CapBibliqueCapBiblique
← Retour aux livres
Évangile selon · 21 chapitres

Jean

L'évangile johannique se distingue par son style méditatif, ses grands « Je suis » et son rythme de signes. Lis-le verset à verset, avec les commentaires en regard.

Jn 18,1-19
Liturgie · Vendredi saint
Bible Crampon (1923)

1 Après avoir ainsi parlé, Jésus se rendit, accompagné de ses disciples, au delà du torrent de Cédron, où il y avait un jardin, dans lequel il entra lui et ses disciples.

2 Judas, qui le trahissait, connaissait aussi ce lieu, parce que Jésus y était souvent allé avec ses disciples.

3 Ayant donc pris la cohorte et des satellites fournis par les Pontifes et les Pharisiens, Judas y vint avec des lanternes, des torches et des armes.

4 Alors Jésus, sachant tout ce qui devait lui arriver, s'avança et leur dit : " Qui cherchez-vous ? "

5 Ils lui répondirent : " Jésus de Nazareth. — Il leur dit : " Jésus de Nazareth, c'est moi. " Or, Judas, qui le trahissait, était là avec eux.

6 Lors donc que Jésus leur eut dit : " C'est moi, " ils reculèrent et tombèrent par terre.

7 Il leur demanda encore une fois : " Qui cherchez-vous ? " Et ils dirent : " Jésus de Nazareth. "

8 Jésus répondit : " Je vous l'ai dit, c'est moi ; si donc c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. "

9 Il dit cela, afin que fût accomplie la parole qu'il avait dite : " Je n'ai perdu aucun de ceux que vous m'avez donnés. "

10 Alors Simon-Pierre, qui avait une épée, la tira, et frappant le serviteur du grand prêtre, il lui coupa l'oreille droite : ce serviteur s'appelait Malchus.

11 Mais Jésus dit à Pierre : " Remets ton épée dans le fourreau. Ne boirai-je donc pas le calice que mon Père m'a donné ? "

12 Alors la cohorte, le tribun et les satellites des Juifs se saisirent de Jésus et le lièrent.

13 Ils l'emmenèrent d'abord chez Anne parce qu'il était beau-père de Caïphe, lequel était grand-prêtre cette année-là.

14 Or, Caïphe était celui qui avait donné ce conseil aux Juifs : " Il est avantageux qu'un seul homme meure pour le peuple. "

15 Cependant Simon-Pierre suivait Jésus, avec un autre disciple. Ce disciple, étant connu du grand-prêtre, entra avec Jésus dans la cour du grand-prêtre,

16 mais Pierre était resté près de la porte, en dehors. L'autre disciple, qui était connu du grand-prêtre sortit donc, parla à la portière, et fit entrer Pierre.

17 Cette servante, qui gardait la porte, dit à Pierre : " N'es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme ? " Il dit : " Je n'en suis point. "

18 Les serviteurs et les satellites étaient rangés autour d'un brasier, parce qu'il faisait froid, et ils se chauffaient ; Pierre se tenait aussi avec eux, et se chauffait.

19 Le grand-prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur sa doctrine.

— Jn 18,1-19 —
Commentaire

Chaque année, le Vendredi saint, à l'église, nous lisons le récit de la Passion dans l'Évangile selon saint Jean. Les quatre récits de la Passion sont très semblables dans les grandes lignes ; mais si on regarde d'un peu plus près, on s'aperçoit que chacun des évangélistes a ses accents propres.

La Comparution Devant Pilate

La comparution de Jésus devant Pilate occupe une place très importante dans l'Évangile selon saint Jean : vingt-neuf versets. Cela se passe au palais d'Hérode, près de l'actuelle porte de Jaffa. On peut distinguer sept petites scènes successives. Pilate dialogue tantôt avec les Juifs au-dehors et tantôt avec Jésus à l'intérieur du prétoire. Entre Pilate et Jésus, c'est un vrai dialogue de sourds, ils ne sont pas sur la même longueur d'ondes et on a l'impression que, finalement, celui qui est en position d'autorité, c'est Jésus.

Jean note à plusieurs reprises que Jésus est le véritable maître des événements : dès son arrestation, il savait ce qui allait lui arriver, et, non seulement, il ne cherche pas à se dérober, il accepte librement.

La Révélation De La Royauté De Jésus

S'il n'y avait qu'une chose à retenir du récit de Jean, c'est qu'à ses yeux, la Passion du Christ n'est pas une défaite, c'est une victoire. C'est le paradoxe de nos crucifix : pour un incroyant, le crucifix est une horreur, un instrument de supplice. Pour saint Jean, au contraire, c'est le triomphe de l'amour sur toute la haine du monde. Dans cette optique, la croix est considérée comme le lieu de la plus haute révélation du Dieu d'amour. C'est pour cette raison que les croix des premiers siècles étaient décorées, ornées de pierres précieuses.

La scène entière chez Pilate se concentre sur le titre de Jésus : se prétend-il roi oui ou non ? Jésus nous en propose une définition nouvelle : « Ma royauté n'est pas de ce monde… » Sa seule puissance, ce n'est pas la pression religieuse ou politique, c'est la seule puissance de l'amour.

Tout Est Accompli

« Tout est accompli » : cela pourrait vouloir dire tout simplement « Tout est fini ». Mais saint Jean a choisi un mot qui ne veut pas dire « terminé », mais tout est « réalisé », au sens de « mission accomplie ». C'est l'Heure de l'accomplissement du projet de Dieu. À Pilate, Jésus avait dit : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). L'Heure de la Croix est celle du parachèvement de ce témoignage : sur la Croix, les hommes verront jusqu'où Dieu aime l'humanité, jusqu'à laisser les hommes accomplir leur folie de haine et jusqu'à leur pardonner même cela. Reprenant la phrase du prophète Zacharie, Jean nous dit « Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé. » Alors leur cœur de pierre deviendra cœur de chair. Cela aussi, Jésus l'avait dit : « Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32).