiatement en toute hâte. L'édit fut aussi publié à Suse-la-Citadelle.
Mardochée sortit alors de chez le roi, portant un vêtement royal violet et blanc, un grand diadème d'or, un manteau de lin et de pourpre rouge. Toute la ville de Suse criait de joie. Pour les Juifs, ce n'était que lumière et joie, allégresse et gloire. Dans chaque province et chaque ville, là où parvenait l'ordre du roi, son édit pour les Juifs, ce n'était que joie, allégresse, banquets et fêtes. Parmi les peuples de la terre, beaucoup se firent Juifs, car la peur des Juifs les avait saisis.
Commentaire
Ce récit, décidément, ne cesse de nous emmener de festin en festin. Il y en aura dix au total. Et Esther, de festin en festin, a pris la pleine possession de son personnage.
Parce qu'Assuérus, le bon roi Assuérus, qu'est-ce qu'il a dû se dire la première fois qu'il a vu la reine Esther ? Il a dû se dire : ça fait longtemps que je ne suis pas allé voir la reine. Il a dû penser que la reine se sentait délaissée et que c'était pour ça que, bravant les interdits, elle était venue le voir. Il a dû se dire : peut-être croit-elle que je l'ai répudiée en secret. Il a dû se dire : je vais passer un peu de temps avec ma femme, je vais la bichonner, je vais la rassurer, et puis tout se passera bien.
Et nous avons ce bon roi Assuérus qui s'est prêté au jeu. Et de festin en festin, le roi s'est laissé à nouveau charmer. C'était pour lui, comme pour elle, une sorte de nouvelle lune de miel. D'ailleurs, on a vu comment Esther mettait les petits plats dans les grands. Parce que le meilleur moyen pour gagner le cœur d'un homme, ça reste encore le chemin du lit et le chemin de la table. Et manifestement, Esther sait y faire. Elle a dû contenter le roi, le faire boire dans ses banquets, parlant de tout et parlant de rien, lui rappelant les premiers jours, jusqu'à ce qu'il se retrouve dans la pénombre du lit conjugal. Et la demande d'Esther d'aller de banquet en banquet, c'était probablement pour prolonger la lune de miel.
Ah, il était loin de se douter de ce qui allait venir ! Ce qui explique le choc. Quand, alors que le roi Assuérus pense avoir accompli son devoir royal et avoir rassuré sa femme, voilà que, quand son cœur s'est ouvert et que, probablement à nouveau, il éprouve de tendres sentiments pour sa femme, c'est à ce moment-là, précisément, qu'elle lui donne l'estocade finale.
Sacrée Esther, qui s'avère être tout sauf une petite bégueule, une petite oie blanche qui se serait retrouvée comme par hasard dans un harem dont elle ignore tout. Oh non, elle est beaucoup plus fine que ça, Esther.
Et c'est là où moi, je songe à l'Apocalypse, à cette vision : saint Jean, dans l'Apocalypse, qui décrit une femme dans le ciel, enveloppée du soleil, et écrasant au pied un serpent. Pour nous, c'est la Vierge Marie. Mais soyez-en assurés, dans l'ombre de Marie, il y a celle d'Esther. Et puis, pas seulement Esther ou la Vierge Marie : vous aurez Judith. Et puis, on a déjà entendu Déborah, on a déjà entendu Yaël. C'est toujours et partout la même histoire qui se répète, de ces femmes qui écrasent le serpent sous leurs pieds, en arrivant à se faufiler jusqu'au cœur du mal sans que personne s'en aperçoive.
Les hommes, quand ils combattent le mal, c'est généralement à cheval, les armes à la main, et à coups d'intrigues, ou en tout cas de complots politiques ou d'institutions royales. Enfin bref, des gros trucs. Les hommes, ils sont comme ça, ils ont besoin de se faire mousser. Les femmes, dans la Bible, elles ont un autre pouvoir, un pouvoir bien à elles : personne ne se méfie d'une femme. Un homme, quand il rencontre un autre homme, ne peut pas s'empêcher de voir dans l'autre homme un potentiel concurrent. Mais une femme, qui se méfie d'une femme ? Est-ce qu'Aman, un seul instant, a imaginé ce qui était en jeu ? Et même le roi ?
Vous voyez, dans la Bible, les femmes ont le pouvoir de désarmer les hommes. Comme personne ne se doute des femmes, à tort ou à raison, encore une fois, les hommes se laissent approcher par les femmes. Ils leur donnent le pouvoir de rentrer dans l'intimité, et c'est généralement là qu'elles en profitent pour donner l'estocade finale. Le cœur des hommes appartient aux femmes.
Et en vous disant cela, je ne suis pas en train de vous parler de vie affective ou de romantisme. Ce pouvoir-là, vous dit le livre d'Esther, c'est un pouvoir royal. C'est un pouvoir qui a le droit de vie et de mort. C'est un pouvoir qui est capable de gouverner un empire. C'est un pouvoir qui est capable de pénétrer jusqu'au plus profond du mal. Je suis en train de vous parler de guerre. Je suis en train de vous parler de la lutte entre le bien et le mal. Je suis en train de vous parler de l'Apocalypse, de la Vierge qui écrase au talon le serpent.
Voilà pour la dimension apocalyptique de ce conte. Revenons maintenant à un niveau un tout petit peu inférieur, mais à peine : au niveau politique.
Quel était le motif d'accusation d'Aman ? Le motif d'accusation d'Aman, c'était que ce peuple juif, avec ses coutumes à eux, était en train de verser, non pas dans le communautarisme, mais dans le séparatisme. Et au nom de l'harmonie des peuples, il y avait là un motif pour s'en prendre à ce peuple. On passe facilement du communautarisme au séparatisme, et du séparatisme à la sédition. Après tout, ce n'est pas totalement faux.
Eh oui, sauf qu'en fait Esther, qui est censée appartenir à ce peuple séditieux, personne n'avait réussi à voir qu'elle était juive. Elle était totalement intégrée dans cet empire, jouant le jeu de cet empire, parvenant même jusqu'au plus haut point de l'État. C'est bien la preuve par l'exemple, la plus belle preuve éclatante qu'elle pouvait donner de l'inanité de l'argument d'Aman. Ce peuple dont tu dis que, par ses coutumes, il se sépare des autres pour avoir des velléités séparatistes, voilà que tu ne t'en es même pas aperçu ! Mais non seulement ils servent l'État au plus haut point, mais ils sont même parvenus jusqu'à la royauté, et personne non seulement ne s'en est plaint, mais ne s'en est aperçu. Et pour le bien ! Parce que derrière, il n'y avait pas de complot pour prendre le pouvoir. Derrière, c'était Mardochée qui, justement, avait évité les complots.
Peut-être qu'après tout, Dieu n'a pas sauvé Esther parce qu'elle appartenait à la race choisie, mais peut-être parce qu'elle appartenait à un petit peuple exilé qui faisait bien son boulot et qui servait l'Empire. Et c'est là qu'on voit qu'Israël, au sein de cet Empire, en servant le bien commun, a retrouvé la vérité de son être.
Ah, ils en auront fait du chemin, nos exilés ! Avec Ézéchiel, nous étions dans une petite communauté, probablement vivant dans un ghetto exilé près du fleuve Kebar. Ensuite, on a vu le roi être réhabilité à la cour du roi de Babylone. On a vu Daniel qui, en servant l'Empire, gravissait les échelons. Et maintenant, on est arrivé jusqu'à Esther, qui est devenue l'impératrice.
Oui, ce peuple a bien mérité d'être ce peuple par lequel l'Empire allait être sauvé et par lequel le salut allait arriver dans le genre humain. Et si on ne parle pas du tout de Dieu dans le livre d'Esther, c'était peut-être pour que, à nouveau, ce peuple fasse ses preuves. Et, de fait, Dieu à nouveau va le choisir.
Proverbes 16,6-10
Fidélité et loyauté effacent une faute ; la crainte du Seigneur détourne du mal.
Quand le Seigneur apprécie la conduite de l'homme, il lui concilie même ses ennemis.
Mieux vaut peu dans la justice que de grands profits hors du droit.
L'homme, en son cœur, fait des projets de route, mais c'est le Seigneur qui dirige ses pas.
Sentence sur les lèvres du roi : quand il juge, sa bouche est infaillible.
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