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Évangile selon · 21 chapitres

Jean

L'évangile johannique se distingue par son style méditatif, ses grands « Je suis » et son rythme de signes. Lis-le verset à verset, avec les commentaires en regard.

Jn 16,5-11
AELF · Bible liturgique

Texte biblique non disponible pour ce passage — sera ajouté quand un passage de ce chapitre sera commenté dans la liturgie.

Jn 16,5-11
Commentaire

Ce passage appartient au second discours d'adieu de Jésus (Jn 15-16), composition johannique dense où le Christ prépare ses disciples à son départ. Le contexte immédiat est celui de l'annonce des persécutions à venir (16, 1-4) ; Jésus enchaîne sur sa propre « sortie » (hupagō, je m'en vais) qui constitue le fil conducteur du chapitre. Le verbe hupagein est typiquement johannique et joue sur deux registres : le départ vers la mort et le retour au Père. Cette ambiguïté volontaire fait toute la profondeur du discours. Les exégètes débattent depuis longtemps de l'articulation entre Jn 14, 31 (« Levez-vous, partons d'ici ») et la longue suite de Jn 15-17 ; la plupart y voient une couture rédactionnelle révélant la composition par étapes du quatrième évangile (hypothèse défendue notamment par R. E. Brown et X. Léon-Dufour), mais l'unité théologique du discours reste forte.

Le reproche initial — « aucun de vous ne me demande : Où vas-tu ? » — peut surprendre : Pierre l'avait pourtant demandé en 13, 36, et Thomas en 14, 5. Cyrille d'Alexandrie, dans son Commentaire sur Jean (livre X), résout l'apparente contradiction en distinguant questionnement extérieur et compréhension intérieure : les disciples ont prononcé les mots, mais leur cœur est resté fermé sur leur tristesse, sans saisir que le départ du Christ est pour eux un gain. Le pivot du passage est précisément cette inversion paradoxale : « il vaut mieux pour vous que je m'en aille » (sumferei humin hina egō apelthō). Le verbe sumferō (être avantageux) dit l'économie divine : ce qui afflige humainement est providentiellement nécessaire.

L'enjeu central est la venue du Paraklētos, terme johannique difficile à traduire — « Défenseur », « Avocat », « Consolateur », « Intercesseur » selon les nuances. Le mot est juridique : dans le grec classique et hellénistique, le paraklētos est celui qu'on appelle à ses côtés, l'avocat-conseil. Mais le quatrième évangile en fait un titre quasi-personnel de l'Esprit Saint, qui prolonge l'œuvre du Christ. Origène, dans le Commentaire sur Jean (livre II), souligne la corrélation profonde entre le Fils et l'Esprit : « Tant que le Verbe demeure dans la chair, l'Esprit demeure caché ; mais lorsque le Verbe retourne au Père, alors l'Esprit est envoyé pour conduire l'Église en toute vérité. » L'envoi de l'Esprit suppose la glorification du Fils ; c'est un thème majeur de la christologie johannique (cf. Jn 7, 39).

Vient alors la triple œuvre du Paraclet : convaincre le monde « en matière de péché, de justice et de jugement ». Le verbe elenchō est ici crucial : il signifie à la fois démontrer la culpabilité, confondre, mais aussi instruire et faire prendre conscience. Le Paraclet est donc procureur autant que pédagogue. Augustin, dans son Tractatus 95 sur l'Évangile de Jean, déploie magnifiquement les trois objets : « Le péché est de ne pas croire en Christ ; la justice est celle des croyants qui voient le Christ assis à la droite du Père ; le jugement est la condamnation du diable. » L'inversion est saisissante : ce que le procès intenté contre Jésus a voulu condamner — Jésus comme pécheur, le monde comme juste, le Christ comme jugé — sera retourné par l'Esprit en démonstration inverse.

Le « péché » dont il s'agit est donc défini avec précision : hoti ou pisteuousin eis eme (parce qu'ils ne croient pas en moi). Le péché par excellence, dans la théologie johannique, n'est pas une faute morale particulière mais le refus de la foi au Fils envoyé. La « justice » renvoie à la justification eschatologique du Crucifié : son retour au Père manifeste qu'il était le Juste, contre le verdict apparent du Calvaire. Et le « jugement » porte sur le « prince de ce monde » (ho archōn tou kosmou toutou), figure que Jean a déjà introduite en 12, 31 et 14, 30 : la Passion, qui semblait être la victoire des puissances de mort, est en réalité leur condamnation définitive. Grégoire le Grand, dans ses Homélies sur l'Évangile (Hom. 30), rapproche cette œuvre de l'Esprit du don pentecostal : « C'est lui qui rend les pêcheurs intrépides, qui fait des disciples timides des témoins audacieux. »

L'intertextualité avec la première lecture est lumineuse : ce que l'Évangile annonce, les Actes le mettent en scène. Paul et Silas, au cœur de la nuit, dans la prison de Philippes, sont les témoins de cette œuvre du Paraclet — leur prière chantée convainc le geôlier, retourne le procès apparent (les apôtres jugés sont en vérité les justes ; le geôlier juge devient suppliant ; le système romain qui semblait triompher est confondu). La parole de Jésus en Jn 16 trouve dans Ac 16 une vérification narrative : les disciples ne sont pas orphelins, le Défenseur agit en eux et par eux.

Théologiquement, ce passage trace l'horizon trinitaire du temps de l'Église. Le Christ ne s'éloigne pas pour laisser un vide : il monte au Père pour envoyer l'Esprit, qui inscrit dans l'histoire la victoire pascale. L'Église vit dans cet « il vaut mieux » paradoxal : l'absence visible du Christ est la condition de sa présence pneumatique universelle. Pour le croyant, cela signifie que la tristesse du départ — qu'il s'agisse du deuil, de l'épreuve ou du silence de Dieu — peut être habitée par le Paraclet. La promesse n'efface pas la peine, mais elle la transfigure : ce qui semble perte est ouverture à un don plus grand.

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