Jour 255 ☼ — Un Dieu qui veut habiter parmi nous
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 7 et 8 du deuxième livre des Chroniques, le frère Paul-Adrien lit le feu qui descend du ciel, les sacrifices de la dédicace, l'apparition nocturne du Seigneur à Salomon, puis les travaux et les relations du roi avec les peuples voisins. L'introduction montre comment la théologie du Temple, après l'exil, devient de plus en plus anthropomorphique : Dieu y met son nom, mais aussi ses yeux, ses oreilles, son cœur — jusqu'au thème de la tente, que saint Jean reprendra pour dire l'incarnation. Le commentaire s'arrête sur le cas de la fille de Pharaon, qu'on fait monter de la cité de David vers la maison bâtie pour elle, et sur l'ambiguïté du texte hébreu : ceux que l'arche a approchés sont-ils des lieux ou des personnes, fussent-elles païennes ?
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Nous continuons l'inauguration du Temple, qui prend son temps. Eh oui : il y avait la fin de la construction, ensuite il a fallu monter l'arche, ensuite il y avait la prière, là maintenant on fait les premiers sacrifices. Et je trouve qu'on fait bien de prendre notre temps, parce que les chapitres d'aujourd'hui vont nous permettre de creuser ce que je vous disais hier et qui est pour moi d'une importance capitale : comment la théologie du Temple préfigure la théologie de l'incarnation.
On l'avait vu hier avec Dieu qui accepte de faire descendre son nom sur la terre, tandis que sa gloire reste dans le ciel. On va le retrouver aujourd'hui avec des accents encore plus anthropomorphiques. On va s'apercevoir que ce n'est pas seulement son nom qu'il fait résider dans cette maison sur terre, mais aussi sa bouche, ses yeux, ses oreilles, sa main. Verset 15 : « Maintenant mes yeux sont ouverts et mes oreilles attentives à la prière faite en ce lieu. » D'ailleurs, c'est très beau, parce qu'il dit qu'il va mettre ses oreilles et ses yeux dans le Temple pour pouvoir pardonner son péché. C'est comme si, de retour d'exil, le peuple n'avait plus aucune illusion sur lui-même, et qu'il intégrait dans le Temple, déjà dès le début, les fautes qui allaient venir : on était en train d'essayer de trouver un moyen de réparer les fautes que le peuple allait faire.
Alors, ce que je viens de vous dire, dans le texte que vous allez entendre, ça va être juste après les sacrifices que Salomon va offrir. Et ça aussi, ça mérite d'être dit avant que vous l'entendiez, parce que sinon — je vous connais — il y en a qui vont dormir pendant la lecture ; donc ça réveille votre capacité d'attention. Ces sacrifices vont être faits à une date très importante, très précise, et ils vont être faits — alors ce n'est pas dit dans le texte, mais enfin ça colle avec le calendrier liturgique — avec la fête des Tentes. La fête qui célèbre les quarante ans passés dans le désert, quand Dieu était sous une tente, la tente de la Rencontre.
Sauf que ce thème de la tente, c'est encore et toujours le thème de l'incarnation. Enfin, je veux dire, c'est quand même exactement en ces termes-là que saint Jean va parler de l'incarnation : dans le prologue, quand il dit « le Verbe s'est fait chair », dans le texte c'est écrit « et le Verbe a planté sa tente parmi nous ». C'est tout ça derrière ce Temple qu'on essaie de recréer, de construire. Elle est grande, la théologie du Temple après l'exil. Ce que ces gens ont compris, c'est que le désir secret de Dieu, c'était d'habiter parmi nous.
Lecture : 2 Chroniques 7-8
Quand Salomon eut achevé de prier, le feu descendit du ciel. Il dévora l'holocauste et les sacrifices, et la gloire du Seigneur remplit la maison. Les prêtres ne purent entrer dans la maison du Seigneur, car la gloire du Seigneur remplissait la maison du Seigneur. Tous les fils d'Israël, voyant le feu descendre et la gloire du Seigneur sur la maison, s'inclinèrent face contre terre sur le dallage. Ils se prosternèrent pour rendre grâce au Seigneur, car il est bon, éternel est son amour.
Le roi et tout le peuple offraient des sacrifices devant le Seigneur. Le roi Salomon offrit en sacrifice vingt-deux mille bœufs et cent vingt mille moutons. C'est ainsi que le roi et tout le peuple firent la dédicace de la maison de Dieu. Les prêtres se tenaient à leur poste, ainsi que les lévites avec les instruments de musique du Seigneur, ceux qu'avait faits le roi David afin de rendre grâce au Seigneur, car éternel est son amour, comme au temps où, par eux, David psalmodiait. Les prêtres, en face d'eux, sonnaient de la trompette, et tout Israël se tenait debout.
Salomon consacra le milieu de la cour qui était devant la maison du Seigneur. C'est là, en effet, qu'il offrit les holocaustes et les graisses des sacrifices de paix, car l'autel de bronze que Salomon avait fait ne pouvait pas contenir l'holocauste, l'offrande de céréales et les graisses.
Salomon, et tout Israël avec lui, célébra en ce temps-là la fête pendant sept jours. Ce fut un très grand rassemblement, depuis l'entrée de Hamath jusqu'au torrent d'Égypte. On avait célébré la dédicace de l'autel pendant sept jours. Le huitième jour, on fit une réunion solennelle, et la fête dura encore sept jours. Le vingt-troisième jour du septième mois, Salomon renvoya le peuple à ses tentes, joyeux : ils avaient le cœur content pour le bien que le Seigneur avait accordé à David et à Salomon.
Salomon acheva la maison du Seigneur et la maison du roi, et tout ce que Salomon avait désiré faire dans la maison du Seigneur et dans sa propre maison, il le mena à bien.
Alors le Seigneur apparut à Salomon durant la nuit, et il lui dit : « J'ai entendu ta prière et j'ai choisi pour moi ce lieu comme maison de sacrifice. Si je ferme le ciel et qu'il n'y ait pas de pluie, si je commande à la sauterelle de dévorer le pays, si j'envoie la peste dans mon peuple, et que mon peuple, sur qui est prononcé mon nom, s'incline et prie, s'il recherche ma face et s'il revient de sa conduite mauvaise, moi, j'écouterai depuis les cieux, je pardonnerai son péché et je guérirai son pays. Maintenant mes yeux sont ouverts et mes oreilles attentives à la prière faite en ce lieu. À présent, j'ai choisi et consacré cette maison afin que mon nom y soit à jamais. Mes yeux et mon cœur y seront pour toujours.
Et pour toi : si tu marches devant moi comme l'a fait David ton père, afin d'agir en tout selon mes commandements, et si tu gardes mes décrets et mes ordonnances, alors je maintiendrai le trône de ta royauté selon ce que j'ai conclu avec David ton père en lui disant : "Aucun des tiens régnant sur Israël ne sera écarté."
Mais si vous vous détournez, si vous abandonnez les commandements et les décrets que j'ai placés devant vous, si vous suivez et servez d'autres dieux et vous prosternez devant eux, alors j'arracherai les fils d'Israël de ma terre, celle que je leur ai donnée, et cette maison que j'ai consacrée à mon nom, je la rejetterai loin de ma face et j'en ferai la fable et la risée de tous les peuples. Cette maison qui avait été sublime sera objet de stupéfaction pour quiconque passera devant elle, et il dira : "Pourquoi donc le Seigneur a-t-il agi de cette manière envers ce pays et envers cette maison ?" Et on lui répondra : "C'est qu'ils ont abandonné le Seigneur, Dieu de leurs pères, lui qui les avait fait sortir du pays d'Égypte, et qu'ils se sont prosternés devant d'autres dieux et les ont servis. Voilà pourquoi il a fait venir sur eux tout ce malheur." »
Au terme des vingt années pendant lesquelles Salomon avait bâti la maison du Seigneur et sa propre maison, Salomon rebâtit les villes que lui avait données Hiram, et il y établit les fils d'Israël. Puis Salomon se rendit à Hamath-Soba et il s'en empara. Il rebâtit Tadmor dans le désert, ainsi que toutes les villes d'entrepôt qu'il avait bâties dans la région de Hamath. Il rebâtit Beth-Horôn le Haut et Beth-Horôn le Bas : c'étaient des villes fortifiées, avec des remparts, des portes et des verrous. Puis il rebâtit Baalath et toutes les villes d'entrepôt appartenant à Salomon, toutes les villes de garnison pour les chars et celles des cavaliers. Salomon construisit tout ce qu'il désirait dans Jérusalem, au Liban et dans tout le pays soumis à son autorité.
Il restait toute une population de Hittites, d'Amorites, de Perizzites, de Hivvites et de Jébuséens, qui n'étaient pas d'Israël. Ceux d'entre leurs fils qui, après eux, étaient restés dans le pays et que les fils d'Israël n'avaient pas exterminés, Salomon les réquisitionna pour la corvée, jusqu'à ce jour. Mais d'entre les fils d'Israël, Salomon ne soumit personne au servage pour ses travaux, car ils étaient des hommes de guerre, chefs de ses écuyers, chefs de ses chars et de ses cavaliers. Voici le nombre des chefs des préposés aux travaux du roi Salomon : deux cent cinquante, qui commandaient le peuple.
Salomon fit monter la fille de Pharaon de la cité de David à la maison qu'il avait bâtie pour elle. Il disait en effet : « Une femme ne peut demeurer pour moi dans la maison de David, roi d'Israël, car les lieux où l'arche du Seigneur est entrée sont saints. »
En ce temps-là, Salomon offrait des holocaustes au Seigneur sur l'autel du Seigneur qu'il avait bâti devant le vestibule. Il offrait des sacrifices suivant le rituel de chaque jour, selon le commandement de Moïse, pour les sabbats, les nouvelles lunes et les solennités, de même trois fois par an, pour la fête des pains sans levain, la fête des Semaines et la fête des Tentes.
Puis, selon ce que David son père avait ordonné, il établit les classes des prêtres dans leurs services, les lévites dans leurs fonctions, pour louer et officier en présence des prêtres, ainsi que les portiers, suivant leurs classes, aux diverses portes, car tel était le commandement de David, l'homme de Dieu. On ne s'écarta en rien du commandement donné par le roi au sujet des prêtres et des lévites, jusqu'à l'achèvement de la maison du Seigneur.
Alors Salomon se rendit à Éciôn-Guéber et vers Eilath, sur le rivage de la mer, au pays d'Édom, où Hiram, par l'intermédiaire de ses serviteurs, lui dépêcha des navires ainsi que des serviteurs connaissant bien la mer. Ils arrivèrent avec les serviteurs de Salomon à Ophir et s'y procurèrent quatre cents lingots d'or qu'ils rapportèrent au roi Salomon.
Commentaire
Le roi Salomon était donc très content.
Il y a de nombreuses fois où les étrangers ont été mentionnés dans le texte d'aujourd'hui. Il était question de bâtir les cités que Hiram de Tyr, un païen, lui avait données. Il est question de fortifier les villes à la frontière. Il est question de bâtir des villes dans le désert. Il est question des Hittites, des Amorites, des Perizzites, dont il faut régler le sort en Israël. Et au milieu de tout ça, vous avez la fille de Pharaon qui reçoit un traitement spécial. Bref, il n'a été question que des relations avec les étrangers, avec les païens, qu'il faut tantôt régler parce que c'est problématique, tantôt changer parce que c'est beau.
Mais au milieu de toutes ces relations, il y en avait une en particulier, c'était la fille de Pharaon. Et ça mérite le coup qu'on s'y arrête deux secondes. On vous dit, verset 11, que Salomon fit monter la fille de Pharaon de la cité de David à la maison qu'il avait bâtie pour elle.
Alors, pour ça, il faut bien comprendre. Vous avez trois grands lieux à Jérusalem. Vous avez le Temple — ok, ça, c'est vu. Vous avez le palais royal, qui est juste à côté du Temple, dans lequel il y a les appartements de Salomon ; si vous vous souvenez bien, il y a aussi le trône de Salomon. Et troisième grand bâtiment, vous avez la maison de David, qu'on appelle encore la cité de David, qui était la citadelle militaire que David, en conquérant Jérusalem, avait prise aux Jébuséens. Et pour le coup, c'est plus éloigné dans Jérusalem.
Donc ici, le verset que je vous ai lu signifie que Salomon a fait monter la fille de Pharaon, qui pour l'instant dormait dans la citadelle de David, jusque dans les palais royaux, plus proches du Temple. Sauf qu'on a un problème au niveau de l'exégèse, parce que la suite du verset vous dit la chose suivante : « car les lieux où l'arche du Seigneur est entrée sont saints ». Alors, il faut savoir : elle a le droit de se rapprocher du Temple, ou elle n'a pas le droit de se rapprocher du Temple ?
Du coup, dans ces cas-là, ce qu'on fait, c'est qu'on retourne à ce que dit exactement le texte en hébreu. Voici la traduction littérale :
« Une femme ne peut demeurer pour moi dans la maison de David, car ils sont devenus saints, ceux vers qui l'arche de l'Alliance s'est approchée. »
Du coup, ça vous pose la question. « Ils sont devenus saints, ceux vers qui l'arche de l'Alliance s'est approchée » : c'est qui, ce « ils » ? Est-ce que ce sont des lieux — auquel cas la fille de Pharaon ne peut pas se rapprocher du Temple — ou est-ce que ce sont des personnes, sous-entendu même les païens, que le simple contact, ou en tout cas le simple fait que l'arche de l'Alliance se soit rapprochée d'eux, a sanctifiées ?
Eh bien ça, mes petits bichons, je vous le laisse en question. À vous d'y répondre ! Non, il y a un rêve derrière ça.
Proverbes 19,16-20
Qui garde une règle se garde lui-même ; qui ne veille pas à sa conduite mourra.
Qui prend pitié du faible prête au Seigneur : il saura lui rendre son bienfait.
Corrige ton fils tant qu'il y a de l'espoir, mais ne t'emporte pas jusqu'à causer sa mort.
Une colère violente doit être punie ; si tu la tolères, tu incites à recommencer.
Écoute les conseils, accepte la correction : tu finiras par t'assagir.
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