Jour 266 ☼ — Ozias ou le pouvoir sans limite
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Résumé : Cet épisode lit le chapitre 26 du deuxième livre des Chroniques, consacré au roi Ozias : son règne prospère, sa modernisation militaire, puis son orgueil qui le pousse à brûler l'encens dans le Temple et lui vaut la lèpre. Le commentaire déplace l'attention du récit spectaculaire vers un verset discret, celui de Zacharie, pour montrer qu'une classe sacerdotale est en train de se constituer en corps d'État. Les quatre-vingts prêtres qui font reculer le roi ne sont pas des individus isolés mais un véritable contre-pouvoir, d'où sortira le milieu qui écrira la Bible. Dieu lui-même approuve ce glissement en frappant le roi, prélude à la théologie du Temple et à la théocratie d'après l'exil. L'épisode se termine par quelques versets du livre des Proverbes.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Un nouveau chapitre, un nouveau roi, aujourd'hui le roi Yotam. Alors pour le coup, ça vous ne l'aviez pas dans le livre des Rois, donc ça aura le charme de la nouveauté. Bonne lecture !
Lecture : 2 Chroniques 26
Tout le peuple de Juda prit Ozias, âgé de seize ans, et le fit roi à la place de son père Amasias. C'est lui qui rebâtit Élath et la réintégra en Juda, après que le roi Amasias eut reposé avec ses pères.
Ozias avait seize ans lorsqu'il devint roi, et il régna cinquante-deux ans à Jérusalem. Sa mère s'appelait Yekolia, et elle était de Jérusalem. Il fit ce qui est droit aux yeux du Seigneur, tout comme l'avait fait Amasias, son père. Il s'appliqua à rechercher Dieu tant que vécut Zacharie, qui avait l'intelligence des visions de Dieu, et tout le temps qu'il rechercha le Seigneur, Dieu le fit réussir.
Il partit en guerre contre les Philistins. Il démantela le rempart de Gath, le rempart de Yabné, le rempart d'Ashdod, et construisit des villes dans la région d'Ashdod et chez les Philistins. Dieu lui vint en aide contre les Philistins, contre les Arabes qui habitaient à Gour-Baal, et contre les Méounites. Les Ammonites payèrent tribut à Ozias, dont la renommée parvint jusqu'à l'entrée de l'Égypte, car il était devenu extrêmement puissant.
Ozias construisit des tours à Jérusalem, sur la porte de l'Angle, sur la porte de la Vallée et sur le contrefort, et il les fortifia. Il construisit des tours dans le désert et creusa de nombreuses citernes, car il avait de nombreux troupeaux dans le Bas-Pays et sur le plateau. Il avait aussi des cultivateurs et des vignerons dans les montagnes et au Carmel, car il aimait la terre.
Ozias avait une armée entraînée, capable d'aller au combat, répartie par troupes selon le nombre des hommes recensés par Yeïel, le secrétaire, et Maaséya, le scribe. Elle était sous l'autorité de Hananias, l'un des officiers du roi. Le nombre total des chefs de famille des vaillants guerriers était de deux mille six cents. Ils avaient sous leur autorité une armée de trois cent sept mille cinq cents hommes, d'une grande valeur au combat, pour aider le roi en face de l'ennemi. Ozias procura à toute cette armée des boucliers, des lances, des casques, des cuirasses, des arcs et des frondes avec leurs pierres. Il fit également fabriquer à Jérusalem des engins conçus par un ingénieur, destinés à être placés sur les tours et aux angles, pour lancer des traits et de grosses pierres. Sa renommée se répandit au loin, car il fut merveilleusement aidé, au point qu'il devint puissant.
Mais lorsqu'il fut devenu puissant, son cœur s'enorgueillit jusqu'à le perdre, et il fut infidèle au Seigneur son Dieu. Il entra dans le temple du Seigneur pour brûler de l'encens sur l'autel du Seigneur. Le prêtre Azarias entra après lui, avec quatre-vingts prêtres du Seigneur, des hommes courageux. Ils s'opposèrent au roi Ozias et lui dirent : « Ce n'est pas à toi, Ozias, de brûler de l'encens pour le Seigneur, mais c'est aux prêtres, descendants d'Aaron, qui ont été consacrés pour brûler de l'encens. Sors du sanctuaire, car tu as été infidèle, et cela ne te vaudra pas la gloire qui vient du Seigneur Dieu. »
Ozias, qui tenait à la main un encensoir pour brûler de l'encens, se mit en rage, et tandis qu'il était en rage contre les prêtres, la lèpre apparut sur son front, en leur présence, dans la maison du Seigneur, devant l'autel de l'encens. Le grand prêtre Azarias et tous les prêtres se tournèrent vers lui, et voici que son front était couvert de lèpre. En toute hâte, ils l'expulsèrent, et lui-même se pressa de sortir, parce que le Seigneur l'avait frappé.
Le roi Ozias fut lépreux jusqu'au jour de sa mort, et il habita, lépreux, dans une maison à l'écart. En effet, il était exclu de la maison du Seigneur. Son fils Yotam, maître du palais du roi, gouvernait les gens du pays.
Le reste des actions d'Ozias, des premières aux dernières, le prophète Isaïe, fils d'Amos, les a écrites. Ozias reposa avec ses pères, et on l'ensevelit avec eux dans le champ de la sépulture des rois, car on disait : « Il est lépreux. » C'est son fils Yotam qui régna à sa place.
Commentaire
Le roi Ozias, d'un nom qui en hébreu signifie « Dieu est ma force », et qui commence par suivre la loi de Dieu, et qui rebâtit militairement Jérusalem. On vous donne des techniques nouvelles, des armes de guerre, on vous donne des murailles. On sent qu'il y a un effort de modernisation. Je ne sais pas s'il y a une modernisation économique, mais il y a certainement une modernisation militaire. On pourrait repartir du côté de l'archéologie pour voir en quoi la Syrie avait permis des nouvelles techniques militaires qui, par infusion, arrivent dans d'autres pays, ici Israël. On vous parle de nouveaux types de murailles, on vous parle de frondes, on vous parle de nouveaux équipements militaires, on vous parle d'engins de siège.
Mais comme souvent dans la Bible, ce n'est pas forcément ce qui prend le plus de place qui doit attirer notre attention. Et ici, ce qui est censé attirer notre attention, c'est un tout petit verset. Je suis sûr que vous êtes passés à côté, mais je vous le redonne :
Il s'appliqua à rechercher Dieu tant que vécut Zacharie, qui avait l'intelligence des visions de Dieu, et tout le temps qu'il rechercha le Seigneur, Dieu le fit réussir.
Et c'est là, précisément, que du livre des Rois au livre des Chroniques, il y a un déplacement qui prépare la communauté après l'exil. Je n'arrête pas de vous le redire, mais ça se trouve à chaque endroit du texte. À travers tout le livre des Chroniques, vous avez l'impression que je vous parle de l'histoire ancienne. Pas du tout : je prépare la refondation post-exilique.
Parce que si jamais je reprends ce verset, vous, ce que vous allez me dire : quand on suit le Seigneur, ça se passe bien. Enfin ça, c'est déjà vu et vu et revu. Et moi je vous dis : non, non, non, non, non. La pointe du verset, elle n'est pas là. La pointe du verset, c'est : qu'est-ce qui a permis à Ozias de suivre la loi du Seigneur ? Et la réponse est Zacharie. C'est une personne. C'est un prêtre. Ce n'est pas dit dans le texte, mais enfin, il n'y a même pas besoin de le dire, c'est évident que c'est un prêtre.
Et ce qu'il faut deviner derrière lui, c'est qu'en Juda est en train de se constituer une classe sacerdotale, la constitution d'un corps de fonctionnaires d'État issu des rangs lévitiques et sacerdotaux, et qui commence à influer sur la politique via le roi dont ils sont devenus les conseillers. Parce que si vous regardez bien, ce n'est pas le premier. On a déjà eu Joad, et puis on a vu cet autre Zacharie qui avait été assassiné entre le temple et l'autel. À force de voir venir et revenir des figures influentes, on se dit que derrière, il y a tout un mouvement qui est en train de se dessiner. Parce que vous pouvez reprendre les grands prophètes : Jérémie, c'était un prêtre ; Ézéchiel, alors lui ce sera dans l'exil, mais c'est un prêtre aussi ; Isaïe, on pense que c'était aussi un fils de prêtre.
Je reprends, parce que c'est important. Nous, à travers ces noms que je vous ai donnés, on a l'impression d'avoir affaire à des individus isolés. Les prêtres, généralement, on se dit : les prêtres, ce n'est pas terrible, il n'y en a pas un pour racheter l'autre, et de temps en temps il y a une exception, il y a un bel individu qui arrive à faire changer les choses. Regardez ce que vous dit le texte d'aujourd'hui. Ce Zacharie, ce n'était pas du tout une figure isolée. À la fin du chapitre, ils sont carrément quatre-vingts prêtres : donc il y avait du nombre derrière lui à venir s'opposer au roi. Et le roi, vous le voyez obéir, grincer des dents, mais obéir quand même. Ces hommes ont suffisamment de pouvoir, non seulement pour s'opposer au roi, mais pour faire rentrer le roi dans les rangs. Et vous croyez que le roi, c'est parce qu'il était convaincu de ce que disaient les prêtres ? Pas du tout. C'est parce qu'en face de lui il y avait un véritable contre-pouvoir. C'est un corps d'État, de fonctionnaires, qui s'est organisé, structuré, et qui maintenant est en train d'affirmer son indépendance.
Et c'est de ce milieu sacerdotal que la Bible va émerger. C'est eux qui vont écrire le livre. Alors peut-être pas au temps de cette période-là, mais à travers l'exil, à travers le retour de l'exil, etc. C'est exactement ce milieu d'où va venir la figure du scribe qui va compiler la Bible. Alors ici, c'est assez curieux, parce qu'on a l'impression qu'on est dans une étape intermédiaire. Dans le verset, on vous a dit que ce Zacharie arrivait à interpréter les visions de Dieu. Donc ce n'est pas encore un scribe, on ne vous dit pas qu'il est en train de rédiger un livre, mais ce n'est pas non plus un prophète : c'est quelqu'un qui sait interpréter les visions. C'est une sorte d'étape intermédiaire entre le prophète et le scribe.
Alors cette classe de prêtres, en fait, on l'a vue se structurer tout au long du livre des Chroniques. Au début, on vous a montré comment le roi David l'avait structurée en vingt-quatre classes, comment il leur avait donné des fonctions particulières : celle d'organiser le culte, celle d'offrir des sacrifices. On avait vu un roi qui leur donnait comme mission aussi d'aller enseigner le peuple et de faire de la catéchèse. C'était eux aussi qui gardaient les portes du temple — et garder les portes du temple, c'est un office de sécurité intérieure.
La seule chose qui me chagrine un tout petit peu, c'est que j'aimerais bien voir des détails sur leur formation, et on ne sait pas du tout quel était leur cursus. Alors on pense qu'il s'agissait d'un apprentissage familial, ce qui veut donc dire aussi que c'était un groupe de familles qui étaient en train de se constituer en corps d'État. Ça, c'est ce qui, plus tard — alors vraiment longtemps plus tard, on n'y est pas encore, parce qu'il faudra que tout ça se structure — c'est ce qui vous donnera les Sadducéens, les grandes familles au temps de Jésus qui, à Jérusalem, organisaient le culte. Ce sont les héritiers de ces premières familles sacerdotales. Sauf que là, il y a autrement plus de grandeur dans ces grandes familles sacerdotales qu'il n'y en aura plus tard, du temps des Sadducéens au temps de Jésus.
Et donc là, vous les avez vus qui refusaient la collusion entre le pouvoir politique et le pouvoir spirituel. Le roi a certaines tâches, les prêtres en ont d'autres. Un roi n'a pas à offrir d'encens, et les vaches seront bien gardées. Ce qui d'ailleurs, parenthèse, nous renvoie au livre du Lévitique : souvenez-vous des fils d'Aaron qui étaient morts parce qu'ils avaient offert un feu qu'ils n'avaient pas à offrir. Comme quoi, vous voyez, il faut toujours trouver le bon milieu, parce que parfois on pèche dans le culte en n'en faisant pas assez, en apostasiant, et parfois on pèche en en faisant trop. Bon, eh bien Ozias, ici, il a pris la confiance, il s'est pris pour un prêtre, il s'est cru au-dessus des lois.
Et les prêtres affirment ici leur indépendance politique. Et si vous arrivez à affirmer votre indépendance politique, vous arrivez pour le coup à affirmer aussi votre indépendance éditoriale. Ça veut dire que vous réclamez le droit d'avoir vos propres idées, d'avoir vos propres combats, d'avoir votre propre théologie, qui va donc servir de contre-pouvoir à celle du roi.
Alors pour l'instant, tout ce que je vous dis là, c'est simplement une analyse politique. La question, c'est : qu'est-ce qu'en pense Dieu ? Eh bien Dieu, ça lui plaît, cette affaire. Et pour féliciter les prêtres, eh bien il envoie un miracle : le roi Ozias, paf, lépreux. Évidemment, ce n'est pas sans vous rappeler le châtiment qui avait frappé Myriam au désert, quand elle s'était élevée contre Aaron. Ce qui veut dire qu'à travers les prêtres du temple, Dieu continue de voir les descendants d'Aaron ; que de la même manière qu'il protégeait l'un, Aaron, il continue de protéger les autres, les prêtres. Ce qui veut dire en fait que cette évolution vers un empire liturgique, c'est ça que Dieu veut, ce qu'il bénit, ce qu'il protège.
Et au total, ça vous donne un léger déplacement, mais qui va avoir de plus en plus d'importance : ce qu'on va appeler par la suite la théologie du temple, et qui va devenir une véritable théocratie après l'exil. Pour l'instant, on n'en est qu'au début. L'autorité n'est plus seulement confiée au roi, elle commence à glisser vers un autre groupe, les prêtres. Un groupe manifestement en train de grandir en puissance.
Proverbes 21,11-15
Quand on punit l'insolent, l'étourdi devient sage. Le sage, lui, il suffit de le raisonner pour qu'il comprenne.
Le Juste considère le clan du méchant : le méchant pervertit les autres pour leur malheur.
Qui fait la sourde oreille à la clameur des faibles criera lui-même sans obtenir de réponse.
On apaise une colère par un présent discret, et la fureur violente par un cadeau sous le manteau.
L'exercice du droit est une joie pour le juste, c'est la terreur des malfaisants.
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