Jour 245 ☼ — Servir sans s'approprier
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Résumé : Cet épisode couvre les chapitres 16 et 17 du premier livre des Chroniques : l'installation officielle de la liturgie royale devant l'Arche à Jérusalem, une longue prière de louange composée de trois psaumes mis bout à bout, puis le refus de Dieu de laisser David lui bâtir une maison. Le frère Paul-Adrien explique la double liturgie de l'époque — les psaumes à Jérusalem, les sacrifices à Gabaon — et ce que leur réunion par Salomon signifiera après l'exil. Le commentaire décortique ensuite la réponse de Dieu à David pour dégager quatre dangers de l'enthousiasme religieux : enfermer Dieu, l'orgueil déguisé, la culpabilité, et l'appropriation des choses divines. L'épisode se termine par quelques versets des Proverbes.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Au programme d'aujourd'hui, début officiel de la liturgie royale avec les psaumes. Vous entendrez un long psaume — en réalité, trois psaumes mis bout à bout. C'est une longue prière de louange qui, en fait, dresse un programme, un programme liturgique. Vous ferez attention aux ordres : « Rendez grâce au Seigneur », « annoncez », « chantez », « jouez », à chaque fois ce sont des ordres, « glorifiez-le ». Ensuite, on reparcourra l'histoire d'Israël. Et à la fin, vous entendrez : « Tout le peuple dit Amen. »
Cet épisode-là, il est complètement nouveau. Là, pour le coup, on n'a pas du tout ça dans les livres de Samuel. C'est comme si on avait l'impression que le roi, maintenant, sa première tâche — c'est assez étonnant d'ailleurs — c'est d'organiser le culte. Il dirige, il dit ce qu'il faut faire. Et c'est ainsi que débute de manière officielle la liturgie du Temple.
Pour la petite histoire, à cette époque-là, il y avait une double liturgie. Parce que d'une part, maintenant que l'Arche était allée à Jérusalem, c'est là qu'on allait louer Dieu : liturgie autour des psaumes. Mais il n'y a pas encore d'autel, il n'y a pas encore de temple. Il n'a pas encore été construit, l'autel. Donc, où est-ce qu'on va faire les sacrifices ? Et il y avait un autre lieu, une autre liturgie, cette fois-ci sacrificielle, à Gabaon. Et ça, précisément, c'est Salomon qui, plus tard, en construisant le Temple, permettra de réunir ces deux liturgies.
Alors, vous allez me dire : vous vous en fichez un petit peu. Pas tout à fait, parce que la liturgie sacrificielle, ça représente la liturgie qu'il y avait avant l'exil, la grande liturgie, celle du Lévitique, celle du temple de Salomon. Mais la liturgie des psaumes, ça représente la liturgie de l'exil. Parce qu'en exil, les Israélites à Babylone, ils n'avaient plus de temple pour sacrifier. Donc, qu'est-ce qu'ils ont fait à la place ? Ils se sont mis à codifier des chants sacrés : les psaumes. Et là, vous voyez que réunir les deux liturgies, ça prend une autre signification.
Vous aurez Asaph, le psalmiste à Jérusalem, et Sadoc, le grand prêtre à Gabaon. Premier livre des Chroniques, chapitres 16 et 17.
Lecture : 1 Chroniques 16-17
Il établit le service pour célébrer le mémorial, l'action de grâce et la louange du Seigneur, Dieu d'Israël. Il y avait Asaph comme chef et Zacharie en second, puis Yéiel, Shemiramoth, Yehiel, Mattitia, Éliab, Benaya, Obed-Édom et Yeïel, avec leurs instruments de musique, harpe et cithare. Asaph faisait retentir des cymbales. Les prêtres Benaya et Yeaziel jouaient constamment de la trompette devant l'arche de l'Alliance de Dieu.
Pour la première fois, David chargea Asaph et ses frères de célébrer l'action de grâce du Seigneur :
« Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom, annoncez parmi les peuples ses hauts faits. Chantez et jouez pour lui, redites sans fin ses merveilles. Glorifiez-vous de son nom très saint : joie pour les cœurs qui cherchent Dieu.
Cherchez le Seigneur et sa puissance, recherchez sans trêve sa face. Souvenez-vous des merveilles qu'il a faites, de ses prodiges, des jugements qu'il prononça, vous, la race d'Israël son serviteur, les fils de Jacob, qu'il a choisis.
Le Seigneur, c'est lui notre Dieu, ses jugements font loi pour l'univers. Souvenez-vous toujours de son alliance, parole édictée pour mille générations, promesse faite à nos pères, garantie par serment à Isaac, érigée en loi avec Jacob, alliance éternelle pour Israël.
Il a dit : « Je vous donne le pays de Canaan, ce sera votre part d'héritage. » En ces temps-là, on pouvait les compter : c'était une poignée d'immigrants. Ils allaient de nation en nation, d'un royaume vers un autre royaume. Mais Dieu ne souffrait pas qu'on les opprime ; à cause d'eux, il châtiait des rois : « Ne touchez pas à qui m'est consacré, ne maltraitez pas mes prophètes. »
Chantez au Seigneur, terre entière, de jour en jour proclamez son salut. Racontez à tous les peuples sa gloire, à toutes les nations ses merveilles.
Il est grand, le Seigneur, hautement loué, redoutable au-dessus de tous les dieux : néant, tous les dieux des nations ! Lui, le Seigneur, a fait les cieux. Devant lui, splendeur et majesté, dans le lieu où il demeure, puissance et allégresse.
Rendez au Seigneur, familles des peuples, rendez au Seigneur la gloire et la puissance, rendez au Seigneur la gloire de son nom. Apportez votre offrande, entrez devant lui, adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté. Tremblez devant lui, terre entière. Le monde, inébranlable, tient bon.
Joie au ciel ! Exulte la terre ! Que l'on dise aux nations : « Le Seigneur est roi. » Les masses de la mer mugissent, la campagne tout entière est en fête, les arbres des forêts dansent de joie devant la face du Seigneur, car il vient pour juger la terre.
Rendez grâce au Seigneur : il est bon, éternel est son amour. Dites : « Sauve-nous, Dieu de notre salut ; rassemble-nous et délivre-nous des païens, que nous rendions grâce à ton saint nom, fiers de chanter ta louange. »
Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, depuis toujours et pour la suite des temps ! »
Et tout le peuple dit : « Amen ! Louange au Seigneur ! »
Là, devant l'arche de l'Alliance du Seigneur, David laissa Asaph et ses frères pour qu'ils assurent un service permanent devant l'arche, selon ce qui est prescrit pour chaque jour. Il laissa aussi Obed-Édom et ses soixante-huit frères. Obed-Édom, fils de Yedoutoun, et Hosa étaient portiers.
Quant au prêtre Sadoc et à ses frères les prêtres, il les laissa devant la demeure du Seigneur, sur le lieu sacré de Gabaon. Ils devaient offrir en permanence des holocaustes au Seigneur sur l'autel des holocaustes, matin et soir, et faire tout ce qui est écrit dans la loi du Seigneur, qu'il a prescrite à Israël. Avec eux, il y avait Hémann, Yedoutoun et le reste de ceux qui avaient été choisis et désignés par leur nom pour rendre grâce au Seigneur, car éternel est son amour. Avec eux, Hémann et Yedoutoun : il y avait de retentissantes trompettes et cymbales, des instruments pour les chants adressés à Dieu, ainsi que les fils de Yedoutoun préposés à la porte.
Puis tout le peuple s'en alla, chacun chez soi, et David s'en retourna bénir les gens de sa maison.
Lorsque David habita dans sa maison, il dit au prophète Nathan : « Voici que moi, j'habite dans une maison de cèdre, et l'arche de l'Alliance du Seigneur, elle, elle est sous un abri de toile. » Nathan répondit à David : « Tout ce que tu as l'intention de faire, fais-le, car Dieu est avec toi. »
Mais cette nuit-là, la parole de Dieu fut adressée à Nathan : « Va dire à David, mon serviteur : Ainsi parle le Seigneur : Ce n'est pas toi qui me bâtiras une maison pour que j'y habite. Depuis le jour où j'ai fait monter Israël et jusqu'à ce jour, je n'ai jamais habité dans une maison ; j'allais d'une tente à une autre, et d'une demeure à une autre, pendant tout le temps où j'étais comme un voyageur avec tout Israël. Ai-je demandé à un seul des juges que j'avais institués pasteurs de mon peuple : « Pourquoi ne m'avez-vous pas bâti une maison de cèdre ? »
Tu diras donc à David, mon serviteur : Ainsi parle le Seigneur de l'univers : C'est moi qui t'ai pris, toi, au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J'étais avec toi partout où tu étais allé, c'est moi qui ai abattu devant toi tous tes ennemis, et je te ferai un nom égal à celui des plus grands de la terre. Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l'y planterai : il s'y établira et ne tremblera plus, et les méchants ne viendront plus le maltraiter comme ils l'ont fait autrefois, depuis le temps où j'ai institué des juges pour conduire mon peuple Israël. J'ai humilié tous tes ennemis, et je t'annonce que c'est le Seigneur qui te bâtira, à toi, une maison.
Quand tes jours seront accomplis et que tu rejoindras tes pères, je te susciterai dans ta descendance un successeur qui sera l'un de tes fils, et je rendrai stable sa royauté. C'est lui qui me bâtira une maison, et je rendrai stable pour toujours son trône. Moi, je serai pour lui un père, et lui sera pour moi un fils. Je ne lui retirerai pas ma fidélité, comme je l'ai retirée à celui qui t'a précédé. Je l'établirai pour toujours dans ma maison et dans mon royaume, et son trône sera stable pour toujours. »
Toutes ces paroles, toute cette vision, Nathan les rapporta fidèlement à David.
Le roi David vint s'asseoir en présence du Seigneur, et il lui dit : « Qui suis-je donc, Seigneur Dieu, et qu'est-ce que ma maison, pour que tu m'aies conduit jusqu'ici ? Mais cela ne te paraît pas suffisant, à toi, Dieu, et tu adresses une parole à la maison de ton serviteur pour un avenir lointain. C'est comme un homme de haut rang que tu m'as considéré, Seigneur Dieu. Qu'est-ce que David pourrait ajouter à la gloire que toi tu lui as donnée ? Toi, tu connais ton serviteur. Seigneur, à cause de ton serviteur et selon ton cœur, tu as accompli toute cette grande action pour faire connaître toutes tes grandeurs.
Seigneur, personne n'est comme toi, et il n'y a pas de Dieu en dehors de toi, d'après tout ce que nous avons entendu de nos oreilles. Est-il sur la terre une seule nation comme ton peuple Israël ? Ce peuple, Dieu est allé le libérer pour qu'il devienne son peuple, pour te faire un nom par de grandes actions et des choses redoutables. Tu as chassé des nations devant ton peuple que tu as libéré d'Égypte. Tu t'es donné ton peuple Israël afin qu'il soit ton peuple à jamais, et toi, Seigneur, tu es devenu son Dieu.
Maintenant donc, Seigneur, la parole que tu as dite à ton serviteur et à sa maison, qu'elle tienne pour toujours, et agis selon ce que tu as dit. Que cette parole soit tenue et que ton nom soit exalté pour toujours. Que l'on dise : « Le Seigneur de l'univers est le Dieu d'Israël, et il est Dieu pour Israël. » Et que la maison de David, ton serviteur, subsiste en ta présence. Oui, c'est toi, mon Dieu, toi qui m'as fait cette révélation à ton serviteur, à savoir lui bâtir une maison ; c'est pourquoi ton serviteur se tient en prière devant toi. Seigneur, c'est toi qui es Dieu, et tu as fait cette magnifique promesse à ton serviteur. Daigne bénir la maison de ton serviteur afin qu'elle soit pour toujours en ta présence. Car toi, Seigneur, tu bénis, et la maison est bénie pour toujours. »
Commentaire
David qui veut construire le Temple. À nouveau, David enthousiaste. David trop enthousiaste. Dieu n'en demande pas tant. De la même manière qu'il ne fallait pas se précipiter pour sauver l'Arche de l'Alliance, de la même manière il ne fallait pas se précipiter pour construire le Temple. Grâce à Dieu, pour une fois, personne ne meurt.
Alors, c'est quoi le danger d'être trop enthousiaste, trop généreux dans les matières religieuses ? Eh bien, c'était la réponse de Dieu. Alors, on la décortique un instant.
Et de un. Dieu, ce qu'il rappelle, c'est que lui, ça lui plaît de voyager à l'air libre. Il est comme ça, Dieu. Il n'a pas envie d'être enfermé dans des petites cases. Il y a une leçon pour David et une leçon pour nous.
Ensuite, deuxième danger d'un trop grand enthousiasme religieux : ça peut cacher un orgueil, ou même un manque de foi. Dieu rappelle quand même à David que, minute papillon, ce n'est pas toi qui vas me bâtir une maison, c'est moi qui t'ai bâti une maison :
Je t'annonce que c'est le Seigneur qui te bâtira, à toi, une maison.
On te donnera des fils qui régneront après toi. C'est comme dans l'apostolat. L'apostolat : on est persuadé que si jamais on ne parcourt pas le ciel et la terre, Dieu n'aura plus de fidèles et qu'il n'y aura plus personne dans les églises. Mais Dieu, ça le fait marrer, nos efforts. Il ne faut pas imaginer que Dieu ait besoin de nous à ce point-là. « Mais tu te prends pour qui ? », répond Dieu à David.
Ensuite, troisième danger d'un enthousiasme :
Ai-je demandé à un seul des juges que j'avais institués pasteurs de mon peuple : « Pourquoi ne m'avez-vous pas bâti une maison de cèdre ? »
Est-ce que pendant tout le temps où j'étais avec vous, j'ai demandé à quelqu'un de me bâtir une maison ? Sous-entendu : moi, je ne vous ai rien demandé. Dieu nous aime gratuitement. Notre enthousiasme ne doit pas procéder d'une certaine forme de culpabilité, comme si on devait rendre à Dieu quelque chose que de toute façon on n'a pas les moyens de rembourser.
Et quatrième danger d'un trop grand enthousiasme : s'approprier les choses divines.
Je l'établirai pour toujours dans ma maison et dans mon royaume.
C'est le royaume de Dieu. David et sa famille, Salomon, sont des locataires. Et c'est ça, si vous voulez, ce que l'enthousiasme risquerait vite de nous faire oublier. Méfions-nous de nous-mêmes.
Proverbes 17,21-24
Engendrer un insensé, mais quelle tristesse ! Ah, le père d'un imbécile n'est pas à la fête.
À cœur joyeux, santé florissante ; l'esprit chagrin dessèche jusqu'à l'os.
Le méchant accepte un pot-de-vin sous le manteau pour entraver le cours de la justice.
L'homme intelligent a devant lui la sagesse ; l'insensé la cherche des yeux au bout du monde.
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