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Jour 236 ☼ — Voici l'homme, voici l'amour

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 19 de l'évangile selon saint Jean, le plus historique des récits de la Passion, où tout le monde manipule tout le monde : Pilate contraint les grands prêtres à confesser « Nous n'avons pas d'autre roi que l'empereur », et les grands prêtres poussent Pilate à la crucifixion. Le commentaire médite l'ironie johannique du « Voici l'homme », la gratuité du mal et la dignité que Jésus garde jusqu'au bout. Il s'arrête enfin sur la parole « Femme, voici ton fils » : le disciple bien-aimé, c'est vous, et c'est encore aujourd'hui que Jésus vous donne sa mère. L'épisode se termine par le Cantique des Cantiques 8 : l'amour est plus fort que la mort.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

La coupe est tirée, il faut la boire jusqu'au bout : la crucifixion de Jésus, Jean chapitre 19. Souvenez-vous, c'est probablement dans cet évangile que les détails sont les plus historiques. C'est aussi là où vous allez enfin entendre cette phrase dont je vous ai parlé l'épisode d'avant — je me suis peut-être un peu emballé dans les commentaires — mais c'est quand les grands prêtres disent : « Nous n'avons pas d'autre roi que l'empereur. » C'est ce que voulait Ponce Pilate : obliger les grands prêtres et les pharisiens à reconnaître la souveraineté d'un empereur qu'ils détestaient par-dessus tout.

Un calcul politique qui, d'ailleurs, va plutôt bien marcher, parce qu'il brise le nationalisme juif. Pendant les quelques années qui vont suivre la mort de Jésus, comme humiliés par la confession publique qu'ils ont été amenés à faire devant tout le monde, il n'y aura pas vraiment de coup anti-romain de la part des grands prêtres. Mais à long terme, ce sera exactement le contraire qui va se passer, parce qu'en crucifiant Jésus, c'est le parti modéré que Ponce Pilate est en train de crucifier. Eh oui, Jésus faisait partie de ces quelques Juifs modérés qui s'accommodaient de l'occupation romaine.

Donc, la crucifixion de Jésus dans l'évangile selon saint Jean, qui est à la fois la plus historique et où tout le monde essaye de manipuler tout le monde. Ponce Pilate manipule les grands prêtres, les grands prêtres essayent de manipuler Ponce Pilate pour qu'il crucifie Jésus. Enfin, ici, tout le monde a un agenda. Même les malfaiteurs qui se moquent de Jésus et qui essayent de retrouver, comme ils peuvent, une dignité au sommet de leur croix : en se moquant d'un de leurs congénères, ils se mettent du côté des bourreaux pour retrouver par là leur dignité. C'est sidérant. Et au milieu de tout ça, Jésus, dont on nous dit qu'il n'avait jamais commis le mal. « Voici l'agneau de Dieu », disait Jean le Baptiste tout au début de l'évangile.

Lecture : Jean 19

Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu'il soit flagellé. Les soldats tressèrent une couronne avec des épines et la lui posèrent sur la tête, puis ils le revêtirent d'un manteau de pourpre. Ils s'avançaient vers lui et ils disaient : « Salut à toi, roi des Juifs ! » Et ils le giflaient.

Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : « Voyez, je vous l'amène dehors pour que vous sachiez que moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » Jésus sortit donc, portant la couronne d'épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : « Voici l'homme ! »

Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Prenez-le vous-mêmes et crucifiez-le ! Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » Ils lui répondirent : « Nous avons une loi, et suivant la loi, il doit mourir parce qu'il s'est fait Fils de Dieu. »

Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans le prétoire et dit à Jésus : « D'où es-tu ? » Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j'ai pouvoir de te relâcher et pouvoir de te crucifier ? » Jésus répondit : « Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l'avais reçu d'en haut ; c'est pourquoi celui qui m'a livré à toi porte un péché plus grand. »

Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher. Mais les Juifs se mirent à crier : « Si tu le relâches, tu n'es pas ami de l'empereur. Quiconque se fait roi s'oppose à l'empereur. »

En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors. Il le fit asseoir sur une estrade, au lieu dit « le Dallage », en hébreu : Gabbatha. C'était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : « Voici votre roi. » Alors ils crièrent : « À mort ! À mort ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit : « Vais-je crucifier votre roi ? » Les grands prêtres répondirent : « Nous n'avons pas d'autre roi que l'empereur. » Alors il leur livra Jésus pour qu'il soit crucifié.

Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit « le Crâne » ou « Calvaire », qui se dit en hébreu Golgotha. C'est là qu'ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu.

Pilate avait rédigé un écriteau qu'il fit placer sur la croix. Il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l'endroit où l'on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c'était écrit en hébreu, en latin et en grec. Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : « N'écris pas : "Roi des Juifs", mais : "Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs." » Pilate répondit : « Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit. »

Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c'était une tunique sans couture, tissée tout d'une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l'aura. » Ainsi s'accomplissait la parole de l'Écriture : « Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. » C'est bien ce que firent les soldats.

Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d'elle le disciple qu'il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

Après cela, sachant que tout désormais était achevé, pour que l'Écriture s'accomplisse jusqu'au bout, Jésus dit : « J'ai soif. » Il y avait là un récipient plein d'une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d'hysope, et on l'approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l'esprit.

Comme c'était le jour de la Préparation, c'est-à-dire le vendredi, il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d'autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu'on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l'autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu'il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats, avec sa lance, lui perça le côté ; et aussitôt il en sortit du sang et de l'eau.

Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu'il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s'accomplisse l'Écriture : « Aucun de ses os ne sera brisé. » Un autre passage de l'Écriture dit encore : « Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé. »

Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème — celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit — vint lui aussi. Il apportait un mélange de myrrhe et d'aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu'ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d'ensevelir les morts.

À l'endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n'avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c'est là qu'ils déposèrent Jésus.

Commentaire

J'arrête pas de vous parler de l'ironie qu'il y a chez saint Jean : toujours ces phrases à double sens. Regardez, quand Ponce Pilate dit « Voici l'homme », c'est Ponce Pilate qui se moque de Jésus et qui se moque des grands prêtres qui s'attaquent à une puce. Et c'est en même temps l'homme. L'homme dans toute sa splendeur, dans toute la vérité de la souffrance. Derrière Jésus, ce sont toutes les victimes.

Et ça, ça vous rappelle toutes les manipulations qu'il peut y avoir dans le monde. Je suis sûr que ça vous est déjà arrivé d'être manipulé. On peut être manipulé au travail, on peut être manipulé dans l'Église, on peut être manipulé dans la famille. Je me souviens d'une fois, dans un couvent, où j'étais manipulé. Alors, une toute petite manipulation, n'exagérons rien, c'est pas du tout comparable. Mais il y avait les frères d'un côté et le prieur de l'autre, et moi j'étais au milieu, et les frères m'ont utilisé pour faire sauter le prieur. Bon, j'en suis pas mort, mais des manipulations comme ça, on en a tous vécu. Eh bien, vous multipliez ça par dix, par cent, par mille, vous rajoutez les clous, les fouets, la crucifixion, le sordide, l'angoisse, la cruauté, et là, vous avez la situation de Jésus.

Vous avez peut-être encore quelque chose en plus ici : c'est le sentiment de cruauté gratuite. Enfin, c'est une chose de s'attaquer à un innocent, c'est encore autre chose que de manipuler les gens — tantôt on est les victimes, tantôt c'est nous qui manipulons les autres, ne nous faisons pas d'illusions. Mais est-ce qu'il y avait besoin d'en rajouter ? Est-ce qu'il y avait besoin de se complaire là-dedans ? En torturant jusqu'à la mort, en giflant, en crachant dessus ? Enfin, cette histoire de couronne, c'est totalement gratuit. Est-ce qu'il y avait besoin de le gifler ? Est-ce qu'il y avait besoin de lui cracher dessus ? Enfin, pourquoi ? Il y a un déferlement, il y a un soulagement. Il y a quand même quelque chose de très étonnant : la gratuité du mal. Cette sorte de défoulement, les gens se font plaisir.

Et au milieu de ce sordide, de ce pathétique, Jésus qui, on ne sait pas comment, arrive à garder sa dignité. C'est cette phrase entre Jésus d'un côté, et puis sa mère et le disciple bien-aimé :

« Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. »

Jusqu'au dernier moment, Jésus qui se soucie non pas de lui, mais des autres.

Alors, petite parenthèse : le disciple bien-aimé, on ne sait pas si c'est saint Jean l'évangéliste. La tradition l'associe à saint Jean l'évangéliste, et ok, très bien, mais formellement, rien ne permet d'en être sûr. Je dis ça parce qu'en fait, il est probable que ce soit une sorte d'artifice narratif que saint Jean a mis pour vous donner votre place à vous. Parce que, bien évidemment, le disciple bien-aimé, par-delà saint Jean, c'est censé être vous. Le disciple bien-aimé, c'est la place que vous êtes appelé à prendre dans l'évangile.

Et donc, en fait, c'est à vous que Jésus dit : « Voici ta mère. » Et même, vous voyez, parce que c'est ce qu'il y a de très beau : cette phrase que Jésus vient de dire, il est mort, et maintenant il est ressuscité, et il continue de la vouloir maintenant qu'il est au ciel. C'est encore en ce moment qu'à vous, Jésus dit : « Voici ta mère. » Donc c'est encore en ce moment que Jésus vous regarde du haut du ciel, et que ce qu'il a prié sur terre, il le continue au ciel. C'est en ce moment encore qu'il vous dit : « Voici ta mère, Marie », et qu'il continue de dire à Marie, au ciel : « Voilà tes enfants. » Et c'est dans cette phrase-là que vous avez toute la dévotion du peuple chrétien envers Marie. En fait, si vous voulez, la parole de Dieu s'est incarnée en Jésus, mais le mystère de l'Église s'est incarné en Marie.

Nous terminons par le Cantique des Cantiques, qui prend tout son sens ici : le plus beau poème d'amour, alors qu'en parallèle Jésus est en train de mourir. Mais vous avez cette phrase-là : l'amour est plus puissant que la mort, les flammes du Shéol ne pourront pas l'éteindre.

Cantique des Cantiques 8

Car l'amour est fort comme la mort, la passion, implacable comme l'abîme. Ses flammes sont des flammes de feu, une fournaise divine.

Les grandes eaux ne pourront éteindre l'amour, ni les fleuves l'emporter.


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