Jour 233 ☾ — Le grain tombé en terre
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Résumé : Cet épisode lit le chapitre 12 de saint Jean, qui referme le « livre des signes » : l'onction de Marie à Béthanie, la décision des grands prêtres de tuer aussi Lazare, l'entrée messianique à Jérusalem, la demande des Grecs et la parole du grain de blé tombé en terre. Le frère Paul-Adrien confie que Jean 12,24 est pour lui le verset ultime, la clé de lecture de tout l'Évangile et de toute la Bible. Il montre comment ce verset est encadré par deux figures opposées : Marie qui aime à la folie et gaspille son parfum, et la jalousie de Judas comme des pharisiens. Cette jalousie, dit-il, explique en profondeur l'incrédulité des hommes bien plus que les objections intellectuelles.
Introduction
Jean, chapitre 12. Vous vous souvenez comment je vous avais dit que les signes que Jésus opérait avaient le pouvoir de nous révéler qui il était — et à travers Lazare, nous savons qu'il est la résurrection —, mais qu'ils avaient aussi le pouvoir de révéler ce qu'il y avait à l'intérieur du cœur des hommes. En bonne part, ce sera Marie aujourd'hui. En mauvaise part, c'était ces pharisiens et ce grand prêtre qui, voyant un homme revenir d'entre les morts, décident que l'enfer réclame son dû et qu'il manque un mort au séjour du shéol. Voici maintenant les pharisiens, les scribes, les grands prêtres remplis de pensées de mort.
Lecture : Jean 12
Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, qu'il avait réveillé d'entre les morts. On donna un repas en l'honneur de Jésus. Marthe faisait le service. Lazare était parmi les convives avec Jésus.
Or, Marie avait pris une livre d'un parfum très pur et de très grande valeur. Elle répandit le parfum sur les pieds de Jésus, qu'elle essuya avec ses cheveux. La maison fut remplie de l'odeur du parfum.
Judas Iscariote, l'un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit alors : « Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d'argent, que l'on aurait données à des pauvres ? »
« Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous. Mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. »
Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là. Ils arrivèrent non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir ce Lazare qu'il avait réveillé d'entre les morts. Les grands prêtres décidèrent alors de tuer aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s'en allaient et croyaient en Jésus.
Le lendemain, la grande foule venue pour la fête apprit que Jésus arrivait à Jérusalem. Les gens prirent des branches de palmiers et sortirent à sa rencontre. Ils criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le roi d'Israël ! »
Jésus, trouvant un petit âne, s'assit dessus, comme il est écrit : « Ne crains pas, fille de Sion. Voici ton roi qui vient, assis sur le petit d'une ânesse. »
Cela, ses disciples ne le comprirent pas sur le moment ; mais quand Jésus fut glorifié, ils se rappelèrent que l'Écriture disait cela de lui : c'était bien ce qu'on lui avait fait.
La foule rendait témoignage, elle qui était avec lui quand il avait appelé Lazare hors du tombeau et l'avait réveillé d'entre les morts. C'est pourquoi la foule vint à sa rencontre : elle avait entendu dire qu'il avait accompli ce signe. Les pharisiens se dirent alors entre eux : « Vous voyez bien que vous n'arrivez à rien : voilà que tout le monde marche derrière lui ! »
Il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. » Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus.
Alors Jésus leur déclare : « L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s'en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera.
Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? "Père, sauve-moi de cette heure" ? Mais non ! C'est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! »
Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l'ai glorifié et je le glorifierai encore. »
En l'entendant, la foule qui se tenait là disait que c'était un coup de tonnerre. D'autres disaient : « C'est un ange qui lui a parlé. »
Mais Jésus leur répondit : « Ce n'est pas pour moi qu'il y a eu cette voix, mais pour vous. Maintenant a lieu le jugement de ce monde. Maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes. »
Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir.
La foule lui répliqua : « Nous, nous avons appris dans la Loi que le Christ demeure pour toujours. Alors, toi, comment peux-tu dire : "Il faut que le Fils de l'homme soit élevé" ? Qui est donc ce Fils de l'homme ? »
Jésus leur déclara : « Pour peu de temps encore, la lumière est parmi vous. Marchez tant que vous avez la lumière, afin que les ténèbres ne vous arrêtent pas. Celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière : vous serez alors des fils de lumière. »
Ainsi parla Jésus, puis il les quitta et se cacha loin d'eux.
Alors qu'il avait fait tant de signes devant eux, certains ne croyaient pas en lui. Et ainsi s'accomplissait la parole dite par le prophète Isaïe : « Seigneur, qui a cru ce que nous avons entendu ? À qui la puissance du Seigneur a-t-elle été révélée ? »
Ils ne pouvaient pas croire, puisqu'Isaïe dit encore : « Il a rendu aveugles leurs yeux, il a endurci leurs cœurs, de peur qu'ils ne voient de leurs yeux, qu'ils ne comprennent dans leur cœur, et qu'ils ne se convertissent. Et moi, je les guérirai. »
Ces paroles, Isaïe les a prononcées parce qu'il avait vu la gloire de Jésus, et c'est de lui qu'il a parlé.
Cependant, même parmi les chefs du peuple, beaucoup crurent en lui ; mais, à cause des pharisiens, ils ne le déclaraient pas publiquement, de peur d'être exclus des assemblées. En effet, ils aimaient la gloire qui vient des hommes plus que la gloire qui vient de Dieu.
Alors Jésus s'écria : « Celui qui croit en moi, ce n'est pas en moi qu'il croit, mais en celui qui m'a envoyé ; et celui qui me voit, voit celui qui m'a envoyé. Moi qui suis la lumière, je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. Si quelqu'un entend mes paroles et n'y reste pas fidèle, moi, je ne le juge pas, car je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. Celui qui me rejette et n'accueille pas mes paroles aura, pour le juger, la parole que j'ai prononcée : c'est elle qui le jugera au dernier jour. Car ce n'est pas de ma propre initiative que j'ai parlé : le Père lui-même qui m'a envoyé m'a donné son commandement sur ce que je dois dire et déclarer. Et je sais que son commandement est vie éternelle. Donc, ce que je déclare, je le déclare comme le Père me l'a dit. »
Commentaire
Alors, je commence par ça. Moi, il y a ce verset qui, pour moi, est le verset ultime, la clé de lecture de l'Évangile, de la Révélation, de la Bible, de Dieu, etc. Pour beaucoup de personnes, le verset ultime, c'est « Dieu a tellement aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique ». On l'avait entendu, c'était avec Nicodème. C'est vrai que c'est un verset qui est magnifique. Pour d'autres encore, c'est les Béatitudes : « Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. » Moi, c'est ce qu'on vient de lire, chapitre 12, verset 24 :
Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Parce que derrière, ce grain de blé qui meurt, en fait, c'est une reprise constante dans tous les Évangiles. C'est la grande image qui habitait Jésus. C'est pour ça que vous avez la multiplication des pains. C'est pour ça que vous avez la parabole du semeur. Et là, il vous donne le secret : il faut que le grain de blé tombé en terre meure pour qu'il porte du fruit. Ce qui n'est pas donné sur terre est perdu. Pour les anciens, les grains de blé, c'étaient des êtres vivants qui mouraient pour ressusciter dans une plante nouvelle.
Vous voulez être heureux sur terre ? Eh bien, il faut être comme ce grain de blé. Il faut aimer à la folie les hommes bons comme les hommes mauvais. « Celui qui veut venir à ma suite, qu'il prenne sa croix, qu'il renonce et qu'il vienne à ma suite. » Et là, c'est exactement ça :
Si quelqu'un veut me servir, qu'il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera.
Et vous voyez là les deux versants. Un versant plus exigeant : donner sa vie. Mais un versant plus joyeux, lumineux, glorieux : porter du fruit, et un fruit qui demeure. La vie éternelle. « Si quelqu'un me sert, mon Père l'honorera. » C'est cette gloire que Jésus connaît en propre et qu'il est venu nous donner. Ça, c'est le verset central pour moi dans toutes les Écritures.
Maintenant, vous pouvez voir comment, dans ce chapitre, il est encadré par des figures humaines qui lui donnent son ombre et sa lumière. Marie, qui aime à la folie, de manière pas tout à fait ajustée, mais au moins ça déborde d'amour, avec cette image du parfum. Un geste dont la générosité et la gratuité éveillent la jalousie des autres. C'est ça ce qu'il y a de terrible. La jalousie de Judas, qui voit bien que cette femme arrive à accéder à un niveau d'intimité avec Jésus qui lui échappe, et en plus en dilapidant de l'argent. Alors oui, il y a l'amour de l'argent chez Judas, mais derrière, il y a autre chose : il y a de la jalousie qui ne dit pas son nom. Et c'est ça qui explique l'aspect cruel dans son geste. Et pareil pour les pharisiens, qui sont jaloux de Lazare, parce que tout le monde va le voir, lui, plutôt qu'eux, et donc on va le tuer parce que c'est insupportable.
Et c'est cette jalousie qui explique l'incrédulité. Et ça vous donne la dernière partie de l'épisode que vous avez entendu, qu'on appelle la conclusion des signes. Première grande partie de l'Évangile selon saint Jean, le livre des signes, les six premiers signes, qui se referme. On va en ouvrir un autre, qui s'appellera le livre de la gloire, avec le dernier repas et ensuite la Passion.
La conclusion de ce dernier chapitre du livre des signes, c'est que Jésus vous explique pourquoi les hommes ne croient pas. Et c'est ce que vous disait le narrateur. Il y a des personnes qui croient, mais qui n'osent pas le dire, parce qu'elles préfèrent la gloire qui vient des hommes plutôt que la gloire qui vient de Dieu. Ça, c'est nous, par exemple, au travail, quand on n'ose pas dire qu'on est chrétien parce qu'on a peur de perdre son boulot. Vous savez, on a vite fait de se faire des films dans sa tête. Dans l'Évangile, c'est Nicodème.
Et puis après, vous avez aussi d'autres personnes, des personnes qui refusent de croire en Dieu. En fait, on pourrait se dire : mais pourquoi est-ce qu'elles refusent de croire en Dieu ? Est-ce que c'est quelque chose d'intellectuel, parce qu'elles refusent de croire dans le Big Bang, la Bible, tout ça ? Ou alors, elles n'ont pas suffisamment de preuves, parce que Jésus ceci, parce que Jésus cela, parce que les chrétiens ont fait ci au XIIIᵉ siècle ou je ne sais pas quoi. Bien souvent — et c'est ce que vous dit l'Évangile à mots couverts —, derrière toutes ces questions intellectuelles, il y a souvent de la jalousie et de l'orgueil. Parce que croire en Dieu, c'est ne plus être à la première place. Bon, ça, c'est mon interprétation personnelle, vous avez sûrement la vôtre.
N'empêche que vous sentez comme c'est difficile de donner sa vie, d'être ce grain de blé qui tombe en terre pour le seul plaisir de faire de belles choses et de faire le bien. On parlait d'orgueil et de jalousie : le remède, c'est cette gratuité. Donner sa vie. Donner sa vie à Dieu, donner sa vie aux autres, et s'oublier un peu.
Nous terminons notre cinquième journée avec saint Jean, avec la fin du cinquième chapitre du Cantique des Cantiques.
Cantique des Cantiques 5,10-16
Mon bien-aimé est clair et vermeil, on le distingue entre dix mille. Sa tête est d'or, d'un or pur. Ses boucles d'un noir de corbeau ondulent.
Ses yeux sont comme des colombes au bord d'un ruisseau, qui baignent dans le lait et reposent tranquilles. Ses joues, un parterre d'arômes, des corbeilles de senteurs. Ses lèvres, des lis, un ruissellement de myrrhe.
Ses bras, des torsades d'or serties de topazes. Son ventre, un bloc d'ivoire couvert de saphirs. Ses jambes, des colonnes de marbre posées sur des socles d'or pur. Son aspect est celui du Liban, comme le cèdre sans rival.
Sa bouche est pure douceur, et tout en lui est désirable. Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami, filles de Jérusalem.
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