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Jour 257 ☾ — Aimer sans être naïf

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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 11 et 12 du Siracide, le frère Paul-Adrien lit une longue série de sentences sur les apparences trompeuses, la confiance à ne placer qu'en Dieu, la prudence dans l'hospitalité et la nécessité de se garder de ses ennemis. Le commentaire s'attaque frontalement à la naïveté, « maladie très répandue » chez les chrétiens, qui consiste à refuser de voir le mal pour se croire bon à peu de frais. Le frère détaille les tactiques des manipulateurs — fausse pauvreté, fausse amitié, flatterie, chantage affectif — et rappelle que la naïveté finit toujours par rendre cruel. L'épisode s'achève par une prière demandant la lucidité, le discernement des vrais amis et des vrais ennemis.

Introduction

Nous continuons à explorer les relations humaines. Le Siracide nous demande d'être lucide et d'ouvrir les yeux. Le mal existe. Jésus dira plus tard : « Soyez innocents comme des colombes et rusés comme des serpents. » Donc, soyez lucides et ouvrez les yeux, ce sera le thème d'aujourd'hui.

Plus précisément : premièrement, ne pas se fier aux apparences. Deuxièmement, un conseil de bon sens, c'est de n'avoir confiance qu'en Dieu seul. Au moins, on est sûr de ne pas être déçu. Mettre sa confiance dans les hommes, c'est toujours risqué, vous dit le Siracide. Réfléchissez à deux fois avant de donner votre confiance à quelqu'un. Du coup, prudence dans l'hospitalité : n'introduis pas n'importe qui dans ta maison, car un escroc a plus d'un tour dans son sac. Et on terminera sur : se garder de ses ennemis.

Lecture : Siracide 11-12

La sagesse de l'humble lui tient la tête haute et le fait asseoir au milieu des grands. Ne fais pas l'éloge d'un homme parce qu'il est beau et ne repousse personne à cause de son apparence. L'abeille est un des plus petits êtres qui volent, mais ce qu'elle produit est d'une douceur exquise. Ne mets pas ta fierté dans le vêtement que tu portes et ne t'exalte pas au jour de ta gloire. Car les œuvres du Seigneur sont étonnantes et son action cachée aux hommes.

Beaucoup de souverains ont été déposés, et c'est un inconnu qui a porté le diadème. Bien des princes ont subi les derniers outrages, et des gens illustres ont été livrés aux mains d'autrui.

Ne blâme pas avant de t'être informé, réfléchis d'abord, et tu pourras critiquer. Ne réponds pas avant d'avoir écouté, et n'interromps pas celui qui parle. Ne t'enflamme pas dans une affaire qui ne te regarde pas. Ne prends pas parti dans une querelle de pécheurs.

Mon fils, ne te lance pas dans beaucoup d'entreprises. Si tu les multiplies, tu ne t'en tireras pas sans dommage. Même en courant, tu n'aboutiras à rien et tu ne pourras pas t'en sortir par la fuite.

Un tel se dépense, se donne du mal, s'active, et n'en est que plus dépourvu. Tel autre est faible et il a besoin de soutien, il manque de moyens et ne surabonde que de misère. Mais les yeux du Seigneur l'ont regardé avec bienveillance pour le relever de son abaissement et redresser sa tête à l'étonnement de tous.

Bonheur et malheur, vie et mort, richesse et pauvreté viennent du Seigneur. Sagesse, science et connaissance de la loi viennent du Seigneur. Amour et pratique des bonnes œuvres viennent de lui. L'erreur et les ténèbres ont été créées pour les pécheurs, et ceux qui se targuent de leur malice vieillissent avec elles. Le Seigneur maintient ses dons à ceux qui sont religieux, sa bienveillance ne leur fera jamais défaut.

Tel s'enrichit à force d'être économe et regardant, mais voici ce qu'il y gagne : quand il dit « Enfin le repos, maintenant je vais jouir de mes biens », il ignore combien de temps cela va durer, et il devra laisser ses biens à d'autres et mourra.

Reste attaché à ton métier, sois assidu, continue ton ouvrage jusqu'à la vieillesse. Ne sois pas admiratif devant les œuvres du pécheur. Fais confiance au Seigneur et persévère dans ta besogne, car il est facile au Seigneur d'enrichir le pauvre à l'improviste, en un instant. La récompense de qui est religieux, c'est la bénédiction du Seigneur. En peu de temps, il fait fleurir cette bénédiction.

Ne dis pas : « De quoi pourrais-je avoir besoin ? Quel bien puis-je avoir encore ? » Ne dis pas non plus : « J'ai tout ce qu'il me faut, quel mal pourrait encore m'atteindre ? » Au jour du bonheur, on oublie le malheur ; au jour du malheur, on oublie le bonheur. Mais au jour de la mort, il est facile pour le Seigneur de rendre à l'homme selon sa conduite. La peine d'un moment fait oublier le bien-être, et les œuvres du Seigneur se révèlent à ses derniers instants. Avant sa mort, ne déclare personne heureux, car c'est au terme de sa vie que l'on connaît un homme.

N'introduis pas n'importe qui dans ta maison, car l'escroc a plus d'un tour dans son sac. Comme la perdrix que l'on met en cage comme appeau, tel est le cœur de l'orgueilleux. Comme un espion, il guette et attend ta chute. Pour te tendre un piège, il tourne le bien en mal, et il jette le discrédit sur ce qui est estimable. Une étincelle allume un grand brasier, le pécheur à l'affût va jusqu'au meurtre. Prends garde au malveillant, car il prépare un mauvais coup : il peut te discréditer à jamais. Si tu introduis chez toi l'étranger, il y jettera le trouble et te rendra étranger aux gens de ta maison.

Si tu fais le bien, sache à qui tu le fais, et l'on te saura gré de ton geste. Fais du bien à qui est religieux, et tu seras payé de retour, sinon par lui, du moins par le Très-Haut. Pas de bonheur possible pour qui s'obstine dans le mal et refuse de faire l'aumône. Donne à qui est religieux, mais ne viens pas en aide au pécheur. À celui qui est humble, fais du bien, mais ne donne pas à l'impie. Refuse-lui son pain et ne lui donne rien. Il pourrait devenir plus fort que toi, et tu recevrais alors double mal pour tout le bien que tu lui aurais fait. Car le Très-Haut lui-même déteste les pécheurs, il rendra aux impies ce qu'ils méritent, il se les réserve pour les jours du châtiment. Donne à l'homme de bien, mais ne viens pas en aide au pécheur.

Dans le bonheur, on ne peut pas reconnaître l'ami ; c'est dans le malheur que l'ennemi ne pourra plus être masqué. Quand un homme est heureux, ses ennemis sont dépités ; quand il est malheureux, même son ami s'éloigne.

Ne fais jamais confiance à ton ennemi, car sa méchanceté se cache comme le bronze sous l'oxyde. Même s'il fait l'humble et s'avance avec un air penché, prends garde, méfie-toi de lui. Traite-le comme un miroir qu'il faut polir, sache que la rouille ne le dissimulera pas toujours. Ne le mets pas près de toi, il te renverserait pour prendre ta place. Ne le fais pas asseoir à ta droite, il convoiterait ton siège. Tu comprendrais enfin mes paroles et, plein de regrets, tu te rappellerais mes conseils.

Qui aura pitié du charmeur mordu par un serpent et de ceux qui vont au-devant des fauves ? Ainsi en est-il pour qui se lie à un pécheur et se rend complice de ses péchés. Il restera un moment à tes côtés, mais dès que tu auras le dos tourné, il ne se contiendra plus. L'ennemi n'a que douceur sur les lèvres, mais dans son cœur il cherche à te précipiter à la fosse. L'ennemi peut avoir les larmes aux yeux, mais s'il en a l'occasion, il sera insatiable de ton sang. Et s'il t'arrive malheur, il sera le premier auprès de toi, et sous prétexte de t'aider, il te fera un croc-en-jambe. Il hochera la tête, se frottera les mains, et ne fera que ricaner, laissant voir son vrai visage.

Commentaire

Si tu fais le bien, sache à qui tu le fais, et alors on te saura gré de ton geste. (Siracide 12,1)

Eh oui, parce qu'il faut être prudent. Les parasites, dans la vie sociale, ça existe. Les manipulateurs, les profiteurs, ceux qui affabulent, ça existe. C'est ce que je vous disais en introduction : le mal, ça existe. Donc, si tu fais le bien, sache à qui tu le fais, et alors, et alors seulement, on saura gré de ta générosité.

Du coup, ça veut dire qu'il ne faut pas se faire avoir, parce que les apparences sociales sont trompeuses. C'est vraiment la sagesse au ras des pâquerettes, mais écoutez, ça fait du bien, il y a quelque chose de très rassurant. C'est de vous rappeler que les méchants vont très bien savoir vous avoir, vont très bien savoir comment exploiter votre naïveté. Il faut faire attention.

Alors, parlons un petit peu de naïveté, parce que ça, c'est assez courant chez les chrétiens. La naïveté, il faut faire attention, parce que c'est une maladie qui est très répandue. C'est de refuser de croire que le mal existe, parce que se confronter au mal, ce n'est pas facile. Quand on se confronte à des méchants, ça réveille en nous une partie obscure de nous-mêmes, qu'on n'a pas envie de voir. Et alors, pour jouer au saint, et pour ne pas voir tout ce qui est en nous de mal placé — la colère, la violence, la vengeance —, on va nier le mal. On va se réfugier derrière une posture qui consiste, au nom de la miséricorde, à refuser de rentrer dans le combat pour s'opposer au mal. Comme ça, entre guillemets, ça permet d'être saint à pas cher.

Oui, sauf que ce n'est pas une manière efficace de s'opposer au mal. Parce que si vous êtes naïf, vous n'allez pas voir le mal. Et si jamais vous ne voyez pas le mal, vous n'allez pas pouvoir le combattre. Et ça, les méchants le savent bien. Ils ont développé tout un ensemble de techniques, qui sont dénoncées dans ce chapitre.

Par exemple, technique numéro un : la fausse pauvreté. Vous faire croire que c'est vous, et vous seuls, qui pouvez sauver la situation. Dit comme ça, ça paraît un peu gros. N'empêche qu'il y a quelque chose de vrai : c'est que la naïveté, c'est aussi une manière pour nous de nous mettre en état de supériorité morale. Parce qu'on refuse de voir le mal, on s'imagine être bon, voire meilleur que les autres. Ça flatte en vous le syndrome du sauveur. C'est là où le Siracide vous dit : faites attention ! Il y en a qui paraît riche et qui n'a rien du tout, et il y en a qui paraît pauvre et qui pourtant a de grandes richesses.

D'où toujours ce proverbe que je vous disais : si tu fais le bien, sache à qui tu le fais, et alors seulement on saura gré de ton geste. Parce que si tu fais l'aumône à quelqu'un qui est mauvais — ça, c'était un proverbe qui était juste après —, donner au pécheur, c'est double peine, double mal. Parce qu'en fait, donner au pécheur, c'est perdre deux fois : c'est gaspiller son bien, premier mal, et renforcer une personne injuste, deuxième mal.

Alors après, ça ne veut pas dire qu'il faut être dur de cœur. Par exemple, quand vous rencontrez quelqu'un qui est pauvre dans la rue et qui fait la mendicité, ça ne coûte rien ou presque rien d'avoir quelques pièces dans sa poche et de les lui donner. Bien sûr, on ne sait pas ce qu'il en fera. N'empêche qu'on n'est pas des chiens et qu'on n'a pas le droit d'être insensible à la misère. Mais il faut donner en connaissance de cause.

Autre technique qui était dénoncée : vous avez la fausse pauvreté, vous avez la fausse amitié. La personne qui va venir vous flatter, qui va venir pleurnicher, qui va faire mine d'être brisée, mais qui en fait, en secret, nourrit de la haine et de la jalousie et qui attend la faiblesse. Ça, dit en termes modernes, c'est celui qui joue la carte de la victime. Siracide 12,16 :

L'ennemi n'a que douceur sur les lèvres, mais dans son cœur, il cherche à te précipiter à la fosse. L'ennemi peut avoir les larmes aux yeux, mais s'il en a l'occasion, il sera insatiable de ton sang.

Bon, les hommes mauvais, je m'excuse, mais c'est vrai, ça existe. Les hommes qui n'ont pas de dignité, qui sont veules et qui vont faire semblant d'être votre ami, ça existe aussi. Méfiez-vous des hommes, vous disait Jésus. Ils vont venir à vous déguisés en agneaux et à l'intérieur, ce sont des loups voraces.

Donc là, on vous dénonce des tactiques : la flatterie pour endormir la méfiance, la manipulation émotionnelle pour exploiter la générosité, l'appel à la réputation de juste pour vous faire culpabiliser de ne pas donner, le chantage affectif, le chantage moral, la duplicité. Bon, en face de tout ça, réponse du Siracide : éprouve ton prochain avant de lui ouvrir la main.

En fait, la naïveté, ce n'est pas une manière d'aimer ses ennemis. Parce que ce qui se passe, c'est que quand on est naïf, on encaisse, et puis à un moment donné, ce n'est plus possible. Et alors, quand on n'a pas été ferme suffisamment au bon moment, quand on ne s'est pas opposé dès le début, on se met dans de telles situations que pour s'en sortir, on n'a plus d'autre choix que de forcer le trait et de devenir cruel. Quand on est trop gentil, on finit par devenir cruel. Et alors, qui a aimé qui là-dedans ? Quand on est lucide dès le départ et qu'on a posé les bonnes distances et les bonnes barrières, eh bien bizarrement, ça permet de moins être cruel par la suite.

On n'aime pas un ennemi comme on aime un ami. Un ami, c'est quelqu'un qui vous veut du bien. Un ennemi, c'est quelqu'un qui ne vous veut pas de bien. Alors, est-ce qu'on peut aimer un ennemi ? La réponse est oui, sinon le Christ ne nous le demanderait pas. Mais la première règle, c'est de ne pas se mettre dans des situations ingérables avec eux.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur Jésus-Christ, je te demande de veiller sur moi. Je te demande, Seigneur, de veiller sur mon cœur pour qu'il arrive à être lucide, que j'arrête, Seigneur, de me bercer d'illusions sur ce que devraient être les hommes, que j'arrête de confondre ce que devraient être les hommes avec ce que sont les hommes. Comment pourrais-je les aimer sinon, Seigneur ?

Tu me demandes de vivre saint au milieu des pécheurs. Protège-moi, parce que tu m'envoies comme des brebis au milieu des loups. Donne-moi de discerner mes ennemis. Donne-moi de discerner mes vrais amis. Mais Seigneur, que j'arrête de me faire avoir, soit que je sois trop sensible à la flatterie, soit que je sois trop naïf. Mais donne-moi, Seigneur, d'être juste, et que cette justice soit pour moi l'occasion de devenir généreux et bon.

Amen, Seigneur. Je te confie tous mes amis. Je te confie tous mes ennemis. Prends soin des uns, convertis les autres.


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