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Jour 262 ☾ — Corriger… ou se taire ?

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Résumé : Le frère Paul-Adrien lit les chapitres 21 et 22 du Siracide, longue galerie de portraits du sot opposé à l'homme avisé. Le commentaire part du verset « une remontrance mal à propos est comme de la musique un jour de deuil » pour exposer les trois critères de la correction fraternelle : viser le bien de la personne, être pédagogique, être l'autorité compétente. Il rappelle la procédure de l'Évangile selon saint Matthieu et souligne combien elle est rarement réunie : dans le doute, on ne juge pas. Mais il existe un cas limite, le sot — non pas le simple d'esprit, mais le paresseux spirituel — dont le cerveau est « une cruche fêlée » et devant qui la sagesse consiste à prendre ses distances.

Introduction

Oh, aujourd'hui, on va parler de la sottise. Vous allez avoir droit à un long passage, assez drôle d'ailleurs, sur les sots. Amusez-vous bien. Siracide 21-22.

Lecture : Siracide 21-22

Mon fils, tu as péché ? Ne recommence plus, mais demande pardon pour le péché. Comme devant le serpent, fuis devant le péché, car si tu approches, il te mordra. Ses dents sont les dents d'un lion, elles arrachent la vie des hommes. Toute transgression de la loi est une épée à deux tranchants, dont la blessure est inguérissable.

La folie des grandeurs et l'insolence dilapident une fortune, et c'est pourquoi la maison du prétentieux s'écroulera. La prière du pauvre va droit de ses lèvres aux oreilles de Dieu, il ne tardera pas à faire justice. Qui refuse les remarques suit la trace des pécheurs. Qui craint le Seigneur se convertit dans son cœur. Le beau parleur se fait connaître partout, mais ses points faibles sont perçus par quelqu'un d'avisé.

Construire sa maison avec l'argent d'autrui, c'est amasser des pierres pour sa tombe. Un groupe de gens sans loi est un paquet de filasse qui finira dans la flamme et le feu. La route des pécheurs est plane, sans aucune pierre, mais l'abîme de la mort est au bout. Celui qui observe la loi reste maître de ses pensées. La crainte du Seigneur trouve sa perfection dans la sagesse.

Qui n'est pas habile n'apprend rien, mais il est une habileté qui déborde d'amertume. La connaissance du sage est débordante, elle coule à flot, et ses conseils sont source de vie. Le cerveau du sot est une cruche fêlée, il ne retient rien de ce qu'il apprend.

Une parole sage vient-elle aux oreilles de qui est instruit ? Il l'approuve et renchérit. Un débauché l'entend, elle lui déplaît et il la rejette loin derrière lui. Les commentaires du sot sont un bagage pesant, mais à la conversation de qui est sensé, on trouve plaisir. On cherche à entendre quelqu'un d'intelligent dans l'assemblée, et chacun médite en son cœur sur ce qu'il dit.

La sagesse que possède le sot est une maison en ruine, et le savoir d'un idiot n'est que propos incohérents. L'instruction est une entrave au pied de l'imbécile, elle est une chaîne à sa main droite. Le sot ne peut rire sans élever la voix, l'homme avisé sourit discrètement. L'instruction est une parure d'or sur qui a du bon sens, elle est un bracelet à son bras droit.

Le sot entre dans les maisons d'un pas rapide, l'homme d'expérience se présente à l'entrée avec modestie. Dès la porte, le rustre plonge le regard à l'intérieur, tandis que l'homme bien élevé reste dehors. Écouter aux portes dénote un manque d'éducation, et quelqu'un de sensé aurait honte de le faire. Les lèvres des gens qui réfléchissent peu débitent des sottises, mais les paroles des personnes sensées sont pesées à la balance. Les sots n'ont de cœur que leur bouche, mais les sages n'ont de bouche que leur cœur.

Quand un impie maudit son adversaire, c'est lui-même qu'il maudit. Le médisant se salit lui-même et de son entourage il se fait détester.

Le paresseux ressemble à une pierre crottée, et tous le persiflent à cause de son déshonneur. Le paresseux ressemble à un tas de fumier, tous ceux qui en ramassent secouent la main.

Un fils mal élevé est la honte de son père, la naissance d'une fille lui est un préjudice. Une fille intelligente trouvera un mari, mais la dévergondée fait le désespoir de son père. Une femme effrontée est une honte pour son père et son mari, ils la mépriseront l'un et l'autre.

Une remontrance mal à propos est comme de la musique un jour de deuil, mais le fouet et la correction sont sagesse en tout temps. Des enfants qui ne manquent de rien et se conduisent honnêtement font oublier la modeste origine de leurs parents. Des enfants qui se targuent d'être méprisants et mal élevés ternissent la noble origine de leur famille.

Instruire un sot, c'est recoller les débris, c'est vouloir réveiller quelqu'un abruti de sommeil. Et s'entretenir avec un sot, c'est parler à quelqu'un d'assoupi, et à la fin il demandera : « De quoi s'agit-il ? »

Pleure sur un mort, il est privé de lumière. Pleure sur un sot, il est privé d'intelligence. Et pleure un peu moins sur le mort : il a trouvé le repos, alors que la vie du sot est pire que la mort. Pour un mort, le deuil dure sept jours. Pour le sot et l'impie, tous les jours de leur vie.

Ne multiplie pas les entretiens avec un insensé et ne va pas chez un idiot, car il est grossier et ne respectera rien de ce qui est à toi. Détourne-toi de lui, tu auras la paix au lieu d'être exaspéré par sa bêtise. Qu'y a-t-il de plus lourd que le plomb ? Et quel est son nom, sinon le fou ? Sac de sable, bloc de sel ou masse de fer sont un fardeau moins lourd qu'un insensé.

Une charpente de bois bien ajustée à une construction ne se laisse pas disloquer par un tremblement de terre. De même, un cœur fixé dans le dessein qu'il a mûri ne se laisse pas ébranler au moment critique. Un cœur qui s'appuie sur une réflexion intelligente tient bon, comme le crépi de mortier d'un mur sans défaut. Une palissade posée sur une hauteur ne résiste pas au vent. De même, un cœur lâche, nourri de sottes pensées, ne résiste pas à la peur.

Qui blesse l'œil fait couler des larmes. Qui blesse le cœur révèle les sentiments. Qui jette une pierre à des oiseaux les fait fuir. Qui offense un ami brise l'amitié. Si tu as brandi l'épée contre un ami, ne désespère pas, un retour est possible. Si tu as eu des mots avec un ami, ne t'inquiète pas, la réconciliation est possible. Mais s'il s'agit d'injure, de mépris, d'un secret trahi ou d'un coup perfide, cela fera fuir n'importe quel ami.

Gagne la confiance de ton prochain tandis qu'il est pauvre, pour qu'au cours de son bonheur, avec lui tu sois comblé. Au moment de la détresse, reste-lui fidèle, et tu auras une part quand il héritera. Car il ne faut pas toujours mépriser l'apparence, ni admirer un riche qui manque d'esprit.

Vapeurs et fumées précèdent l'incendie, et de même les injures annoncent l'effusion de sang. Je n'aurai pas honte de prendre la défense d'un ami, je ne me détournerai pas de lui. Mais s'il m'arrive du mal par sa faute, quiconque l'apprendra se gardera de lui.

Qui placera une garde à ma bouche et sur mes lèvres le sceau du discernement, pour que je ne tombe pas et que ma langue ne cause pas ma perte ?

Commentaire

Je commence par ce verset, chapitre 22, verset 6 :

Une remontrance mal à propos est comme de la musique un jour de deuil, mais le fouet et la correction sont sagesse en tout temps.

Et je profite de ce verset pour parler des reproches, de la remontrance, de comment faire l'éducation, ce qu'on appelle le jugement. Quand est-ce qu'on va voir quelqu'un — ça s'appelle la correction fraternelle — pour lui dire : « Écoute, ce que tu fais, je suis désolé, mais ça ne va pas. » Ce que vous disait ce verset, c'est qu'il y a un temps pour faire des reproches et il y a un temps pour ne pas en faire, et qu'une remontrance mal à propos, c'est comme de la musique un jour de deuil.

Alors, je ressors mon bon vieux livre de théologie morale, et voici les critères qu'il me donne. Il faut, un, viser le bien et la correction de la personne. Le but, ce n'est pas de se soulager, le but, c'est de viser le bien de la personne en face de soi. C'est une manière de l'aimer, en fait. Deux, il faut que ce soit pédagogique. Et « pédagogique », ça veut dire proportionné : donner à la personne les moyens de comprendre ce qui est en jeu, à sa mesure à elle. Peut-être que parfois on ne pourra pas tout dire. Et trois, il faut que ce soit l'autorité compétente. Un père peut reprendre ses enfants, un professeur peut reprendre ses élèves. Mais a priori, au travail, ce ne sont pas tous les collègues qui peuvent reprendre tout le monde, parce que sinon, on ne s'en sort pas. Il y a une hiérarchie et ça sert à ça. Normalement, si jamais il y a des choses qui sont insupportables, vous êtes censé prévenir la hiérarchie. Parfois la hiérarchie fait mal son boulot, mais quand même, normalement, c'est comme ça que ça se passe.

Donc il y a des critères, et quand ces critères sont réunis, on peut faire la correction fraternelle. Ce qui d'ailleurs se trouve dans l'Évangile, l'Évangile selon saint Matthieu : si ton frère a péché, va, prends-le à part ; s'il t'écoute, tu auras gagné un frère ; s'il ne t'écoute pas, prends deux ou trois témoins avec toi ; et s'il ne les écoute pas, dis-le à l'Église ; et s'il n'écoute pas l'Église, considère-le comme un publicain et un païen. Alors on vous donne même la procédure à suivre.

Donc il y a toute une procédure qui vise à respecter la charité et la justice. Et en fait, elle est tellement peu souvent validée, cette procédure… A priori, il faut faire attention, et dans le doute, on ne juge pas. Ce qui vous donne cette autre phrase de l'Évangile : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés. »

Sauf que c'est là où le Siracide intervient à nouveau. Parfois, on fait tout bien et ça ne sert quand même à rien, parce qu'il existe un contre-exemple : quelqu'un qui est réfractaire à la correction fraternelle. Et c'est le sot. Et le sot, c'était celui dont parlait le Siracide aujourd'hui.

Alors, faut-il le reprendre ou pas, le sot ? Jésus vous a dit peut-être : « Si jamais il vous demande pardon sept fois, jusqu'à soixante-dix fois sept fois, il faudra lui pardonner » — et recommencer. Mais là, on vous présentait un cas limite. Et le sot, vous avez beau faire tout ce que vous pouvez, il ne comprend jamais rien.

21,14 — Le cerveau du sot est une cruche fêlée, il ne retient rien de ce qu'il apprend.

Et c'est parce qu'en fait, le sot dont il est question, ce n'est pas quelqu'un qui est simple d'esprit, c'est quelqu'un qui est paresseux. Mais paresseux d'une paresse spirituelle. C'est-à-dire quelqu'un qui refuse de manière délibérée de fournir les efforts nécessaires à sa vie spirituelle. Et à force d'avoir refusé de fournir les efforts, il y a une sorte de torpeur intérieure qui s'est installée en lui, un sentiment d'indifférence et de découragement.

Saint Thomas d'Aquin dit qu'il y a deux caractéristiques principales de la paresse spirituelle. Il y a d'abord un dérèglement de l'émotion : il y a une tristesse qui s'installe à l'idée même de faire un effort devant le bien spirituel proposé par Dieu. Ça, c'est le dérèglement de l'émotion, la tristesse intérieure. Et il y a un dérèglement dans la volonté : c'est une lassitude à agir selon la charité divine.

Alors, ça veut dire que d'un côté, il faut corriger, il faut corriger fraternellement les gens ; et de l'autre côté, il y a des personnes qu'on ne peut pas corriger. La question, c'est : comment est-ce qu'on fait la part des choses ?

Alors là, c'était toujours dans ce chapitre-là. Ben Sira vous propose des petits critères. Comment est-ce qu'on reconnaît un sot ? C'est quoi la différence entre un sot qu'on peut corriger et un sot qu'on ne peut pas corriger ? Il y avait sa langue incontrôlée : il parle trop, trop vite et sans filtre. Il y a son refus d'écouter : il n'entend pas la réprimande, il est incorrigible. Il y a son inertie : son sommeil est comme une perte. Son absence de honte personnelle : c'est quelqu'un qui expose ses défauts sans pudeur, et manifestement, ça ne lui fait ni chaud ni froid. Il a perdu ce qu'on appelle la vergogne.

Bon, eh bien, quand vous en êtes là, ce que vous dit le Siracide, c'est que parvenu à ce stade-là, le mieux, c'est de prendre ses distances.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, apprends-moi la sagesse pour savoir quand corriger, comment corriger, et corriger avec pédagogie et bienveillance. Donne-moi d'aimer mon prochain avant de vouloir le reprendre. Donne-moi de discerner si c'est à moi de le dire, ou à moi de le supporter.

Seigneur, je te confie toutes les personnes que je n'ai pas réussi à reprendre, ou alors que j'ai mal reprises et que j'ai blessées. Je te confie aussi toutes les personnes que je n'ai pas voulu reprendre et que j'aurais dû reprendre.

Et puis aussi, Seigneur, je te confie moi-même : toutes les fois où on m'a repris, moi, et où je ne l'ai pas supporté. Pardon, Seigneur. C'était moi, le sot.


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