Jour 264 ☾ — Mari et femme : quand l’amour devient combat
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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 25 et 26 du Siracide, le frère Paul-Adrien lit les pages du sage sur la femme bonne et la femme mauvaise, sur le bonheur et le malheur du mari. Le commentaire ne cherche pas à excuser le texte : c'est probablement le passage le plus misogyne de la Bible, qui sent le patriarcat, et il faudra attendre Jésus et saint Paul pour la parfaite égalité de l'homme et de la femme. Le frère nuance cependant : ce n'est jamais la femme en tant que telle qui est visée, le style sapientiel est celui de l'hyperbole, et la Sagesse elle-même y est toujours figurée par une femme. Il annonce la revanche à venir avec le livre de Judith et termine en priant pour tous ceux, hommes et femmes, qui souffrent dans leur couple.
Introduction
Aujourd'hui, un thème qui se fait singulièrement proche de nous : la vie conjugale. Qu'est-ce que le Siracide a à dire du mari et de la femme ? Alors, je vous le dis tout de suite, je ne sais pas si je prendrais le Siracide pour thérapeute de couple, parce qu'il n'y va pas par le dos de la cuillère. Siracide 25-26.
Lecture : Siracide 25-26
Il est trois choses dont mon âme est éprise, et qui sont belles devant le Seigneur et devant les hommes : la concorde entre frères, l'amitié entre proches, une femme et un homme en parfaite harmonie.
Mais il est trois sortes de personnes que mon âme déteste et dont la manière de vivre m'irrite terriblement : le pauvre plein d'orgueil, le riche qui ment, et le vieillard vicieux dépourvu de bon sens.
Ce que tu n'as pas amassé dans ta jeunesse, comment le trouverais-tu dans ta vieillesse ? Qu'il est beau, à l'âge des cheveux blancs, d'avoir du jugement, et dans la vieillesse de savoir conseiller. Qu'elle est belle la sagesse des anciens, de même que la réflexion et le conseil chez les gens vénérables. La couronne des vieillards, c'est leur grande expérience. Leur fierté, c'est la crainte du Seigneur.
Il y a neuf choses qui me viennent à l'esprit et qu'au fond de moi j'estime heureuses, et ma langue peut encore en nommer une dixième : un homme qui trouve sa joie dans ses enfants, celui qui voit de son vivant la ruine de ses ennemis. Heureux aussi celui qui vit avec une femme intelligente, et celui qui ne laboure pas avec un bœuf et un âne, celui qui n'a pas failli par sa langue, celui qui n'a pas servi un maître indigne de lui. Heureux encore celui qui parvient au discernement, et celui qui s'adresse à un auditoire attentif. Qu'il est grand, enfin, celui qui a trouvé la sagesse ! Mais nul ne surpasse celui qui craint le Seigneur. Car la crainte du Seigneur est au-dessus de tout. Celui qui la possède, à qui peut-on le comparer ? L'amour du Seigneur commence avec la crainte, l'attachement avec la confiance.
Toutes les blessures, mais pas la blessure du cœur. Toutes les méchancetés, mais pas la méchanceté d'une femme. Tous les mauvais coups, mais pas les coups de ceux qui me haïssent. Toutes les revanches, mais pas la revanche des ennemis.
Il n'est pire venin que le venin du serpent, il n'est pire fureur que la fureur d'une femme. J'habiterai plus volontiers avec un lion ou un dragon qu'avec une femme mauvaise. La méchanceté d'une femme altère ses traits, sa mine sombre lui donne l'air d'une ourse. Son mari va chez les voisins prendre ses repas et ne peut réprimer de profonds soupirs. Toute malice est peu de chose à côté de la malice d'une femme : que tombe sur elle le sort des pécheurs !
Une montée sablonneuse sous les pas d'un vieillard, telle est la femme bavarde pour l'homme qui cherche le calme. Par la beauté d'une femme, ne te laisse pas subjuguer, ne convoite pas une femme. Colère, impudence et grande honte, quand la femme entretient son mari. Cœur abattu, visage sombre, blessure du cœur : voilà la femme mauvaise. Les mains négligentes, le pas traînant : voilà celle qui ne rend pas heureux son mari.
C'est par une femme qu'a commencé le péché, et c'est à cause d'elle que nous mourons tous. Ne laisse pas l'eau se répandre, ni une femme méchante parler sans frein. Si elle ne marche pas au doigt et à l'œil, sépare-toi d'elle.
Heureux l'homme qui a une bonne épouse : le nombre de ses jours sera doublé. La femme courageuse fait la joie de son mari, il possédera le bonheur tout au long de sa vie. Une femme de valeur, voilà le bon parti, la part que le Seigneur donne à ceux qui le craignent. Riches ou pauvres, il en est de même : ils ont le cœur joyeux en toutes circonstances et leur visage est souriant.
Il y a trois choses que redoute mon cœur, et une quatrième qui m'épouvante : une calomnie qui court la ville, un attroupement de la foule, une fausse accusation — tout cela est pire que la mort. Mais c'est un crève-cœur et une affliction qu'une femme jalouse d'une rivale : sa langue est un fouet qui n'épargne personne.
Une femme mauvaise, c'est comme un joug qui blesse les bœufs : vouloir s'en rendre maître, c'est saisir un scorpion. Une femme qui boit, c'est révoltant : elle ne pourra pas cacher son déshonneur. L'impudeur d'une femme se lit dans ses yeux effrontés et se reconnaît au jeu de ses paupières.
Si ta fille est aventureuse, monte bonne garde, de peur qu'elle ne profite de la moindre occasion. Sur ses regards aguicheurs exerce une surveillance, et ne t'étonne pas si elle te déshonore. Comme un voyageur assoiffé ouvre la bouche et boit la première eau qui est à sa portée, elle s'assied devant chaque seuil et à toute flèche elle ouvre son carquois.
La grâce de la femme enchante son mari et ses talents lui donnent le bien-être. Une femme qui sait se taire est un don du Seigneur, et rien ne vaut une femme préparée à la tâche. C'est la grâce des grâces qu'une femme discrète, une âme qui se maîtrise est un trésor sans prix. Un lever de soleil sur les montagnes du Seigneur, ainsi la beauté d'une épouse parfaite est la lumière de sa maison, une lampe qui brille sur le chandelier saint. Tel un beau visage sur un corps bien formé, des colonnes d'or sur un socle d'argent, ainsi de belles jambes sur des talons solides.
Mon fils, préserve la fleur de ta jeunesse et ne gaspille pas ta force au dehors. Cherche dans toute la plaine une bonne terre, sème-y ton grain, fais confiance à tes origines ; ainsi tes enfants après toi pourront avec fierté vanter leurs origines.
Une femme qui se laisse acheter ne vaut pas un crachat, alors que la femme fidèle à son mari est comme une tour : ce qui s'y attaque y trouve la mort. Une femme impie sera le partage du pécheur, la femme pieuse est donnée à celui qui craint le Seigneur. Une femme impudique consume sa vie dans le déshonneur, la jeune fille pudique est réservée même avec son mari. Une femme provocante ne sera pas respectée, pas plus qu'un chien ; celle qui a de la modestie craindra le Seigneur. Une femme qui honore son mari paraîtra sage aux yeux de tous ; celle qui le méprise sera jugée impie pour son orgueil.
Heureux l'homme qui a une bonne épouse : le nombre de ses années sera doublé. Une femme criarde et bavarde est comme la trompette au milieu des batailles : quiconque vit dans ces conditions passera sa vie dans les fracas de la guerre.
Il y a deux choses qui affligent mon cœur, et une troisième qui me met en colère : un soldat réduit à la misère, des hommes intelligents rejetés avec mépris, un homme qui délaisse la justice pour le péché — et celui-là, le Seigneur le destine à l'épée.
Commentaire
Mais, mais… c'est le texte le plus misogyne de la Bible que vous venez d'entendre ! Alors là, quand même, c'est propre, c'est clair, c'est net. 25,24 :
C'est par une femme qu'a commencé le péché, et c'est à cause d'elle que nous mourons tous.
Ève. Quelque chose que même saint Paul ne dit pas. Saint Paul, lui, vous dit que le péché vient d'Adam, parce que c'était lui qui était à la tête, c'est lui qui porte la responsabilité. Là, on vous dit que le péché est venu par une femme. Bon, donc je suppose que ça fait un partout, la balle au centre — et on n'oubliera pas que saint Paul est supérieur au Siracide dans le poids de la révélation. N'empêche que là, dans le contexte, ça donne quand même furieusement l'impression d'être misogyne, et ce n'est pas impossible que ce le soit.
Et puis, dans la manière de parler des femmes… ça, c'est drôle, parce que vous voyez, ce texte-là, il ne sort jamais. On n'arrête pas de me parler de saint Paul quand il dit : « Femmes, soyez soumises à vos maris. » En fait, dans la tête de saint Paul, la soumission, c'est une vertu, c'est une bonne chose. Tous les chrétiens doivent être soumis les uns aux autres, en général ; les femmes, en particulier, à leurs maris. Et juste après, aux maris il dit : « Et puis vous, donnez votre vie pour vos femmes. » Donc la misogynie de saint Paul, quand on connaît saint Paul, quand on voit comment toute sa vie il a travaillé avec des femmes — non, ça, je suis désolé, je n'achète pas.
Par contre, le texte que vous venez d'entendre, c'est plus difficile à sauver. En même temps, mesdames, mesdemoiselles, je rassure tout le monde : on n'a jamais dit que le Siracide, c'était le sommet de la révélation. À la parfaite égalité homme-femme, je ne vais pas vous mentir, il va falloir attendre Jésus. Et d'ailleurs, ce saint Paul que parfois on qualifie de misogyne, c'est lui qui va théoriser ça en disant : « Dans le Christ, il n'y a plus ni homme ni femme, il y a le Christ qui est tout en tous. » Jésus n'est pas encore venu.
En attendant, vous aurez dans le livre de Judith un lot de consolation. Avec Judith, mesdames, mesdemoiselles, je vous offrirai votre revanche. Attendez un petit peu, et là, vous allez pouvoir vous faire plaisir, je vous promets. Judith, c'est le MeToo de la Bible. Ça existe, il y en a, donc ça relativise aussi le Siracide.
Donc là, maintenant, il y avait des phrases que vous venez d'entendre pour lesquelles, je suppose, il vaut mieux en rire qu'en pleurer. « Mieux vaut vivre avec un lion qu'avec une femme querelleuse. » « Toute malice est petite au regard de la malice d'une femme. » Mais vous l'avez aussi entendu, Siracide 26,1 :
Heureux le mari d'une femme bonne, ses jours seront doublés. La grâce d'une femme réjouit son mari, sa discrétion ajoute de la chair à ses os.
Peut-être que vous me direz que même quand il fait des compliments à la femme, ça reste encore sexiste et misogyne. Peut-être.
Bon. Maintenant qu'on a reconnu le problème, c'est toujours bien aussi d'être un tout petit peu nuancé. Premièrement : il n'y a pas de damnation sur la femme en tant que femme. Ce qui est toujours décrié, c'est une femme querelleuse, c'est une femme mauvaise. Ce n'est pas la femme en tant que telle. Même si, je le reconnais, le mari n'est jamais mis en cause — ça, c'est vrai.
Deuxièmement, c'est ce que je vous disais la dernière fois quand on parlait du sot : il y a un petit côté second degré. Les contrastes sont tellement exagérés qu'on est dans une figure de style. C'est une hyperbole. C'est un genre, c'est le style sapientiel.
Et puis, alors, ça, ça vous convainc ou ça ne vous convainc pas, mais il ne faut pas oublier une chose : c'est que dans tous ces livres-là, on a peut-être dit que le péché était venu par une femme, mais la Sagesse, elle, est comparée sans cesse à une femme. Et la Sagesse, dans la bouche du Siracide, ça veut dire quelque chose. Enfin, dire que la Sagesse est une femme, qu'elle s'incarne dans une femme, dans la tête du Siracide, c'est le plus beau compliment qu'il peut faire à la condition féminine.
Bon, maintenant qu'on a dit ça, il faut connaître les limites de son talent. Moi, je ne vais pas essayer de sauver ce qui n'est pas sauvable : c'est quand même un texte qui sent bon le patriarcat. Voilà, point à la ligne.
En attendant, il pose quand même de bonnes questions. Premièrement, le choix du conjoint — que ce soit le mari, que ce soit la femme. Parce que quand le Siracide dit « toutes les blessures, mais pas la blessure du cœur »… choisir son conjoint, c'est probablement une des tâches les plus difficiles dans la vie, parce que de votre mariage va dépendre une grande partie de votre bonheur. Donc le sujet est mal amené, mais ça pose quand même une ou deux bonnes questions.
Moi, quand je lisais ce passage, je pensais à tous ces couples malheureux. Parce qu'en fait, c'est peut-être ça qu'il y a derrière : c'est le Siracide qui vous dit « faites attention ». Alors là, c'est mal amené et c'est toujours unilatéral ; n'empêche qu'il ne faut pas oublier toutes les larmes et tous les malheurs des couples qu'il y a derrière. En tout cas, ce sera le sens de ma prière pour aujourd'hui. Nous prions pour ceux qui sont malheureux en couple, qu'il s'agisse de l'homme, qu'il s'agisse de la femme, qu'il s'agisse des deux.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur, je te confie tous les couples brisés, tous les couples désunis, tous les couples qui ne s'entendent pas, tous les couples où il y a un conjoint qui crie sur l'autre, tous les couples où on a peur de rentrer à la maison, la boule au ventre, en se demandant ce qui va nous attendre.
Seigneur, je te confie tous ceux qui souffrent chez eux. Seigneur, je te demande de leur donner la grâce de la patience, la grâce de la longanimité. Je te demande la grâce de cette vertu qui permet, au milieu des longues épreuves et des longues difficultés, de continuer à trouver le chemin d'un bonheur, un bonheur peut-être plus sobre, mais un bonheur malgré tout.
Seigneur, je te demande, s'il te plaît, d'être la joie qui manque à ces femmes délaissées, à ces maris abandonnés. Seigneur, je te les confie et je les remets à ton amour. Amen.
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