Jour 248 ☼ — David, pape avant l'heure
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 23 et 24 du premier livre des Chroniques, le frère Paul-Adrien lit le dénombrement des lévites, la répartition de leurs charges et le tirage au sort des vingt-quatre classes sacerdotales. Le commentaire poursuit le parallèle esquissé les jours précédents : derrière le David des Chroniques se dessine la figure d'un pape — celui qui rassemble, qui fait la guerre sainte, qui bâtit le temple et qui, ici, organise le culte sans être lui-même le célébrant ordinaire. Juridiction, collège, dimension cosmique du chiffre douze, liturgie perpétuelle et office des heures : chaque trait du texte trouve son écho dans l'Église catholique. L'épisode se termine par quelques versets du livre des Proverbes.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Je réfléchissais la dernière fois à ce que je vous disais d'un roi guerrier qui est là pour construire et défendre un temple. En fait, là, vous avez une figure qui est en train de se dessiner derrière les rois, derrière David en particulier. En fait, c'est la figure d'un pape qui est en train de se dessiner. Je vous jure, on n'est plus du côté des rois. On ne s'occupe plus de leurs affaires domestiques, privées, familiales. On s'occupe de la manière dont ils arrivent à rassembler — on appellera ça plus tard l'exercice de la communion —, dont ils arrivent à rassembler le peuple. Ça, c'était les tout premiers chapitres du livre des Chroniques.
Après, dans le livre des Chroniques, on a eu la guerre, et on peut penser aux papes de la Renaissance. Alors, on en pense ce qu'on veut, mais dans leur tête, ils partaient faire la guerre pour protéger le culte, la religion et les États pontificaux. Exactement comme David. De la même manière que le livre des Chroniques vous a parlé de ces guerres saintes qu'a livrées David, les papes ont eu leur guerre sainte qu'on appelait d'ailleurs les croisades. Je ne sais pas si c'était la plus grande période de gloire de l'histoire des papes, mais n'empêche que le David des Chroniques va plutôt de ce côté-là que de l'ancien pastoureau dont on avait entendu l'histoire dans le livre de Samuel.
Et ça continue. Après avoir fait ces guerres, on a construit un temple, en bon pape que David était. De la même manière que nos papes de la Renaissance vont aussi construire, eux, des temples extraordinaires à la gloire de Dieu. Simplement, ce ne sera pas le temple de Jérusalem, ce sera la basilique Saint-Pierre. Mais c'est la même logique.
Et le parallèle va encore continuer dans les lectures d'aujourd'hui. Ce que vous allez voir aujourd'hui, c'est David qui s'occupe d'organiser le clergé, qui s'occupe d'organiser le culte, exactement comme un pape le ferait. Et ça vous permettra peut-être de lire d'une manière différente ces chapitres. Et peut-être, qui sait — moi, je ne sais pas — de revoir de manière différente aussi ce qu'est un pape.
Lecture : 1 Chroniques 23-24
Devenu vieux et rassasié de jours, David établit son fils Salomon comme roi sur Israël. Il réunit tous les princes d'Israël ainsi que les prêtres et les lévites. On compta les lévites âgés de trente ans et plus. On les compta un par un et leur nombre fut de trente-huit mille hommes. « Vingt-quatre mille d'entre eux, dit David, dirigeront les travaux de la maison du Seigneur. Six mille seront scribes et juges. Quatre mille seront portiers. Et quatre mille loueront le Seigneur avec les instruments que j'ai faits à cette intention. »
David les répartit par classe selon les fils de Lévi : Guershon, Qehath et Merari.
Pour les Guershonites : Ladane et Shiméï. Fils de Ladane : Yehiel, l'aîné, Zétam et Joël. Ils étaient trois. Fils de Shiméï : Shelomith, Haziel et Arane. Ils étaient trois. C'étaient les chefs des familles de Ladane. Fils de Shiméï : Yahath, Ziza, Yéoush, Beria. C'étaient les fils de Shiméï. Ils étaient quatre. Yahath était l'aîné, Ziza le deuxième, puis Yéoush et Beria, qui n'eurent pas beaucoup de fils et ne formèrent qu'une seule famille pour une charge unique.
Fils de Qehath : Amram, Yicehar, Hébron et Ouzziel. Ils étaient quatre. Fils d'Amram : Aaron et Moïse. Aaron fut mis à part pour être consacré aux choses très saintes, lui et ses fils à jamais, pour brûler l'encens devant le Seigneur, pour le servir et bénir son nom à jamais. Quant à Moïse, l'homme de Dieu, ses fils furent comptés dans la tribu de Lévi. Fils de Moïse : Guershom et Éliézer. Fils de Guershom : Shebouel, l'aîné. Fils d'Éliézer : Rehabia, l'aîné. Éliézer n'eut pas d'autre fils, mais les fils de Rehabia furent extrêmement nombreux. Fils de Yicehar : Shelomith, l'aîné. Fils de Hébron : Yeriyahou, l'aîné, Amaria le deuxième, Yahaziel le troisième et Yeqaméam le quatrième. Fils d'Ouzziel : Mika, l'aîné, et Yishiya le second.
Fils de Merari : Mahli et Moushi. Fils de Mahli : Éléazar et Qish. Éléazar mourut sans avoir de fils, mais il eut des filles, que leurs cousins, les fils de Qish, épousèrent. Fils de Moushi : Mahli, Éder et Yerimoth. Ils étaient trois.
Tels étaient les fils de Lévi selon leur famille, les chefs de famille selon leur charge, d'après le dénombrement nominatif, un par un, âgés de vingt ans et plus : ils accomplissaient leur travail au service de la maison du Seigneur.
Car David avait dit : « Le Seigneur, Dieu d'Israël, a donné la tranquillité à son peuple et il demeure à Jérusalem pour toujours. Les lévites n'auront plus à transporter la Demeure et tous les objets destinés à son service. » C'est d'après les dernières paroles de David que les lévites qui furent comptés étaient âgés de vingt ans et plus.
Ils doivent se tenir aux côtés des fils d'Aaron pour le service de la maison du Seigneur, en ce qui concerne les cours, les salles, la purification de toute chose sainte, en un mot, l'accomplissement du service de la maison de Dieu. Ils ont aussi à prévoir le pain à disposer en rangées, la fleur de farine destinée à l'offrande, les galettes sans levain, les gâteaux cuits à la plaque ou mélangés, et tous les instruments de capacité et de mesure. Ils doivent se tenir prêts chaque matin pour célébrer et louer le Seigneur, et de même le soir, ainsi que pour tous les holocaustes offerts au Seigneur lors des sabbats, des nouvelles lunes et des solennités, selon le nombre qui leur a été prescrit, pour toujours, devant le Seigneur. Ils gardent les observances de la tente de la Rencontre, les observances du sanctuaire et les observances de leurs frères, les fils d'Aaron, pour le service de la maison du Seigneur.
Voici la répartition des fils d'Aaron par classe. Fils d'Aaron : Nadab, Abihou, Éléazar et Itamar. Nadab et Abihou moururent avant leur père sans laisser de fils, et c'est Éléazar et Itamar qui devinrent prêtres. David, avec Sadoc, l'un des descendants d'Éléazar, et avec Ahimélek, l'un des descendants d'Itamar, les répartit en classes selon leur charge dans leur service. Parmi les fils d'Éléazar, les chefs de groupes d'hommes se trouvèrent plus nombreux que parmi les fils d'Itamar : on forma donc seize classes avec les chefs de famille des fils d'Éléazar et huit avec les chefs de famille des fils d'Itamar. Les uns comme les autres, on les répartit en tirant au sort, car il y eut des officiers pour le sanctuaire et des officiers pour le service de Dieu, parmi les fils d'Éléazar comme parmi les fils d'Itamar. L'un des lévites, le scribe Shemaya, fils de Netanel, les inscrivit en présence du roi, des officiers, du prêtre Sadoc, d'Ahimélek fils d'Abiatar, et des chefs des familles sacerdotales et lévitiques. Une famille était tirée au sort pour Éléazar, puis une autre, tandis qu'une seule était tirée pour Itamar.
Le premier tirage au sort désigna Yehoyarib, le deuxième désigna Yedaya, le troisième Harim, le quatrième Séorim, le cinquième Malkiya, le sixième Miyamin, le septième Haqqots, le huitième Abiya, le neuvième Yéshoua, le dixième Shekanyahou, le onzième Élyashib, le douzième Yaqim, le treizième Houppa, le quatorzième Yéshebéab, le quinzième Bilga, le seizième Immer, le dix-septième Hézir, le dix-huitième Happitsets, le dix-neuvième Petahya, le vingtième Ézéchiel, le vingt et unième Yakin, le vingt-deuxième Gamoul, le vingt-troisième Delayahou, le vingt-quatrième Maazyahou.
Tels étaient ceux qui avaient pour charge, dans leur service, d'entrer dans la maison du Seigneur, selon leurs règlements transmis par Aaron, leur ancêtre, comme le lui avait ordonné le Seigneur, Dieu d'Israël.
Quant aux fils de Lévi qui restaient : pour les fils d'Amram, il y avait Shoubael ; pour les fils de Shoubael, il y avait Yehdeyahou. Pour Rehabiahou et pour les fils de Rehabiahou, il y avait l'aîné Yishiya. Pour les Yicehartites, il y avait Shelomoth ; pour les fils de Shelomoth, il y avait Yahath. Les fils de Hébron : Yeriya le premier, Amaryahou le deuxième, Yahaziel le troisième, Yeqaméam le quatrième. Pour les fils d'Ouzziel, il y avait Mika ; pour les fils de Mika, il y avait Shamir. Le frère de Mika était Yishiya ; pour les fils de Yishiya, il y avait Zacharie. Pour les fils de Merari, il y avait Mahli et Moushi ; pour les fils de Yaaziyahou, son fils, c'est-à-dire les descendants de Merari par son fils Yaaziyahou, il y avait Shoham, Zakkour et Ibri. Pour Mahli, il y avait Éléazar, qui n'eut pas de fils, pour Qish et les fils de Qish, il y avait Yerahméel. Les fils de Moushi étaient Mahli, Éder et Yerimoth.
Tels étaient aussi les fils de Lévi, répartis par famille. Eux aussi, comme leurs frères, les fils d'Aaron, tirèrent au sort en présence du roi David, de Sadoc, d'Ahimélek et des chefs des familles sacerdotales et lévitiques : dans chaque famille, le chef était sur le même pied que son plus jeune frère.
Commentaire
Reprenons cette liturgie davidique. De la même manière que Dieu crée en séparant — il sépare la lumière et les ténèbres, les eaux et la terre —, de la même manière David crée la liturgie en séparant et en distinguant à l'intérieur de l'ordre lévite des classes de prêtres. La liturgie reprend l'ordre du cosmos comme une nouvelle création. Mais je ne sais pas si vous voyez : ce genre d'interprétation, on en a eu déjà pas mal, non ?
Du coup, moi, j'aimerais bien partir dans une autre direction, reprendre ce que je vous disais en introduction sur le roi David, figure de pape. Regardez, on va voir jusqu'où ça nous amène. Eh bien, le parallèle marche très bien.
David, ici, organise le culte, nomme les prêtres, structure le service divin, sans être prêtre lui-même — même si on l'avait vu, au moment où l'Arche d'Alliance rentrait à Jérusalem, porter un pagne de lin. Donc il n'est pas non plus totalement étranger, mais il n'est pas prêtre, de la même manière que le pape. David n'est pas le célébrant ordinaire. Son rôle à lui, en tant que pape, c'est d'abord de garantir l'unité, l'orthodoxie et la liturgie. Le pape n'est pas la source de la liturgie dans l'Église catholique — d'ailleurs, le canal, c'est plutôt les évêques, successeurs des apôtres. Le pape, lui, il est là pour garantir. C'est un organe de régulation, comme David, ici, dans ce texte, était là pour réguler la liturgie.
Ensuite, vous avez vu David, avec Sadoc, le grand prêtre, qui organise vingt-quatre classes sacerdotales. De la même manière, ce qu'on appelle le pouvoir de juridiction : le pape, Code de droit canonique 377, a le pouvoir de nommer les évêques et d'organiser leur territoire. Pouvoir de juridiction. En même temps, derrière ces vingt-quatre classes sacerdotales, chez David, vous avez l'ensemble des prêtres, l'ensemble du peuple qui prie et qui célèbre, qui est représenté — de la même manière que le pape s'appuie sur le collège des évêques et sur l'ensemble des Églises locales.
Toujours pour reprendre ces vingt-quatre classes sacerdotales : derrière, vous sentez bien qu'il y a un chiffre symbolique. Douze, c'est le chiffre de la perfection, qui a une ampleur, une dimension cosmique. C'est les douze tribus plus les douze constellations du zodiaque. On ne sait pas exactement le symbolisme qu'il y a derrière, mais on voit bien la portée cosmologique — de la même manière que l'Église catholique prétend rassembler l'univers entier.
Et surtout, ces vingt-quatre classes remplissaient leur rôle chacune à son tour. Il y avait une classe qui revenait toutes les vingt-quatre semaines. Par exemple, dans le Nouveau Testament, vous aurez Zacharie, le mari d'Élisabeth, le père de Jean le Baptiste, qui était prêtre. Il était prêtre à la campagne, et toutes les vingt-quatre semaines, il passait une semaine à Jérusalem pour accomplir son service liturgique. Et c'est là que vous aurez l'ange qui va lui apparaître. Bon, ça, derrière, ça vous représente la liturgie perpétuelle, la liturgie cyclique, l'organisation du calendrier liturgique. Ça, encore une fois, c'est le boulot du pape : organiser la louange perpétuelle.
Alors ça, c'est sur toute l'année, le calendrier liturgique. Mais caché dans le texte aussi, on vous disait que David s'était débrouillé pour que les chantres chantent le matin et le soir : sanctification des journées entières. Et ça, du côté du pape, ça vous donne l'office des heures — les prêtres, les moines, les sœurs qui disent leur bréviaire, c'est-à-dire les prières du matin, du midi, du soir, tous les jours.
Ah, peut-être que ce parallèle permettra de lire le livre des Chroniques d'une autre manière, non ? Moi, je pense quand même que ça permet de regarder David d'une autre manière, et peut-être aussi les papes d'une autre manière encore. Si, de fait, on voit derrière un pape une sorte de survivance du Moyen Âge, et qu'on ne voit pas très bien le rapport avec la Bible, eh bien en fait, c'est peut-être plus biblique qu'il n'y paraît. Qui l'eût cru ?
Proverbes 18,6-10
Les lèvres de l'insensé amènent la contestation, sa bouche incite à en venir aux coups.
Les propos de l'insensé font sa ruine, ses lèvres lui sont un piège.
Les mots du calomniateur sont des régals, on s'en délecte jusqu'au plus profond.
Celui qui se relâche dans son travail est le frère de celui qui sabote.
Le nom du Seigneur est une tour fortifiée : le juste y court, et il est hors d'atteinte.
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