Jour 242 ☼ — L’unité avant la gloire
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Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 11 du premier livre des Chroniques, le frère Paul-Adrien lit le ralliement de tout Israël à David à Hébron, la prise de la forteresse de Sion, l'épisode de l'eau de la citerne de Bethléem et la longue liste des guerriers de David. Le commentaire compare ce récit à celui du livre des Rois : ici, plus de guerre civile ni de survivants de la maison de Saül, mais une accession au trône idyllique, où l'unité du peuple précède toute gloire militaire. Le frère souligne que les exploits sont attribués à des individus — la prise de Jérusalem revient à Joab — parce que c'est l'histoire d'Israël vue du peuple. Le roi parfait n'y est pas d'abord un chef de guerre mais un bon administrateur, sorti du rang pour servir le bien commun, ce qui prépare les institutions d'après l'exil. L'épisode se termine par les Proverbes 17, 6-10.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Welcome back in the famous book of the Chronicles.
Nous avons dressé la ligne éditoriale des Chroniques : le passage de la royauté au Temple. Première chose, on a évoqué les petites hésitations qu'il y aurait dans la royauté. Maintenant, on va faire quoi ? Maintenant, on y va, on est prêt. On va relire l'histoire de David, de Salomon et des autres rois.
Vous ne serez pas surpris : le début du règne de David dans le livre des Chroniques ne ressemble pas du tout à la fresque qu'en offrait le premier livre des Rois. C'est un peu comme dans les Évangiles : saint Jean, qui vient après, présuppose connus Luc, Marc et Matthieu. De la même manière, le livre des Chroniques, qui vient après le livre des Rois, présuppose connu l'épisode avec Goliath, les longues années d'errance dans les montagnes.
Là, on va développer un thème qui jusqu'à présent avait peut-être été passé dans l'ombre dans le livre des Rois, à savoir la manière dont David a réussi à faire l'unité du peuple autour de lui, à rassembler tout le monde, à être, comme dirait l'Ecclésiastique, le qohélet, celui qui rassemble, le qahal, l'assemblée. Et c'est ainsi qu'on va commencer la royauté, non pas avec des exploits militaires, mais avec l'importance du peuple.
Lecture : 1 Chroniques 11
Alors tous les gens d'Israël se rassemblèrent auprès de David à Hébron et lui dirent : « Vois. Nous sommes de tes os et de ta chair. Dans le passé déjà, même quand Saül était roi, c'est toi qui dirigeais les allées et venues de l'armée d'Israël. Et c'est à toi que le Seigneur ton Dieu a dit : "Tu seras le pasteur d'Israël, mon peuple. Tu seras le chef d'Israël, mon peuple." »
Ainsi, tous les anciens d'Israël vinrent trouver le roi à Hébron. David fit alliance avec eux à Hébron devant le Seigneur. Ils donnèrent l'onction à David comme roi sur Israël, selon la parole du Seigneur transmise par Samuel.
David, avec tout Israël, marcha sur Jérusalem, c'est-à-dire Jébus. Les habitants du pays étaient alors les Jébuséens. Les habitants de Jébus dirent à David : « Tu n'entreras pas ici. » Mais David s'empara de la forteresse de Sion : c'est la cité de David. Et David déclara : « Quiconque frappera le premier un Jébuséen deviendra chef et prince. » Joab, fils de Sérouya, monta à l'assaut le premier et devint chef.
David s'établit sur le rocher fortifié qui, pour cette raison, fut appelé cité de David. Puis il construisit la ville tout autour, depuis le terre-plein jusqu'aux alentours, et Joab restaura le reste de la ville. David devint de plus en plus puissant, et le Seigneur de l'univers était avec lui.
Voici les chefs de guerre de David, ceux qui, sous son règne, lui prêtèrent main-forte et, avec tout Israël, l'ont fait roi, selon la parole du Seigneur sur Israël. Voilà la liste des guerriers de David.
Yashobéam, fils de Hakmoni, le chef des Trois : c'est lui qui brandit sa lance et frappa à mort trois cents hommes en une seule fois.
Après lui, Éléazar, fils de Dodo l'Ahohite, c'était l'un des trois guerriers. Il était avec David à Pas-Damim, quand les Philistins s'y rassemblèrent pour le combat. Or, il y avait un champ tout en orge et, quand l'armée prit la fuite devant les Philistins, tous deux se postèrent au milieu du champ, le défendirent et frappèrent les Philistins. Le Seigneur remporta une grande victoire.
Trois guerriers, l'élite des Trente, descendirent vers David, près du rocher, à la grotte d'Adoullam. Une troupe de Philistins campait dans le val des Refaïtes. David était alors dans son refuge fortifié et il y avait encore un poste de Philistins à Bethléem. David exprima un désir : « Qui me fera boire l'eau de la citerne qui est à la porte de Bethléem ? » Les Trois ouvrirent un passage à travers le camp des Philistins, tirèrent de l'eau de la citerne qui est à la porte de Bethléem, puis ils l'emportèrent pour l'offrir à David. Mais celui-ci refusa d'en boire et la répandit en libation devant le Seigneur, en disant : « Dieu me garde de faire cela ! Boirai-je le sang de ces hommes qui ont risqué leur vie ? Car c'est en risquant leur vie qu'ils l'ont apportée. » Il refusa donc de boire. Voilà ce que firent les trois guerriers.
Abishaï, frère de Joab, était le chef des Trente. C'est lui qui brandit la lance et frappa à mort trois cents hommes. Il se fit un nom parmi les Trente et il fut doublement honoré, plus que les Trente. Il devint leur chef. Mais il ne parvint pas au rang des Trois.
Benaya, fils d'un homme de valeur, Yehoyada, fut prodigue en exploits. Il était originaire de Qabséel. C'est lui qui frappa les deux Ariels de Moab, et c'est lui qui descendit tuer le lion dans la citerne, un jour de neige. C'est lui aussi qui frappa l'Égyptien, un géant de cinq coudées qui avait en main une lance aussi grosse que le rouleau d'un métier à tisser. Il descendit contre l'Égyptien avec un bâton, lui arracha la lance de la main et le tua avec sa propre lance. Voilà ce qu'accomplit Benaya, fils de Yehoyada. Et il se fit un nom parmi les Trente guerriers. Il fut plus honoré que les Trente, mais ne parvint pas au rang des Trois. David le mit à la tête de sa garde personnelle.
Les autres vaillants guerriers étaient : Asaël, frère de Joab ; Elhanane, fils de Dodo, de Bethléem ; Shammot de Harod ; Hèlès de Pelôn ; Ira, fils d'Iqqesh, de Teqoa ; Abiézer d'Anatoth ; Sibbekaï de Housha ; Ilaï d'Ahoh ; Maharaï de Netofa ; Héled, fils de Baana, de Netofa ; Itaï, fils de Ribaï, de Guibéa des fils de Benjamin ; Benaya de Piréatone ; Houraï des torrents de Gaash ; Abiel de Arba ; Azmaweth de Bahroum ; Éliahba de Shaal ; Bené-Hashem de Guizone ; Jonathan, fils de Shagué, de Harar ; Ahiam, fils de Sakar, de Harar ; Éliphal, fils d'Our ; Héfer de Mekéra ; Ahiya de Pelôn ; Hèsro de Carmel ; Naaraï, fils d'Ezbaï ; Joël, frère de Nathan ; Mibhar, fils d'Agri ; Sélek l'Ammonite ; Nahraï de Béroth, écuyer de Joab, fils de Sérouya ; Ira de Yattir ; Gareb de Yattir ; Urie le Hittite ; Zabad, fils d'Ahlaï ; Adina, fils de Shiza, de Roubène, chef des Roubénites et responsable de ses trente guerriers ; Hanane, fils de Maaka ; Josaphat de Métène ; Ouziya d'Ashtarot ; Shama et Yeïel, les fils de Hotam, d'Aroër ; Yediael, fils de Shimri, et son frère Yoha, de Tits ; Éliel de Mahavim ; Yeribaï et Yoshavia, les fils d'Elnaam ; Yitma de Moab ; Éliel, Obed et Yassiel de Soba.
Commentaire
C'est toujours un peu le jeu des sept erreurs : c'est quoi, les différences entre le livre des Rois et le livre des Chroniques ? Là, il y en a quand même une de taille, c'est qu'à la bataille de Guilboa où Saül est mort, toute la maison de Saül est morte. Ce qui n'était pas le cas dans le livre des Rois, où vous aviez Mefibosheth, Ishbosheth, des survivants de la maison de Saül, qui étaient restés et qui pouvaient prétendre légitimement au trône, d'où s'en était suivie cette année de guerre civile.
Bon, ça, c'est ce que je vous disais : on suppose ça connu, et les épisodes douloureux, ce n'est pas la peine de toujours revenir dessus. On tourne la page, quitte à tuer ceux qui n'étaient pas encore morts. Au moins, ça permet d'aller directement à David et de présenter son accession au trône de manière… de manière totalement idyllique. J'allais dire fantasmée, mais là encore, le but étant de réconforter le peuple, c'est de leur dire qu'un nouveau départ en beauté, c'est possible. Regardez la manière dont tout le monde va voir David, même les clans qui lui étaient opposés. C'est beau.
Ça, c'est après l'exil. C'est de la même manière qu'on souhaite que le peuple se réconcilie. Il y avait plein de sensibilités différentes dans le peuple. Après l'exil, on se rassemble derrière une figure et on va refonder Jérusalem. C'est ça que, à mots couverts, ce nouveau récit de David vous raconte.
Allons même un peu plus loin. On a l'impression que la figure du roi s'efface. On ne rentre pas dans la psychologie de David. On ne vous rapporte pas ses exploits militaires. Et même quand il y en a, on les rapporte au peuple. À chaque fois qu'il y a un exploit, vous avez entendu comment il était rapporté à quelqu'un d'autre. Par exemple, la prise de Jérusalem, ici, elle n'est pas rapportée à David : elle est rapportée à Joab, fils de Sérouya. Et vous aviez ensuite plein d'exploits individuels. Vous voyez, ce sont des individus qu'on met en avant, de la même manière qu'on avait des généalogies et qu'on avait des listes de personnes pour repeupler Jérusalem. C'est l'histoire d'Israël vue du peuple qu'on est en train de vous raconter, parce que c'est le peuple qui, après l'exil, va rebâtir Jérusalem.
D'ailleurs, ça pose quand même une question. Un roi parfait, ce n'est pas d'abord un chef militaire. C'est d'abord, allez, disons-le, c'est d'abord un bon administrateur. Un administrateur, c'est quelqu'un qui tient des listes, qui tient des comptes, qui se souvient des personnes. Et vous avez vu comment il n'y a que ça. C'est quelqu'un qui est au service du bien commun et du peuple.
Et c'était d'ailleurs la toute première phrase :
Alors tout Israël sortit vers David à Hébron.
Hébron, c'était la capitale de la Judée. Et ils lui dirent :
Tu es de notre chair, tu es de nos os.
Sous-entendu : il n'y a pas le roi d'un côté, le peuple de l'autre. Le roi, c'est quelqu'un qui sort du rang pour s'occuper du peuple. Un administrateur. C'était d'ailleurs la suite de la phrase : parce que même du temps de Saül, alors que tu étais en fuite, c'est quand même toi qui sortais, qui allais devant notre armée et qui étais le berger de ton peuple. C'est quelqu'un qui prend soin du peuple, parce que c'est le peuple qui est le premier dans la construction nationale.
Souvenez-vous : si jamais on se place dans l'hypothèse d'une rédaction tardive, c'est-à-dire après l'exil, au moment de refonder le peuple, ce qu'on est en train de vous dire, c'est que pour refonder le peuple de retour d'exil à Jérusalem, ce n'est pas d'un chef militaire dont on va avoir besoin, c'est d'un administrateur. On est en train de préparer les nouvelles institutions qui vont venir après l'exil.
Proverbes 17,6-10
Couronne des vieillards : leurs petits-enfants ; fierté des fils : leurs pères.
La brute n'a que faire d'un langage distingué, et encore moins un prince d'un langage menteur.
Les pots-de-vin portent chance aux yeux du donateur : où qu'il aille, tout lui sourit.
Qui recherche l'amitié ignore l'offense. Qui revient sur l'affaire divise les amis.
Un reproche fait plus d'effet à l'homme intelligent que cent coups de bâton à l'insensé.
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