CapBibliqueCapBiblique

Jour 234 ☼ — Un geste plus fort que les mots

← J233 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J234 ☾ →


Résumé : Cet épisode ouvre la seconde grande partie de l'évangile selon saint Jean, le « livre de la gloire », avec le chapitre 13 : le dernier repas, le lavement des pieds, l'annonce de la trahison de Judas, le commandement nouveau et l'annonce du reniement de Pierre. Le commentaire souligne la construction magistrale du texte — la période d'ouverture, la figure ténébreuse de Judas encadrée par les deux plus beaux passages de l'évangile — et analyse le lavement des pieds comme un geste qui vaut mieux que tous les discours : inversion rituelle, dépouillement du vêtement, vie librement donnée. Le frère montre enfin pourquoi le commandement d'amour est dit « nouveau » et comment il fonde toute la vie missionnaire de l'Église.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Petite pause publicitaire. N'oubliez pas que ce podcast, il vous est gratuitement proposé, selon que Jésus a dit : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement », et c'est ce que nous faisons. Mais Jésus a aussi dit : « L'ouvrier mérite son salaire », et ça, c'est ce que vous ferez. N'oubliez pas le guide, le lien est en bas. Merci, fin de parenthèse, on retourne à Jean.

Nous avons terminé une première grande partie dans l'évangile selon saint Jean, ce qu'on appelle le livre des signes. Il nous reste maintenant le dernier signe, le signe ultime à voir, celui de la résurrection. Mais il va se faire à la conclusion de cette autre partie, de cette deuxième partie dans l'évangile de Jésus Christ selon saint Jean, que nous ouvrons ensemble aujourd'hui et que l'on appelle le livre de la gloire.

Nous sommes un jeudi. Et Jésus a réalisé, même s'il est le seul à l'avoir réalisé, que c'était son dernier repas avec ses disciples.

Lecture : Jean 13

Avant la fête de la Pâque, sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout.

Au cours du repas, alors que le diable a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l'Iscariote, l'intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu'il est sorti de Dieu et qu'il s'en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge qu'il se noue à la ceinture, puis il verse de l'eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu'il avait à la ceinture.

Il arrive donc à Simon-Pierre, qui lui dit : « C'est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? » Jésus lui répondit : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. » Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais. » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n'auras pas de part avec moi. » Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! » Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n'a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, mais non pas tous. » Il savait bien qui allait le livrer ; et c'est pourquoi il disait : « Vous n'êtes pas tous purs. »

Quand il leur eut lavé les pieds, il reprit son vêtement, se remit à table et leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire pour vous ? Vous m'appelez "Maître" et "Seigneur", et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns des autres. C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous. Amen, amen, je vous le dis : un serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni un envoyé plus grand que celui qui l'envoie. Sachant cela, heureux êtes-vous si vous le faites.

Ce n'est pas de vous tous que je parle ; moi, je sais quels sont ceux que j'ai choisis, mais il faut que s'accomplisse l'Écriture : Celui qui mange le pain avec moi m'a frappé du talon. Je vous dis ces choses dès maintenant, avant qu'elles n'arrivent ; ainsi, lorsqu'elles arriveront, vous croirez que moi, JE SUIS. Amen, amen, je vous le dis : si quelqu'un reçoit celui que moi j'envoie, il me reçoit moi-même ; et celui qui me reçoit, reçoit Celui qui m'a envoyé. »

Après avoir ainsi parlé, Jésus fut bouleversé en son esprit, et il rendit ce témoignage : « Amen, amen, je vous le dis : l'un de vous me livrera. » Les disciples se regardaient les uns les autres avec embarras, ne sachant pas de qui Jésus parlait. Il y avait à table, appuyé contre Jésus, l'un de ses disciples, celui que Jésus aimait. Simon-Pierre lui fait signe de demander à Jésus de qui il veut parler. Le disciple se penche donc sur la poitrine de Jésus et lui dit : « Seigneur, qui est-ce ? » Jésus lui répond : « C'est celui à qui je donnerai la bouchée que je vais tremper dans le plat. » Il trempe la bouchée et la donne à Judas, fils de Simon l'Iscariote. Et lorsque Judas eut pris la bouchée, Satan entra en lui. Jésus lui dit alors : « Ce que tu fais, fais-le vite. » Mais aucun des convives ne comprit pourquoi il lui avait dit cela. Comme Judas tenait la bourse commune, certains pensèrent que Jésus voulait lui dire d'acheter ce qu'il fallait pour la fête, ou de donner quelque chose aux pauvres. Judas prit donc la bouchée, et sortit aussitôt. Or, il faisait nuit.

Quand il fut sorti, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; il le glorifiera bientôt. Petits enfants, c'est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Vous me chercherez, et, comme je l'ai dit aux Juifs : "Là où je vais, vous ne pouvez pas aller", je vous le dis maintenant à vous aussi. Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres. »

Simon-Pierre lui dit : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant ; tu me suivras plus tard. » Pierre lui dit : « Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je donnerai ma vie pour toi ! » Jésus réplique : « Tu donneras ta vie pour moi ? Amen, amen, je te le dis : le coq ne chantera pas avant que tu m'aies renié trois fois. »

Commentaire

Le dernier repas de Jésus, qui est vraiment très différent de ce que vous pouvez avoir dans Matthieu, Marc et Luc. L'institution de l'Eucharistie a disparu — il l'avait remplacée par le discours sur le pain de vie au moment de la multiplication des pains — et à la place, vous avez ce geste du lavement des pieds.

Autre particularité aussi : la manière dont ce repas est introduit, par ce qu'on appelle une période. Une période, c'est une phrase rhétorique particulièrement bien construite.

Sachant que l'heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout.

Vous avez la montée, ce qu'on appelle la protase ; l'acmé, le paroxysme, « Jésus ayant aimé les siens » ; et puis ensuite la descente, l'apodose. Une phrase magistrale, que l'on retrouve parfois à la messe, donc certainement vous l'avez déjà entendue et elle vous est familière. Ça vous montre le degré de construction de tout ce que vous venez d'entendre.

D'ailleurs, en voilà encore un autre. Vous voyez comment, à la figure de Jésus qui aime jusqu'au bout, répond cette autre figure ténébreuse, catastrophique, celle de Judas. Regardez : Jésus qui commence par laver les pieds, ensuite Judas qui trahit, et après Jésus reprend la parole pour donner un commandement nouveau, « Aimez-vous les uns les autres ». C'est quand même saisissant. Comment voulez-vous mettre davantage en lumière l'aspect dérisoire de cette trahison ? L'aspect pervers, l'aspect corrompu, l'aspect satanique de Judas, de sa trahison, qui est d'autant plus mise en avant qu'elle se trouve entourée des deux plus beaux passages de l'évangile selon saint Jean.

Bon, laissons là Judas, repartons sur de plus belles choses : le lavement des pieds. Vous savez, parfois un geste vaut mieux que tous les discours. On ne sait pas très bien exactement où Jésus veut en venir, à travers des phrases dont on a du mal à comprendre le sens. Mais là, vous avez un des gestes les plus évidents, les plus parlants de tous les évangiles. Jésus qui enlève son vêtement et qui se met à laver les pieds de ses disciples. Tout le monde comprend ce que ça veut dire.

Alors, tout le monde comprend ce que ça veut dire, ça n'empêche pas que c'est extrêmement novateur. Parce que le dernier repas de Jésus, c'est un repas rituel qui commémore la Pâque des Juifs. Normalement, c'étaient les invités qui lavaient les mains de celui qui dirigeait le repas. Là, c'est exactement le contraire. Deuxième inversion : normalement, ce sont les disciples qui prennent soin de leur maître. Et là, c'est le contraire. D'autant plus que laver les pieds, normalement, un disciple pouvait aller jusqu'à dénouer la courroie des sandales de son maître ; après, c'était considéré comme un geste dégradant qu'il fallait laisser aux esclaves.

Vous avez encore aussi la symbolique du vêtement. Jésus qui dépose son vêtement. Déposer son vêtement comme on dépose sa vie. Le vêtement qui représente non seulement la vie humaine, mais aussi la dignité. La dignité, parce que c'est ce qui permet de cacher la vulnérabilité et la faiblesse. Dieu qui se dépouille de sa condition divine pour se retrouver quasiment nu devant vous. Enfin, quand même : au pied de la croix, vous allez avoir les soldats qui vont prendre les vêtements de Jésus, parce qu'il n'aura pas le choix. Mais là, c'est Jésus qui dépose ses vêtements. Il donne librement sa vie. Et ce geste, pour saint Augustin, c'est le huitième sacrement.

Après ce geste, vous avez le discours d'adieu qui commence. Alors, ce discours d'adieu, il va durer quatre chapitres. Donc préparez-vous. Sauf qu'ici, vous venez d'avoir en introduction le thème central de ce qui va ensuite être déployé pendant quatre chapitres. C'est ce que je vous disais, c'est ce commandement nouveau.

Je vous le dis maintenant à vous aussi : je vous donne un commandement nouveau, c'est de vous aimer les uns les autres.

Alors, on l'appelle commandement nouveau, non pas au sens où il n'était pas présent dans l'Ancien Testament — quand on lit bien l'Ancien Testament, il est dedans. On l'appelle commandement nouveau parce qu'enfin quelqu'un va le réaliser, et ce sera la première fois dans l'histoire de l'humanité. Et on l'appelle aussi nouveau parce qu'il ne peut pas vieillir : c'est un commandement éternel, et qui est toujours nouveau.

« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » Donc ici, ce qui est commandé, c'est cette charité, mais au sens d'une charité qui est celle d'une amitié, celle d'une fraternité, qui va plus loin même que simplement faire les choses gratuitement. C'est s'attacher aux gens.

Et de ce commandement nouveau, Jésus vous en donne le fondement : le don de sa vie. Jésus qui vous aime jusqu'à mourir. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt… », etc. C'est toujours la même chose. Il est là, le fondement. Et le fondement, c'est le don de soi, la vie donnée. Le grain de blé qui tombe en terre porte du fruit.

Et ensuite, il vous donne le fruit que ça va porter : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples. » C'est la vie de l'Église. La vie de l'Église, ça ne commence pas par la foi dans la résurrection — ou plutôt, ça commence dans la foi, dans le fait que quand on donne sa vie par amour, là on ressuscite. Et ça, c'est l'activité missionnaire de l'Église, son rayonnement propre dans le monde. Et donner sa vie, je le redis, c'est s'attacher aux gens, même aux salauds, comme Judas.

Et une fois que Jésus vous a emmené jusqu'à cette hauteur-là, ensuite les disciples prennent la parole. Et là, on s'aperçoit que Pierre dit : « Mais si, moi je vais donner ma vie pour toi. » Et Jésus lui dit : « Mais non, mais tu n'as rien compris. » Et c'est cette incompréhension entre les disciples et Jésus qui va expliquer les quatre chapitres que vous allez entendre. Jésus va essayer de reprendre les choses.

Ça, c'est touchant, parce que derrière l'incompréhension des disciples, c'est la nôtre. Qui d'entre nous peut dire qu'il a compris le commandement nouveau, aimer jusqu'à la mort ? Donc c'est pour nous que Jésus parle. C'est à vous qu'il a donné ce commandement nouveau.

Et nous terminons avec la dernière partie du chapitre 6 du Cantique des Cantiques.


← J233 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J234 ☾ →