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Jour 260 ☾ — Créés pour la grandeur, appelés à choisir

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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 17 et 18 du Siracide, le frère Paul-Adrien lit une longue méditation sapientielle sur la création de l'homme : le récit d'Adam et Ève y est repris non plus sous forme narrative, mais comme une contemplation de la grandeur reçue — les sens, l'intelligence, la parole, la loi de vie, l'alliance. Le texte enchaîne aussitôt sur la fragilité humaine, la brièveté de la vie et l'immense miséricorde du Seigneur, patient avec ceux qui se convertissent. Le commentaire souligne l'humanisme du Siracide : l'origine divine de l'âme, l'image de Dieu imprimée en nous, l'autorité de l'homme sur le monde, et la vertu comme actualisation de notre condition humaine. L'épisode s'achève sur une prière d'action de grâce pour la création de l'homme et de la femme.

Introduction

Nous continuons notre exploration de la condition humaine. Cette fois-ci, on va prendre un petit peu plus de hauteur : on a l'impression de retrouver le récit de la création humaine, Adam et Ève, sauf que là, ça ne va pas être raconté de manière narrative, mais sous la forme d'une méditation sapientielle. Enjoy !

Lecture : Siracide 17-18

Il a remis en leur pouvoir ce qui est sur la terre, il les a revêtus d'une force pareille à la sienne, et il les a faits à son image. Il a mis en tout vivant la crainte de l'être humain, pour que celui-ci commande en maître aux bêtes sauvages et aux oiseaux.

Les humains ont reçu du Seigneur l'usage des cinq sens, il leur a donné en partage un sixième sens, l'intelligence, et un septième, la parole, qui permet d'interpréter ses œuvres. Aux humains il a donné du jugement, une langue, des yeux, des oreilles et un cœur pour réfléchir. Il les a remplis de savoir et d'intelligence, il leur a fait connaître le bien et le mal.

Il a posé son regard sur leur cœur, leur montrant la grandeur de ses œuvres, il leur a donné de se glorifier à jamais de ses merveilles. Ils raconteront la grandeur de ses œuvres, ils célébreront le nom très saint. Il leur a donné en héritage la loi de vie, afin qu'ils comprennent dès maintenant qu'ils sont mortels. Il a établi avec eux une alliance éternelle, et il leur a fait connaître ses jugements.

Leurs yeux ont vu la grandeur de sa gloire, leurs oreilles ont entendu la majesté de sa voix. Il leur a dit : « Gardez-vous de toute injustice. » Et à chacun il a donné des commandements au sujet du prochain.

Leurs chemins sont toujours à découvert devant lui, ils n'échappent jamais à ses regards. Leurs chemins les mènent au mal dès l'enfance, et de leur cœur de pierre, ils ne peuvent faire des cœurs de chair.

Quand le Seigneur a réparti les peuples sur toute la terre, il a mis un chef à la tête de chaque nation, mais la part du Seigneur, c'est Israël. C'est son premier-né, qu'il nourrit et qu'il forme. Il lui donne en partage la lumière de l'amour, et ne l'abandonne jamais.

Toutes les actions des hommes sont devant Dieu en plein soleil. Il a constamment les yeux sur leur conduite. Leurs injustices ne lui échappent pas, mais tous leurs péchés sont à découvert devant le Seigneur.

Le Seigneur est bon et connaît ses créatures. Loin de les abandonner ou de les perdre, il les épargne. L'aumône d'un homme est marquée d'un sceau devant Dieu, qui veille sur une bonne action comme sur la prunelle de l'œil, et accorde le repentir à ses fils et à ses filles. À la fin, il se lèvera et fera les comptes. Il rendra à chacun ce qui lui revient.

À ceux qui se repentent, Dieu ouvre le chemin du retour. Il réconforte ceux qui manquent de persévérance. Convertis-toi au Seigneur. Renonce à tes péchés. Mets-toi devant lui pour prier et diminue tes occasions de chute. Reviens vers le Très-Haut et détourne-toi de l'injustice. C'est lui qui conduit des ténèbres à la lumière de la vie. Les actions abominables, déteste-les.

Qui pourra célébrer le Très-Haut dans le séjour des morts, à la place des vivants qui lui rendent gloire ? La louange est enlevée au mort, puisqu'il n'est plus. C'est le vivant, le bien-portant, qui célébrera le Seigneur. Qu'elle est grande, la miséricorde du Seigneur ! Qu'il est grand, son pardon, pour ceux qui se convertissent à lui !

Les humains n'ont pas la toute-puissance, car un fils d'homme n'est pas immortel. Quoi de plus lumineux que le soleil ? Et pourtant, il disparaît. À plus forte raison, celui qui médite le mal, l'être de chair et de sang. Dieu passe en revue les astres dans les hauteurs du ciel, et à plus forte raison les humains, qui ne sont que terre et cendres.

Celui qui vit à jamais a créé l'univers entier. Seul le Seigneur sera reconnu juste. Il n'y en a pas d'autre que lui. Il tient le gouvernail du monde avec la paume de sa main, et tout obéit à sa volonté. Car par sa puissance, il est roi de l'univers. Les choses saintes, il les sépare des profanes.

À personne il n'a donné d'énumérer ses œuvres. Qui fera le tour de ses grandeurs ? Qui mesurera la puissance de sa majesté ? Et qui pourrait raconter ses miséricordes ? Rien à en retrancher, rien à y ajouter. On ne peut faire le tour des merveilles du Seigneur. Quand l'homme a fini, c'est à peine s'il commence. S'arrête-t-il ? Il mesure son indigence.

Qu'est-ce que l'homme ? Et à quoi est-il bon ? Quel sens a le bien qu'il fait ? Quel sens a le mal ? La durée de sa vie est de cent ans, tout au plus. Le moment du repos éternel est imprévisible pour chacun. Une goutte d'eau dans la mer, un grain de sable, voilà ses courtes années face à l'éternité.

C'est pourquoi le Seigneur est patient avec les humains et il répand sur eux sa miséricorde. Il voit et il sait combien leur fin est misérable. C'est pourquoi il pardonne sans compter. L'homme a pitié de son prochain. Le Seigneur, lui, a pitié de toute créature. Il corrige, il instruit, il enseigne. Comme un berger, il fait revenir son troupeau. Il a pitié de ceux qui accueillent son enseignement et qui observent avec empressement ses décrets.

Mon fils, quand tu fais le bien, n'y joins pas le reproche. Et quand tu donnes, n'ajoute pas des paroles amères. La rosée ne rafraîchit-elle pas la chaleur brûlante ? De même, une parole peut faire plus de bien qu'un cadeau. Ne vois-tu pas qu'une parole vaut mieux qu'un cadeau somptueux ? Eh bien, l'homme généreux unit l'une à l'autre. Le sot montre sa mesquinerie par ses reproches, et le cadeau de l'envieux fait monter les larmes aux yeux.

Avant de parler, informe-toi. Avant d'être malade, soigne-toi. Avant le jugement, fais ton examen de conscience. Lors de la visite du Seigneur, tu trouveras le pardon. Avant même de tomber malade, humilie-toi. Et quand tu as péché, montre du repentir.

Ne manque pas d'accomplir tes vœux au moment fixé, et n'attends pas la mort pour t'en acquitter. Prends tes dispositions avant de faire un vœu, et ne sois pas de ceux qui tentent le Seigneur. N'oublie pas la colère qui sévira au dernier jour, quand il châtiera en détournant sa face.

Au temps de l'abondance, souviens-toi du temps de famine. Au jour de richesse, rappelle-toi la pauvreté et le dénuement. Du matin au soir, les situations changent. Tout passe si vite devant le Seigneur. Un homme sage est toujours sur ses gardes. Au jour où le péché menace, il évite toute faute.

Quiconque est intelligent reconnaît la sagesse et rend hommage à celui qui l'a trouvée. Ceux qui parlent avec intelligence sont eux-mêmes des sages. Ils répandent comme une ondée de justes proverbes. Mieux vaut faire confiance au maître unique que de s'attacher d'un cœur mort à ce qui est mort.

Ne te laisse pas entraîner par tes passions et réfrène tes appétits. Si tu donnes pleine satisfaction à tes désirs, tu feras de toi la risée de tes ennemis. Ne mets pas ta joie dans une vie de plaisir. Ne t'endette pas par de telles dépenses. Ne tombe pas dans la misère à force d'emprunter pour courir les festins. Et quand tu n'as plus un sou en poche, ce serait en vouloir à ta propre vie.

Commentaire

Nous parlions la dernière fois d'un humanisme. C'est ce même humanisme que vous retrouvez encore une fois à l'œuvre dans ce passage, au chapitre 17, dans des passages qui sont vraiment très beaux. Voilà la manière dont Ben Sira parlait de la création humaine :

Dieu les a remplis de savoir et d'intelligence. Il leur a fait connaître le bien et le mal. Il a posé son regard sur leur cœur, leur montrant la grandeur de ses œuvres.

Ce qui veut dire, un : l'origine divine de l'âme humaine. Les hommes ont été créés par Dieu. Ce qui veut dire aussi que nous avons été créés à l'image de Dieu. C'était le verset 3 :

Il les a revêtus d'une force pareille à la sienne, et il les a faits à son image.

C'est la force de faire le bien. Et de là vient l'autorité de l'homme sur le monde :

Il a mis en tout vivant la crainte de l'être humain.

Ce qui veut dire que la vertu, la beauté humaine, la bonté humaine, c'est la manière pour l'homme d'actualiser sa condition humaine. C'est par générosité que Dieu a créé le monde. C'est par générosité qu'il a créé l'âme humaine. Et c'est cette générosité qu'il a imprimée comme le sceau de sa bonté, comme le reflet de sa splendeur, au fond de nous.

Leurs yeux ont vu la grandeur de sa gloire. Leurs oreilles ont entendu la majesté de sa voix.

Et il y a comme le sceau de sa voix, le souvenir de cette grandeur qui est enfoui au fond de notre âme.

Bon, je vous dis tout ça parce que dans tout ce que vous avez entendu du Siracide, il y a aussi pas mal de fois où l'on vous disait : « Fais gaffe, parce que si tu pèches, Dieu va te regarder et il sera sans pitié pour les impies. » Comme un côté négatif : c'était l'éducation par la crainte. N'empêche qu'il y a aussi un humanisme et la vision d'une beauté, d'une grandeur de l'homme dans le Siracide, qu'il n'y a que dans la Bible.

Et en guise de prière, je vous propose, comme c'était le thème d'aujourd'hui, de rendre grâce à Dieu pour la création de l'homme et de la femme qu'il a faits à son image. Et après tout, c'est pas rien.

Prière

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, Dieu de puissance et de bonté, Dieu de sagesse et d'amour, toi qui as créé l'homme et la femme sur la terre, je te rends grâce. Je te dis ma reconnaissance.

Tu m'as façonné à ton image. Tu nous as revêtus de force selon ta volonté. Tu as donné à mes proches un cœur pour penser, des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et une bouche pour chanter ta louange.

Que ma maison résonne de ta louange. Que ma famille contemple tes merveilles. Et que, Seigneur, mon existence soit remplie de ta loi et de ta vie.

Tu as mis devant moi, devant nous, devant nos proches, devant toute la communauté dans laquelle j'habite, tu as mis devant nous le chemin du bien et du mal. Tu nous as entourés de miséricorde, parce que tu sais que nous ne sommes que poussière.

Seigneur, Père de tendresse, tu ne méprises pas ton ouvrage. Tu m'appelles sans cesse à revenir vers toi, et même dans mes amis, je vois tes prévenances, Seigneur, pour tous ceux que j'aime. Tu accueilles avec patience celui qui se convertit.

Je te rends grâce, Seigneur, pour la dignité que tu as donnée à l'humanité. À toi, gloire, action de grâce et louange, aujourd'hui et pour les siècles des siècles. Amen.


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