Jour 233 ☼ — Lazare, l'ami que Jésus pleure et réveille
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Résumé : Sixième et avant-dernier signe de l'Évangile selon saint Jean, la résurrection de Lazare est lue en entier, jusqu'au conseil des grands prêtres et à la prophétie de Caïphe. Le commentaire compare la foi de Marthe — dogmatiquement juste, mais théorique et un peu distante — à celle de Marie, qui croit avec son corps, ses tripes et ses larmes. Le frère Paul-Adrien souligne que les pleurs de Marie appellent les pleurs de Dieu : ce n'est pas seulement nous qui cherchons à ressembler à Jésus, c'est Dieu qui vient nous ressembler. La lecture s'achève avec le chapitre 5 du Cantique des Cantiques, où la bien-aimée cherche celui qui s'est détourné.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Les choses progressent, même si dans l'Évangile selon saint Jean, c'est de manière plus discrète. Mais à travers le calendrier liturgique qui se déroule, à travers les polémiques avec les pharisiens qui se font de plus en plus violentes, avec aussi les signes qui s'enchaînent les uns les autres. Après les noces de Cana, après la guérison du fils du fonctionnaire royal, après la guérison de l'homme malade depuis trente-huit ans, la multiplication des pains et l'aveugle-né, voici le sixième et avant-dernier de ces signes précurseurs, le plus important aussi. Jean, chapitre 11.
Lecture : Jean 11
Il y avait quelqu'un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur. Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C'était son frère Lazare qui était malade. Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle, le Fils de Dieu soit glorifié. »
Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l'endroit où il se trouvait. Puis après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »
Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ! »
Jésus répondit : « N'y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu'il voit la lumière de ce monde. Mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n'est pas en lui. »
Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s'est endormi, mais je vais aller le tirer de ce sommeil. »
Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s'il s'est endormi, il sera sauvé. » Jésus avait parlé de la mort, et eux pensaient qu'il parlait du repos du sommeil.
Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort, et je me réjouis de n'avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »
Thomas, appelé Didyme, c'est-à-dire Jumeau, dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui. »
À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Comme Béthanie était tout près de Jérusalem, à une distance de quinze stades, c'est-à-dire une demi-heure de marche environ, beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère.
Lorsque Marthe apprit l'arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l'accordera. »
Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu'il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. »
Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra. Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »
Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »
Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie. Elle lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t'appelle. » Marie, dès qu'elle l'entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus. Il n'était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l'endroit où Marthe l'avait rencontré.
Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie la réconfortaient. La voyant se lever et sortir si vite, ils la suivirent : ils pensaient qu'elle allait au tombeau pour y pleurer.
Marie arriva à l'endroit où se trouvait Jésus. Dès qu'elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »
Quand il vit qu'elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d'émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l'avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer.
Les Juifs disaient : « Voyez comme il l'aimait ! » Et certains d'entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »
Jésus, repris par l'émotion, arriva au tombeau. C'était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c'est le quatrième jour qu'il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l'ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »
On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m'as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m'exauces toujours. Mais c'est à cause de la foule qui m'entoure que je le dis, afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé. »
Et après cela, il cria d'une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d'un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »
Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui. Mais quelques-uns allèrent trouver les pharisiens pour leur raconter ce qu'il avait fait.
Les grands prêtres et les pharisiens réunirent donc le Conseil suprême. Ils disaient : « Qu'allons-nous faire ? Cet homme accomplit un grand nombre de signes. Si nous le laissons faire, tout le monde va croire en lui, et les Romains viendront détruire notre Lieu saint et notre nation. »
Alors l'un d'eux, Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là, leur dit : « Vous n'y comprenez rien. Vous ne voyez pas quel est votre intérêt : il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le peuple, et que l'ensemble de la nation ne périsse pas. »
Ce qu'il disait là ne venait pas de lui-même, mais, étant grand prêtre cette année-là, il prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation. Et ce n'était pas seulement pour la nation, c'était afin de rassembler dans l'unité les enfants de Dieu dispersés.
À partir de ce jour-là, ils décidèrent de le tuer. C'est pourquoi Jésus ne se déplaçait plus ouvertement parmi les Juifs. Il partit pour la région proche du désert, dans la ville d'Éphraïm où il séjourna avec ses disciples.
Or, la Pâque juive était proche. Beaucoup montèrent de la campagne à Jérusalem pour se purifier avant la Pâque. Ils cherchaient Jésus, et, dans le Temple, ils se disaient entre eux : « Qu'en pensez-vous ? Il ne viendra sûrement pas à la fête ! » Les grands prêtres et les pharisiens avaient donné des ordres : ceux qui sauraient où il était devaient le dénoncer, pour qu'on puisse l'arrêter.
Commentaire
Une très belle page de l'Évangile, qui résonne dans notre vie parce qu'elle parle d'une expérience qui nous est malheureusement tous commune : le deuil d'un proche. Comment faire son deuil ? Et en ressuscitant Lazare, ce que Jésus nous invite à faire, c'est à passer d'une foi, celle de Marthe, à un autre type de foi, celle de Marie. On pourrait se dire que quand on est chrétien, on a la foi, point à la ligne. Mais même là, on peut toujours progresser.
La foi de Marthe est très belle. Elle est dogmatiquement juste. Elle croit dans la résurrection. Elle reconnaît la souveraineté de Jésus. Mais comment je pourrais dire ça ? Elle est théorique. C'est une belle petite leçon de catéchisme. Marthe croit dans la résurrection, mais la résurrection du monde à venir, celle qui aura lieu à la fin des temps, et où on a parfois du mal à faire le rapport avec sa vie personnelle. Dieu existe, mais Dieu est distant. Dieu, on lui obéit, mais on n'est pas en train de pleurer avec lui. Vous sentez qu'il y a comme un déficit d'émotion dans la relation que Marthe a avec Dieu. Comme si ça la faisait trop souffrir, donc on n'en parle pas.
Vous savez, on a tous ce type de rapport avec Dieu, je suppose. On veut bien croire que les miracles existent, mais on se dit que ce n'est pas pour nous, parce qu'on n'est pas mystique. Ou alors : la vie est dure, on va retourner faire cuire les patates. Entre guillemets, ce n'est pas pour nous. Oui, Dieu nous aime. Ou plutôt, Dieu aime tous les hommes. Mais nous en particulier, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est comme si c'était trop beau pour être vrai.
Et d'ailleurs, vous voyez, la leçon ultime : Marthe vous dit que c'est plus facile de croire pour les autres que de croire pour soi-même. Elle voit bien les limites de sa foi, mais elle se dit : bon, moi je n'y arrive pas, mais je vais tenter ma chance. Ou plutôt, je vais faire en sorte que Marie, qui a une plus belle foi que la mienne, se trouve aux pieds de Jésus. C'est très beau. C'est très beau, et c'est un peu dommage, parce que si Marthe voulait, ce serait elle qui serait en train de pleurer au pied de la croix.
Et donc Marie arrive derrière, tout en pleurs, tout en émotions. Sauf que c'est Marie qui va avoir la réponse pour elle, là, tout de suite, maintenant. Ce qui fait la différence, c'est que Marthe croit avec sa tête. Marie, elle croit non seulement avec sa tête — qui d'ailleurs est brouillée par l'émotion — mais elle croit aussi avec son corps, avec ses tripes, avec ses émotions.
Ça vous rappelle que Jésus nous aime, nous. Qu'il est venu vivre avec nous. Qu'il veut rire avec nous, qu'il veut pleurer, qu'il veut souffrir avec nous. C'est ça, la relation que Dieu veut avoir avec nous, parce qu'il nous aime. Et ça, c'est la foi de Marie. La foi de Marie, c'est qu'elle ne croit pas dans une idée, comme Marthe. Elle ne croit même pas seulement dans une personne — Marthe croit aussi que Jésus est le Fils de Dieu. Mais elle a besoin d'avoir un homme, d'avoir Dieu, d'avoir quelqu'un dans sa vie. C'est une foi conjugale, c'est une relation.
Et vous voyez comment les pleurs de Marie appellent les pleurs de Dieu. C'est très beau, parce que nous, on se dit qu'à travers la prière, à travers la foi, on va essayer d'imiter, on va essayer de ressembler à Jésus. Mais la leçon de cette page de l'Évangile, c'est que Dieu va essayer de vous ressembler, à vous. C'est extraordinaire, quand même. Dieu nous aime.
Alors évidemment aussi, on a tous fait l'expérience d'avoir des prières qui n'étaient pas exaucées, d'avoir pleuré et pourtant ce n'était pas répondu. Mais ça, ça vous rappelle que la prière, ce n'est pas non plus magique. Et ça en dit peut-être plus long, parfois, sur ce que nous demandons, sur notre capacité à discerner la volonté de Dieu, que sur notre relation. Peu importe, la leçon reste valable.
Dans la vie spirituelle, dans la vie de prière, on n'est pas là pour maquiller ses sentiments. Vous avez envie de pleurer, vous pleurez. Il n'y a pas d'émotions à réfréner, de larmes à cacher. De toute façon, Dieu connaît tout, et ce qu'il veut, c'est nous libérer. Libérer notre sensibilité, libérer notre cœur, libérer notre émotion. Parce que vraiment, en fait, il nous aime.
Et en parlant d'amour, d'ailleurs, nous continuons. Cantique des Cantiques, chapitre 5.
Cantique des Cantiques 5
Lui Je suis entré dans mon jardin, ma sœur, ma fiancée. J'ai recueilli ma myrrhe avec mes aromates. J'ai mangé mon pain et mon miel. J'ai bu mon vin et mon lait.
Chœur Mangez, amis ; buvez, bien-aimés, enivrez-vous.
Elle Je dors, mais mon cœur veille. C'est la voix de mon bien-aimé : il frappe.
Lui Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, ma toute pure, car ma tête est humide de rosée, et mes boucles, des gouttes de la nuit.
Elle J'ai ôté ma tunique : devrais-je la remettre ? J'ai lavé mes pieds : devrais-je les salir ? Mon bien-aimé a passé la main par la fente de la porte : mes entrailles ont frémi, c'était lui. Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé, les mains ruisselantes de myrrhe, mes doigts répandaient cette myrrhe sur la barre du verrou.
J'ai ouvert à mon bien-aimé : mon bien-aimé s'était détourné, il avait disparu. Quand il parlait, je rendais l'âme. Je l'ai cherché, je ne l'ai pas trouvé. Je l'appelais, il n'a pas répondu. Ils m'ont trouvée, les gardes, eux qui tournent dans la ville. Ils m'ont frappée, ils m'ont blessée. Ils ont arraché mon voile, les gardes des remparts.
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