Un Geste Qui A Valeur De Testament
Jean ne raconte pas le deroulement du dernier repas de Jesus avec ses disciples, lors de la Paque, ni l'institution de l'eucharistie. En revanche, il rapporte l'enseignement supreme que Jesus a voulu leur laisser en ce dernier soir : celui du service mutuel.
Et voila les disciples bien etonnes ! Lui, le Seigneur et le Maitre, s'est fait leur serviteur. Et il a termine en disant : « C'est un exemple que je vous ai donne, afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous. » La encore, Jesus instituait un nouveau Memorial. Non seulement, en pratiquant le lavement des pieds, nous commemorons les derniers moments de Jesus, mais nous remontons a la source de ce qui va desormais irriguer nos vies, le comportement meme de Jesus Christ.
Or, ce meme dernier soir, les trois Evangiles synoptiques et saint Paul dans sa premiere lettre aux Corinthiens, rapportent l'institution de l'eucharistie, assortie du commandement : « Vous ferez cela en memoire de moi. » Ce qui veut dire qu'il y a deux manieres complementaires de « faire memoire » de Jesus Christ : la fraction du pain et le service des freres. Voici qui eclaire la phrase de la deuxieme Priere eucharistique a la messe : « Tu nous as choisis pour servir en ta presence. » Il s'agit de « servir » dans la liturgie, mais aussi de « servir » nos freres au quotidien.
Un Messie-Serviteur
Jesus, a genoux devant ses disciples, il y a la, de toute evidence un geste d'humilite, double d'une consigne pour ses disciples de tous les temps ; mais il y a peut-etre en meme temps beaucoup plus que cela, une veritable revelation sur lui-meme. Cette position de serviteur revele qu'il est le Messie.
On sait que l'attente du Messie en Israel a considerablement evolue au cours du temps. Le mot « Messie » lui-meme, au depart, etait un simple qualificatif du roi qui, le jour de son sacre, avait recu une onction d'huile. Chaque roi, a son tour, portait donc le nom de « messie » qui, en hebreu, signifie simplement « frotte d'huile ». Mais aucun roi d'Israel n'a jamais apporte a son peuple tous les bienfaits que l'on en attendait : paix, securite, abondance pour tous. Et pourtant, puisque Dieu avait promis que le bonheur s'installerait un jour definitivement sur la terre des hommes, on continuait a esperer. Au temps de Jesus, cette esperance s'exprimait de plusieurs manieres differentes. Certains attendaient un roi, d'autres un pretre, d'autres un prophete. D'autres enfin, n'attendaient pas un individu particulier mais un personnage collectif : Daniel parlait d'un fils d'homme et Isaie avait annonce un Messie-Serviteur. Or, Jesus s'est attribue le titre de fils de l'homme mais on ne l'a pas entendu ; et, un jour a Nazareth, il a essaye de dire a ses concitoyens qu'il etait le Messie, mais ils n'ont pas compris. Ce dernier soir, il se presente comme le serviteur annonce par Isaie. Peut-etre cette revelation a-t-elle pu eclairer ses disciples dans les heures terribles qui ont suivi : car Isaie annoncait a la fois les souffrances du serviteur, le miracle de la conversion de ses bourreaux et sa propre exaltation.
Plus Tard, Tu Comprendras
A plusieurs reprises, au long de la vie terrestre de Jesus, les Evangelistes notent que ses disciples et son entourage ne pouvaient pas tout comprendre tout de suite. Il leur a fallu l'experience de la Resurrection de Jesus et la lumiere de l'Esprit recu a la Pentecote. Comme il le leur avait promis : « Quand il viendra, lui, l'Esprit de verite, il vous conduira dans la verite tout entiere » (Jn 16,13).
Cette phrase « plus tard, tu comprendras » reste d'actualite pour nous tout au long de notre vie. Il nous faut, patiemment, humblement, chercher a comprendre un peu du mystere, sachant que nous ne l'atteignons jamais completement : « Si je comprenais, ce ne serait pas Dieu » disait saint Augustin. L'humilite est certainement la vertu spirituelle la plus haute, elle qui est faite d'abaissement, justement : « Qui s'abaisse sera eleve ».