Jour 260 ☼ — Fin de règne, début de réforme
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Résumé : Cet épisode est à cheval sur deux règnes : la fin de celui d'Asa et les débuts de celui de Josaphat. Asa, qu'on avait comparé à Pie V, achète l'alliance de Ben-Hadad d'Aram avec l'or du Temple pour desserrer l'étau de Baasha, fait emprisonner le voyant Hanani venu le reprendre, et meurt d'une maladie des pieds sans avoir recours au Seigneur. Le frère Paul-Adrien relit cette guerre fratricide à la lumière de nos propres guerres de religion et démonte, point par point, le désastre spirituel et stratégique de la manœuvre d'Asa. Avec Josaphat s'ouvre au contraire un règne de réforme, comparé à celui d'Innocent III : la première grande campagne catéchétique de l'histoire sainte, des lévites envoyés enseigner la Loi de ville en ville.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Aujourd'hui, nous sommes à cheval entre deux rois : la fin du règne d'Asa et le début du règne de Josaphat. Nous avions chanté les louanges d'Asa la dernière fois en le comparant à Pie V. Comment va se passer la fin de son règne ? Sera-t-il à la hauteur de la réputation que nous lui avons faite ? La réponse dans un instant : 2 Chroniques 16, puis début du règne de Josaphat, 2 Chroniques 17.
Lecture : 2 Chroniques 16 – 17
La trente-sixième année du règne d'Asa, Baasha, roi d'Israël, monta contre Juda. Il fortifia la ville de Rama pour empêcher quiconque de communiquer avec Asa, roi de Juda.
Asa prit de l'argent et de l'or dans les trésors de la maison du Seigneur et de la maison du roi pour en envoyer à Ben-Hadad, roi d'Aram, qui résidait à Damas. Il lui fit dire : « Il y a une alliance entre moi et toi, comme entre mon père et ton père. Voici que je t'envoie de l'argent et de l'or. Va, romps ton alliance avec Baasha, roi d'Israël, qu'il s'éloigne de moi. »
Ben-Hadad écouta le roi Asa. Il envoya les chefs de son armée contre les villes d'Israël. Il frappa les villes de Iyone, Dan, Abel-Maïm et tous les entrepôts des villes de Nephtali.
Lorsque Baasha apprit cela, il cessa aussitôt de fortifier Rama et arrêta ses travaux. Alors Asa, le roi, prit avec lui tous les gens de Juda. Ils enlevèrent de Rama les pierres et le bois dont Baasha s'était servi pour la construire, et Asa les réemploya pour fortifier Guéba et Mispa.
En ce temps-là, Hanani le voyant vint trouver Asa, roi de Juda, et lui dit : « Parce que tu t'es appuyé sur le roi d'Aram et que tu ne t'es pas appuyé sur le Seigneur ton Dieu, à cause de cela, l'armée du roi d'Aram s'est échappée de tes mains. Les Éthiopiens et les Libyens ne formaient-ils pas une armée nombreuse, avec des chars et des chevaux en grande quantité ? Et cependant, parce que tu t'es appuyé sur le Seigneur, il les a livrés entre tes mains. Car les yeux du Seigneur scrutent toute la terre pour raffermir ceux dont le cœur est tout entier à lui. Mais toi, tu as agi en insensé dans cette affaire. Désormais, il y aura des guerres contre toi. »
Asa se mit en colère contre le voyant et le fit mettre en prison, aux fers, car il était furieux contre lui à cause de ses paroles. Dans le même temps, Asa maltraita une partie du peuple.
Les actions d'Asa, des premières aux dernières, voici qu'elles sont écrites dans le livre des rois de Juda et d'Israël.
La trente-neuvième année de son règne, Asa eut les pieds malades d'une très grave maladie. Pourtant, même pendant sa maladie, il n'eut pas recours au Seigneur, mais aux médecins.
Asa reposa avec ses pères. Il mourut la quarante et unième année de son règne. On l'ensevelit dans le tombeau qu'il s'était fait creuser dans la cité de David. On l'étendit sur un lit couvert d'aromates et de toutes sortes de baumes préparés selon l'art des embaumeurs, et on alluma pour lui un brasier grandiose.
Son fils Josaphat régna à sa place. Il s'affermit contre Israël. Il installa des troupes dans toutes les villes fortifiées de Juda. Il plaça des préfets dans le pays de Juda et dans les villes d'Éphraïm dont s'était emparé Asa, son père.
Le Seigneur fut avec Josaphat, car celui-ci marcha dans les chemins où David, son père, avait marché en ses débuts. Il ne chercha pas les Baals, mais c'est le Dieu de son père qu'il chercha. Il marcha selon ses commandements, sans agir comme Israël.
Le Seigneur confirma la royauté entre ses mains. Tout Juda offrait des présents à Josaphat, qui eut en abondance richesse et gloire. Son cœur s'exalta dans le chemin du Seigneur, et il supprima de nouveau en Juda les lieux sacrés et les poteaux sacrés.
La troisième année de son règne, il envoya ses officiers Ben-Haïl, Abdias, Zacharie, Netanel et Michée pour donner un enseignement dans les villes de Juda. Des lévites les accompagnaient : Shemayahou, Netanyahou, Zebadyahou, Asaël, Shemiramoth, Jonathan, Adonias, Tobias et Tob-Adonias, et avec eux les prêtres Élishama et Joram. Ils enseignaient dans Juda, emportant avec eux le livre de la loi du Seigneur. Ils firent le tour de toutes les villes de Juda, donnant un enseignement parmi le peuple.
La terreur du Seigneur s'empara de tous les royaumes des pays qui entouraient Juda, et ils ne firent pas la guerre à Josaphat. De chez les Philistins, on apporta à Josaphat des présents et de l'argent comme tribut. Même les Arabes lui amenèrent du petit bétail : sept mille sept cents béliers et sept mille sept cents boucs.
Josaphat devenait de plus en plus grand. Il construisit en Juda des citadelles et des villes d'entrepôts. Il avait une nombreuse main-d'œuvre dans les villes de Juda, et des hommes de guerre, vaillants guerriers, à Jérusalem.
En voici le dénombrement selon la maison de leurs pères. Pour Juda, comme officiers de milliers, il y avait l'officier Adna, et avec lui trois cent mille vaillants guerriers. À ses côtés, l'officier Yohanan, et avec lui deux cent quatre-vingt mille hommes. À ses côtés, l'officier Amasias, fils de Zicri, engagé volontaire pour le Seigneur, et avec lui deux cent mille vaillants guerriers. De Benjamin, il y avait Élyada, vaillant guerrier, et avec lui deux cent mille hommes armés de l'arc et du bouclier. À ses côtés, Yehozabad, et avec lui cent quatre-vingt mille hommes équipés pour la guerre.
Tels étaient ceux qui servaient le roi, sans compter ce que le roi avait placé dans les villes fortes sur tout le territoire de Juda.
Commentaire
La guerre qu'on vient d'entendre, entre Juda au sud et le royaume du nord, me fait furieusement penser aux guerres religieuses qu'il y eut jadis entre les catholiques et les protestants. C'est quand même étonnant de voir comment notre propre histoire à nous se retrouve dans ces textes. Avant de savoir qui a raison entre le royaume du nord et le royaume du sud, la première posture, c'est de commencer à pleurer. Parce que tout ça s'est traduit par un affaiblissement spirituel, par une division des Israélites. De la même manière, entre les catholiques, les orthodoxes et les protestants, tout ça s'est traduit par un affaiblissement spirituel, une diminution du rayonnement de l'Évangile, et puis par un nombre incalculable de morts. Et au milieu de tout ça, une ou deux voix de prophètes qui ne sont pas écoutées. Et je trouve ça touchant, tragique, je ne sais pas, tout ça en même temps, de me dire que dans l'Écriture sainte, il y a une trace, dans la mémoire de Dieu, de ces guerres.
Alors maintenant, avec ça en tête, on relit la guerre qu'a menée Asa. Comment Asa s'est-il retrouvé à faire la guerre avec le royaume du Nord ? Eh bien, ça a commencé le jour où il s'est dit qu'il allait essayer de trouver d'autres moyens que Dieu pour résoudre les conflits. Des moyens humains. Sur le papier, ce n'est pas idiot. Sauf qu'on ne comprend pas très bien pourquoi il change de tactique : parce que quand il se confiait à Dieu avant de partir en guerre, ça marchait. Pourquoi est-ce qu'il change, là ? En tout cas, il va voir les Syriens au nord et il paie rubis sur l'ongle Ben-Hadad pour qu'il rompe son alliance avec les Israélites et qu'il les attaque, si bien que les Israélites vont lâcher le siège qu'ils avaient sur Juda. Ce n'est pas idiot. Et non seulement ce n'est pas idiot, mais ça a l'air de marcher.
Sauf que quand vous regardez bien dans les détails, ça pose quand même une ou deux questions. C'est-à-dire que, premièrement, ça ne sert à rien de restaurer le Temple pour y remettre des boucliers, si jamais c'est pour les vendre tout de suite après. Ce qui est une profanation. Ce qui jette aussi un doute sur la véritable foi d'Asa. Ça voulait dire quoi, quand il avait installé ses boucliers ? C'était par véritable confiance, ou c'était une opération de prestige ? Bon, petite leçon pour nous, catholiques : nous, notre trésor à nous, ce n'est pas des boucliers sur un temple, c'est ce qu'on appelle le mérite des saints. Et c'est vrai que parfois on a une manière à nous de puiser dedans qui est comme pour les gâcher. Bon, je ferme la parenthèse.
Ensuite, il les donne aux Araméens. Du coup, les Araméens attaquent les Israélites au nord. Eh oui, sauf que vous ne pouvez pas dans le même temps, roi de Juda, dire que vous êtes l'héritier de tout le royaume, et fomenter une guerre qui va attaquer les propres villes dont vous réclamez la possession. Si le but des rois de Juda, c'est de réclamer l'unité de tout l'ensemble israélite, eh bien là, il vient de se tirer une balle dans le pied.
Et de trois, c'est toujours dangereux d'armer vos ennemis. Parce que cet or que le roi de Juda donne aux Araméens, ça va leur permettre de se renforcer, ça va leur permettre d'acheter des armes, et une génération après, c'est avec les armes que le roi de Juda a payées aux Araméens que les Araméens iront faire la guerre contre le roi de Juda. Et le fils d'Asa, qui se retrouvera contre les Araméens que son père a armés, sera à deux doigts de mourir. Eh bien bravo, la stratégie ! Avec tout ce que je vous dis là, vous continuez de regarder les guerres de religion entre les catholiques et les orthodoxes, les orthodoxes et les protestants, les protestants et les catholiques : tout ça, c'est ce qu'on a fait nous aussi.
En plus, ce n'est pas simplement une alliance diplomatique. Il donne de l'argent à Ben-Hadad. Ben-Hadad, ça veut dire « le fils de Hadad ». Sauf que Hadad, c'était un nom pour désigner Baal, le dieu idolâtre des Cananéens. Donc donner de l'argent à Ben-Hadad, c'est reconnaître que le dieu cananéen Baal est plus puissant que Yahvé. Sur le papier, il n'y a rien de répréhensible. Et vous venez simplement de perdre votre âme.
Donc si vous faites le total, ce n'est pas une apostasie, mais on n'en est pas loin. À preuve, la manière dont Asa traite notre prophète, qu'il met en prison. C'est quand même le premier. Sous-entendu, là, c'est l'Église qui perd son charisme prophétique. D'où cette fin de règne. Et Asa, qui a cette maladie des pieds : à un niveau symbolique, ça veut dire qu'il ne parvient plus à marcher. À marcher dans la voie du Seigneur. C'est peut-être aussi un euphémisme : la maladie des pieds, ça désignerait une maladie des organes génitaux. Une maladie vénérienne, honteuse, qu'on cache derrière un vocabulaire plus châtié. Asa, qui termine son règne dans la honte.
Après Asa, Josaphat. Le roi est mort, vive le roi. Un nouveau pape est appelé à régner. Cette fois-ci, ce sera un pape réformateur. On va lui consacrer plusieurs chapitres. Des réformes dans l'Église catholique, vous en avez eu plein. Ça permet toujours de voir dans ces rois d'Israël des modèles de pasteurs à imiter ou, au contraire, à ne pas imiter.
Là, Josaphat, si on reprend notre petit jeu pour le comparer à un pape, c'est Innocent III. Innocent III, 1198-1216. Parmi toutes les grandes réformes que les papes ont amenées, il y a la grande réforme, la réforme grégorienne. Innocent III, c'est lui qui clôt cette réforme grégorienne et qui lance le concile de Latran IV. Vous ne savez peut-être pas ce que c'est, mais c'est un des très grands tournants doctrinaux et disciplinaires. Pour l'instant, tout ça ne vous dit rien, mais ça me permet d'introduire un joli point de contact entre Innocent III et Josaphat. Ça va vous montrer ce qu'il y a de beau dans le règne de Josaphat, dont vous venez d'entendre le début.
Innocent III, sa réforme pastorale, c'était un effort catéchétique : c'était enseigner la loi au peuple. Latran IV, c'est un effort de catéchisme. Et le point de contact, il est là, parce que Josaphat, c'est le premier grand roi catéchète. Vous l'avez vu envoyer des officiers, des lévites, des prêtres à travers le pays pour qu'on enseigne la Torah à son peuple. Verset 8 :
Des lévites les accompagnaient.
Alors, on vous donne le nom des lévites.
Ils enseignaient dans Juda, emportant avec eux le livre de la loi du Seigneur. Ils firent le tour de toutes les villes de Juda, donnant un enseignement parmi le peuple.
C'est quand même la première grande réforme catéchétique de toute l'histoire sainte. D'accord, vous avez Moïse, vous avez les prophètes, etc. Mais l'effort pédagogique pour que l'enseignement des prophètes descende jusqu'au peuple, la première fois que vous avez un effort structuré, payé par l'État, c'est ici. Ce n'est pas rien, Josaphat. Vous pouvez mettre ça exactement en parallèle avec l'effort catéchétique de l'Église.
Et la conclusion, tout de suite, verset 10 :
La terreur du Seigneur s'empara de tous les royaumes des pays qui entouraient Juda, et ils ne firent pas la guerre à Josaphat.
Quand vous avez un peuple qui est éduqué, qui est enseigné, qui est catéchisé, ça fait des merveilles. C'est ça que ça veut dire.
Proverbes 20,11-15
On jugera d'un jeune à sa façon de faire : travaille-t-il proprement, selon les règles ?
L'oreille qui entend, l'œil qui voit, le Seigneur les a faits l'un et l'autre.
Ne prends pas le goût du sommeil, tu deviendrais pauvre ; tiens les yeux ouverts et tu seras rassasié.
« Mauvais, mauvais ! » dit l'acheteur ; mais, tournant les talons, il se frotte les mains.
De l'or, il y en a ; des pierres précieuses, il n'en manque pas. Mais la parole intelligente, c'est perle rare.
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