Jour 254 ☾ — Un ami fidèle vaut un trésor
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 5 et 6 du Siracide, le frère Paul-Adrien poursuit son parcours de sagesse pratique. Il commence par les fausses sécurités — la présomption, ce vice de l'espérance qui fait entasser péché sur péché en se disant que Dieu pardonnera bien —, et pointe au passage ce qu'il appelle les « abus de miséricorde ». Le commentaire se déploie ensuite sur l'amitié : l'ami fidèle comme trésor enfoui et élixir de vie, la nécessité de discerner les amis d'utilité et les amis volages, et la différence entre être fils de Dieu (inconditionnel) et ami de Dieu (qui passe par l'épreuve). Il termine par quelques caractéristiques de l'amitié tirées de la théologie morale classique — coaptatio, complaisance, intentio — et une prière pour ses amis.
Introduction
Livre du Siracide. On continue notre petit tour pratico-pratique de sagesse. J'aime énormément parce que ça ne paye pas de mine, mais il y a un charme là-dedans.
On a parlé de l'humilité hier, d'honorer son père et sa mère. Aujourd'hui, on va parler des fausses sécurités, ce que l'on appelle en théologie la présomption. La présomption, c'est le vice associé à l'espérance. Soit on n'espère pas assez et ça s'appelle le désespoir, soit on espère un peu trop et ça s'appelle la présomption. La présomption, c'est dire : « Bah, de toute façon, Dieu m'aime, alors il n'ira pas ne pas me pardonner. » Erreur. Enfin, erreur, je ne sais pas, mais en tout cas, ce n'est pas la voie de la sagesse. Verset 5 :
Ne sois pas assuré du pardon au point d'entasser péché sur péché. Ne dis pas : « Sa miséricorde est grande, il pardonnera bien tous mes péchés. »
Dans l'Église, on parle beaucoup des abus spirituels, on parle des abus sexuels. Il y en a au moins deux autres dont j'aimerais bien qu'on parle un peu plus : c'est les abus financiers, et puis les abus de miséricorde. Il y a une miséricorde qui ne coûte pas cher. Et une manière d'aller se confesser qui n'est pas juste.
Ensuite, chapitre suivant, on parlera des vrais et des faux amis. Siracide 5 et 6.
Commentaire
C'est ça, ce qu'il aime en nous. Bon, en tout cas, je vous dis tout ça parce qu'il n'était question que de ça dans le Siracide : cultiver les amitiés. Verset 14 :
Un ami fidèle, c'est un refuge assuré. Celui qui le trouve a trouvé un trésor.
Le Christ, quand il viendra, il dira que le royaume du ciel est comparable à un trésor enfoui dans un champ. Et là, le Siracide vous dit qu'il faut labourer ce champ pour trouver cette perle précieuse, ce trésor. Quelle amitié !
Et si tu vois quelqu'un de bon sens, cours vers lui dès le matin, et que tes pieds usent le seuil de sa porte.
Alors après, on vous dit de discerner aussi : ce n'est toujours pas de la naïveté. Il y a les vrais amis, il y a les faux amis, il y a ce qui est un trésor et ce qui ressemble à un trésor mais qui est une tromperie. Verset 8 :
Il y a celui qui est ton ami quand cela lui convient, mais qui ne reste pas avec toi au jour de la détresse.
En fait, le texte vous invite à distinguer les amis qui disparaissent dans les temps difficiles, les amis opportuns. C'est-à-dire ceux qui essayent de profiter de votre amitié. Ce qui n'est pas forcément une mauvaise chose — je veux dire, la vie professionnelle, on en est tous là, je suppose. Aristote, lui, parle d'amitié d'utilité, c'est-à-dire que ce n'est pas la gratuité. Bon, eh bien voilà, c'est la vie humaine, il suffit de le savoir. Et ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de relations non plus qui puissent se bâtir là-dessus, mais on ne confond pas tout.
Après, on vous parle de l'ami qui est très enthousiaste, qui sincèrement s'attache à vous — sauf qu'il a des nouveaux amis toutes les semaines et qu'à la fin, il volette de personne en personne.
Et puis, au milieu de tout ça, vous avez le vrai ami. Verset 7 :
Si tu veux acquérir un ami, acquiers-le en le mettant à l'épreuve.
C'est beau parce qu'en fait, si vous vous souvenez bien, on avait dit que la sagesse nous mettait à l'épreuve, nous. Dans tout le livre, quand on parlait des épreuves, on disait que c'était Dieu qui nous envoyait des épreuves : si tu te mets à l'école de la sagesse, elle te fera traverser bien des épreuves, mais sois constant et sois fidèle, et à la fin, elle te livrera les trésors de son cœur. Eh bien, c'est parce que Dieu cherche à voir si on est des amis. Et qu'en fait, il agit envers nous exactement comme nous, dans le bon sens, on agit avec les personnes : on les teste.
C'est la différence entre ami de Dieu et fils de Dieu. Fils de Dieu, c'est inconditionnel. Ami de Dieu, d'une certaine manière, ça se mérite, dans le sens où Dieu nous donne les capacités, par la grâce, de poser de bonnes actions qui vont prouver à Dieu la valeur de notre amour pour lui. Ou plutôt d'ailleurs, qui vont prouver à nos propres yeux la valeur de l'amour qu'on a pour lui. Parce que ce n'est pas Dieu qui a besoin d'être rassuré, c'est peut-être nous qui avons besoin d'être rassurés.
Alors d'ailleurs — c'était toujours dans ce chapitre-là — on faisait le lien entre amitié et vie spirituelle, voire même avec l'éternité :
Un ami fidèle est un élixir de vie, que découvriront ceux qui craignent le Seigneur.
« Celui qui craint le Seigneur » : ça, c'est la communion dans la vie spirituelle, dans les valeurs.
Celui qui craint le Seigneur choisit bien ses amis, car son compagnon lui ressemblera.
Alors tout n'a pas été dit de l'amitié, on en reparlera plus tard, on en reparlera dans le chapitre 9. En attendant, je vous donne quelques caractéristiques de l'amitié d'après mes vieux livres de théologie morale. J'espère que ça vous donnera envie de cultiver cette vertu.
D'abord, un : l'amitié est un type d'amour. Plus précisément, en latin, on parle de coaptatio. Je cite : « Si le cœur s'émeut, c'est qu'il y a entre l'objet et lui une affinité mystérieuse. » Entre un ami et vous, il y a une sensibilité, il se passe une alchimie secrète, une mise à l'unisson.
Ensuite, il y a une complaisance, la complacentia, une complaisance de l'amitié : on est bien dans la présence d'autrui.
Et ensuite, dernier mouvement, l'intentio, le désir : on tend vers le bien de la personne, un amour de bienveillance. Ça veut dire que la personne en face de vous devient une fin en soi, parce qu'elle est une personne, qu'elle a la dignité de fils de Dieu, et que vous avez reconnu en elle le reflet du Créateur. Ce n'est pas rien, ce que je vous dis, j'espère que tout le monde le sent.
Et ensuite, l'amitié se cultive, en forme de réciprocité : Aristote dit que l'ami doit être à son tour un ami pour son ami. Et que de là, on passe à une forme de communion, c'est-à-dire que c'est un amour stable, qui s'inscrit dans une communauté de vie. Ou, comme le dit toujours Aristote, qui là pour le coup complète bien le Siracide : « Vous ne faites plus qu'une seule âme dans deux corps. » C'est beau, hein ?
Bon, eh bien c'est ça, l'amitié. C'est la vertu divine par excellence.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Je te confie mes amis. Je te demande de venir les bénir. Je te demande d'être fidèle pour eux, et qu'ils trouvent en moi un autre eux-mêmes. Je te demande, Seigneur, de pouvoir cultiver cette complaisance que j'ai dans leur compagnie. Je te demande, Seigneur, de pouvoir purifier la bienveillance que j'ai pour eux. Je te demande, Seigneur, d'être dans leur vie un rocher sur lequel ils puissent s'appuyer. Je te demande, Seigneur, que là où je suis, eux aussi soient avec moi, comme disait Jésus, qui voulait être mon ami. Je te demande, Seigneur, que cette vie que j'ai commencé à vivre avec eux sur terre, nous puissions la poursuivre dans l'éternité.
Amen.
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