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Jour 235 ☾ — Je suis… et tout le monde tombe

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 18 de l'évangile selon saint Jean : l'arrestation au jardin, le « Je suis » devant lequel toute la troupe tombe à terre, les trois reniements de Pierre, la comparution devant Anne et Caïphe, puis l'interrogatoire de Pilate. Le commentaire souligne la fiabilité historique de saint Jean pour la Passion et surtout ce sentiment de majesté et de liberté : Jésus n'est pas capturé, il se laisse capturer, et il garde sa dignité jusqu'au bout. Même en traversant la mort, il reste Dieu — c'est la « passion bienheureuse ». Le frère relève enfin le machiavélisme de Ponce Pilate, qui sous des dehors de clémence pousse les grands prêtres à la faute jusqu'au « Nous n'avons pas d'autre roi que l'empereur ». L'épisode se termine par la fin du chapitre 7 du Cantique des cantiques.

Introduction

La prière sacerdotale est finie. Il ne suffit pas d'y dire, il faut encore y faire, mais cette fois-ci, ce sera dans la douleur. « C'est par ces souffrances que nous avons été sauvés », dira plus tard saint Pierre.

Lecture : Jean 18

Ayant ainsi parlé, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron. Il y avait là un jardin dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l'endroit lui aussi, car Jésus et ses disciples y étaient souvent réunis.

Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes.

Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s'avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Jésus, le Nazaréen. » Il leur dit : « C'est moi, je le suis. » Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C'est moi, je le suis », ils reculèrent et ils tombèrent à terre.

Il leur demanda de nouveau : « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent : « Jésus, le Nazaréen. » Jésus répondit : « Je vous l'ai dit, c'est moi, je le suis. Si c'est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. » Ainsi s'accomplissait la parole qu'il avait dite : « Je n'ai perdu aucun de ceux que tu m'as donnés. »

Or, Simon-Pierre avait une épée. Il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l'oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malchus. Jésus dit à Pierre : « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m'a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? »

Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent. Ils l'emmenèrent d'abord chez Anne, beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour tout le peuple. »

Or Simon-Pierre, ainsi qu'un autre disciple, suivaient Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l'autre disciple, celui qui était connu du grand prêtre, sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte et fit entrer Pierre. Cette jeune servante dit alors à Pierre : « N'es-tu pas, toi aussi, l'un des disciples de cet homme ? » Il répondit : « Non, je ne le suis pas. »

Les serviteurs et les gardes se tenaient là. Comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer.

Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : « Moi, j'ai parlé au monde ouvertement. J'ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n'ai jamais parlé en cachette. Pourquoi m'interroges-tu ? Ce que je leur ai dit, demande-le à ceux qui m'ont entendu. Eux savent ce que j'ai dit. »

À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : « C'est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » Jésus lui répliqua : « Si j'ai mal parlé, montre ce que j'ai dit de mal. Mais si j'ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » Anne l'envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe.

Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui demanda : « N'es-tu pas, toi aussi, l'un des disciples de cet homme ? » Pierre le nia et dit : « Non, je ne le suis pas. » Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l'oreille, insista : « Est-ce que moi, je ne t'ai pas vu dans le jardin avec lui ? » Encore une fois, Pierre le nia, et aussitôt un coq chanta.

Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au prétoire. C'était le matin. Ceux qui l'avaient amené n'entrèrent pas dans le prétoire : ils voulaient éviter une souillure et pouvoir manger l'agneau pascal.

Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » Ils lui répondirent : « S'il n'était pas un malfaiteur, nous ne t'aurions pas livré cet homme. » Pilate leur dit : « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » Les Juifs lui dirent : « Nous n'avons pas le droit de mettre quelqu'un à mort. » Ainsi s'accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir.

Alors Pilate rentra dans le prétoire. Il appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même ou bien d'autres te l'ont dit à mon sujet ? » Pilate répondit : « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi. Qu'as-tu donc fait ? » Jésus déclara : « Ma royauté n'est pas de ce monde. Si ma royauté était de ce monde, j'aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n'est pas d'ici. » Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C'est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit : « Qu'est-ce que la vérité ? »

Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs et il leur déclara : « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais chez vous, c'est la coutume que je vous relâche quelqu'un pour la Pâque. Voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » Alors ils répliquèrent en criant : « Pas lui, mais Barabbas ! » Or, ce Barabbas était un bandit.

Commentaire

Les exégètes ont coutume de dire que c'est probablement dans l'Évangile selon saint Jean que vous avez la plus grande fiabilité historique. Vous savez qu'il y a souvent de petites divergences dans les détails entre les différents récits synoptiques. Et généralement, principalement pour ce qui concerne la Passion — passion, patior en latin, souffrir, la passion de Jésus-Christ, les souffrances de Jésus — donc quand on étudie la Passion de Jésus, ses dernières souffrances, sa torture, etc., et qu'on veut avoir une certaine forme d'exactitude historique, c'est principalement dans l'Évangile selon saint Jean que l'on regarde. Ce qui est assez curieux, parce qu'on pourrait se dire que c'est à la fois le plus mystique et le plus abstrait ; et pourtant c'est lui aussi qui donne le plus de détails.

Ce qui frappe, en dehors des petits détails historiques, c'est aussi ce sentiment de majesté et de liberté. C'est Jésus qui est comme à l'initiative. Jésus ne subit pas son arrestation. D'une certaine manière, c'est lui qui va à la rencontre des gens qui viennent l'arrêter. Et puis ensuite, c'est lui qui leur dit : « Qui cherchez-vous ? » Et ensuite, comme ils tombent à terre, c'est lui qui, entre guillemets, se laisse capturer. Ce que nous disons à la messe au moment de consacrer le pain : « au moment d'entrer librement dans sa passion ». Donc c'est cette liberté qui est visible de tous les côtés dans saint Jean.

Ce qui veut dire que Jésus a voulu ce qui se passait. Alors, « voulu », ça ne veut pas dire qu'il a voulu souffrir ou qu'il a voulu être arrêté. Mais qu'il a acquiescé à ce qui se passait, et que son acquiescement était volontairement volontaire. Parce que pour lui, ça voulait dire être soumis au Père et aller, de l'intérieur, se confronter au mal. Aller à la rencontre du mal et se confronter à la souffrance, à la mort, au diable, au péché, de l'intérieur. Et c'est ça que Jésus a voulu.

Et ce sentiment de volonté, de liberté, se traduit concrètement par la dignité que Jésus parvient à conserver. Parce que Jésus a beau souffrir, il a beau être torturé — je vous rappelle qu'il terminera nu comme un ver, excusez-moi l'expression, sur une croix — tout était fait pour l'humilier et le casser psychologiquement. Mais ce qui frappe, c'est comment Jésus est resté maître de lui-même et de sa dignité. Vous le savez, mais on ne le voit nulle part s'énerver. Ça, on a beau le savoir, ça devrait quand même nous dire : il y a quelque chose là. On ne le voit nulle part se plaindre. On ne le voit nulle part maudire ceux qui le torturent.

Ou encore, ce sentiment de dignité, vous le trouvez dans la réponse que Jésus fait à ceux qui sont venus l'arrêter. C'est « Je suis », et tout le monde tombe par terre.

Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s'avança et leur dit : « Qui cherchez-vous ? » […] Il leur dit : « C'est moi, je le suis. » […] Ils reculèrent et ils tombèrent à terre.

« Je suis » : YHWH, c'est le nom divin, la majesté divine qui se révèle. Alors nous, on se dit : mais comment est-ce qu'un simple mot peut mettre tout le monde par terre ? Alors ça, c'est très bien mis en scène, par exemple, dans La Passion du Christ de Mel Gibson. Vous avez Jésus qui dit « Je suis », et les soldats sont tellement étonnés par cette réponse qu'ils n'attendaient pas — ils s'attendaient à ce que Jésus s'enfuie — qu'il y en a un qui fait un petit mouvement de côté, un petit geste brusque, qui amène l'autre à se raccrocher à celui qui est derrière, et patatras, tout le monde tombe par terre. Et le seul qui reste debout, c'est Jésus. Qui reste debout — alors qu'en grec, anastasis, le mot de la résurrection, c'est justement « se relever ».

Ça veut dire que même en traversant la mort, Jésus est resté Dieu. Alors on le sait, parce que nous, on a vingt ans, dix ans ou cinq ans, je ne sais pas combien d'années de catéchisme, de théologie. Mais quand même : est-ce qu'on prend le temps de comprendre ce que veut dire « même en traversant la mort, Jésus est resté Dieu » ? Ça veut dire que malgré toutes ces souffrances, Jésus restait dans le bonheur. Ça vous a donné ce terme de la passion bienheureuse. C'est ce que vous entendez à la messe : « au moment de souffrir sa passion bienheureuse ». Ça veut dire que même au plus profond de la torture, Jésus continuait d'être uni au Père, et même de voir Dieu, de voir le Père, parce qu'il est la Parole de Dieu. Il continuait de voir Dieu dans sa divinité, dans sa transcendance, dans son éternité, alors que son corps était réduit en charpie.

C'est ce sentiment de majesté qu'il y a dans saint Jean, avec aussi, en même temps, les moments les plus sordides. Parce que d'habitude, on pense surtout à Judas qui trahit en embrassant Jésus. Là, saint Jean met l'accent moins sur Judas que sur saint Pierre. C'est saint Pierre qui rythme le récit, avec une trahison, deux trahisons, trois trahisons — et en même temps, vous avez Jésus qui est d'abord devant un grand prêtre, puis devant un autre grand prêtre. Donc c'est au moment où Jésus est jugé que les disciples s'abaissent le plus.

Dans les petites phrases aussi, regardez ce que dit Ponce Pilate :

Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation.

Alors on se dit : voilà, Ponce Pilate, il est honnête, il a compris que c'était par jalousie qu'on le livrait. Et même, on se dit qu'il essaye de relâcher Jésus :

Mais chez vous, c'est la coutume que je vous relâche quelqu'un pour la Pâque. Voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ?

Ça, c'est beau ! On se dit : c'est Pilate qui essaye d'aménager une porte de sortie. Mais regardez bien ce qu'il leur dit : « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? » En fait, vous avez Ponce Pilate qui asticote les pharisiens, les scribes et les grands prêtres, qui se moque d'eux pour les énerver encore plus et les pousser à la faute. C'est redoutable de machiavélisme. En apparence, Ponce Pilate vous montre le visage de la clémence et de la justice, et en fait, quand vous regardez bien dans les détails, il a un agenda : il veut ce qui est en train de se passer. C'est lui qui manipule tout le monde. Il énerve tellement les grands prêtres qu'il les amène à déclarer finalement ce qu'ils haïssent par-dessus tout, cette phrase où tout est dit : « Nous n'avons pas d'autre roi que l'empereur. » Et c'est exactement ce que voulait Ponce Pilate : casser le nationalisme juif. Et il y est arrivé. Et quand il a eu ce qu'il voulait, il a crucifié Jésus.

Nous terminons par le Cantique des cantiques, la fin du chapitre 7.

Cantique des cantiques 7

Lui Ah, que tu es belle, que tu es douce, amour, en tes caresses ! Tu es élancée comme le palmier et tes seins en sont les grappes. J'ai dit : je monterai au palmier, j'en saisirai les fruits. Tes seins, qu'ils soient comme des grappes de raisin, ton haleine comme une odeur de pomme, ta bouche un vin exquis.

Elle Il s'écoule vers mon bien-aimé, abreuvant des lèvres endormies. Je suis à mon bien-aimé, vers moi monte son désir.

Viens, mon bien-aimé, nous sortirons dans les champs, nous passerons la nuit dans la campagne. Au matin, nous irons dans les vignes, nous verrons si les pampres fleurissent, si le bourgeon s'est ouvert, si les grenadiers sont en fleurs. Là, je t'offrirai mes amours.

Les mandragores ont exhalé leur parfum, et à nos portes, toutes les délices, les nouvelles comme les anciennes : mon bien-aimé, je les ai gardées pour toi.


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