CapBibliqueCapBiblique

Jour 265 ☾ — Travailler droit, parler vrai

← J264 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J266 ☼ →


Résumé : Le frère Paul-Adrien lit le chapitre 27 du Siracide, qui dénonce l'amour du profit, montre comment la parole d'un homme révèle ce qu'il est, et fustige la trahison des secrets comme l'hypocrisie. Son commentaire part d'un seul verset — « Beaucoup pèchent par amour du profit » — pour déployer toute une éthique chrétienne du travail : amour du travail bien fait, souci du bien commun, droiture, métiers qu'on ne peut pas faire, et finalité du gain qui est de pouvoir donner. En guise de consolation après la misogynie de la veille, il offre ensuite le plus beau poème biblique sur la femme, Proverbes 31, avant une prière pour le travail et les collègues.

Introduction

Au programme d'aujourd'hui : le danger du commerce, la parole de l'homme qui révèle ce qu'il est. Quand on secoue le tamis, il reste les déchets ; de même, les petits côtés d'un homme apparaissent dans ses propos. On croirait entendre Jésus quand il vous dira que ce qui procède de la bouche, c'est le surplus du cœur. Et puis ensuite, on parlera de l'hypocrisie. Siracide, chapitre 27.

Ah si, avant d'y aller : hier, on était sur la misogynie, et je me suis dit que j'allais prendre soin de vous, mesdames, mesdemoiselles. Je vous offre, pour sécher vos larmes, pour vous dire que non, la Bible prend soin de vous — je vous jure, c'est vrai. Vous avez vu comment Dieu s'est occupé de Sarah, comment on n'a pas cessé de dénoncer les injustices faites aux femmes, comment les livres de la sagesse, tout patriarcaux qu'ils sont, font quand même de la femme la figure parfaite de la sagesse. Et donc là, avant que n'arrive le Nouveau Testament, qui mettra tout le monde d'accord, en guise de consolation, je vous offre le plus beau poème biblique sur la femme : Proverbes 31, qu'on écoutera après mon commentaire.

Lecture : Siracide 27

Beaucoup pèchent par amour du profit, et qui cherche à s'enrichir ferme les yeux sur le mal. Un clou s'enfonce dans la jointure des pierres, et entre la vente et l'achat s'insinue le péché. Qui ne s'attache vivement à la crainte du Seigneur, sa maison ne tardera pas à tomber en ruine.

Quand on secoue le tamis, il reste les déchets ; de même, les petits côtés d'un homme apparaissent dans ses propos. Le four éprouve les vases du potier ; on juge l'homme en le faisant parler. C'est le fruit qui manifeste la qualité de l'arbre ; ainsi, la parole fait connaître les sentiments. Ne fais pas l'éloge de quelqu'un avant qu'il n'ait parlé : c'est alors qu'on pourra juger.

Si tu poursuis la justice, tu l'atteindras, et tu t'en revêtiras comme d'un manteau de gloire. Les oiseaux vont nicher auprès de leurs semblables ; la vérité revient toujours vers ceux qui la pratiquent. Le lion traque sa proie ; ainsi, le péché traque ceux qui pratiquent l'injustice.

La conversation de qui est religieux toujours est sagesse, mais l'insensé change comme la lune. Sois sur tes gardes avec des gens stupides, mais attarde-toi en compagnie des gens réfléchis. La conversation des sots est agaçante : seuls débauches et péchés les font rire. Celui qui multiplie les jurons fait dresser les cheveux sur la tête ; quand il cherche querelle, on se bouche les oreilles. La querelle des orgueilleux fera couler le sang, leurs invectives sont pénibles à entendre.

Qui trahit les secrets détruit la confiance, il ne trouvera plus d'amis selon son cœur. Montre de l'affection à ton ami et sois-lui fidèle ; mais si tu trahis ses secrets, ne cours plus après lui. Aussi vrai que l'on perd un des siens quand il meurt, tu as perdu l'amitié de ton prochain. Comme on laisse échapper un oiseau de sa main, tu as laissé partir ton prochain : tu ne le rattraperas jamais. Ne le poursuis pas, il est déjà loin, il s'est enfui comme une gazelle s'échappe du filet. Car une blessure se soigne, on se réconcilie après l'injure, mais pour qui trahit un secret, plus d'espoir.

Qui fait des clins d'œil prépare un mauvais coup, nul ne pourra l'en détourner. En ta présence, il est tout miel, il s'extasie devant tes propos, mais par-derrière il change de langage et il utilise tes paroles pour te faire chuter. Je déteste bien des choses, mais rien autant que lui ; le Seigneur aussi le déteste.

Qui jette une pierre en l'air la jette sur sa tête, qui frappe en traître recevra le contrecoup. Qui creuse une fosse y tombera, qui tend un piège y sera pris. Qui fait le mal le verra se retourner contre lui, sans savoir d'où cela lui vient. L'orgueilleux insulte et se moque, mais la vengeance, comme un lion, le traque. Ils seront pris au piège, ceux que réjouit la chute des gens religieux, et la douleur les consumera dès avant leur mort. Rancune et colère, voilà des choses abominables, où le pécheur est passé maître.

Commentaire

On vous parlait des dangers du commerce :

Beaucoup pèchent par amour du profit, et qui cherche à s'enrichir ferme les yeux sur le mal.

Bon, ça, en une seule phrase, ça vous pose toute la question de l'éthique au travail. Parce qu'on parle beaucoup de la vie conjugale, on parle beaucoup de la vie amoureuse, on parle beaucoup de la vie religieuse, on parle beaucoup de la vie politique — on ne parle pas beaucoup de la vie professionnelle. Ce qui est dommage, parce que vu le temps qu'on y passe, ça vaudrait le coup qu'on en parle un peu plus. C'est peut-être le moment de rappeler qu'il y a une manière de se conduire au travail qui est bien, et une manière de se conduire au travail qui n'est pas bien.

Alors déjà, il y a le niveau basique de l'éthique du travail. C'est-à-dire que quand on est chrétien, on ne peut pas arriver tout le temps en retard en faisant la tête. La première chose, dans l'éthique au travail, c'est l'amour du travail bien fait. Indépendamment du salaire qui lui est fixé. Parfois, il y a des travaux où on se dit : mais je me fais peut-être un peu exploiter. Oui, c'est vrai. Il faut regarder si jamais, dans ce cas-là, on ne peut pas changer de métier. N'empêche que l'amour du travail bien fait, c'est important pour être heureux. Il y a une joie naturelle dans le travail. L'œuvre de vos mains, c'est le signe aussi de votre propre grandeur. C'est votre manière à vous de participer à la création : quand Dieu vous a créé, vous, chef-d'œuvre de la création, il a fait de vous un co-créateur. Donc l'amour du travail bien fait, non seulement c'est important pour des questions de justice vis-à-vis de son employeur, mais aussi vis-à-vis de soi-même, pour cultiver le sentiment de sa propre dignité.

Ensuite, toujours au niveau basique, c'est le souci du bien commun. C'est Aristote qui dit que le bien commun est soumis à une commune négligence. Je ne sais pas si c'est Aristote qui le dit, mais en tout cas, dans la vie commune, dans la vie fraternelle au couvent, c'est vrai : la cafetière ou l'agrafeuse, elle n'est jamais là, elle n'est jamais propre, elle n'est jamais rangée. Une manière de se comporter au travail, c'est de prendre soin de la maison commune, voire même de passer le balai dans son bureau, puis ensuite d'être agréable et de s'intéresser à ses collègues. Ça, c'est à un niveau humain.

Maintenant, le fait d'être chrétien, le fait de lire la Bible, ça vous rajoute des choses. C'est-à-dire que généralement, on voit le travail comme un mal nécessaire : on travaille pour gagner de l'argent, pour ensuite pouvoir s'amuser. Donc du coup, on essaye de travailler le moins possible pour gagner le plus possible, et parfois même par des raccourcis. Par des raccourcis plus ou moins acceptables, par des fraudes, par des combines, par des spéculations. Pour un chrétien, le but, ce n'est pas de travailler le moins possible pour gagner le plus possible et ensuite, à côté, profiter de la vie. Pour un chrétien, le travail est un don de Dieu. Dieu a créé Adam pour cultiver et garder le jardin d'Éden. C'est-à-dire que par le travail, vous développez votre humanité.

Donc le vrai employeur, ce n'est pas votre patron. Le vrai employeur, ultimement, c'est Dieu. Ce qui veut dire qu'on travaille bien même quand personne ne nous regarde, parce qu'ultimement, toute chose se fait sous le regard de Dieu. Votre motivation, c'est d'abord de plaire à Dieu, qui vous permettra, dans chaque tâche, de garder la joie et l'honneur, même dans les travaux les plus serviles et apparemment les plus rébarbatifs. Parce que ça veut dire que vous n'êtes jamais seul : il y a avec vous Dieu qui vous a créé.

Mais ensuite, il faut aussi dire qu'il y a des métiers, on les fait, et il y a d'autres métiers, on ne les fait pas. Si vous êtes dans un emploi qui vous oblige à voler ou à tromper, il faut y renoncer. Ça peut être compliqué. Ça peut être compliqué dès qu'il est question principalement d'argent — par exemple, si votre métier, c'est d'organiser l'évasion fiscale, ou de faire du trading à haute dose spéculative. Et ça peut être aussi compliqué dès qu'il est question de médecine et de santé : par exemple, vous demanderez aux gynécologues et aux infirmières. C'est compliqué. Ça peut être difficile de quitter un métier, mais parfois, si jamais il faut le faire, vous le faites.

Et même dans des emplois normaux, il peut y avoir des tentations. Parfois, vous avez des entreprises qui ne sont pas très clean : quand on abuse des notes de frais, quand on fait passer des dépenses personnelles pour des frais professionnels, quand on détourne du temps ou des ressources. Vous savez, ça va vite, ces choses-là. Donc il faut être droit dans ses bottes. L'intégrité.

Ensuite, troisième pratique : pratiquer la droiture au travail. L'ouvrier mérite son salaire, c'est ce que disait Jésus. Ce qui veut dire que, de la part de l'employeur, il faut payer justement, il ne faut pas exploiter — on a vu de nombreux passages dans le Deutéronome qui disaient que l'employeur ne devait pas abuser des employés. Et inversement, pour les employés, il ne faut pas jouer la montre, il faut éviter toute forme de triche ou de manipulation. Et là encore, ça va vite.

Bon, quelques petites questions. Est-ce que, si tout le monde apprenait ce que nous faisions, ça ferait un scandale ? Ça, ça vous donne un repère un peu pratique. Est-ce que ça vous procure un avantage que vous avez le sentiment de ne pas avoir gagné ? Ah tiens, une autre question très belle : est-ce que Dieu est fier de vous ? Ça, à mon avis, c'est quand même le grand critère. Être fier de ce qu'on fait, ça fait quand même une sacrée différence.

Et puis après, c'est toujours la même chose : au travail, le fait d'être chrétien, ça change les perspectives. Le but chrétien, ce n'est pas de gagner de l'argent pour soi tout seul. Le but chrétien, c'est de travailler, de gagner de l'argent pour ensuite pouvoir le donner. Pouvoir le donner à votre famille — et c'est là où on exerce sa générosité. Pouvoir le donner à ceux qui sont dans le besoin : la lettre aux Éphésiens, ça, c'est la générosité envers les pauvres. Pouvoir soutenir des associations ou des institutions, et pouvoir partager avec ses amis : « Faites-vous des amis avec l'argent malhonnête », ça aussi, c'est ce que disait Jésus. L'amour chrétien, ça se mesure à la capacité de donner, pas seulement d'accumuler. Et ça, ça vous donne une belle éthique au travail.

Bon, eh bien c'était juste un verset, 27, 1 :

Beaucoup pèchent par amour du profit, et qui cherche à s'enrichir ferme les yeux sur le mal.

Et derrière, vous avez vu, ça vous donne tout un pan de la vie morale chrétienne dont on ne parle pas beaucoup, ce qui est dommage, parce qu'a priori, vous y passez au moins 35 heures par semaine.

Bon, avant la prière finale, chose promise, chose due : nous allons du côté de Proverbes 31, le plus beau poème biblique sur la femme parfaite. Proverbes 31, du verset 10 jusqu'au verset 31.

Proverbes 31,10-31

Une femme parfaite, qui la trouvera ? Elle est précieuse plus que les perles. Son mari peut lui faire confiance, il ne manquera pas de ressources. Elle fait son bonheur et non pas sa ruine, tous les jours de sa vie.

Elle sait choisir la laine et le lin, et ses mains travaillent volontiers. Elle est comme les navires marchands, faisant venir ses vivres de très loin. Elle est debout quand il fait encore nuit, pour préparer les repas de sa maison et donner ses ordres à ses servantes.

A-t-elle visé un champ ? Elle l'acquiert. Avec le produit de son travail, elle plante une vigne. Elle rayonne de force et retrousse ses manches. Elle s'assure de la bonne marche des affaires ; sa lampe ne s'éteint pas de la nuit. Elle tend les mains vers la quenouille, ses doigts dirigent le fuseau.

Ses doigts s'ouvrent en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux. Elle ne craint pas la neige pour sa maisonnée, car tous les siens ont des vêtements doublés. Elle s'est fait des couvertures, des vêtements de pourpre et de lin fin.

Aux portes de la ville, on reconnaît son mari, siégeant parmi les anciens du pays. Elle fabrique de l'étoffe pour la vendre, elle propose des ceintures aux marchands.

Revêtue de force et de splendeur, elle sourit à l'avenir. Sa bouche s'exprime avec sagesse et sa langue enseigne la bonté. Attentive à la marche de sa maison, elle ne mange pas le pain de l'oisiveté.

Ses fils, debout, la disent bienheureuse, et son mari fait sa louange : « Bien des femmes ont fait leurs preuves, mais toi, tu les surpasses toutes. » Le charme est trompeur et la beauté s'évanouit ; seule la femme qui craint le Seigneur mérite la louange. Célébrez-la pour les fruits de son travail, et qu'aux portes de la ville, ses œuvres disent sa louange.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, je te prie pour mes collègues de travail. Je te prie pour mon travail. Je te demande, Seigneur, de pouvoir être fier de ce que je fais et de pouvoir le faire bellement. Je te demande de venir bénir mon entreprise, de venir bénir mon environnement de travail. Je te demande, Seigneur, de chasser toute injustice. Je te demande, Seigneur, de me permettre de ne pas me livrer à des compromis. Je te demande, Seigneur, de venir bénir chacun de mes collègues, et que je puisse y être attentif. Je te demande, Seigneur, l'amour du travail et du travail bien fait. Je te demande, Seigneur, d'aimer mon travail et d'aimer ceux à qui profite mon travail. Je te demande, Seigneur, de pouvoir respecter mes engagements, même si jamais ça me coûte. Je te demande, Seigneur, de devenir saint dans mon lieu de travail. Je te demande, Seigneur, de pouvoir témoigner du royaume du ciel jusque dans mon bureau, jusque dans mon atelier, jusque dans mon entreprise. Amen.


← J264 ☾ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J266 ☼ →