Jour 256 ☼ — Quand les nations cherchent la sagesse
← J255 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J256 ☾ →
Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 9 du deuxième livre des Chroniques, le frère Paul-Adrien lit la visite de la reine de Saba, l'énumération des richesses de Salomon, son trône d'ivoire aux douze lions et la fin de son règne. Le commentaire lit cette scène comme une apocalypse racontée de manière humaine : une reine étrangère apporte des énigmes, et Salomon, à qui Dieu a donné la sagesse de bâtir le Temple, les dévoile. En s'appuyant sur les Midrash, il montre que l'ordre de la table, le logement et les vêtements des serviteurs manifestent la Shekinah, la présence de Dieu, et que les boucliers d'or de la maison de la forêt du Liban disent un empire qui règne par la sagesse et non par les armes. L'épisode se termine sur la mort de Salomon et l'entrée dans les sombres heures du royaume, puis quelques proverbes.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
Alors, ça se passe comment, votre lecture du livre des Chroniques ? Moi, je trouve que je m'en tire plutôt pas mal, parce que normalement il y a un petit côté déjà-vu dans tout ça — enfin, vous les connaissez, ces histoires. Et en même temps, je suis content de ne pas vous les avoir mis avec le livre des Rois, parce qu'on serait passé à côté de tous ces déplacements qu'il y a successivement. Et vous sentez bien qu'on n'est plus tout à fait dans la même théologie, dans la même spiritualité qu'avant l'Exil. Il y a à la fois plus d'humilité et en même temps un sentiment plus net de la transcendance de Dieu. Il y a plus de bonne volonté de la part du peuple.
Et moi, écoutez, quitte à me lancer des fleurs — enfin, vous connaissez le proverbe dans la vie religieuse : si jamais je ne me lance pas des fleurs à moi-même, qui le fera à ma place ? — je trouve qu'on s'en tire plutôt pas mal. Parce que sinon, je me souviens, les livres des Chroniques, quand j'avais lu ça au noviciat, mon Dieu, ce que c'était rébarbatif ! Ces longues séries de descriptions, je ne comprenais rien du tout. La vérité, c'est que tous les matins pendant mon noviciat — c'était d'ailleurs très beau — on n'avait pas le droit de sortir de sa cellule, enfin de sa chambre de moine, et puis on devait lire et méditer la Bible. Alors, la Genèse, magnifique ; le Lévitique, c'était un peu pénible, on y arrivait ; puis jusqu'au moment où on arrive sur le livre des Chroniques et on se dit : « Oh ! Je l'ai découvert, l'abîme biblique, il est dans le livre des Chroniques ! »
Et là, vous voyez comment est-ce qu'on passe magnifiquement dessus. Eh bien moi, je dis, c'est le moment de rendre grâce à votre guide ! Les liens sont en bas, soutenez-moi, soutenez l'effort de guerre, aidez-moi à me payer mes patates ! Je peux vous le dire maintenant, la vérité, c'est que le livre des Chroniques, au début, moi, je comptais vous poser ça rapidement en vous disant : « Ouais, on l'a déjà vu, on ne va pas trop le commenter. » Et en fait, par amour pour vous, je me suis dit : « Allez, on va quand même la tenter. » Et ça marche plutôt pas mal ! Donc allez, ne soyez pas chiens, les liens sont en bas !
On en vient maintenant à l'épisode du jour : la reine de Saba ! Il y a un épisode qu'on n'a pas regardé dans toute la vie de Salomon, et c'est celui-là. Ce qui est d'ailleurs assez beau, parce que c'est toujours l'ouverture aux étrangers. Mis bout à bout, ça en fait quand même pas mal, si jamais vous regardez : Ornân le Jébuséen, c'est sur son aire à blé qu'on a bâti le Temple ; Hiram de Tyr, qui envoie le matériel ; la fille du Pharaon, qu'on éloigne du Temple. Et là, aujourd'hui, l'apothéose : la reine de Saba. Toujours dans la perspective d'une écriture après l'Exil. Il ne faut pas oublier que la communauté juive fait maintenant partie d'un empire plus large, qu'on appelle l'Empire perse. Et c'est une autre manière — allez, il y a peut-être un rêve — de s'intégrer avec les communautés.
Deuxième livre des Chroniques, chapitre 9.
Lecture : 2 Chroniques 9
Lorsque la reine de Saba vit la sagesse de Salomon, la maison qu'il avait bâtie, les plats servis à sa table, le logement de ses officiers, la tenue du service et l'habillement des serviteurs, ses sommeliers et leur habillement, les holocaustes qu'il offrait à la maison du Seigneur, elle en eut le souffle coupé.
Et elle dit au roi : « Ce que j'ai entendu dire dans mon pays sur toi et ta sagesse, c'est donc vrai. Je ne voulais pas croire ce qu'on disait, avant de venir et de voir de mes yeux. Mais vraiment, on ne m'en avait pas appris la moitié : oui, tu surpasses en sagesse la renommée qui est venue jusqu'à moi. Heureux tes gens, heureux tes serviteurs que voici, eux qui se tiennent continuellement devant toi et qui entendent ta sagesse. Béni soit le Seigneur ton Dieu, qui t'a montré sa bienveillance en te plaçant sur son trône, comme roi pour le Seigneur ton Dieu, parce que ton Dieu aime Israël et veut le faire subsister à jamais. C'est toi qu'il a établi roi sur eux, pour exercer le droit et la justice. »
Elle fit présent au roi de cent vingt lingots d'or, d'une grande quantité d'aromates et de pierres précieuses. Il n'y avait jamais eu d'aromates pareils à ceux que la reine de Saba avait donnés au roi Salomon.
De même, les serviteurs de Houram et les serviteurs de Salomon avaient apporté de l'or d'Ophir. Ils avaient également apporté du bois, du bois de santal, et des pierres précieuses. Avec ce bois de santal, le roi fit des parquets pour la maison du Seigneur et la maison du roi. On en fit aussi des cithares et des harpes pour les chantres. Et on n'avait rien vu de tel auparavant au pays de Juda.
Le roi Salomon offrit à la reine de Saba tout ce qui répondait à ses désirs, en plus de la contrepartie de ce qu'elle avait apporté au roi. Puis elle s'en retourna dans son pays avec ses serviteurs.
En une seule année, le poids de l'or qui parvenait à Salomon était de six cent soixante-six lingots d'or, sans compter les péages des voyageurs et des commerçants. Tous les rois d'Arabie et les gouverneurs du pays apportaient de l'or et de l'argent à Salomon.
Le roi Salomon fit deux cents grands boucliers d'or battu ; il utilisait six cents pièces d'or battu pour un grand bouclier. Et trois cents petits boucliers d'or battu ; il utilisait trois cents pièces d'or pour un petit bouclier. Le roi les plaça dans la maison de la forêt du Liban.
Le roi fit aussi un grand trône d'ivoire qu'il plaqua d'or pur. Ce trône avait six degrés. Il y avait un marchepied en or derrière le trône et des bras de chaque côté du siège. Deux lions étaient debout près des bras, et douze lions se tenaient là, sur les six degrés, de chaque côté. Dans aucun royaume on ne fit chose pareille.
Toutes les coupes du roi Salomon étaient en or, et tous les objets de la maison de la forêt du Liban en or fin. On ne faisait aucun cas de l'argent au temps de Salomon, car les rois avaient des navires qui allaient à Tarsis avec les serviteurs de Houram, et une fois tous les trois ans, les navires de Tarsis arrivaient, apportant or et argent, ivoire, singes et paons.
Le roi Salomon devint le plus grand de tous les rois de la terre en richesse et en sagesse. Tous les rois de la terre cherchaient à rencontrer Salomon face à face, pour entendre la sagesse que Dieu avait mise en son cœur. Chacun apportait son offrande : objets d'argent et objets d'or, vêtements, armes et aromates, chevaux et mulets, et ainsi d'année en année.
Salomon avait quatre mille stalles pour chevaux et des chars, et douze mille cavaliers, qu'il cantonna dans les villes de garnison et auprès de lui à Jérusalem. Il dominait sur tous les rois, depuis le Fleuve jusqu'au pays des Philistins et jusqu'à la frontière de l'Égypte. À Jérusalem, le roi fit abonder l'argent autant que les pierres, et les cèdres autant que les sycomores dans le Bas-Pays.
Puis, le reste des actions de Salomon, des premières aux dernières, cela n'est-il pas écrit dans les actes du prophète Nathan, dans la prophétie d'Ahiya de Silo et dans la vision de Yédo le voyant, au sujet de Jéroboam, fils de Nebath ?
Salomon régna à Jérusalem sur tout Israël pendant quarante ans. Puis Salomon reposa avec ses pères, et on l'ensevelit dans la cité de David, son père. Son fils Roboam régna à sa place.
Commentaire
La reine de Saba. Pour bien comprendre ça — comment je pourrais dire ça ? Le temple de Jérusalem, ce qu'il faut comprendre, c'est que le temple de Jérusalem, c'est une vision. Les prophètes vous parlent de leur vision à travers des oracles ; le temple de Jérusalem, c'est une vision gravée dans la roche. On a vu les chars, on a vu la représentation du jardin d'Éden, etc.
Eh bien, la reine de Saba, elle, ce n'est pas une vision gravée dans la roche, c'est une apocalypse racontée de manière humaine. Dans Daniel, les apocalypses sont racontées avec des songes et des bêtes monstrueuses. Ici, l'apocalypse est incarnée par une rencontre entre un homme et une femme. La reine de Saba vient en proposant des énigmes, et Salomon lui dévoile le sens de ces énigmes. C'est exactement le thème de l'apocalypse : voilé, dévoilé.
Et quand elle fut parvenue auprès de Salomon, elle lui exposa les questions qu'elle avait préparées, mais Salomon trouva réponse à tout et ne fut arrêté par aucune difficulté.
Alors ici, c'est une apocalypse non pas au sens où l'histoire est en train de se dévoiler, mais au sens où les questions que les païens se posent — parce que la vie, pour eux, est une énigme : c'est quoi notre place dans l'univers, il y a quoi après la mort, c'est quoi la sagesse, c'est quoi une vie humaine, toutes ces questions qu'on se pose — eh bien, c'est en les exposant à Salomon, qui a reçu la sagesse de construire le Temple, qu'elle trouve leur réponse.
Mais ce n'est pas seulement dans les réponses de Salomon que la reine de Saba s'extasie, c'est aussi dans les œuvres et dans l'ordonnancement de sa maison qu'elle a le souffle coupé. Elle s'extasie devant la table. Alors, les Midrash vous disent que cet ordre de la table révèle l'ordre de la Torah, et que les mets sont vus comme un signe de la sagesse divine qui nourrit tout Israël. Elle s'extasie devant les logements des serviteurs. Et là encore, les Midrash vous disent que sous le règne de Salomon, même les serviteurs vivent dignement : c'est un roi juste qui domine non pas par la force, mais qui domine en élevant son peuple ; les serviteurs vivent comme des princes. On vous parle des vêtements des serviteurs, devant lesquels la reine de Saba s'extasie et qui, paraît-il, rappellent les vêtements des prêtres dans le Temple.
Enfin bref, en voyant la sagesse de Salomon à l'œuvre, qui ordonne le gouvernement de son peuple avec une pureté religieuse, elle a le souffle coupé, car — disent les Midrash — elle voit à travers l'action de Salomon la Shekinah, la présence de Dieu.
Et après la reine de Saba, dans la suite du chapitre, on vous a parlé des richesses que Salomon avait entassées, de son influence diplomatique, de son empire qui s'étend jusqu'à l'Euphrate. Là encore, vous êtes dans l'apocalypse : le royaume de Dieu descendu sur terre, avec le trône de Salomon — là, on l'a retrouvé justement avec ses douze lions, qui symbolisent les douze tribus d'Israël — avec la maison de la forêt du Liban.
Alors ça, c'est peut-être pas très clair : c'était une pièce dans le palais royal. Dans le palais royal, vous aviez le trône, vous aviez les appartements du roi, vous aviez les appartements de la reine dans une cour un peu séparée, et puis vous aviez la maison du Liban. Parce qu'en fait, elle était tellement grande — quarante-cinq mètres de long, c'est même plus grand que l'esplanade du Temple — faite avec tellement de bois, de colonnes, de charpentes, qu'on avait l'impression d'être dans une forêt. C'était l'arsenal militaire : c'est là où on entreposait les armes, et qui devient ici le lieu du trésor royal, puisqu'on y entrepose les boucliers d'or. Alors, les boucliers d'or, ils ne servent pas pour la guerre, parce qu'avec l'or, vous ne pouvez pas vous défendre : ça se plie trop facilement. Eh bien là, ça devient symbolique. Ça veut dire que c'est par sa sagesse que l'empire de Salomon règne et étend son influence. Pas par les armes.
Bon, c'était la fin de Salomon, vous avez entendu après la toute fin du chapitre 9 :
Salomon reposa avec ses pères, on l'ensevelit dans la cité de David, son père.
Ça, pour le coup, c'est la forteresse royale, à ne pas confondre avec l'arsenal militaire, la maison du Liban. Maintenant, vous savez tout.
Son fils Roboam régna à sa place.
Vous qui connaissez l'histoire, vous savez que maintenant, on est parti pour les sombres heures du royaume d'Israël.
Proverbes 19,21-25
Il y a bien des projets dans le cœur d'un homme, c'est le dessein du Seigneur qui se réalisera.
Ce qu'on attend d'un homme, c'est de la bonne foi ; mieux vaut être pauvre que menteur.
La crainte du Seigneur mène à la vie : vie comblée, lieu de repos inaccessible au malheur.
Le paresseux plonge sa main dans le plat, il ne la ramènera même pas jusqu'à la bouche.
Tape sur l'insolent, et l'étourdi en tirera la leçon ; critique l'homme intelligent, lui saura comprendre.
← J255 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J256 ☾ →