Jour 243 ☾ — Pourquoi les justes ne meurent pas
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Résumé : Le frère Paul-Adrien poursuit la lecture du livre de la Sagesse avec la fin du chapitre 2 et les chapitres 3 et 4 : la réfutation de la position des impies par la destinée bienheureuse des justes, puis l'examen de la vie des impies et de leur descendance. Le commentaire montre la révolution théologique en cours : le mal vient d'un choix de la volonté et non d'une ignorance, la justice devient porte d'entrée dans l'éternité, et la rétribution se déplace de la vie présente vers l'au-delà — une première dans tout l'Ancien Testament. Apparaît aussi, au détour d'un verset, la cause spirituelle de la mort : la jalousie du diable. L'épisode se termine sur le cas extrême testé par l'auteur, la mort prématurée des justes, et sur une prière pour les familles endeuillées.
Introduction
Nous continuons notre livre de la Sagesse. La fin du chapitre 2, les chapitres 3 et 4. Vous aurez deux parties. Je vous guide un tout petit peu dans l'argumentation logique pour que vous puissiez encore mieux suivre. D'abord, on va vous parler de la destinée des justes, qui est à elle seule la réfutation de la position impie, pour ensuite retourner à la vie des impies et voir ce qu'elle valait vraiment.
Lecture : Sagesse 2,21 – 4,20
C'est ainsi que raisonnent ces gens-là, mais ils s'égarent. Leur méchanceté les a rendus aveugles. Ils ne connaissent pas les secrets de Dieu. Ils n'espèrent pas que la sainteté puisse être récompensée. Ils n'estiment pas qu'une âme irréprochable puisse être glorifiée.
Or, Dieu a créé l'homme pour l'incorruptibilité. Il a fait de lui une image de sa propre identité. C'est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde. Ils en font l'expérience, ceux qui prennent parti pour lui.
Mais les âmes des justes sont dans la main de Dieu. Aucun tourment n'a de prise sur eux. Aux yeux de l'insensé, ils ont paru mourir. Leur départ est compris comme un malheur et leur éloignement comme une fin. Mais ils sont dans la paix.
Au regard des hommes, ils ont subi un châtiment, mais l'espérance de l'immortalité les comblait. Après de faibles peines, de grands bienfaits les attendent, car Dieu les a mis à l'épreuve et trouvés dignes de lui. Comme l'or au creuset, il les a éprouvés ; comme une offrande parfaite, il les a accueillis.
Au temps de sa visite, ils resplendiront ; comme l'étincelle qui court sur la paille, ils avancent. Ils jugeront les nations, ils auront pouvoir sur les peuples, et le Seigneur règnera sur eux pour les siècles.
Qui met en lui sa foi comprendra la vérité. Ceux qui sont fidèles resteront dans l'amour près de lui. Pour ses amis, grâce et miséricorde ; il visitera ses élus.
Mais les impies subiront une peine à la mesure de leurs pensées, car ils ont méprisé le juste et abandonné le Seigneur.
Misérables, ceux qui tiennent pour rien la sagesse et sa discipline de vie ! Vide est leur espérance, vaines leurs fatigues, inutiles leurs œuvres, folles leurs femmes, méchants leurs enfants, et leur descendance maudite.
Heureuse la femme stérile, si elle est sans souillure et n'a pas connu d'union coupable : elle aura son fruit lorsque les âmes seront visitées. Heureux aussi l'eunuque, dont la main n'a pas fait de mal et qui n'a pas nourri de ressentiment contre le Seigneur : une faveur spéciale lui sera accordée pour sa fidélité, et dans le Temple du Seigneur, il aura une part très douce à son cœur.
Les efforts vertueux produisent un fruit de renommée. Ce qui s'enracine dans la sagesse ne peut manquer son but.
Mais les fruits de l'infidélité ne parviendront pas à maturité. La descendance d'une union illégitime disparaîtra. Même s'ils vivent longtemps, ils seront comptés pour rien, et pour finir, on méprisera leur vieillesse. S'ils meurent tôt, ils n'auront ni espérance ni consolation au jour du verdict : pénible est la destinée d'une génération injuste.
Mieux vaut ne pas avoir d'enfant et posséder la vertu. C'est elle qui laisse un souvenir immortel, puisqu'elle est connue de Dieu comme des hommes. Présente, on l'imite ; absente, on la regrette. Et dans l'éternité, elle triomphe, portant sa couronne : elle a vaincu dans des luttes aux prix incorruptibles.
Mais la nombreuse progéniture des impies n'aboutira à rien. Issue de rejetons bâtards, elle ne prendra pas racine en profondeur et n'aura aucun fondement solide. Même si pour un temps elle déploie ses branches, elle est prête à tomber : le vent l'ébranlera, une bourrasque la déracinera. Les rameaux encore tendres seront brisés et leur fruit sera perdu : trop vert pour être mangé, il ne sera bon à rien.
Les enfants nés d'un sommeil coupable sont des témoins à charge : lors de l'enquête, chacun dénonce la perversité des parents.
Au contraire, même s'il meurt avant l'âge, le juste trouvera le repos. La dignité du vieillard ne tient pas au grand âge, elle ne se mesure pas au nombre des années. Pour l'homme, c'est la sagesse qui tient lieu de cheveux blancs, une vie sans tache vaut une longue vieillesse.
Il a su plaire à Dieu et Dieu l'a aimé. Il vivait au milieu des pécheurs, il en fut retiré. Il a été enlevé de peur que le mal ne corrompe sa conscience, pour que le mensonge n'égare pas son âme. Car la fascination du mal fait perdre de vue le bien, le tourbillon de la convoitise trouble un esprit sans malice. Arrivé au but en peu de temps, il a parcouru tous les âges de la vie. Parce qu'il plaisait au Seigneur, celui-ci, sans attendre, l'a retiré d'un monde mauvais.
Les gens voient cela sans comprendre. Il ne leur vient pas à l'esprit que c'est Dieu qui accorde à ses élus grâce et miséricorde, et qu'il intervient pour ceux qui lui sont fidèles.
Commentaire
Ça commençait avec une phrase lapidaire, mais en quelques mots, paf, vous dégommez la position adverse des impies :
Ainsi raisonnent-ils, mais ils s'égarent.
Typiquement, à ça il faut faire attention, parce que malgré les apparences, c'est beaucoup plus subtil que ça n'en a l'air. Ce n'est pas le plaisir de bâcher au passage les impies, c'est de voir d'où procède le mal. Alors ça, c'est très subtil. La pensée grecque vous dit que le mal procède d'une ignorance : on fait le mal parce qu'on l'ignore. La pensée hébraïque vous dit que le mal provient de votre volonté : on fait le mal parce qu'on l'a choisi. C'est voulu, c'est un endurcissement de cœur.
Ce qui fait que ça déplace quand même la conversation. Parce que là, on est en train de discuter avec les impies. Mais quelqu'un qui a choisi de faire le mal, vous ne pouvez pas discuter avec lui. Ce n'est pas idée contre idée, argument contre argument, c'est posture contre posture. Vous êtes tout de suite dans un rapport de force.
Et cette autre posture, ce sont les justes, dont l'auteur va décrire les lettres de noblesse. Je cite :
Dieu a fait l'homme pour une vie impérissable, à l'image de sa propre éternité.
C'est la justice qui vous fait rentrer dans l'éternité. Et c'est ainsi que l'auteur déplace l'argumentation. Les impies invitaient la mort dans le monde. Les justes, eux, par la justice, s'invitent dans l'éternité. D'abord parce que la justice, qui appartient à Dieu, est un attribut de son éternité : donc en l'imitant dans votre vie, vous lui donnez les couleurs de l'éternité. Et aussi parce que la justice permet d'introduire une notion, celle du mérite et de la récompense. On appelle ça la rétribution.
Normalement, la rétribution, c'était dans la vie présente : si jamais tu fais le bien, tu seras heureux ; si jamais tu fais le mal, tu seras malheureux. On a vu que ça posait des problèmes, parce que ce n'était pas toujours vérifié, cette affaire. Sauf que là, avec la notion d'immortalité et de vie dans l'au-delà, ça permet de déplacer la rétribution pour vous dire que le bien que vous faites sur terre sera récompensé dans l'au-delà, et le mal que vous faites sur terre sera blâmé dans l'au-delà. Et quand je vous dis ça, s'il vous plaît, ne prenez pas un air blasé en me disant : « Oui, ça, ça va, on le sait. » Si vous regardez bien, c'est la première fois que je vous le dis dans tout l'Ancien Testament. Donc ça vous montre toute la révolution qui est en train de s'opérer dans ce livre.
Verset 15 :
Les justes vivront pour toujours. Leur récompense est auprès du Seigneur.
On a l'impression d'entendre du saint Paul : « J'ai parcouru la course, j'ai mené à terme mon combat, il ne me reste plus qu'à recevoir la couronne impérissable. » Alors, cette idée de récompense après la mort, ici, est juste introduite. Maintenant, il faudrait voir comment ça s'articule avec la notion de jugement, de foi, d'œuvres, etc. Mais c'est une avancée majeure.
En introduisant la justice comme porte d'entrée dans l'éternité, vous renouvelez complètement votre conception de l'au-delà et votre conception de la vie sur terre. La souffrance, la mort du juste, ne signifient plus ni l'échec de sa vie, ni l'échec de la vie morale. La mort et la souffrance du juste sont maintenant vues comme des épreuves. Une vie passée au creuset de la purification. « S'il est éprouvé, c'est comme l'or au feu », chapitre 3, versets 5-6.
Et ça, ça introduit dans l'âme une nouvelle manière de vivre : l'espérance. Parce que cette espérance, qui est une nouvelle vertu, ou plutôt l'achèvement de cette vertu, vous permet de jouir dès à présent de l'éternité — verset 4. Jusqu'à présent, dans la Bible, il n'y avait pas de notion d'espérance au sens fort du terme. Il y avait une espérance politique. Il y avait l'espérance de vivre sur terre avec Dieu. Il y avait une espérance d'arriver un jour à la fin des temps avec un festin messianique. Mais il n'y avait pas l'espérance d'une vie éternelle placée sous le soleil de la justice.
Et du coup, cette mort qui était comme une sorte d'idole païenne que les impies avaient embrassée, on va pouvoir la nommer. On va relire la Genèse, et vous avez ce verset extraordinaire :
C'est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde, et ils en font l'expérience, ceux qui prennent parti pour lui.
Ce qui veut dire — nouvelle révolution, on les enchaîne les unes après les autres — que la mort, que le mal a d'abord une cause spirituelle et pas d'abord une cause naturelle. Il faudra aller jusqu'au bout de la thèse pour voir si jamais ça colle vraiment. Il faudrait, un, relire le chapitre de la Genèse, Adam et Ève, avec cette nouvelle exégèse : le serpent, en fait, c'était le diable. Voilà qu'on vient de découvrir quelque chose. Et puis il faudrait à nouveau scruter la nature, pour voir si dans la nature les principes moraux, les forces spirituelles sont vraiment premières par rapport aux forces physiques et aux lois de la nature. Donc en fait, derrière, il faut avoir une nouvelle vision et de la Bible et de la nature.
Écoutez, on en est juste au début du livre de la Sagesse. Donc pour l'instant, il faudra juste se contenter d'un seul nom, qui est apparu au hasard, au détour d'une phrase : Satan. Mais derrière ce nom, vous sentez qu'il y a toute une pensée qui est en train de se déployer.
L'auteur, lui, pour l'instant, ne poursuit pas par la sagesse. Il va plutôt tester sa thèse — la thèse de l'immortalité des justes, qui est leur récompense — en envisageant un cas extrême : la mort prématurée des justes. Ça, ça rejoint peut-être une question moderne que j'entends beaucoup, et derrière laquelle il faut faire très attention, parce qu'il y a énormément de souffrance : c'est la mort des enfants. Si Dieu est bon, comment se fait-il que les enfants meurent en bas âge ?
Alors ici, l'auteur répond par la polémique. Je ne sais pas si c'est comme ça que je répondrais, parce que je suppose qu'il faut d'abord pleurer à la mort des justes, avec les gens, entendre leur peine ; ensuite interroger la médecine humaine : comment ça se fait qu'avec tout ce qu'on a dans le cerveau, on n'ait toujours pas trouvé les solutions et les remèdes pour la mort des enfants prématurés ? Parce qu'il y a quand même une chose qui est claire, c'est que la solution existe et qu'elle est dans notre tête, et que c'est Dieu qui l'y a mise, mais qu'on ne se donne pas les moyens de la trouver. Ça, c'est parfaitement clair. En attendant, le premier geste que nous, on aurait, serait le silence. Et, comme dit saint Paul, de se faire tout à tous, d'être joyeux avec ceux qui sont dans la joie et de pleurer avec ceux qui pleurent.
Ici, l'auteur a choisi une autre voie, qui est celle de la polémique, et qui est tout à fait juste aussi. Parce que parfois, moi, quand j'entends un athée qui me dit : « Si Dieu est juste, comment ça se fait que les enfants meurent en bas âge ? », je me dis : au moins, j'ai des choses à répondre. Parce que la vérité, c'est que les athées, devant le scandale des enfants qui meurent en bas âge, ils ont quoi à répondre, eux ? Et après, c'est eux qui viennent m'accuser. C'est le monde à l'envers. La mort des enfants en bas âge, ce n'est pas la preuve que Dieu est cruel, c'est que l'athéisme est insupportable. Ça n'enlève pas le drame de la vie humaine, mais ça enlève le venin du désespoir. On se dit que quand même, cette vie a eu un sens. Ce n'est peut-être pas exceptionnel comme réponse, en tout cas c'est un embryon de réponse, et au moins j'ai des choses à dire. Et puis, il y a une manière de transformer un drame humain en argument théorique qui est insupportable. C'est pour ça que la réponse polémique de l'auteur, elle est peut-être facile, elle est peut-être trop rapide, mais ça ne veut pas dire qu'elle soit fausse.
Je vous invite à relire ce passage avec tout ce que je vous ai dit en arrière-fond, d'accord ? C'est un passage extrêmement profond, qui mérite de votre part un peu plus que les quelques minutes que moi, je peux lui accorder en commentaire.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, je te confie toutes les familles endeuillées, tous ceux qui ont perdu un proche de manière injuste, tous ces papas, toutes ces mamans qui ont dû enterrer leur enfant.
Seigneur, console leurs larmes, sois leur réconfort, sois leur espérance. Et, s'il te plaît Seigneur, ne les laisse pas seuls.
Sois pour eux une présence dans laquelle notre esprit n'aura peut-être pas les réponses à ces questions qui peut-être n'en ont pas, mais dans laquelle notre cœur trouvera, dans ta présence, une manière de vivre avec toi la douleur et la souffrance.
Seigneur, je te confie toutes ces familles.
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