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Jour 259 ☾ — La liberté, clef de la vie morale

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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 15 à 17 du Siracide, le frère Paul-Adrien lit le bonheur de celui qui atteint la sagesse, l'affirmation du libre arbitre de l'homme, la rétribution divine et l'ordonnancement de la création. Le commentaire prend de la hauteur pour dégager les fondements de la morale chrétienne semés comme des cailloux par le Siracide : la liberté qui fonde la responsabilité, la vie et la mort proposées au choix de l'homme, la possibilité toujours offerte d'observer les commandements. Le frère déploie ensuite, avec saint Thomas d'Aquin, les principes de l'anthropologie morale : la fin qu'est le bonheur, l'acte humain fait de raison et de volonté, les trois critères de moralité (intention, matière, circonstances) et la loi comme secours divin. L'épisode se termine par une prière pour demander l'attention à la raison, à la sagesse et à la liberté reçues de Dieu.

Introduction

Nous continuons le Siracide. Au menu d'aujourd'hui : le bonheur du sage, la liberté humaine responsable de ses choix, la rétribution divine. Siracide 15, 16, 17.

Lecture : Siracide 15-17

Ainsi agit celui qui craint le Seigneur. Celui qui est maître de la loi atteindra la sagesse. Elle vient à sa rencontre comme une mère, comme une épouse vierge elle l'accueillera. Elle-même le nourrit du pain de l'intelligence et lui donne à boire l'eau de la sagesse. Il s'appuie sur elle et ne chancelle pas. Il s'attache à elle et n'en rougit pas. C'est elle qu'il élève au-dessus de ses proches. Au milieu de l'assemblée, il ouvrira la bouche. Il trouvera la joie et recevra une couronne d'allégresse. Il aura pour héritage une renommée éternelle.

Jamais les insensés n'atteindront la sagesse. Les pécheurs ne la verront pas. Elle se tient loin de l'orgueil et les menteurs ne songent pas à elle. La louange sonne faux dans la bouche du pécheur parce que le Seigneur ne l'y a pas placée. C'est la sagesse qui fait jaillir la louange et le Seigneur l'amène à bien.

Ne dis pas : « C'est le Seigneur qui m'a dévoyé », car il ne fait pas ce qu'il a en horreur. Ne dis pas : « C'est lui qui m'a égaré », car il n'a que faire du pécheur. Tout ce qui est abominable est détesté du Seigneur et ne peut être aimé de ceux qui le craignent.

C'est lui qui, au commencement, a créé l'homme et qui l'a laissé à son libre arbitre. Si tu le veux, tu peux observer les commandements. C'est de ton choix qu'il dépend de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l'eau et le feu, et tends la main vers celui que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes. L'une ou l'autre leur est donnée selon leur choix, car la sagesse du Seigneur est grande, fort est son pouvoir et il voit tout. Ses regards sont tournés vers ceux qui le craignent. Il connaît toutes les actions des hommes, et il n'a commandé à personne d'être impie. Il n'a donné à personne la permission de pécher.

Ne souhaite pas beaucoup d'enfants qui ne seraient bons à rien et ne mets pas ta joie dans tes fils s'ils sont impies. Aussi nombreux qu'ils soient, ne t'en réjouis pas s'ils n'ont pas la crainte du Seigneur. Ne t'attends pas à ce qu'ils aient longue vie et ne te fie pas à leur nombre, car tu te lamenteras pour un deuil prématuré et tu seras surpris par leur fin. Un seul vaut mieux que mille, et il est préférable de mourir sans enfants que d'avoir des enfants impies. Il suffit d'une personne intelligente pour que la ville prospère, et la race des sans-loi sera anéantie.

J'ai vu de mes yeux bien des exemples et entendu de mes oreilles des cas plus graves encore. Un feu embrasait une assemblée de pécheurs et la colère de Dieu s'enflammait contre un peuple rebelle. Il n'a pas pardonné aux géants d'autrefois qui, sûrs de leur puissance, s'étaient révoltés. Il n'a pas épargné les habitants de Sodome. Leur orgueil lui faisait horreur. Il n'a pas eu pitié d'un peuple allant à sa perte qui se glorifiait dans ses péchés. Voilà comment il a traité des peuples au cœur endurci. Même de ses nombreux fidèles, il n'a pas eu pitié. C'est ainsi qu'il fit avec les six cent mille Israélites qui s'étaient ligués contre lui par dureté de cœur.

Il châtie et prend pitié. Il frappe et il guérit. Le Seigneur veille avec compassion et rigueur. Si un seul avait eu la nuque raide, son impunité aurait été surprenante, car dans le Seigneur il y a miséricorde mais aussi colère. Il pardonne avec magnificence mais répand aussi sa fureur. Telle est sa miséricorde, telle est sa sévérité. Il jugera les hommes sur leurs actes. Le pécheur ne s'échappera pas avec son butin. La patience de qui est religieux ne sera pas déçue. Il sera tenu compte de toute action charitable et chacun sera traité selon ses œuvres. Le Seigneur a endurci Pharaon si bien qu'il ne le reconnut pas, afin que les actes divins soient manifestés sous le ciel. À toute créature sa miséricorde se révèle. Il a donné en partage aux fils d'Adam et sa lumière et les ténèbres.

Ne dis pas : « Je me cacherai du Seigneur. Là-haut, qui se souviendra de moi ? Au milieu de la foule, je ne serai pas reconnu. Qui suis-je dans l'immense création ? » Car voici : le ciel et les cieux par-dessus le ciel, l'abîme et la terre seront ébranlés lors de sa visite. C'est par sa volonté que l'univers fut et qu'il se maintient. Les montagnes aussi bien que les fondements de la terre seront saisis d'un même effroi sous son regard. Mais le cœur ne réfléchit pas à tout cela. Qui prête attention à la manière dont Dieu agit ? Comme la tempête que l'homme ne peut prévoir, la plupart des œuvres de Dieu sont tenues cachées.

Ne dis pas : « Les œuvres de sa justice, qui les annonce et qui les attend ? Car elle est loin, l'alliance, et l'examen de toute chose n'aura lieu qu'à la fin. » Car c'est manquer de bon sens que de penser ainsi. L'homme égaré et stupide ne conçoit que des folies.

Écoute, mon fils, acquiers le savoir. Applique ton cœur à ce que je dis. Je te révélerai peu à peu ce que j'ai dû apprendre. Je te transmettrai le savoir avec exactitude.

Par un décret du Seigneur, ces œuvres existent dès l'origine. Dès leur création, il les a séparées pour les répartir. Il a mis en ordre sa création pour toujours et réglé pour la suite des temps l'activité des astres. Ils ne connaissent ni peine ni fatigue et n'interrompent jamais leurs tâches. Aucun ne heurte son voisin et jamais ils n'enfreindront la parole divine.

Après cela, le Seigneur a regardé la terre et l'a comblée de ses bienfaits. De toute espèce d'être vivant, il en a couvert la surface, et c'est à la terre qu'il retourne.

Commentaire

Aujourd'hui, ce sera un peu moins moral pratico-pratique. On va prendre un tout petit peu de hauteur pour parler des fondements de la morale chrétienne. Je dis ça parce que là, au hasard de la conversation, il y avait le Siracide qui voulait jeter un principe par là, un autre principe par là.

C'est le verset 14 :

C'est lui qui, au commencement, lors de la création du monde, a créé l'homme et l'a laissé à son libre arbitre.

Là, vous avez un premier principe moral : la liberté humaine qui fonde la responsabilité morale. Je le dis en passant : pourquoi Dieu nous a-t-il rendus libres ? Parce qu'il faut être libre pour pouvoir aimer. Dieu veut que nous l'aimions, mais pour que nous puissions l'aimer vraiment, pour ce que ça veut dire, il faut qu'on puisse lui dire « oui, je t'aime » ou « non, je ne t'aime pas ». C'est pour ça qu'il nous a rendus libres, et c'est ça qui fonde notre responsabilité morale.

On vous a donné un deuxième principe :

La vie et la mort ont été proposées par Dieu aux hommes. L'une ou l'autre leur est donnée selon leur choix.

Ça, ça vous donne l'autre principe chrétien de la morale : le sens de la vie humaine, c'est le bonheur, la vie.

Et on vous a énoncé ensuite un troisième principe :

Si tu le veux, tu peux observer les commandements. Il dépend de ton choix de rester fidèle.

Sous-entendu : on n'est jamais tenté au-delà de nos forces. Quelles que soient les situations, même problématiques, dans lesquelles on est, il y a toujours moyen de rester droit dans ses bottes. C'est hyper libérateur de se dire ça. Évidemment, ça pose plein de questions sur ce qu'on appelle les contraintes, quand on est ignorant, quand on est dans des situations où il y a plein de violences, etc. N'empêche que derrière, il y a une forme d'humanisme : l'homme est libre, il est fait pour être heureux, et le bien est en son pouvoir. Et il y a une grandeur dans l'homme qui lui confère une responsabilité morale.

Nouveau principe de la vie morale. Vous voyez, c'est comme les petits Poucets : le Siracide, il vous les jette comme des petits cailloux sur votre chemin. C'était le verset 19 :

Ses regards — les regards de Dieu — sont tournés vers ceux qui le craignent. Il connaît toutes les actions des hommes.

Ce n'est pas que Dieu soit un père fouettard qui joue au gardien de prison ou au surveillant. C'est que la grandeur de l'homme fait que ça intéresse Dieu, et que ce que nous vivons, il veut le vivre avec nous.

Alors moi, je me dis : il y avait dans le texte pas mal de grands principes de la vie morale chrétienne. Bon, eh bien, autant aller jusqu'au bout. On est entre nous. Parvenir à ce stade-là, c'est ce qu'on appelle l'anthropologie morale. Et là, pour le coup, je ne vais pas m'embêter, je vais ressortir mon Thomas d'Aquin et puis je vais vous donner les autres : la description de la condition humaine, voir les facultés intérieures qui le rendent agent libre et responsable. Puisque c'est le sujet d'aujourd'hui, autant vous les redonner.

Premier principe, principe fondamental. La morale chrétienne, c'est-à-dire la manière de vivre, c'est une philosophie. Ça commence par une question : comment être heureux. Et la réponse que vous donnent les chrétiens, c'est que le sens de la vie humaine, c'est d'être heureux, et que le bonheur, c'est de voir Dieu. La vision béatifique, principe de la vie morale. C'est ce que dira Bossuet : Jésus n'est venu sur terre que pour donner aux hommes le moyen d'être heureux. C'est pour ça qu'il a donné l'Évangile.

Deuxième principe : l'acte moral. C'est un acte humain qui mêle la raison et la volonté. C'est-à-dire qu'un acte n'est moral — c'est-à-dire qu'il n'est susceptible d'être bien ou d'être mauvais — que s'il est volontaire, s'il procède de la liberté. Ce qu'on avait entendu :

C'est lui qui, au commencement, a créé l'homme et l'a laissé à son libre arbitre.

Il n'y a pas de moralité sans consentement intérieur à l'action. D'où toutes les facultés humaines qui concourent : vous avez l'intelligence qui discerne le bien, la volonté qui le désire, et les forces humaines qui le réalisent.

Troisième principe — les critères de l'acte moral. Qu'est-ce qui fait qu'une action est bonne ou qu'une action est mauvaise ? La première chose, c'est l'intention. Puisque ça procède de votre liberté, c'est le pourquoi vous avez fait cet acte-là. C'est votre intention qui qualifie principalement votre morale. Si ce que vous faites part d'une bonne intention, l'action est bonne. Si elle procède d'une intention qui est mauvaise, elle sera mauvaise. C'est pour ça qu'il faut prendre le temps de discerner, pour purifier son intention.

Ensuite, autre critère de moralité : il y a l'action elle-même, ce qu'on appelle la matière de l'acte. Parce que parfois, on a beau avoir les meilleures intentions du monde, il y a des actions, quoi qu'on fasse, ça ne passe pas. Ce qu'on appelle des actes intrinsèquement désordonnés. Par exemple, un adultère : vous avez beau avoir les meilleures intentions du monde, un adultère, ça reste un adultère.

Et puis, troisième critère : les circonstances. Les circonstances atténuent la culpabilité, mais elles ne la suppriment pas totalement. Par exemple, si jamais vous avez un mauvais caractère, ça atténue votre culpabilité, mais ça ne la supprime pas totalement non plus. Il ne faut pas exagérer, quand même. Vous pouvez avoir d'autres circonstances atténuantes : la contrainte extérieure, l'ignorance. Mais ce que vous dit quand même ce chapitre, c'est que ça diminue la culpabilité ; il n'est pas dit que ça l'enlève toujours, tout le temps.

Quatrième principe : il y a Dieu qui est là pour faire votre éducation et pour vous aider. Il va vous donner ce qu'on appelle la loi. La loi naturelle, la loi divine, les oracles, les prophètes, la Torah. C'est cette voix à l'intérieur de vous qui vous dit là où est le bien. C'est cette loi dans les commandements de Moïse qui vous permet de mieux discerner le bien et le mal. C'est Dieu qui ne vous a pas laissé tout seul et qui vous envoie sa lumière et sa grâce pour vous donner la force de faire le bien. C'était le chapitre 15, verset 1 :

Celui qui est maître de la loi atteindra la sagesse.

Verset 3 :

Elle-même le nourrit du pain de l'intelligence et lui donne à boire l'eau de la sagesse.

Il y a des secours, il y a une grâce que Dieu a préparée pour vous permettre de cheminer dans le chemin de la moralité.

Bon, eh bien voilà. Saint Thomas d'Aquin, ça a permis de mieux le classer et de mieux voir tout l'ordonnancement. N'empêche que tous les grands principes de la morale chrétienne que moi j'applique quand je confesse, pour aider les gens à discerner le bien du mal, là où il y a vraiment culpabilité, là où il n'y a pas culpabilité, ça vient de textes comme ça. C'est le premier manuel à l'usage des confesseurs, ce livre.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, donne-moi d'être toujours attentif à la voix de la raison en moi. Seigneur, donne-moi d'être toujours attentif à la voix de la sagesse dans tes Écritures. Seigneur, donne-moi d'être attentif à cette liberté que tu as mise en moi, et fais que je l'utilise pour m'élever jusqu'à toi. Seigneur, donne-moi de choisir la vie, et en choisissant la vie, de te choisir toi, la vie éternelle.

Amen.


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