CapBibliqueCapBiblique

Jour 235 ☼ — L'unité, sommet de l'amour

← J234 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J235 ☾ →


Résumé : L'escalier en colimaçon du discours d'adieu débouche enfin sur une terrasse : Jésus lève les yeux au ciel et prie la grande prière sacerdotale. Le frère Paul-Adrien lit Jean 16 et 17, puis souligne que c'est là, au verset 20, que Jésus prie explicitement pour nous, ceux qui croiront par la parole des apôtres. Le commentaire dégage le cœur de l'enseignement : le sommet de l'amour n'est pas le sacrifice pour lui-même mais l'unité, la concorde de deux volontés — d'où l'attachement de l'Église au dialogue œcuménique et au mot « communion ». L'épisode se clôt sur la grandeur d'un chef qui, à l'heure ultime, pense non à lui mais à ceux qui lui sont confiés, puis sur le chapitre 7 du Cantique des cantiques.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.

Nous sommes toujours dans notre escalier en colimaçon qu'est le discours d'adieu, avec les mêmes thèmes qui viennent et qui reviennent. Mais voilà qu'à force de s'élever, nous sommes arrivés au terme, et tout d'un coup l'escalier en colimaçon débouche sur une sorte de terrasse où on voit Jésus qui, les yeux levés au ciel, prie la grande prière de Jésus, ce qu'on appelle la prière sacerdotale. Vous ferez attention, ce sera signalé dans le texte par la phrase : « Ainsi parla Jésus, et, levant les yeux au ciel, il se mit à prier, en disant… »

Jean, chapitres 16 et 17.

Lecture : Jean 16-17

Je vous parle ainsi pour que vous ne soyez pas scandalisés. On vous exclura des assemblées. Bien plus, l'heure vient où tous ceux qui vous tueront s'imagineront qu'ils rendent un culte à Dieu. Ils feront cela parce qu'ils n'ont connu ni le Père, ni moi.

Eh bien, voici pourquoi je vous ai dit cela : quand l'heure sera venue, vous vous souviendrez que je vous l'avais dit. Je ne vous l'ai pas dit dès le commencement, parce que j'étais avec vous.

Je m'en vais maintenant auprès de celui qui m'a envoyé, et aucun de vous ne me demande : « Où vas-tu ? » Mais parce que je vous dis cela, la tristesse remplit votre cœur.

Pourtant, je vous dis la vérité : il vaut mieux pour vous que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous. Mais si je pars, je vous l'enverrai.

Quand il viendra, il établira la culpabilité du monde en matière de péché, de justice et de jugement. En matière de péché, parce qu'on ne croit pas en moi. En matière de justice, puisque je m'en vais auprès du Père et que vous ne me verrez plus. En matière de jugement, puisque déjà le Prince de ce monde est jugé.

J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même, mais ce qu'il aura entendu, il le dira. Et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi. Voilà pourquoi je vous l'ai dit : l'Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.

Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus. Encore un peu de temps et vous me reverrez.

Alors, certains de ses disciples se dirent entre eux : « Que veut-il nous dire par là : “Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus. Encore un peu de temps et vous me reverrez.” Et puis : “Je m'en vais auprès du Père” ? » Ils disaient donc : « Que veut dire : “un peu de temps” ? Nous ne savons pas de quoi il parle. »

Jésus comprit qu'ils voulaient l'interroger, et il leur dit : « Vous discutez entre vous parce que j'ai dit : “Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus. Encore un peu de temps et vous me reverrez.” Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira. Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie.

La femme qui enfante est dans la peine, parce que son heure est arrivée. Mais quand l'enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, toute heureuse qu'un être humain soit venu au monde. Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine, mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l'enlèvera.

En ce jour-là, vous ne me poserez plus de questions. Amen, amen, je vous le dis : ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu'à présent, vous n'avez rien demandé en mon nom. Demandez et vous recevrez, et ainsi votre joie sera parfaite.

En disant cela, je vous ai parlé en images. L'heure vient où je vous parlerai sans images, et je vous annoncerai ouvertement ce qui concerne le Père. Ce jour-là, vous demanderez en mon nom ; or, je ne vous dis pas que c'est moi qui prierai le Père pour vous, car le Père lui-même vous aime, parce que vous m'avez aimé et que vous avez cru que c'est de Dieu que je suis sorti. Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde. Maintenant, je quitte le monde et je pars vers le Père. »

Ses disciples lui disent : « Voilà que tu parles ouvertement et non plus en images. Maintenant, nous savons que tu sais toutes choses, et tu n'as pas besoin qu'on t'interroge. Voilà pourquoi nous croyons que tu es sorti de Dieu. »

Jésus leur répondit : « Maintenant, vous croyez ? Voici que l'heure vient — déjà elle est venue — où vous serez dispersés chacun de son côté, et vous me laisserez seul. Mais je ne suis pas seul, puisque le Père est avec moi. Je vous ai parlé ainsi, afin qu'en moi vous ayez la paix. Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde. »

Ainsi parla Jésus. Puis il leva les yeux au ciel et il dit : « Père, l'heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés. Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ.

Moi, je t'ai glorifié sur la terre en accomplissant l'œuvre que tu m'avais donnée à faire. Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j'avais auprès de toi avant que le monde existe.

J'ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m'avais donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m'avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m'as envoyé.

Moi, je prie pour eux ; ce n'est pas pour tout le monde que je prie, mais pour ceux que tu m'as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et tout ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux.

Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les unis dans ton nom, le nom que tu m'as donné, pour qu'ils soient un comme nous-mêmes. Quand j'étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m'as donné. J'ai veillé sur eux et aucun ne s'est perdu, sauf celui qui s'en va à sa perte, de sorte que l'Écriture soit accomplie.

Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi dans le monde pour qu'ils aient en eux ma joie, et qu'ils en soient comblés. Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu'ils n'appartiennent pas au monde, de même que moi, je n'appartiens pas au monde. Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. Ils n'appartiennent pas au monde, de même que moi, je n'appartiens pas au monde.

Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux, je me sanctifie moi-même, afin qu'ils soient eux aussi sanctifiés dans la vérité.

Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé.

Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. Qu'ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m'as envoyé et que tu les as aimés comme tu m'as aimé.

Père, ce que tu m'as donné, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu'ils contemplent ma gloire, celle que tu m'as donnée parce que tu m'as aimé avant la fondation du monde.

Père juste, le monde ne t'a pas connu, mais moi, je t'ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m'as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le leur ferai connaître, pour que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

Commentaire

Vous avez entendu là, à l'instant, la clôture du discours de Jésus, parce que je vous disais : la prière sacerdotale. La prière sacerdotale, ça veut dire que c'est Jésus qui prie pour ses disciples en s'offrant lui-même. Sacerdos, prêtre. Le prêtre, c'est celui qui offre un sacrifice. Donc la prière de Jésus prend la forme d'un sacrifice : le sacrifice de sa vie sur la croix, présent lors du dernier repas à travers le pain et le vin qu'il donne et qu'il consacre. Et donc c'est sa manière à lui de prier pour ses disciples.

Pas seulement pour ses disciples, mais aussi pour vous. C'est toujours ce que je dis aux gens : si jamais vous cherchez le lieu où Jésus parle de vous explicitement dans l'Évangile, vous y êtes. Jean, chapitre 17, verset 20 :

Ce n'est pas pour eux seulement que je prie, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi.

Ceux qui, par leur parole, croient en moi, c'est vous. C'est-à-dire que le discours que vous venez d'entendre, Jésus l'a dit en pensant à vous.

Donc, si vous voulez : je crois que dans la Bible, le plus important, c'est les Évangiles. Et je crois que dans les Évangiles, probablement que le plus grave, c'est certainement les derniers instants. Et là, vous êtes dans le dernier repas, dans le dernier discours, dans la dernière prière. Donc excusez du peu. Et en plus, il parle de vous. Donc je peux faire tous les commentaires que je veux, mais si vous voulez, ça, c'est quand même le lieu où vous devez habiter tout le temps, toujours, sans cesse.

Et même cette phrase, qui pour moi est extrêmement importante :

Je prie pour que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi ; et qu'ils soient en nous, eux aussi, pour que le monde croie que c'est toi qui m'as envoyé.

Ce que Jésus vous dit, c'est que le sommet de l'amour, c'est l'unité. Alors laissez-moi vous expliquer. Jésus n'arrête pas de vous dire qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie. Mais dans le don de sa vie, il y a un côté sacrificiel : c'est juste un moyen. Le but, ce n'est pas de donner sa vie pour la donner ; le but, c'est de ne faire qu'un. La consommation de l'amour, c'est l'unité. La victoire de l'amour, là où il est pleinement réalisé, c'est quand vous avez à la perfection deux volontés qui s'unissent pour ne faire plus qu'une : ce qu'on appelle la concorde.

Ce qu'il y a au cœur de l'enseignement de Jésus, c'est la charité. Et ce qu'il y a au cœur de la charité, c'est l'unité. Et c'est cette unité-là, vous dit Jésus, qui doit construire l'Église. « À ceci, tous reconnaîtront que c'est toi qui m'as envoyé » — à savoir : quand les disciples seront unis. C'est-à-dire que l'amour que nous avons les uns pour les autres, cette unité, cette chaleur familiale qui doit nous unir ensemble, c'est ça, vraiment, la mission de l'Église, la révélation de Dieu dans le monde. Dieu se révèle dans le monde en montrant qu'il y a un endroit où les hommes peuvent être unis.

Alors ça, ça a des implications très concrètes. Ça veut dire que si vous ne portez pas le souci de l'unité des chrétiens, eh bien, vous n'accomplissez pas la dernière prière de Jésus. C'est-à-dire que des chrétiens qui se fassent la tête entre eux, c'est inacceptable. Qu'il y ait des tensions, qu'il y ait des dissensions entre nous, c'est inacceptable. Si jamais ça ne vous fait rien, c'est comme si vous étiez en train de crucifier une deuxième fois Jésus.

Du coup, ça vous explique par exemple pourquoi l'Église catholique est si attachée au dialogue œcuménique : parce que c'est la dernière prière de Jésus. Ça vous explique aussi ce mot qui est tout le temps dans la bouche des catholiques, qui moi m'énervait un petit peu parce que je trouvais qu'il était sorti à toutes les sauces — et je me disais : on se fascine avec ça — jusqu'au jour où j'ai compris que ça venait de la dernière prière de Jésus. Il est mort pour ça. C'est le mot de communion. C'est vraiment la parole de Jésus, sa prière : soyez unis. C'est le sommet de l'amour. Soyez unis dans la charité.

Ça, c'était pour la prière. Donc je vous invite vraiment à la relire. Avant, une ou deux remarques.

Nos douze apôtres, ils sont tellement largués qu'à la fin, Jésus finit son sprint tout seul. Il dit : « Ciao les copains, vous comprenez rien, je continue tout seul. » Il lève les yeux au ciel, il prie pour ses disciples, parce que voilà… il les a largués, quoi.

Alors quand même, ce moment, ce décrochage, se fait à un moment fabuleux. Vous avez les disciples qui disent à Jésus : « Ah ben voilà, enfin tu te mets à parler clairement, et là maintenant on croit en toi. » Et Jésus leur dit : « Mais mes pauvres, si vous saviez… Dans exactement trois heures, vous m'aurez tous trahi, et maintenant vous êtes en train de me dire que vous avez tout compris, que vous croyez en moi. » C'est extraordinaire d'ironie.

Il y a autre chose aussi. Pendant que les disciples sont complètement largués, ils sentent bien quand même qu'il se passe quelque chose. Ils doivent être mi-figue mi-raisin, parce qu'ils sentent bien qu'il y a une gravité qui leur échappe, et que Jésus, qui tout d'un coup se met à leur faire un discours solennel, venu d'on ne sait où… Ils se disent : il se passe quelque chose.

Et ce qu'il y a de très beau, c'est que Jésus aurait toutes les raisons de se plaindre, il aurait toutes les raisons de dire : « Mes pauvres bichons, écoutez, quand même… » Et Jésus, en fait, s'occupe de ses disciples, il essaye de les réconforter, alors que c'est lui qui a besoin d'être réconforté. Donc il leur parle du Paraclet, il leur dit : « Vous inquiétez pas, vous comprenez pas, mais bientôt vous allez me revoir. » Alors, ils ne comprennent pas, mais quand même, vous sentez qu'il essaye, à la fois, de bien clore les dossiers pour leur laisser, entre guillemets, une Église en marche, avec un enseignement complet, et en même temps il essaye de les rassurer en leur promettant son retour, en leur promettant un Paraclet qui va venir.

Ça vous montre la grandeur de Jésus. Vous voyez, la grandeur d'un chef, c'est qu'au moment ultime, ce n'est pas à lui qu'il pense, c'est à ceux qui lui sont confiés.

Cantique des cantiques, chapitre 7.

Cantique des cantiques 7

Le chœur : Reviens, reviens, ô Sulamite ! Reviens, reviens, que nous t'admirions.

Qu'admirez-vous de la Sulamite, tandis qu'elle danse au milieu des deux chœurs ?

Comme ils sont beaux, tes pieds dans tes sandales, fille de prince ! Les courbes de tes hanches dessinent des colliers, œuvres de mains artistes. Ton nombril, une coupe ronde où le vin ne tarit pas. Ton ventre, un monceau de blé dans un enclos de lis. Tes deux seins, deux faons jumeaux d'une gazelle. Ton cou, une tour d'ivoire. Tes yeux, les vasques de Heshbon, à la porte de Bath-Rabbim.

Sa parure est de pourpre, un roi s'est pris dans ses tresses.


← J234 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J235 ☾ →