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Jour 244 ☾ — Le juste debout au Jugement dernier

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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien achève la première grande partie du livre de la Sagesse en lisant la fin du chapitre 4 et le chapitre 5, où le juste se tient debout devant ceux qui l'ont opprimé. Le commentaire montre que ce passage est la première description explicite du jugement dernier dans l'Ancien Testament, sous les traits d'un tribunal où c'est le juste mort lui-même qui condamne les impies, non par des reproches mais par le démenti de sa vie. Il souligne la stupéfaction des impies comme châtiment intérieur, la couronne de gloire promise aux justes, puis l'apocalypse guerrière où Dieu arme la création entière — thèmes que saint Paul reprendra. L'épisode se termine par une prière pour tous ceux qui ont subi le mépris et l'humiliation sans récompense sur la terre.

Introduction

Livre de la Sagesse. Nous terminons aujourd'hui, dans le livre de la Sagesse, la fin de notre première partie qui aura fait comme un grand argument avec la thèse de l'immortalité. On a vu ce que ça a changé dans la manière d'appréhender la vie sur terre, la vie après la mort, la vie des justes, la vie des hommes injustes. Nous continuons en donnant une perspective un peu plus eschatologique, de type jugement dernier. Sagesse, fin du chapitre 4, chapitre 5.

Lecture : Sagesse 4,16 – 5,23

Le juste qui meurt est condamnation des impies vivants, et la jeunesse rapidement parvenue au but condamne la longue vieillesse de l'homme injuste.

Ils verront donc la mort du sage sans comprendre ce que le Seigneur a décidé à son égard, ni dans quel but il l'a mise en sûreté. Ils verront et n'en tiendront aucun compte. Ces gens-là, le Seigneur s'en moquera.

Après cette longue vie, ils ne seront plus qu'un infâme cadavre, un objet de dérision parmi les morts pour toujours. Il les fera tomber, muets, la tête la première. Il les ébranlera jusqu'aux profondeurs. Jusqu'à la fin, ils resteront en friche. Ils seront dans la douleur et leur souvenir périra.

Les impies viendront, tout tremblants, quand on fera le compte de leurs péchés, et que leurs crimes se dresseront contre eux pour les accuser.

Alors le juste se tiendra debout, plein d'assurance, en présence de ceux qui l'ont opprimé, de ceux qui méprisaient sa peine. À sa vue, ils seront pris d'une peur épouvantable, sidérés de le voir sauvé contre toute attente.

Saisis par le remords, ils se diront entre eux, la gorge serrée, incapables de reprendre souffle : « Le voilà, celui que nous tournions jadis en ridicule. Nous en faisions la cible de nos sarcasmes. Fous que nous étions ! Nous trouvions absurde sa manière de vivre et infâme sa mort. Pourquoi est-il compté parmi les fils de Dieu ? Pourquoi partage-t-il le sort des saints ?

En fait, c'est nous qui nous sommes égarés loin du chemin de la vérité. La lumière de la justice ne nous a pas éclairés et le soleil ne s'est pas levé sur nous. Nous nous sommes saoulés d'injustice. Nous avons traversé des déserts impraticables. Mais le chemin du Seigneur, nous ne l'avons pas connu.

À quoi nous a servi l'orgueil ? Et que nous ont rapporté la richesse et la prétention ? Tout cela est passé comme une ombre, comme une rumeur fugace, comme le navire traverse une mer agitée sans qu'on puisse retrouver la trace de son passage ni le sillage de sa coque sur les vagues ; comme l'oiseau qui vole à travers l'espace sans qu'on trouve aucune empreinte de son parcours : du battement de ses ailes, il fouette l'air léger, le fend avec violence dans le sifflement de son vol, et le traverse sans qu'on trouve signe de ce passage ; comme la flèche lancée vers la cible, qui déchire l'air aussitôt refermé, si bien qu'on ignore quelle fut sa trajectoire.

Ainsi de nous : à peine nés, nous avons disparu. Nous n'avons pu montrer aucun signe de vertu, et dans notre malice nous nous sommes consumés. »

L'espoir des impies est comme un brin de paille emporté par le vent, comme l'écume légère chassée par l'ouragan, il se dissipe, comme fumée au vent, il passe son chemin, comme le souvenir de l'hôte d'un jour.

Les justes, eux, vivent pour toujours. Le Seigneur détient leurs récompenses, le Très-Haut prend soin d'eux. Aussi recevront-ils de la main du Seigneur le royaume de splendeur et le diadème de beauté, car de sa droite il les protégera et son bras les couvrira.

Il prendra pour armure son ardeur jalouse, il armera la création pour réprimer ses ennemis. Il revêtira la justice comme une cuirasse et mettra comme casque le jugement sans appel. Il prendra comme bouclier l'invincible sainteté. En guise d'épée, il affûtera sa colère implacable, et l'univers à ses côtés combattra les insensés.

Flèches bien ajustées, les éclairs partiront, comme tirés depuis l'arc bien tendu des nuages, et frapperont leurs cibles. D'une catapulte jailliront des grêlons pleins de fureur. L'eau de la mer se déchaînera contre ces gens-là et les fleuves les submergeront implacablement. Un souffle puissant se lèvera contre eux et, tel un ouragan, les dispersera. L'injustice transformera la terre entière en désert et la dépravation renversera les trônes des puissants.

Commentaire

Ça monte en puissance. On s'aperçoit que l'auteur du livre de la Sagesse prend l'Everest et le grimpe face nord. On enchaîne les situations extrêmes, la mort prématurée, on multiplie les thèmes polémiques, et là on vous sort la totale. Ce qui fait que ces premiers chapitres, vous voyez, c'est une lente montée en puissance. Et dans cette lente montée en puissance, vous êtes en train d'atteindre le sommet. Et ce sommet, c'est encore une nouveauté : le jugement dernier.

Sauf erreur de ma part — je suis sûr de moi, j'ai encore tout l'Ancien Testament dans la tête, je viens de l'enregistrer, de le commenter —, c'est la première fois qu'on nous parle du jugement dernier de manière explicite. Là, sous les traits quasiment d'un tribunal :

Les impies viendront, tout tremblants, quand on fera le compte de leurs péchés, et que leurs crimes se dresseront contre eux pour les accuser.

Et, encore plus étonnant, qui tient lieu de juge dans ce tribunal ? Non pas Dieu, mais le juste qui est mort. Verset 16 :

Le juste qui meurt condamne les impies survivants. Ils verront la fin du sage et n'auront pas d'explication sur le dessein de Dieu le concernant.

Alors, ce juste qui juge en condamnant, c'est qui ? Est-ce que c'est une personne ? Ou est-ce que derrière lui, ce sont les justes ? Parfois, en exégèse biblique, on parle de personnalité collective : le juste qui meurt, c'est l'ensemble des innocents qui ont souffert l'injustice, mais qu'une personne en particulier va incarner par-dessus tout. Du coup, ce que ce passage veut dire, c'est que le jugement à la fin des temps, Dieu l'exercera à travers un juste en particulier. Je n'en dis pas plus, tout le monde a compris l'endroit où je voulais aller.

Et la manière dont le juste va condamner les impies, ce n'est pas en les accablant de reproches, c'est en étant par son exemple le démenti de leur vie. Le juste se tiendra debout, avec une grande assurance, face à ceux qui l'ont opprimé et méprisé. À cette vue, les impies seront pris d'une terrible frayeur, stupéfaits de voir ce salut inattendu. Ce qui, petite parenthèse, fait écho à ce qu'on avait entendu au chapitre 2, quand on vous disait des païens qu'ils n'avaient pas connu les mystères — les mystérion, les mystères de Dieu. Mystérion, on l'a déjà vu dans le livre de Daniel, c'est un mot technique qui désigne le dessein secret de Dieu sur l'histoire. Et on avait dit que ce mystérion, c'était ce Fils d'homme qui était annoncé dans les visions, et qui là, c'est peut-être ce juste souffrant. Je ferme la parenthèse.

C'est quand même très étonnant, cette affaire, cette manière que le livre de la Sagesse a, tout d'un coup — alors que ce sont des thèmes qui viennent de nulle part, on n'en a quasiment jamais parlé —, et voilà qui vous décrit tout le mécanisme du jugement après la mort. Regardez par exemple, encore, tiens, la notion de stupéfaction. C'est la stupéfaction qui leur tient lieu de châtiment. « Alors ils diront en gémissant, en se lamentant » — et c'est cette lamentation qui est pour eux la source de la tristesse :

Le voilà, celui que nous tournions autrefois en dérision. Nous le traitions de fou. Et voilà qu'il est compté parmi les fils de Dieu.

C'est le dévoilement du mystérion qui va leur faire réaliser leur erreur, et c'est ça qui sera pour eux l'origine de leur tourment. Et à l'inverse, ils regardent leur vie et ils se rendent compte de leur propre vanité : toute notre vie est passée comme une ombre, comme un navire qui laisse à peine une trace dans la mer, comme un oiseau dans l'air dont on ne trouve plus le chemin.

Et à partir de là, le texte gagne petit à petit en puissance. On était sur un simple retentissement psychologique, un jugement intérieur entre guillemets, et de là on passe maintenant à une scène de victoire. L'espérance des impies est comme la poussière emportée par le vent, tandis que les justes vivent éternellement, leur récompense est dans le Seigneur. Verset 15 : eux qui recevront une couronne resplendissante, le diadème de beauté, de la main du Seigneur. Ça, ça vous donnera la notion chrétienne d'auréoles et de couronnes de gloire, qui sont reprises telles quelles par saint Paul — et pas seulement par saint Paul, mais par tout l'imaginaire chrétien.

Et de là, on passe encore à un niveau supérieur. Cette fois-ci, on passe à une apocalypse guerrière :

Il prendra pour armure son ardeur jalouse, il armera la création pour réprimer ses ennemis. Il revêtira la justice comme une cuirasse et mettra comme casque le jugement sans appel.

C'est ce que moi j'aime appeler les attributs négatifs. Les attributs négatifs, généralement, on pense à l'inaccessibilité de Dieu, à sa transcendance. Pour moi, les attributs négatifs, c'est plutôt des expressions de son amour qui, par leur démesure, deviennent comme noirs : son ardeur, sa jalousie, sa colère. C'est comme si l'amour de Dieu, à force d'être lumineux, finissait par éblouir, tant et si bien qu'on ne peut plus le regarder.

Alors, je vous avais parlé de saint Paul, qui allait reprendre ce thème de la couronne de vie. Saint Paul aussi va reprendre ce thème de la cuirasse de justice, qu'il va développer dans la lettre aux Éphésiens : endosser l'armure que Dieu donne, afin de pouvoir résister au Mauvais, rester ferme, « ayez autour de la taille la vérité pour ceinture, la droiture en guise de cuirasse, le bouclier de la foi et le glaive de la Parole ». Dans les deux cas, c'est la même apocalypse guerrière, où l'amour de Dieu enfin éclate et où l'on peut s'en revêtir comme une arme de victoire.

Et qui procède du même mouvement, mais encore à un degré supérieur — vous voyez là la progression —, qui prend pour champ de bataille la création elle-même. Verset 17 : « il armera la création pour réprimer ses ennemis » : des flèches d'éclairs, des grêles vengeresses, les éléments de la nature mobilisés contre les méchants. Vous l'aviez déjà entendu avec Isaïe, avec les prophètes : la poussière, les guerriers, le jour de colère, le jour du Seigneur. Mais c'est repris ici dans un nouveau contexte : non plus sous la forme d'oracle, mais sous la forme de méditation philosophique.

Donc au total, j'attire votre attention sur le génie philosophique. Vous avez vu l'introduction de tous ces nouveaux thèmes. Parce que tous ces nouveaux thèmes, c'est assez abstrait, c'est assez intellectuel, et pourtant ici, ça passe comme une lettre à la poste. Vous n'avez pas du tout le sentiment de lire un exposé de philosophie d'élèves de terminale qui passent le bac. C'est parce qu'il y a un génie narratif. Tout ça est pris dans un grand drame qui monte en puissance. Vous avez vu l'inclusion : on entendait parler les impies au début, on les entend à nouveau parler à la fin. On ne perd pas le fil narratif, la manière dont c'est construit. Sauf que là, on rajoute en plus un dénouement brutal : une lente montée en tension narrative à coups de polémique, et là, tout d'un coup, par la stupéfaction, comme un soufflé qui s'effondre, le dénouement. C'est une sorte de dénouement par l'ironie, la stupéfaction des impies.

Ce que l'œil n'avait pas vu, ce que l'oreille n'avait pas entendu, voilà ce que nous vous annonçons. C'est une nouvelle manière de concevoir la Révélation, qui ne procède plus pas à pas. La révélation divine, c'est quelque chose qui, du jour au lendemain, vient renverser l'état des choses. C'est une révolution dans le monde.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Prière

Seigneur, je te confie tous ceux qui souffrent dans leur combat. Je te confie, Seigneur, toutes nos humiliations, tout ce que nous avons dû subir sur terre, toutes les crasses qu'on nous a faites, tous les coups dans le dos, tout le mépris que nous avons subi, toute l'opprobre qu'on nous a jetée à la figure.

Je te demande, Seigneur, de tenir le coup, de rester droit dans mes bottes, de ne chercher que la vertu, et, en ne cherchant que la vertu, de te chercher toi, la source de la sagesse.

Parce que je n'ai pas obtenu de reconnaissance de la part des hommes, parce que ce que je cherchais, c'était toi, l'Évangile et la gratuité, et que le monde en a profité pour me marcher dessus, Seigneur, je te le confie.

À défaut d'avoir eu ma récompense sur la terre, que j'aie une récompense dans ton cœur à toi. Seigneur, souviens-toi de moi.


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