Jour 243 ☼ — Dieu façonne son roi
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 12 et 13 du premier livre des Chroniques, le frère Paul-Adrien lit la longue liste des hommes qui firent défection pour rejoindre David, le dénombrement des troupes venues le faire roi à Hébron, puis le transport de l'arche qui s'achève par la mort d'Ouzza. L'introduction dévoile les messages cachés du chroniqueur : le mot hébreu ézer, « aide », semé dans les noms propres, et le total de 26 noms mentionnés, qui vaut en guématrie « Dieu aide ». Le commentaire souligne que la première tâche royale n'est pas la guerre mais le rassemblement du peuple, et que l'excès de zèle de David se retourne contre lui : la vertu est un sommet, jamais une médiocrité. Une dernière remarque revient sur Obed-Édom, l'étranger qui sauve la situation et que la tribu de Lévi finira par adopter.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Nous sommes dans l'accession au trône de David qui, dans le livre des Chroniques, n'est pas racontée à travers la guerre, mais à travers la manière dont David a su attirer à lui tous les hommes pour faire l'unité nationale. Et par un curieux effet narratif, cette fois-ci, nous partons dans un flash-back, quand David n'était pas encore roi et que déjà des hommes de Saül faisaient défection pour venir le rejoindre, ce qui vous montre la qualité du bonhomme.
Évidemment, il y a moins d'exploits, d'anecdotes, de batailles que quand nous découvrions cette histoire pour la première fois dans les livres de Samuel. Mais, à leur manière à eux, les scribes ont su glisser dans le livre des Chroniques les mêmes leçons de morale. Simplement, ils les ont cachées à travers des jeux de mots en hébreu. Évidemment, c'est un peu plus difficile pour nous de les retrouver. Je vous en donne quelques-uns pour que vous ne passiez pas à côté de la saveur de la lecture que vous allez entendre.
Par exemple, dans le chapitre 12, le mot « aide » va apparaître. Ézer, en hébreu : c'est la manière dont le chroniqueur a choisi de vous montrer la détresse de David quand il était en train de fuir Saül. Et vous verrez, dans le nom des hommes qui vont venir rejoindre David, plusieurs fois le mot ézer : Ahiézer, « mon frère est aide », Yoézer, « Dieu est aide ». De la même manière, le nombre de personnes dont le nom va être mentionné, c'est 3 plus 5 plus 1 plus 4 plus 5 plus 5 plus 3, soit 26. Ce qui, 26, en guématrie, signifie « Dieu aide ».
Dans le livre de Samuel, on risquait d'être fasciné par les exploits et les anecdotes. Ici, le chroniqueur vous rappelle l'importance du peuple et des hommes. Ce sont les hommes qui font le roi, et pas l'inverse. Ça, vous voyez, c'est une manière de vous dire que dans les chapitres que vous allez entendre, il y a plein de messages cachés. Bon, ça, ce sera le chapitre 12. Et enfin, un peu d'action quand même, chapitre 13.
Lecture : 1 Chroniques 12-13
Voici ceux qui rejoignirent David à Ciqlag, alors qu'il devait encore se tenir loin de Saül, fils de Quish. C'étaient des guerriers, des combattants d'élite. Ils étaient armés d'un arc, se servaient de la main droite comme de la main gauche pour lancer des pierres et des flèches avec l'arc.
Parmi les frères de Saül, de Benjamin, il y avait, à leur tête, Ahiézer, puis Yoash, qui étaient les fils de Shemaa, de Guibéa ; Yeziel et Pèlèt, qui étaient les fils d'Azmaveth ; Beraka et Jéhu d'Anatoth ; Yishmaya de Gabaon, guerrier parmi les trente et chef des trente ; Jérémie, Yahaziel, Yohanân et Yozabad de Guedéra ; Elouzaï, Yerimoth, Bealia, Shemaryahou, Shefatyahou de Harouf ; Elqana, Yishiyahou, Azarel, Yoézer, Yashobéam, les Coréites ; Yoéla et Zebadia, qui étaient les fils de Yeroham, de Guedor.
Des gens de Gad firent sécession pour rejoindre David sur son rocher fortifié dans le désert. C'étaient de vaillants guerriers, des hommes d'armes exercés au combat, sachant manier le bouclier et la lance. Ils ressemblaient à des lions, et ils étaient aussi rapides que des gazelles sur les montagnes. Ézer était le chef, Abdias le deuxième, Éliab le troisième, Mishmanna le quatrième, Jérémie le cinquième, Attaï le sixième, Éliel le septième, Yohanân le huitième, Elzabad le neuvième, Jérémie le dixième, Makbannaï le onzième. Tels étaient, parmi les fils de Gad, les chefs de l'armée : le plus petit en valait cent, le plus grand en valait mille. Ce sont eux qui passèrent le Jourdain au premier mois, alors qu'il débordait de partout sur ses rives, et ils mirent en fuite tous les habitants des vallées, tant à l'orient qu'à l'occident.
Quelques-uns des fils de Benjamin et de Juda s'en vinrent aussi trouver David sur son rocher fortifié. David sortit au-devant d'eux. David prit la parole et leur dit : « Si c'est pour la paix que vous venez à moi afin de m'aider, je serai de tout cœur avec vous. Mais si c'est pour me tromper au profit de mes adversaires, alors qu'il n'y a aucune violence en mes mains, que le Dieu de nos pères le voie et qu'il juge. » L'esprit revêtit alors Amasaï, chef des trente : « Nous sommes à toi, David, avec toi, fils de Jessé ! Paix, oui, paix à toi, et paix à celui qui t'aide, car ton Dieu t'a aidé. » David les accueillit et les plaça parmi les chefs de la troupe.
Quelques-uns de Manassé se rallièrent à David, alors que celui-ci venait avec les Philistins combattre Saül. Mais ils n'eurent pas à les aider, car les princes des Philistins, s'étant consultés, renvoyèrent David. Ils disaient : « David irait se rallier à son maître Saül au prix de nos têtes. » Lorsque David partit pour Ciqlag, quelques-uns de Manassé se rallièrent à lui : Adna, Yozabad, Yediaël, Mikaël, Yozabad, Élihou et Cilletaï, chefs des milliers de Manassé. Ils furent une aide pour David à la tête de la troupe, car ils étaient tous de vaillants guerriers, et ils devinrent officiers dans l'armée. Jour après jour, en effet, on venait auprès de David pour l'aider, si bien que son camp devint immense comme un camp de Dieu.
Voici le dénombrement des groupes d'hommes équipés pour l'armée, qui rejoignirent David à Hébron afin de lui transférer la royauté de Saül, selon l'ordre du Seigneur. Fils de Juda, portant le bouclier et la lance : six mille huit cents guerriers équipés pour l'armée. Parmi les fils de Siméon : sept mille cent vaillants guerriers. Parmi les fils de Lévi : quatre mille six cents hommes, ainsi que Yehoyada, commandant aux gens d'Aaron, accompagné de trois mille sept cents hommes. Il y avait aussi le jeune Sadoc, vaillant guerrier, et vingt-deux officiers de la maison de son père. Parmi les fils de Benjamin, les frères de Saül : trois mille hommes ; la plupart d'entre eux étaient jusque-là au service de la maison de Saül. Parmi les fils d'Éphraïm : vingt mille huit cents vaillants guerriers, hommes de renom dans leur famille. De la demi-tribu de Manassé : dix-huit mille hommes, désignés par leur nom pour aller faire roi David. Parmi les fils d'Issakar, capables de discerner les moments où Israël devait agir et comment le faire : deux cents chefs, ayant tous leurs frères sous leurs ordres. Parmi les gens de Zabulon : cinquante mille hommes aptes à rejoindre l'armée, prêts pour le combat, avec tout leur matériel de combat, et résolus à prêter main-forte d'un cœur sans partage. Parmi les gens de Nephtali : mille officiers, et avec eux trente-sept mille hommes portant le bouclier et la lance. Parmi les gens de Dan : vingt-huit mille six cents hommes prêts pour le combat. Parmi les gens d'Asher : quarante mille hommes aptes à rejoindre l'armée pour se préparer au combat. De Transjordanie : cent vingt mille hommes, de Ruben, de Gad, de la demi-tribu de Manassé, avec tout le matériel d'une armée au combat.
Tous ceux-là étaient des hommes de guerre, préparés à se ranger en bataille. D'un cœur unanime, ils se rendirent à Hébron pour faire David roi sur tout Israël. Et de même, tout le reste d'Israël n'avait qu'un seul cœur pour faire David roi. Ils passèrent là trois jours avec David, à manger et à boire, car leurs frères avaient tout apprêté pour eux. De plus, les gens de la région, jusqu'à Issakar, Zabulon et Nephtali, faisaient parvenir des vivres sur des ânes, des chameaux, des mulets et des bœufs. Il y avait comme provisions de la farine, des gâteaux de figues et des gâteaux de raisins secs, du vin et de l'huile, ainsi que du gros et du petit bétail en quantité, car c'était grande joie en Israël.
David tint conseil avec les officiers de milliers et de centaines, avec tous les commandants. Puis il dit à toute l'assemblée d'Israël : « Si cela vous semble bon et si cela provient du Seigneur notre Dieu, envoyons des messagers à nos frères qui sont restés dans tous les territoires d'Israël, ainsi qu'aux prêtres et aux lévites dans les villes où ils possèdent des pâturages : qu'ils viennent se joindre à nous, et nous ramènerons chez nous l'arche de notre Dieu, car nous l'avons négligée au temps de Saül. » Toute l'assemblée fut d'accord pour agir de la sorte, car cela paraissait juste aux yeux de tout le peuple.
David rassembla tout Israël, depuis le torrent d'Égypte jusqu'à l'entrée de Hamath, pour ramener de Qiryath-Yéarim l'arche de Dieu. Puis David et tout Israël gagnèrent Baala, à Qiryath-Yéarim, en Juda, pour en faire monter l'arche de Dieu, sur laquelle est invoqué le nom du Seigneur, lui qui siège sur les Kéroubim. On chargea l'arche de Dieu sur un chariot neuf pour la transporter depuis la maison d'Abinadab ; Ouzza et Ahyo conduisaient le chariot. David et tout Israël dansaient de toutes leurs forces devant Dieu, accompagnés de chants, de cithares, de harpes, de tambourins, de cymbales et de trompettes.
Comme on arrivait au lieu-dit « l'aire du Javelot », Ouzza étendit la main pour retenir l'arche, car les bœufs la faisaient verser. Alors la colère du Seigneur s'enflamma contre Ouzza et il le frappa pour avoir porté la main sur l'arche. Et Ouzza mourut là, devant Dieu. David fut irrité de ce que le Seigneur avait ouvert une brèche parmi les siens en frappant Ouzza, et on appela ce lieu « Pérèç-Ouzza », c'est-à-dire « brèche d'Ouzza », nom qu'il a gardé jusqu'à ce jour. David eut peur de Dieu ce jour-là et dit : « Comment ferais-je entrer chez moi l'arche de Dieu ? » Et David ne transféra pas l'arche chez lui, dans la cité de David, mais il la dévia vers la maison d'Obed-Édom de Gath. L'arche de Dieu resta pendant trois mois chez Obed-Édom, dans sa maison, et le Seigneur bénit la maison d'Obed-Édom et tout ce qui lui appartenait.
Commentaire
On a commencé par voir David qui rassemblait tout le peuple autour de lui. C'est sa première tâche royale. Je vous l'ai dit, mais enfin je vous le redis quand même : qahal, l'assemblée en hébreu, c'est ce qui vous a donné le livre du Qohélet. La première tâche du roi, ce n'est pas de partir à la guerre, c'est de rassembler le peuple autour de lui. C'est de rassembler le peuple.
Si vous regardez bien, c'est quand même une certaine évolution de la fonction royale, qui n'est plus considérée comme avant, uniquement dans une défense militaire, à travers la question du pouvoir. Il est question maintenant de cohésion, d'unité du peuple.
Et ensuite, vous avez le transport de l'arche, qui est présenté ici comme la première occasion d'un grand rassemblement. Ici, ce n'est pas pour partir à la guerre, encore une fois : c'est un rassemblement liturgique. Là encore, un déplacement. Sauf que ça ne se passe pas comme prévu, parce qu'il y a une impétuosité, une explosion dans David, un excès de zèle qui se retourne contre lui. Ça, on l'avait déjà vu.
Bon, eh bien, ni trop, ni trop peu. Ne dévions ni à gauche, ni à droite. On appelle ça la mediocritas, le juste milieu, la règle d'or. C'est la vertu. La vertu est un sommet. La médiocrité, c'est plat. Non, la vertu, c'est une excellence. C'est un sommet. C'est un sommet qui se situe entre deux versants : le défaut et l'excès.
Tiens, petite anecdote en passant. Il a été question d'un Obed-Édom. C'est lui qui a sauvé la situation en accueillant l'arche. Je vous ai déjà dit, il me semble, comment à chaque étape cruciale d'Israël, il y a toujours un étranger qui intervient pour sauver la situation. Bon, eh bien là, c'est Obed-Édom. Sauf qu'on verra, dans une autre généalogie — est-ce qu'il y en a d'autres ? —, qu'on va donner une ascendance lévitique à Obed-Édom. Alors, il faut savoir : c'était un étranger ou c'était un Israélite ? Pour vous dire qu'il y a une certaine forme de porosité dans les généalogies. Probablement, ce qui s'est passé, c'est que, de facto, Dieu lui a accordé un service liturgique : c'est quand même lui qui s'occupait de l'arche pendant de nombreux mois. La tribu de Lévi l'a ensuite adopté, il faisait partie de la famille. Petite leçon de pragmatisme liturgique.
Nous nous tournons maintenant vers le livre des Proverbes.
Proverbes 17, 11-15
Aux révoltés qui n'aspirent qu'au mal, on dépêche un émissaire sans pitié.
Plutôt tomber sur une ourse privée de ses petits que sur un insensé en plein délire.
Qui rend le mal pour le bien voit le mal ne plus quitter sa maison.
Début de querelle, torrent qui déferle : avant d'en venir au procès, renonce.
Justifier le coupable, donner tort à l'innocent : ce sont deux choses dont le Seigneur a horreur.
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