Jour 265 ☼ — Quand le roi oublie sa mission
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Résumé : Dans cet épisode, le frère Paul-Adrien lit le chapitre 25 du deuxième livre des Chroniques, consacré au règne d'Amazias : le recrutement puis le renvoi des mercenaires israélites, la victoire sur Édom suivie d'une adoption des dieux édomites, la guerre perdue contre Joas roi d'Israël et la mort du roi dans un complot. Le commentaire éclaire la racine du péché d'Amazias : avoir voulu faire la guerre avec une armée professionnelle plutôt qu'avec des fidèles, oubliant que la force d'Israël est Dieu lui-même. Le frère rappelle l'idéal du livre des Chroniques — David et Salomon organisant le culte — et poursuit son parallèle avec les papes : le problème des rois de Juda, c'est quand ils ne veulent pas gouverner à la manière des papes, comme le problème des papes, c'est quand ils veulent gouverner à la manière des rois. L'épisode se termine par quelques versets du livre des Proverbes.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. Nous en sommes au 265ème jour. Mais qui l'eût cru ? On est dans notre dernière ligne droite pour essayer de terminer l'Ancien Testament. Mais si, je vous jure ! On n'y est pas encore, mais c'est le dernier grand bloc.
On est passé de la figure du patriarche — Abraham, Moïse — à la figure des juges, puis à la figure du roi. Et voilà que maintenant, c'est ce que je vous proposais avec ce parallèle avec les papes, on voit à nouveau que la figure du roi est en train d'évoluer vers le grand prêtre. On aura le temps de reprendre ça d'ailleurs dans les commentaires aujourd'hui, vous allez voir, c'est pas mal.
Il nous reste encore une dernière évolution peut-être à faire, c'est d'arriver à faire converger sur cette figure tout ce qu'on a vu en termes de prophéties : le roi messianique, le fils de l'homme, le fils de David, le chant du serviteur d'Isaïe. Il faut que toutes ces prophéties messianiques à couleur apocalyptique, il faut encore qu'on les fasse converger sur cette figure du roi, et on aura terminé l'Ancien Testament.
Donc écoutez, on se motive les uns les autres là : moi en vous faisant des commentaires, et vous, vous savez comment faire. Je vous rappelle qu'il y a des liens en bas des descriptions, parce que votre générosité parle directement à mon cœur et à mon ventre aussi, parce qu'il faut bien payer les patates. Vous sentez comment à chaque fois je vous parle des patates que je mange, ça en dit long sur la diète que je m'impose pour donner le meilleur de moi-même pour vous, mes petits bichons. Allez, soyez sympas, les liens sont en bas.
Aujourd'hui, il y a un nouveau roi. Sera-t-il meilleur que le précédent ? Le roi Amazias, dont nous allons entendre l'histoire tout au long de ce chapitre. On avait déjà entendu son histoire, oui, mais là, on va combler les trous.
Lecture : 2 Chroniques 25
Amazias avait vingt-cinq ans lorsqu'il devint roi, et il régna vingt-neuf ans à Jérusalem. Sa mère s'appelait Joadane, elle était de Jérusalem. Il fit ce qui est droit aux yeux du Seigneur, mais non pas d'un cœur sans partage.
Lorsque sa royauté fut affermie, il tua ceux de ses serviteurs qui avaient frappé le roi son père. Et leurs fils, il ne les mit pas à mort, selon ce qui est écrit dans la Loi, le livre de Moïse, où le Seigneur a donné cet ordre : « Les pères ne mourront pas à la place des fils, les fils ne mourront pas à la place des pères, mais chacun mourra pour son propre péché. »
Amazias réunit les gens de Juda et les organisa en familles, avec officiers de milliers et officiers de centaines, pour tout Juda et Benjamin. Il recensa ceux qui avaient vingt ans et plus. Il trouva trois cent mille hommes d'élite, aptes à rejoindre l'armée, maniant la lance et le bouclier. De plus, il recruta en Israël, pour cent talents d'argent, cent vingt mille guerriers.
Mais un homme de Dieu vint le trouver pour lui dire : « Ô roi, il ne faut pas qu'une armée d'Israël se joigne à toi, car le Seigneur n'est pas avec Israël, avec tous ces fils d'Éphraïm. Si elle vient, tu auras beau combattre avec courage, Dieu te fera trébucher devant l'ennemi, car Dieu a le pouvoir de secourir et de faire trébucher. »
Amazias dit à l'homme de Dieu : « Que faire alors des cent talents que j'ai donnés à la troupe d'Israël ? » L'homme de Dieu répondit : « Le Seigneur peut te donner beaucoup plus que cela. »
Amazias mit à part la troupe qui lui était venue d'Éphraïm, et la renvoya chez elle. Mais la colère de ces gens s'enflamma fort contre Juda, et ils retournèrent chez eux enflammés de colère.
Amazias, ayant pris de l'assurance, emmena son peuple. Il se rendit dans la vallée du Sel et frappa dix mille des fils de Séïr. Les fils de Juda en prirent vivants dix mille autres, qu'ils emmenèrent au sommet de la roche, et ils les précipitèrent du sommet de la roche, et tous s'écrasèrent au sol.
Quant aux hommes de troupe qu'Amazias avait renvoyés pour qu'ils n'aillent pas à la guerre avec lui, ils se jetèrent sur les villes de Juda, depuis Samarie jusqu'à Beth-Horon. Ils frappèrent trois mille habitants et s'emparèrent d'un grand butin.
À son retour, après avoir battu les Édomites, Amazias ramena les dieux des fils de Séïr, les établit comme ses dieux, se prosterna devant eux, et pour eux brûla de l'encens. Le Seigneur s'enflamma de colère contre Amazias et lui envoya un prophète pour lui dire : « Pourquoi consultes-tu les dieux de ce peuple, alors qu'ils n'ont pas su sauver leur peuple de ta main ? »
Pendant qu'il parlait, Amazias lui dit : « Ne t'avons-nous pas institué conseiller du roi ? Arrête ! Faut-il qu'on te frappe ? » Le prophète s'arrêta, mais il dit : « Je sais que Dieu a résolu de te détruire, parce que tu as fait cela et que tu n'as pas écouté mon conseil. »
Après avoir tenu conseil, Amazias, roi de Juda, envoya des messagers à Joas, fils de Joachaz, fils de Jéhu, roi d'Israël, pour lui dire : « Viens, affrontons-nous. » Joas, roi d'Israël, envoya à son tour des messagers à Amazias, roi de Juda, pour lui dire : « Le chardon du Liban envoya dire aux cèdres du Liban : "Donne ta fille pour femme à mon fils." Mais une bête sauvage du Liban est passée, et elle a piétiné le chardon. Tu te dis que tu as vaincu Édom ? Alors ton cœur s'enorgueillit et se glorifie. Reste donc chez toi. Pourquoi provoquer le malheur et tomber, toi et Juda avec toi ? »
Mais Amazias n'écouta pas. Cela était voulu par Dieu afin qu'il soit livré, lui et son peuple, aux mains de l'adversaire, pour avoir consulté les dieux du pays d'Édom.
Alors Joas, roi d'Israël, se mit en marche, et ils s'affrontèrent, lui et Amazias, roi de Juda, à Beth-Shémesh, qui appartient à Juda. Ceux de Juda furent battus devant Israël et ils s'enfuirent chacun à sa tente. Quant à Amazias, roi de Juda, fils de Joas, fils d'Ochozias, Joas, roi d'Israël, le fit prisonnier à Beth-Shémesh et il le ramena à Jérusalem. Il fit au rempart de Jérusalem une brèche de quatre cents coudées, depuis la porte d'Éphraïm jusqu'à la porte de l'Angle. Joas prit tout l'or et tout l'argent, tous les objets qui se trouvaient dans la maison de Dieu sous la garde d'Obed-Édom, et les trésors de la maison du roi, ainsi que des otages. Puis il retourna à Samarie.
Amazias, fils de Joas, roi de Juda, vécut encore quinze ans après la mort de Joas, fils de Joachaz, roi d'Israël. Le reste des actions d'Amazias, des premières aux dernières, cela n'est-il pas écrit dans le livre des rois de Juda et d'Israël ?
À partir du moment où Amazias se détourna du Seigneur, certains à Jérusalem tramèrent un complot contre lui. Il s'enfuit dans la ville de Lakish, mais on envoya des gens à sa poursuite à Lakish, et c'est là qu'il fut mis à mort. Puis on le transporta sur des chevaux et on l'ensevelit avec ses pères dans la ville de Juda.
Commentaire
Une lecture courte, ça fait du bien. Alors, cette histoire, on l'avait déjà entendue. On avait le squelette, et normalement il n'y a rien de nouveau, sinon que vous l'aviez peut-être oublié. Mais cette guerre avec Édom, on l'avait. Cette tentative de faire la guerre contre Israël, on l'avait. Même la réponse moqueuse du roi d'Israël, sous forme de parabole, avec cette histoire de cèdre et de chardon, on l'avait aussi. Donc le squelette, on l'avait.
Tiens, d'ailleurs, petite parenthèse : pourquoi est-ce qu'on parle du cèdre et du chardon ? Si on compare Israël à un cèdre, c'est parce qu'ils sont près des grandes richesses commerciales de Tyr et de Sidon, et qu'ils sont majestueux comme un cèdre. Et si, au contraire, on compare Juda à un chardon, c'est parce que Juda vit dans les régions montagneuses et que les seules choses qui poussent là-bas, c'est les mauvaises herbes.
Ce qu'il y a de nouveau, c'est qu'on donne plus de chair à l'histoire d'Amazias. On vous parle de cette histoire de mercenaires, qui finit par se retourner contre lui, ce qui permet d'expliquer une question laissée en suspens. Dans le livre des Rois, on ne comprenait pas très bien pourquoi Amazias était parti en guerre contre Israël. Eh bien là, on vous donne la réponse : c'était pour récupérer les villes dont les mercenaires israélites s'étaient emparés, afin de se venger de n'avoir pas été employés pour la guerre.
Ça, ça veut dire double peine, parce que non seulement il a perdu de l'argent à employer des mercenaires israélites, mais en plus il n'a pas réussi à récupérer les villes, et même Jérusalem s'est fait occuper. Et même, je pourrais dire, triple peine, parce qu'à la fin on vous explique qu'à cause de cela, il va finir tué, assassiné.
Ce qui est intéressant, c'est de voir la racine du péché qu'il y a derrière. La racine du péché, c'est qu'Amazias a voulu partir à la guerre avec une armée professionnelle. Vous allez me dire : c'est bizarre de reprocher de vouloir partir à la guerre avec une armée professionnelle. Et c'est vrai que normalement, les mercenaires, c'étaient les meilleurs soldats de l'époque. Tous les empires ont utilisé des mercenaires. Mais d'après la Bible, l'armée avec laquelle vous devez partir à la guerre, si vous devez partir à la guerre, ce n'est pas avec des soldats professionnels. C'est un peu curieux de le dire comme ça, mais n'empêche que c'est vrai. C'est avec des fidèles que vous devez partir à la guerre.
La vraie force d'une armée, on n'arrête pas de le dire, c'est Dieu. Donc normalement, vous partez à la guerre avec des lévites, en chantant, en priant, en jeûnant avant. Et ces Israélites mercenaires, ils ressemblent à des Judéens, mais en fait, ils n'ont plus la même foi que leurs anciens coreligionnaires.
Alors on pourrait se dire : bon, d'accord, mais dire que quand on part à la guerre il faut que ce soit une guerre sainte, une guerre de fidèles, on se dit que c'est encore pire, cette affaire. Il faut bien comprendre ce que la Bible veut dire derrière. Dieu qui remporte la guerre pour vous, sans même que vous ayez à livrer la bataille, c'est quand même une manière assez paradoxale d'inscrire la non-violence là où on s'y attend le moins, au cœur même de la guerre. Mais ça, ce n'est possible que si les fidèles partagent la même foi. C'est la prière qui doit porter une armée.
On a vu comment le but d'Israël, ce n'était pas d'établir un ordre, un empire militaire sur terre, mais c'était d'établir un empire liturgique. C'est pour ça qu'on a passé autant de temps sur le Temple et Jérusalem dans les premiers chapitres : c'était pour construire la capitale de cet empire liturgique. Et le boulot principal des rois de Juda, c'est de protéger cet empire liturgique, de protéger le Temple. Sauf que ça n'a pas de sens de le faire avec des soldats professionnels. Ça a du sens de le faire avec des fidèles, avec des prêtres, avec une armée qui ressemble à une procession liturgique — oui, mais pas avec des mercenaires. Si jamais vous mettez les choses comme ça, vous voyez qu'en fait, cette notion de guerre sainte, il commence à y avoir quelque chose de beau derrière. Bon, pour l'instant c'est très flou, mais il y a une perle précieuse que vous commencez à deviner derrière.
On l'a vu, la figure de David qu'on nous a présentée. On l'a vu, la figure de Salomon qu'on nous a présentée dans le livre des Chroniques. C'étaient des rois dont la principale tâche était de défendre le Temple et d'organiser le culte. Sauf que ça, pour nous, c'était il y a huit, dix chapitres. Et comme on a des mémoires de poisson, on l'a oublié. Donc quand on voit des rois qui partent faire la guerre, on trouve ça normal. On se dit : il y a des bons rois, il y a des mauvais rois, il y a des rois qui sont un peu plus pieux, il y a des rois qui sont un peu moins pieux. Ça veut simplement dire qu'on a oublié l'idéal du livre des Chroniques.
David, on l'a vu quand même, qui a organisé la musique sacrée. On a vu David qui portait l'éphod, le pagne de lin, lors du transfert de l'Arche à Jérusalem. On a vu David, comment il répartissait les lévites par classes, comment il composait les psaumes et les prières. Mais il faut le redire : le but du livre des Chroniques, c'est de vous dire que les rois d'Israël ne gouvernent pas à la manière des rois païens. Normalement, une fois qu'on avait fondé la capitale, Jérusalem, avec David, il n'y avait plus besoin de guerre. Et c'était par sa sagesse et la beauté du culte que Salomon rayonnait. C'est de ça dont les rois d'Israël étaient censés avoir hérité. C'est pour ça que faire appel à des mercenaires dans une armée, ça n'a aucun sens.
Et là, il reste quoi de cet idéal ? Il n'en reste plus rien. On est redevenu une nation comme les autres, même si vous avez des rois qui sont formellement yahvistes. Encore que celui-là, c'est assez curieux, parce qu'il va combattre Édom, et après avoir vaincu Édom, il se convertit au dieu édomite. On l'appelle le dieu Qos. Vous noterez simplement qu'il y avait peut-être une parenté, au sens de l'archéologie des religions, entre Qos et Yahvé, parce qu'on disait de Yahvé que c'était un dieu des montagnes qui venait du sud. Bon, mais ça, c'est un autre sujet.
C'est pour ça que mes parallèles avec les papes, ça vous montre bien le déplacement qu'on est censé vraiment faire. Et que nous, on résiste, parce qu'on dit que c'est juste une clé d'interprétation que le frère Paul-Adrien a trouvée. Non ! C'est pas un truc pour rendre la lecture moins pénible. C'est vraiment la bonne clé d'interprétation. Le problème des rois de Juda, c'est quand ils ne veulent pas gouverner à la manière des papes. De la même manière que le problème des papes, c'est quand ils veulent gouverner à la manière des rois.
Proverbes 21,6-10
Une fortune acquise par le mensonge, illusion fugitive de qui cherche la mort.
Les méchants seront victimes de leur violence, car ils refusent d'agir selon le droit.
Les méthodes de l'imposteur sont tortueuses ; un homme honnête agit droitement.
Mieux vaut loger dans un coin de terrasse que de partager sa maison avec une mégère.
Le méchant ne désire que le mal, il n'a pas un regard de pitié pour son prochain.