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Jour 253 ☾ — Quand honorer devient difficile

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Résumé : Retour au Siracide avec les chapitres 3 et 4, consacrés aux vertus familiales, à l'humilité, à la mesure dans la recherche du savoir, à l'aumône et à la défense du pauvre. Le frère Paul-Adrien rappelle que la sagesse biblique n'est pas d'abord intellectuelle mais pratique : on ne peut se prétendre sage en se comportant mal en société. Le commentaire affronte la question difficile des parents abusifs ou manipulateurs, et propose une échelle concrète du commandement « Tu honoreras ton père et ta mère » : honorer d'abord la vie reçue en menant la plus belle vie possible, quitte à prendre de la distance, puis déposer l'amertume, pardonner, et enfin veiller à leur vieillesse. L'épisode se termine par une prière pour ceux qui portent des blessures familiales.

Introduction

On retourne au Siracide. On a parlé de la sagesse qui, pour les Juifs, est une manière de se comporter en société. La plus grande société à laquelle vous pouvez aspirer, c'est Dieu. Ça vous donne la crainte de Dieu. Et on voit comment la sagesse, c'est une manière de marcher dans les pas de quelqu'un qu'on aime par-dessus tout parce qu'il nous a donné la vie. Et vous avez vu l'éducation, la discipline, l'apprentissage de la sagesse en suivant Dieu.

Et puis, la sagesse, c'est aussi vivre en société avec les hommes. Et là, on retourne à un niveau bien ras des pâquerettes, si jamais je puis dire, mais qui nous rappelle que la vie humaine, c'est ça. Ça n'a rien de se prétendre un grand sage si jamais on se comporte comme un goujat en société. Donc là, on y retourne. Les vertus familiales, le fondement de la vie en société, le savoir-vivre, la religion, c'est ça.

Dans les commandements que Jésus n'arrêtera pas de rappeler et qu'il reprochera aux pharisiens, il y avait « Tu honoreras ton père et ta mère ». Il dira aux pharisiens : enfin, vous êtes bien gentils, vous faites une religion avec plein de préceptes humains, vous nous parlez de la pureté, etc. Mais le niveau le plus basique, « Tu honoreras ton père et ta mère », eh bien, engeance de vipères, hypocrites, vous voulez devenir sages ? Eh bien, retournez par là.

Bon, eh bien, on y retourne, on met les mains dans le cambouis. Vous voulez devenir sage ? Eh bien, apprenez à bien vous comporter. Siracide 3 et 4.

Lecture : Siracide 3-4

Mes enfants, écoutez-moi qui suis votre père, et agissez en conséquence afin d'être sauvés. Le Seigneur glorifie le père dans ses enfants. Il renforce l'autorité de la mère sur ses fils.

Celui qui honore son père obtient le pardon de ses péchés. Celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor. Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants. Au jour de sa prière, il sera exaucé. Celui qui glorifie son père verra de longs jours. Celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère.

Celui qui craint le Seigneur honorera son père et servira ses parents comme des maîtres. Honore ton père en actes et en paroles afin que sa bénédiction vienne sur toi, car la bénédiction d'un père raffermit la maison de ses enfants, mais la malédiction d'une mère en sape les fondations.

Ne te glorifie pas en rabaissant ton père, car l'abaissement de ton père n'est pas une gloire pour toi. La gloire d'un homme vient de la notoriété de son père. Une mère méprisée fait la honte de ses enfants.

Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse. Ne le chagrine pas pendant sa vie. Même si son esprit l'abandonne, sois indulgent. Ne le méprise pas, toi qui es en pleine force, car ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée, et elle relèvera ta maison si elle est ruinée par le péché. Au jour de la détresse, le Seigneur se souviendra de toi. Comme du givre au soleil, ainsi fondront tes péchés. Celui qui abandonne son père est un blasphémateur, et celui qui met en rage sa mère est maudit du Seigneur.

Mon fils, accomplis toutes choses dans l'humilité, et tu seras aimé plus qu'un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t'abaisser, et tu trouveras grâce devant le Seigneur. Beaucoup sont haut placés et glorieux, mais c'est aux humbles que le Seigneur révèle ses secrets. Grande est la puissance du Seigneur, et Dieu lui rend gloire.

Ne cherche pas ce qui est trop difficile pour toi, ne scrute pas ce qui est au-dessus de tes forces, médite ce qu'on t'a prescrit. Tu n'as pas à t'occuper des choses cachées. Ne sois pas curieux de ce qui te dépasse. Déjà, ce qu'on t'a enseigné est au-delà de l'esprit humain. Leur présomption a égaré bien des gens, leur manque de jugement a fait dévier leurs pensées. Si tes yeux n'avaient pas de prunelle, tu serais privé de lumière. Alors, si tu es dénué de science, ne te vante pas.

Un cœur endurci finira dans le malheur, et celui qui aime le danger s'y perdra. Un cœur endurci sera écrasé de peine. Le pécheur entasse péché sur péché. La condition de l'orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. Qui est sensé médite les maximes de la sagesse. L'idéal du sage, c'est une oreille qui écoute.

L'eau éteint la flamme du feu, et l'aumône obtient le pardon des péchés. Celui qui sait rendre les bienfaits pense à l'avenir. S'il vient à tomber, il trouvera un soutien.

Mon fils, ne retire pas au pauvre ce qu'il lui faut pour vivre. Ne fais pas attendre le regard d'un indigent. Ne fais pas souffrir un affamé. N'exaspère pas un homme qui est dans sa misère. N'ajoute pas au trouble d'un cœur irrité. Ne fais pas attendre ton aumône à celui qui en a besoin. Ne repousse pas celui qui supplie dans la détresse. Ne détourne pas du pauvre ton visage. Ne détourne pas du miséreux ton regard. Ne donne pas à un homme l'occasion de te maudire, car s'il te maudit dans l'amertume de son âme, celui qui l'a créé entendra sa prière.

Rends-toi aimable à toute l'assemblée, et baisse la tête devant celui qui commande. Penche l'oreille vers le pauvre, et réponds avec douceur à son salut de paix. Délivre l'opprimé du pouvoir de l'oppresseur. Ne sois pas timide quand tu rends la justice. Sois comme un père pour les orphelins, et pour leur mère, sois comme un mari. Alors tu seras comme un fils du Très-Haut, et il t'aimera plus que ta propre mère.

La sagesse conduit ses fils à la grandeur. Elle prend soin de ceux qui la cherchent. L'aimer, c'est aimer la vie. Ceux qui la cherchent dès l'aurore seront comblés de bonheur. Celui qui la possède obtiendra la gloire en héritage. Là où il entre, le Seigneur donne sa bénédiction. Ceux qui rendent un culte à la sagesse célèbrent le Dieu Saint. Ceux qui l'aiment sont aimés du Seigneur. Celui qui l'écoute jugera les nations. Celui qui s'attache à elle sera en sécurité dans sa demeure. S'il se confie en elle, il en prendra possession, et tous ses descendants la recevront en héritage.

Pour commencer, elle le conduira par des chemins sinueux. Elle fera venir sur lui la peur et l'appréhension. Elle le tourmentera par la sévérité de son éducation, jusqu'à ce qu'elle puisse lui faire confiance, elle l'éprouvera par ses exigences. Puis elle reviendra tout droit vers lui et le comblera de bonheur en lui dévoilant ses secrets. Mais s'il s'égare loin d'elle, elle l'abandonnera et le laissera aller à sa perte.

Sois sur tes gardes. Évite le mal. Et n'aie pas honte d'être toi-même, car il y a une honte qui conduit au péché et une honte qui est gloire et grâce. Ne te laisse pas impressionner, allant contre ta conscience, par l'apparence des personnes. Ne cède pas aux pressions qui te feraient tomber. Ne t'interdis pas de parler quand il le faut. Et ne cache pas ta sagesse. Ta sagesse se reconnaît à la parole, et l'instruction aux propos de la langue.

Ne parle pas contre la vérité. Rougis plutôt de ton ignorance. N'aie pas honte de confesser tes péchés. Ne lutte pas contre le courant du fleuve. Ne t'aplatis pas devant un sot, et ne te laisse pas intimider par le puissant. Lutte pour la vérité jusqu'à la mort, et le Seigneur Dieu combattra pour toi.

Ne te montre pas hardi dans ton langage, mou et négligent dans tes actes. Ne sois pas comme un lion chez toi, cherchant à faire illusion à ceux de ta maison. Et que ta main ne soit pas tendue pour prendre et fermée lorsqu'il faut rendre.

Commentaire

Peut-être un mot sur l'amour des parents, dont il a été longuement question dans le texte d'aujourd'hui. Parce qu'une longue expérience pastorale m'a appris que cette affaire-là, c'était toujours beaucoup plus compliqué que ça n'en avait l'air. Et c'est là où, c'est ce que je vous disais sur le texte d'aujourd'hui : est-ce que pour vous la sagesse, c'est d'abord intellectuel ou est-ce que c'est d'abord moral, pratique ?

Typiquement, l'amour des parents. On peut l'aborder de manière très théorique en disant que ça relève de la vertu de justice, parce qu'on a reçu la vie et donc ils ont droit à l'hommage et à la reconnaissance de notre âme. Et c'est vrai. À travers les parents, nous voyons le don de la vie et ils ont été pour nous le reflet du Créateur. Ok, très bien, c'est vrai. Mais on peut l'aborder aussi d'une manière beaucoup plus pratique. Et on fait quoi quand on a des parents qui sont des pervers narcissiques ?

Moi, j'avoue que j'ai une petite tendance, vous l'avez peut-être senti dans mes commentaires, à partir sur des grandes envolées lyriques ou intellectuelles. N'empêche que tous les messages que je reçois sur Instagram, c'est toujours la même chose. Et c'est là où je me dis quand même que la vie, la vie quoi ! Mes parents étaient toxiques, mes parents m'ont abandonné, mes parents m'ont détruit. Alors maintenant, comment est-ce que je fais pour appliquer le commandement du Seigneur : « Tu honoreras ton père et ta mère » ?

Et c'est là où je remercie quand même Dieu d'être chrétien et d'avoir la Bible, parce que ça vous rappelle : c'est qui, le vrai sage ? C'est celui qui vous fait de beaux discours ? Ou c'est celui qui a réussi à vaincre le mal par le bien et qui a réussi à voir l'idéal de bonté qu'il pouvait y avoir dans une famille malgré les relations toxiques qu'il a subies pendant toute une partie de sa jeunesse ? C'est qui, le vrai sage ? Eh bien, d'après la Bible, le vrai sage, c'est celui qui arrive à honorer son père et sa mère malgré toutes les crasses qu'on lui a faites. Mais là, vous voyez, ça devient compliqué. C'est pour ça qu'on parle de sagesse. C'est parce que ce n'est pas facile. Sinon, ça fait plein de courts-circuits. Si vos parents sont mauvais et que vous y allez avec de la naïveté, vous allez vous détruire. Et ce n'est pas de la sagesse.

Alors du coup, on reprend le Siracide. On reprend l'intention du Siracide, qui était d'abord de vous rappeler que normalement la famille, c'est le premier lieu d'apprentissage du respect, de la solidarité et de la justice. Donc le boulot des parents, c'est de vous apprendre ça. Ce qu'ils ne peuvent faire que si jamais eux vous ont montré du respect, de la solidarité et de la justice.

Maintenant, quand un parent est abusif… Alors, simplement, il faut faire attention entre des parents qui ont mauvais caractère et des parents abusifs. Des parents qui font ce qu'ils peuvent, et des parents qui sont manipulateurs, et des parents qui parfois font n'importe quoi et qui ensuite ont fait amende honorable et puis ont essayé de s'amender. Donc attention à ne pas dire de tout le monde que c'est un pervers narcissique. On est un peu rapide dans nos jugements. Et Jésus a dit : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. » Je dis ça comme un appel à la prudence. Maintenant, c'est vrai que quand il y a de vraies crasses, eh bien, il faut les traiter. Je pense quand même qu'avec tout ce qu'on a dit de la Bible, il y a une chose sur laquelle vous pouvez faire crédit, et à la Bible et à mes commentaires : c'est qu'on est lucide sur la réalité de la vie.

Dans ce contexte-là, ça devient quoi, concrètement, honorer son père et sa mère ? La première chose, et c'est ça qui est hyper rassurant, ça veut dire honorer la vie qu'ils vous ont donnée. Et la plus belle manière d'honorer son père et sa mère, c'est d'essayer d'avoir une belle vie. Et, de manière bizarre, si avoir une belle vie, ça veut dire couper les ponts pour se ressouder intérieurement et arriver à prendre son envol, si ça veut dire rompre une chaîne de manipulation et de mensonges, eh bien, c'est comme ça qu'on honore son père et sa mère. Livre du Deutéronome : « J'ai mis la vie et la mort devant toi, choisis la vie. » Alors après, votre vie, vous en ferez ce que vous pourrez, on en est tous là. N'empêche qu'il y a une véritable exigence, je le redis : honorer son père et sa mère, c'est honorer la vie qu'ils nous ont donnée et avoir la plus belle vie possible. C'est ça, le plus beau cadeau que vous pourriez normalement faire à vos parents.

Alors, une fois que vous avez dit ça, c'est là où on va aller un peu plus loin dans « honorer son père et sa mère ». C'est-à-dire que si jamais vous avez pris des distances parce qu'ils vous cassaient, eh bien très bien, vous avez pris des distances ; mais maintenant que vous avez pris des distances et que vous êtes à l'abri, eh bien ça veut dire : on arrête de se répandre inutilement. Si jamais ils ne font plus partie du champ de vision, eh bien vous pouvez mettre votre haine de côté, elle est devenue inutile. Vous n'êtes plus obligé de vivre dans l'amertume et dans la médisance. Cette amertume, cette médisance, c'était la manière qu'avait votre psychisme de réagir en face d'une injustice dont il n'arrivait pas à se protéger. Bon, eh bien très bien, mais maintenant, mets ça de côté.

Et puis de là, on gravit les échelons jusqu'au moment où, dans les cas les plus extrêmes, on arrive quand même à leur pardonner, voire même à prendre de leurs nouvelles — peut-être pas toutes les semaines, peut-être pas tous les mois, mais une fois par an, deux fois par an, trois fois par an — parfois même à leur rendre visite. Et puis le degré ultime, c'est quand on prend soin d'eux au sens de la subsistance matérielle. On veille à ce qu'ils aient des conditions d'existence dignes. On n'arrive peut-être pas encore à les aimer, mais on va faire attention à leur vieillesse.

Bon, eh bien, vous avez vu toutes les étapes. Eh bien, la sagesse, c'est ça. Ça ne veut pas forcément dire être arrivé jusqu'au bout ultime, mais ça veut dire marcher dans cette voie-là, du bien et du mal.

Nous terminons par une prière pour confier tous ceux qui ont souffert avec leurs parents.

Prière

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, je te confie toutes ces relations toxiques, toutes ces manipulations et ces abus qu'il peut y avoir dans les familles, toutes ces blessures, tous ces traumas que l'on peut porter en nous et qui nous empêchent d'aimer les gens comme on aimerait les aimer. Parce que Seigneur, le mal existe.

Je te demande d'être pour eux le père qu'ils n'ont pas eu, la mère qu'ils n'ont pas eue, et qu'en t'honorant toi, Seigneur, ce soit pour eux déjà une manière d'honorer leur père et leur mère.


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