Jour 251 ☾ — Plaies d'Égypte, vision finale
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Résumé : Dernier épisode consacré au livre de la Sagesse, avec la lecture des chapitres 18 et 19. Le frère Paul-Adrien rappelle que nous sommes dans un genre littéraire particulier, le midrash, qui reprend la libération d'Égypte pour l'explorer et l'approfondir. Le commentaire montre comment l'auteur mêle histoire, psychologie et vocabulaire apocalyptique hérité d'Isaïe et de Daniel, jusqu'à faire des plaies d'Égypte un jugement dernier anticipé et une recréation du cosmos. Il en profite pour une digression sur les lois de la nature, leur origine biblique, et sur la place des anges comme médiations personnelles du gouvernement divin. L'épisode se termine par le Dies Irae.
Introduction
Livre de la Sagesse, suite et fin. Depuis quelques chapitres, nous sommes dans un certain genre littéraire qu'on appelle le midrash. En hébreu, ça signifie « qui explore », « qui scrute ». C'est-à-dire qu'on reprend un passage de l'Écriture, ici la libération d'Égypte, et l'auteur essaye de l'expliquer en y ajoutant des détails, des leçons morales, et en essayant de relier divers passages de la Bible ensemble. Et c'est à cette occasion-là que, tout d'un coup, les plaies d'Égypte, ça devient autre chose. C'est plus qu'un péplum : c'est le jugement dernier avant l'heure. Sagesse 18-19.
Lecture : Sagesse 18-19
Pour tes fidèles, au contraire, c'était une lumière magnifique. Les autres, qui entendaient des voix sans voir de forme, les disaient bienheureux d'avoir échappé à ces souffrances. Ils les remerciaient de ne pas se venger après tant de mauvais traitements, et les suppliaient de partir.
À l'inverse, tu as donné aux tiens une colonne de feu, guide pour un voyage inconnu, soleil bienveillant pour une migration, une migration splendide. Les autres méritaient bien d'être privés de lumière et prisonniers des ténèbres, puisqu'ils avaient tenu en captivité tes fils, par qui devait être donnée au monde la lumière incorruptible de la loi.
Ils avaient décidé de tuer les nouveau-nés du peuple saint, dont un seul enfant exposé à la mort avait été sauvé. Alors, pour les confondre, tu leur as enlevé un grand nombre d'enfants, et tu les as fait périr tous à la fois dans les eaux immenses.
Cette nuit avait été connue d'avance par nos pères, assurés des promesses auxquelles ils avaient cru. Ils étaient dans la joie, et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis. En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais à la gloire.
Dans le secret de leur maison, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d'un commun accord cette loi divine, que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire. Et déjà ils entonnaient les chants de louange des pères. À ces chants répondait la clameur dissonante des ennemis. Une voix plaintive résonnait partout, une lamentation sur leurs enfants morts.
Un même châtiment frappait l'esclave et son maître. L'homme du peuple et le roi souffraient pareillement. Tous à la fois frappés de cet unique fléau, ils avaient des morts sans nombre, et pour les ensevelir les vivants n'y suffisaient pas, puisqu'en un rien de temps leur descendance la plus précieuse avait péri.
Devant ce qu'ils prenaient pour des sortilèges, ils étaient restés tout à fait incrédules. Mais devant l'extermination des premiers-nés, ils confessèrent que ce peuple était fils de Dieu.
Un silence paisible enveloppait toute chose, et la nuit de la Pâque était au milieu de son cours rapide. Alors, du haut du ciel, venant de ton trône royal, Seigneur, ta parole toute-puissante fondit en plein milieu de ce pays de détresse, comme un guerrier impitoyable, portant l'épée tranchante de ton décret inflexible. Elle s'arrêta et sema la mort partout. Elle touchait au ciel et marchait aussi sur la terre.
Alors, brusquement, de fantastiques visions de cauchemars les secouèrent, de soudaines frayeurs les assaillirent, et chacun s'abattait à demi-mort, ici ou là, manifestant la cause de sa mort. Car les songes qui les avaient troublés les avaient prévenus, afin que nul ne meure sans savoir la raison d'un tel malheur.
L'épreuve de la mort atteignit aussi les justes. Au désert, il y eut un grand massacre, mais la colère divine ne dura pas longtemps. Sans attendre, un homme irréprochable prit leur défense, muni des armes de son sacerdoce, la prière et l'encens offerts pour le pardon. Il affronta la fureur et mit un terme au fléau, montrant qu'il était bien ton serviteur. Il triompha du courroux, non par sa vigueur ni par la puissance des armes, mais par la parole. Il fit céder le vengeur, en faisant mémoire des serments et des alliances de nos pères. Comme déjà les cadavres s'amoncelaient, il s'interposa, repoussa la colère, et lui barra le chemin des vivants.
Sur sa longue robe sacerdotale figurait l'univers entier. Le nom glorieux des patriarches était gravé sur quatre rangs de pierre, et ta majesté reposait sur le diadème de sa tête. Voilà ce qui fit reculer l'exterminateur, voilà ce qui le remplit de crainte. La seule épreuve de la colère avait suffi.
Mais sur les impies, une fureur implacable s'abattit jusqu'au bout, car ce qu'ils allaient faire était connu d'avance. Après avoir permis aux tiens de s'en aller, et même pressé leur départ, ils changeraient d'avis et les poursuivraient. Comme ils étaient encore en plein deuil et gémissaient sur les tombes de leurs morts, il leur vint une autre idée absurde : poursuivre comme des fugitifs ceux qu'ils avaient suppliés de partir. Une juste contrainte les poussait à cette extrémité. Effaçant de leur mémoire les événements passés, ils porteraient ainsi à son comble le châtiment, par un supplice qui leur manquait encore. Tandis que ton peuple ferait l'expérience d'un voyage extraordinaire, ceux-là trouveraient une mort étrange.
La création entière, dans sa propre nature, était remodelée au service de tes décrets, pour que tes enfants soient gardés sains et saufs. On vit la nuée recouvrir le camp de son ombre. On vit la terre sèche émerger là où il n'y avait eu que de l'eau. De la mer Rouge surgit un chemin sans obstacle, et des flots impétueux une plaine verdoyante. C'est là que le peuple tout entier, protégé par ta main, traversa en contemplant des prodiges merveilleux. Ils étaient comme des chevaux dans un pré. Ils bondissaient comme des agneaux et chantaient ta louange, Seigneur : tu les avais délivrés.
Ils se rappelaient encore les événements de leur exil : comment la terre, et non les animaux, avait engendré des moustiques ; comment le fleuve, et non des bêtes aquatiques, avait vomi quantité de grenouilles. Et par la suite, ils virent encore un nouveau mode de génération pour les oiseaux, lorsque, poussés par le désir, ils réclamèrent des nourritures délicates : pour leur réconfort, des cailles surgirent de la mer.
Quant aux sanctions qui frappèrent les pécheurs, elles furent annoncées par de violents éclairs. Il était juste qu'ils souffrent en raison de leurs crimes, car ils avaient vraiment fait preuve d'une haine cruelle envers les étrangers. D'autres, jadis, n'avaient pas accueilli des inconnus de passage ; eux réduisirent en esclavage des étrangers qui étaient leurs bienfaiteurs. Bien plus, les premiers n'échapperont pas à l'intervention divine pour avoir reçu les étrangers de façon odieuse. Mais eux, après avoir accueilli par des fêtes ceux qui partageaient déjà les mêmes droits, ils se mirent à les maltraiter, les soumettant à de terribles corvées. Eux aussi furent donc frappés de cécité, comme les premiers devant la porte du juste. Ils étaient enveloppés de ténèbres sans fond, et chacun cherchait un passage vers sa propre porte.
Alors les événements naturels s'accordèrent différemment entre eux. Comme sur la harpe, les notes varient selon le rythme, tandis que toujours demeure la musique. On peut le voir avec précision en observant ces événements : des animaux terrestres devenaient aquatiques, et ceux qui nagent se mettaient à marcher sur la terre. Le feu redoublait de puissance dans l'eau, et l'eau oubliait qu'il est de sa nature d'éteindre le feu. En revanche, les flammes ne consumaient pas la chair des êtres fragiles qui s'y déplaçaient. Elles ne faisaient pas fondre non plus ce qui semblait du givre, pourtant facile à fondre : la nourriture d'immortalité.
Ainsi, Seigneur, en toutes choses, tu as donné à ton peuple grandeur et gloire, et tu n'as pas manqué, en tout temps et en tout lieu, d'être présent à ses côtés.
Commentaire
Peut-être qu'avec mes commentaires, maintenant, vous voyez mieux le tour de force. C'est ce que je vous disais. Vous avez vu comment il arrive à mélanger des passages historiques — le passage de la mer Rouge, la première Pâque juive — d'une part. D'autre part, il mêle dedans une analyse psychologique. On a vu comment ces miracles de la nature s'appuyaient sur la culpabilité humaine pour la ronger de l'intérieur : c'était l'épisode précédent. Et voilà que maintenant on reprend du vocabulaire hérité d'Isaïe, de Daniel, de la littérature apocalyptique, pour relire à travers ces bouleversements cosmiques ce qui s'était passé avant dans la fuite d'Égypte. C'est-à-dire que là, l'Apocalypse, ce n'est pas une vision pour la fin des temps : l'Apocalypse, ça existe déjà dans le monde.
Et ensuite, on essaye de comprendre ce que ça veut dire de l'univers, du cosmos. Si jamais je faisais un anachronisme, on dirait : rapport science et foi. Parce qu'en fait, l'auteur se dit quoi ? L'auteur se dit que les lois de la nature peuvent être bouleversées. On vous parle d'éléments qui se métamorphosent, l'eau qui peut oublier son pouvoir d'éteindre le feu, la flamme qui change de nature, la création tout entière qui se plie aux ordres de Dieu. Ça, c'est une investigation philosophique et rationnelle de l'univers. Ça, c'est ce que je vous avais dit la dernière fois.
Tiens d'ailleurs, j'en profite pour aller un tout petit peu plus loin. Parfois, je vois mes commentaires qui disent : c'est Dieu qui va bouleverser les lois de la nature. Ça mérite d'être dit. Le concept des lois de la nature, il faut faire attention. Alors, il y a une origine biblique derrière ce concept de loi de la nature. Vous sentez que, le mot « loi », vous êtes dans une conception judiciaire de la science : c'est Dieu qui donne des commandements à la nature, « tu dois agir ainsi ». Simplement, ce que la science a fait après, c'est qu'elle a mis de côté l'origine divine de ces lois pour ne les étudier plus qu'à travers le prisme des mathématiques. Je suis prof de maths, moi j'adore. Et ça a permis de les décrire avec une précision hallucinante. Mais il faut rendre à César ce qui est à César : ces lois, elles viennent de Dieu.
Je dis ça parce que, pour nous, les lois de la nature ne sont pas impersonnelles. Elles ont un visage, parce que Dieu donne des visages à toute chose. Et c'est pour ça que moi, j'aime bien parler des anges ici. Les anges, ce sont des réalités spirituelles personnelles qui nous dépassent, qui sont au-dessus de nous, et que Dieu utilise comme intermédiaire, comme médiation, pour gouverner sur l'univers. Regardez, là, dans le livre de la Sagesse, il n'y en a pas. Et on a l'impression que c'est Dieu qui bouleverse et qui détruit les lois de la nature pour en mettre d'autres. Ce que je n'aime jamais trop, c'est comme quand on dit que le miracle vient transgresser les lois de la nature. C'était bien la peine d'avoir mis les lois de la nature en premier lieu pour ensuite les transgresser ! Je veux dire, il faut être cohérent avec soi-même. L'Apocalypse, elle, vous mettra un intermédiaire, et ça permet de mettre un tout petit peu plus de souplesse dans cette transformation, dans ce renouvellement de la nature. Entre Dieu et la nature, l'Apocalypse vous parlera des anges.
Alors, je reviens à mon texte, parce que là je suis parti un petit peu loin, mais vous l'avez senti, ça souffle. Mon Dieu ! L'Exode qui est présenté comme une recréation à l'échelle du cosmos pour sauver le peuple. Sagesse 19, 6 :
La création tout entière, obéissant à tes ordres, fut de nouveau façonnée en son fond, pour que tes enfants ne souffrent d'aucun mal.
On est dans la péroraison finale. La parole toute-puissante de Dieu qui descend du ciel comme un guerrier exterminateur. Je cite :
Alors que tout était plongé dans un silence profond et que la nuit parvenait au milieu de son cours rapide, ta parole toute-puissante, ô Seigneur, bondit du ciel, du trône royal, comme un guerrier implacable, dans la terre condamnée.
Certains Pères y verront une préfiguration du Christ venant pour juger le monde. Et de fait, il y a quelque chose d'extrêmement étonnant. Dans le livre de l'Exode, c'était l'ange de la mort qui frappait l'Égypte. Ici, on a l'impression que c'est le Verbe céleste qui se cache derrière l'ange de la mort. Ça fout vraiment les pétoches. Même Sophonie, quand il vous parle du jour du jugement — et pourtant Dieu sait si Sophonie, ça vous prend aux tripes — je ne sais pas si on atteint une telle violence dans les images. Vous assistez en direct au jugement final.
Alors on aimerait évidemment qu'il y ait un peu plus de lumière, et qu'on passe un peu plus de temps à nous décrire le paradis. Mais on ne peut pas dire non plus que la Bible nous ait offert énormément de descriptions de l'enfer. Donc c'est bien que de temps en temps aussi on en parle.
Plus précisément ici, c'est ce qu'on appelle l'ébranlement cosmique. Au jour du jugement, quand le Christ enverra les anges avec la trompette, alors le soleil pâlira, la lune s'obscurcira, les tombeaux s'ouvriront, les morts ressusciteront, et ce sera une création nouvelle et une terre nouvelle. Et vous la voyez surgir, cette création nouvelle, dans les douleurs de l'enfantement. C'est extraordinaire.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Jour de colère, ce jour-là, qui réduira le monde en cendres, ainsi que l'attestent et la Bible et la philosophie.
Quel grand frisson sera le nôtre, quand viendra le juste Juge pour tout scruter sévèrement, et qu'il emmènera les bénis dans la vie éternelle, et qu'il mettra les maudits dans le feu éternel.
Seigneur, je me confie en toi.
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