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Jour 256 ☾ — Pureté, passion et vraie liberté

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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 9 et 10 du Siracide, le frère Paul-Adrien lit une longue série de proverbes sur la prudence dans les relations, l'amitié, le gouvernement des cités et l'orgueil. Le commentaire s'arrête sur les premiers versets concernant le regard porté sur la femme, qu'il relit à la lumière des questions contemporaines de pureté et de pornographie. Il monte par degrés : gâchis de temps et d'argent, risque d'addiction, imaginaire pollué, jusqu'à l'enjeu véritable — pouvoir donner son corps et son âme à une seule personne et vivre une vraie histoire d'amour. Il termine par des moyens très concrets et deux proverbes d'espérance pour ceux qui luttent.

Introduction

Nous retournons dans notre traité moral pratico-pratique, j'ai nommé le Siracide. On retourne vraiment dans le réel, il y a un principe de réalité avant de s'imaginer être un grand mystique et d'avoir compris la Bible. C'est peut-être ça d'ailleurs, vraiment comprendre ce que c'est que la Bible : c'est arriver à l'appliquer dans le concret de sa vie. C'est ça être disciple du Christ, c'est ça obéir à la Torah, aux commandements.

Sauf que dans la Torah, on vous donnait comme de grands préceptes généraux. On vous parlait du sabbat, on vous parlait de respecter l'intégrité professionnelle, ne pas faire deux poids deux mesures. On vous disait de ne pas aller du côté des rites idolâtres. Là maintenant, on rentre plus dans le concret, dans la vie courante et quotidienne.

Et vous sentez aussi que tout ne se joue pas en termes de bien et de mal. C'est pour ça qu'on est passé à un autre type de littérature. On est plutôt sous le mode du conseil, de l'exhortation. Parce que c'est vrai que dans la vie sociale, tout ne se résout pas à coups de règles, de normes, de cases à cocher — ça c'est bien, ça c'est mal. Mais c'est une certaine manière d'être. C'est ce qu'on appelle la sagesse. Elle s'exprime ici à travers des proverbes. Parce qu'un proverbe ne se laisse pas résoudre à « c'est bien, c'est mal ». C'est toujours plus subtil que ça. Malgré les apparences, il y a toujours de quoi méditer. Et on est en plein dedans : Siracide 9 et 10.

Lecture : Siracide 9-10

Ne sois pas jaloux de la femme de ton cœur : tu lui donnerais l'idée de te faire du mal. Et ne livre pas ton âme au pouvoir d'une femme : elle prendrait de l'ascendant sur toi.

Ne va pas vers une femme de mauvaise vie : tu tomberais dans ses filets. Et ne fréquente pas une chanteuse, de peur de te laisser prendre à ses artifices.

Ne fixe pas ton regard sur une jeune fille, de peur d'être puni à cause d'elle. Ne te livre pas aux prostituées : tu y perdrais ton patrimoine. Et ne promène pas tes regards dans les rues de la ville, et ne rôde pas dans les coins déserts.

Détourne les yeux d'une jolie femme, ne fixe pas ton regard sur une belle fille. La beauté féminine en a égaré beaucoup, et l'amour s'enflamme comme un feu.

Ne t'assieds jamais près d'une femme mariée, et dans un banquet, ne t'enivre pas avec elle, de peur que tu t'en éprennes et que ta passion entraîne ta perte.

N'abandonne pas un vieil ami, car un nouvel ami ne le vaudra pas. Amis nouveaux, vins nouveaux : qu'il vieillisse, et tu le boiras avec plaisir.

N'envie pas la réussite du pécheur : tu ne sais pas comment il finira. Ne te réjouis pas avec les impies de leur succès : souviens-toi qu'ils ne mourront pas impunis.

Tiens-toi loin de l'homme capable de tuer, et tu n'auras pas à craindre la mort. Mais si tu viens à lui, évite tout faux pas, de peur qu'il ne t'enlève la vie. Sache que tu t'avances au milieu de pièges et que tu t'exposes sur les créneaux d'une ville assiégée.

Fréquente tes voisins autant que tu le peux, et demande conseil aux sages. Aime à t'entretenir avec les gens intelligents, et consacre tes conversations à la loi du Très-Haut. Recherche des hommes justes pour prendre avec eux ton repas, mets ta fierté dans la crainte du Seigneur.

Pour son ouvrage, on loue la main de l'artiste, et le chef d'un peuple pour la sagesse de sa parole. Le bavard est redouté dans la ville, l'homme emporté par ses discours se fait détester.

L'homme sage éduque son peuple, et le pouvoir d'un homme intelligent s'exerce selon les règles. Tel le gouvernant, tels ses ministres ; tel celui qui dirige la cité, tels ses habitants. Un roi ignorant conduit son peuple à la ruine, c'est sur l'intelligence de ses chefs qu'une ville s'édifie.

Le gouvernement de la terre est dans la main du Seigneur, qui, le moment venu, suscite l'homme providentiel. La réussite de l'homme est dans la main du Seigneur, sur la personne du magistrat il fait reposer sa gloire.

Ne garde pas rancune au prochain, quels que soient ses torts, et ne fais rien dans un mouvement de violence. Aux yeux du Seigneur et de l'homme, l'orgueilleux est odieux, pour tous deux, l'injustice est une faute.

La souveraineté passe d'un peuple à un autre à cause des injustices, des violences et de l'argent. Et il n'y a pire criminel que l'avare, qui ira jusqu'à vendre son âme.

De quoi pourrait s'enorgueillir celui qui est terre et poussière, alors que ses entrailles pourrissent déjà de son vivant ? Longue maladie défie le médecin : tel est roi aujourd'hui qui mourra demain. À sa mort, l'homme reçoit en héritage larves, bêtes et vers.

L'orgueil de l'homme commence quand il s'écarte du Seigneur, quand son cœur s'éloigne de celui qui l'a créé. Car l'orgueil commence avec le péché, et qui s'y attache provoque un déluge d'abominations. Voilà pourquoi le Seigneur inflige aux orgueilleux d'éclatantes punitions avant de les détruire complètement.

Le Seigneur a renversé les princes de leur trône et installé les doux à leur place. Le Seigneur a déraciné les nations païennes et à leur place il a planté les humbles. Le Seigneur a dévasté les territoires des païens et les a ravagés jusqu'au fondement de la terre. Il en a asséché pour exterminer leurs habitants, il a effacé de la terre jusqu'à leur souvenir.

L'orgueil n'a pas été créé pour les humains, ni les fureurs de la colère pour les enfants de la femme.

Quelle race est digne d'honneur ? La race des hommes. Quelle race est digne d'honneur ? Ceux qui craignent le Seigneur. Quelle race est méprisable ? La race des hommes. Quelle race est méprisable ? Ceux qui transgressent les commandements.

Comme un chef est à l'honneur au milieu de ses frères, ainsi sont aux yeux du Seigneur ceux qui le craignent. La faveur divine commence avec la crainte du Seigneur, la disgrâce commence avec l'obstination et l'orgueil.

Le riche, le noble et le pauvre n'ont de fierté que dans la crainte du Seigneur. Il est injuste de mépriser un homme intelligent qui est pauvre, et il ne convient pas d'honorer un pécheur. Les grands, les juges, les puissants sont couverts de gloire, mais nul ne surpasse celui qui craint le Seigneur.

Un serviteur sage commandera à des personnes libres, et l'homme de bon sens n'y trouvera pas à redire. Ne joue pas au sage quand tu es au travail, et ne te vante pas quand tu es dans la gêne. Mieux vaut un travailleur dans l'abondance qu'un flâneur qui se vante et manque de pain.

Mon fils, reste modeste dans ton opinion sur toi-même et estime-toi à ta juste valeur. Qui justifierait celui qui se fait tort à lui-même ? Et qui estimera celui qui se méprise ?

On honore le pauvre pour son savoir, et le riche pour sa richesse. Si quelqu'un est honoré dans la pauvreté, combien plus le serait-il dans la richesse ? Mais s'il est méprisé dans la richesse, combien plus le serait-il dans la pauvreté ?

Commentaire

On vous parlait des femmes.

Ne livre pas ton âme au pouvoir d'une femme : elle prendrait de l'ascendant sur toi.

Alors on pourrait l'interpréter de manière misogyne. Tiens, on le verra, il y a peut-être un peu de ça, c'est vrai. Mais je ne sais pas si ça va aller très loin ; on va garder cette question de la misogynie supposée du Siracide pour ailleurs. Je vous dis ça parce que là, il y a quand même une autre manière bien concrète, bien réelle de l'interpréter, et qui fait écho à toutes nos sociétés, aux questions qu'elles se posent sur la pureté, sur la pornographie.

Ne fixe pas ton regard sur une jeune fille, de peur d'être puni à cause d'elle. Ne te livre pas aux prostituées : tu y perdrais ton patrimoine.

Bon, c'est un vaste thème, la question de la pureté du cœur et de pouvoir aimer. Aimer de corps et d'âme une femme avec qui on aura choisi de vivre.

La beauté féminine en a égaré beaucoup, et l'amour s'enflamme comme un feu.

Alors, fidèle à son habitude de retourner bien dans le concret, le Siracide, avant de vous parler des grandes questions sur la chasteté, la pureté des sentiments, sur ce que c'est qu'aimer, etc., commence à aborder la question de la pureté et de la pornographie avec un aspect vraiment très basico-basique. Et là, moi je l'aime bien, parce qu'on le reconnaît bien là.

C'est que d'abord, un : on risque d'y passer beaucoup de temps et beaucoup d'argent. C'est vrai que la pornographie sur Internet, il y a des questions d'argent qui se posent, à travers tout un système publicitaire. C'est d'abord un immense gâchis de ressources — la moitié ou un tiers du trafic Internet, je ne sais plus. Et puis du temps : le nombre d'heures que quelqu'un de drogué à coups de pornographie va perdre devant les écrans. Ce n'est pas ça, la vie.

Et puis il y avait autre chose : c'était que si jamais vous vous faites prendre, vous allez perdre votre réputation. Ah oui, parce que ce que vous rappelle le Siracide, c'est que tout finit toujours par se savoir. Donc ça, vous voyez, ce sont les considérations vraiment basico-basiques. Mais je suis désolé, ça fait toujours du bien de le redire. Vous voyez, il n'est même pas encore question de péché ici. Il est question de prudence et de sagesse. Ce n'est pas comme ça qu'on construit sa vie.

Alors si je monte encore d'un tout petit degré, avant même de parler de la mystique des sentiments, c'est peut-être ce à quoi notre psychologie moderne est très attentive : c'est la crainte de développer, en allant sur Internet, des addictions, de devenir accro. Parce que dans ces choses-là, ça va vite. Le plaisir sexuel, c'est un tel ébranlement dans notre psychisme que si jamais on ne fait pas attention, ça court-circuite complètement les schémas normaux de plaisir et de récompense. Et on se retrouve très vite accro. Donc ce serait le premier risque : l'addiction.

L'autre risque, ce serait de perdre sa liberté dans l'imagination. Ça va être de polluer tout un imaginaire. Ce qui fait que quand on est avec la femme qu'on a choisi d'aimer, on n'est jamais vraiment tout seul avec elle. Il y a une quantité de souvenirs et de mémoires qui remontent en nous.

Et derrière, on monte encore d'un niveau dans la réflexion. Derrière, c'est de pouvoir donner et son corps et son âme à une personne. En fait, ce qui est en jeu, c'est de vivre une vraie histoire d'amour. Et que la pureté, la poésie dans les sentiments, ça veut dire quelque chose. Et c'est quelque chose qui non seulement imprègne l'imaginaire, mais qui imprègne aussi la volonté, le désir et même le corps.

Après tout, il faut savoir ce qu'on veut. Quand on a choisi d'aimer une femme, on l'aime jusqu'au bout. Il faut l'avoir dans la peau — et pas seulement dans la peau, mais aussi dans le cœur et dans l'imagination. Quand on ne lui a pas tout donné, on ne lui a encore rien donné. De la même manière que quand on a choisi d'aimer un homme, il faut l'aimer lui et lui seul. Il y a dans l'amour humain une part de jalousie qui nous vient directement de Dieu, parce que Dieu nous aime tellement qu'il n'accepterait pas que nous ne soyons pas tout entiers à lui. Aimer son conjoint, c'est lui être consacré.

Bon, alors maintenant, une fois qu'on a dit ça, comment est-ce qu'on fait ? Ça commence d'abord par gérer l'usage des écrans, des réseaux sociaux et d'Internet. Donc si jamais il faut mettre un filtre, on le met. Et si jamais il faut payer pour avoir un filtre efficace, on le paye. On essaye de ne pas avoir de téléphone portable dans sa chambre, pour que sa chambre soit un lieu de solitude choisie. Ça veut dire aussi peut-être faire attention à son hygiène de vie globale. Ça veut dire aussi, si jamais on n'y arrive pas : prier, se confesser, jeûner. Parce que le jeûne, en ces matières-là, fait des miracles.

Et à tous ceux qui n'y arrivent pas, je vous rappelle deux proverbes. L'innocence n'est pas quelque chose que l'on perd, mais quelque chose que l'on peut recouvrer. Et deuxième proverbe : pour chaque péché, Dieu a fixé l'heure de la délivrance, mais vous ne la connaissez pas ; priez pour en hâter la venue.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur Jésus-Christ, dans un monde qui est obsédé par la question de la sexualité, donne-moi de pouvoir jeter un regard sain et émerveillé sur le mystère de l'homme et de la femme.

Donne-moi de pouvoir être maître de ma passion, maître de mes émotions, maître de mon cœur, et que je puisse écrire dans mon âme et dans mon corps ce poème d'amour pour lequel tu m'as créé.

Seigneur, rends-moi pur. Et en étant pur, intensifie en moi le désir et la passion amoureuse. Fais que la personne que j'aurai choisi d'aimer, je puisse la voir elle et elle seule, l'avoir dans la peau, et que, Seigneur, je puisse connaître dans ma chair le bonheur d'aimer.

Je te confie toutes les personnes qui luttent et qui souffrent. Je te confie toutes les personnes qui n'arrivent pas à se débarrasser de leurs addictions. Je te demande, Seigneur, de les consoler. Je te demande, Seigneur, de les réconforter. Je te demande, Seigneur, de pouvoir les relever, pour qu'à nouveau elles se remettent à combattre.

Seigneur, je te demande de ne pas les juger : elles ont déjà suffisamment honte d'elles-mêmes. Mais de les relever. Fais que jamais elles ne perdent l'espérance d'être un jour délivrées de ce fardeau.


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