Jour 269 ☾ — Songes, sacrifices… et vraie prière
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Résumé : Après la vie conjugale et la vie sociale, le frère Paul-Adrien aborde la vertu de religion à travers deux grands thèmes des chapitres 34 et 35 du Siracide : les songes et les sacrifices. Le commentaire explique pourquoi Ben Sira se montre si circonspect envers les rêves et les signes — la porte d'entrée de la mystique chrétienne est la sagesse, non la divination — et propose des critères de discernement. La seconde partie montre que la prière qui plaît à Dieu n'est pas d'abord le rite ou le jeûne, mais l'observance de la loi, l'action de grâce et l'aumône, avec au cœur la justice envers le pauvre et la persévérance de celui qui n'a que Dieu. L'épisode s'achève sur la prière de Ben Sira au début du chapitre 36.
Introduction
Nous avons parlé de la vie conjugale, nous avons parlé de la vie sociale. Il est temps peut-être un peu de parler de cette autre vertu qu'on appelle la vertu de religion. Aujourd'hui, à travers deux grands thèmes : les songes et les sacrifices. Siracide 34-35.
Lecture : Siracide 34-35
Les espoirs vains et trompeurs sont le lot des hommes stupides, et les songes donnent des ailes aux insensés. S'arrêter à des songes, autant saisir une ombre ou poursuivre le vent. Ce que l'on voit en songe n'est qu'un simple reflet, au lieu d'un visage réel, le semblant d'un visage. De l'impur, que peut-il sortir de pur ? Et du mensonge, que peut-il sortir de vrai ? Divination, présage, songe, autant de balivernes, délire d'une femme qui accouche. À moins qu'il ne soit envoyé comme une visite du Très-Haut, n'y attache pas ton esprit. Les songes ont égaré bien des gens, et fait tomber ceux qui avaient mis en eux leur espoir. Mais la loi ne trompe pas, elle accomplit ce qu'elle promet, elle. La sagesse d'une bouche sincère trouve son accomplissement.
Un homme qui a voyagé a beaucoup appris. Celui qui a de l'expérience parle en connaissance de cause. Qui n'a pas été mis à l'épreuve connaît peu, et qui a voyagé est plein de ressources. J'ai vu beaucoup de choses durant mes voyages, et j'en sais plus que je ne pourrais dire. J'ai été maintes fois en danger de mort. J'en suis sorti sain et sauf grâce à mon expérience.
Ceux qui craignent le Seigneur auront la vie, car ils ont mis leur espérance en Celui qui les sauve. Qui craint le Seigneur n'a rien à redouter, il ne s'effraie de rien, car c'est lui son espérance. Qu'elle est heureuse, l'âme qui craint le Seigneur ! Sur qui prend-elle appui ? Qui est son soutien ? Ceux qui aiment le Seigneur, le Seigneur les regarde. Il est un bouclier puissant, un appui solide, un abri contre le vent brûlant et le soleil de midi, une protection contre les obstacles, un secours qui préserve de la chute. Il relève l'âme, illumine le regard, donne guérison, vie et bénédiction.
Offrir en sacrifice un bien mal acquis, c'est se moquer. Les dons des gens sans loi ne sont pas agréés. Le Très-Haut n'agrée pas les offrandes des impies. Ce n'est pas le nombre des sacrifices qui lui fait pardonner les péchés. Offrir un sacrifice avec les biens du pauvre, c'est sacrifier le fils sous les yeux de son père. La vie des indigents tient à un peu de pain, et qui le leur enlève est un assassin. C'est tuer son prochain que de lui retirer la subsistance. C'est verser le sang que de priver l'ouvrier de son salaire.
L'un construit, l'autre démolit : qu'ont-ils gagné sinon des peines ? L'un prie, l'autre maudit : et de qui le Maître écoute-t-il la voix ? Et si quelqu'un se purifie après avoir touché un cadavre et le touche à nouveau, à quoi lui aura servi son ablution ? Ainsi l'homme qui jeûne à cause de ses péchés, puis retourne et recommence : et qui écoutera sa prière ? à quoi lui aura servi sa pénitence ?
C'est présenter de multiples offrandes que d'observer la loi. C'est offrir un sacrifice de paix que de s'attacher au commandement. C'est apporter une offrande de fleur de farine que de se montrer reconnaissant. C'est offrir un sacrifice de louange que de faire l'aumône. On obtient la bienveillance du Seigneur en se détournant du mal, et on offre un sacrifice d'expiation en se détournant de l'injustice.
Ne te présente pas devant le Seigneur les mains vides. Accomplis tout cela, car tel est son commandement. L'offrande de l'homme juste est comme la graisse des sacrifices sur l'autel. Son agréable odeur s'élève devant le Très-Haut. Le sacrifice de l'homme juste est agréé par Dieu qui en gardera mémoire. Rends gloire au Seigneur sans être regardant, et ne retranche rien des prémices de ta récolte. Chaque fois que tu fais un don, montre un visage joyeux. Consacre de bon cœur à Dieu le dixième de ce que tu gagnes. Donne au Très-Haut selon ce qu'il te donne, et sans être regardant, selon tes ressources. Car le Seigneur est celui qui paye de retour, et il te rendra sept fois plus que tu n'as donné.
N'essaye pas de l'influencer par des présents, il ne les acceptera pas. Et ne mets pas ta confiance dans un sacrifice injuste. Car le Seigneur est un juge qui se montre impartial envers les personnes. Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l'opprimé, il ne méprise pas la supplication de l'orphelin ni la plainte répétée de la veuve. Les larmes de la veuve ne coulent-elles pas sur ses joues ? Son cri n'accuse-t-il pas celui qui l'a fait pleurer ?
Celui dont le service est agréable à Dieu sera bien accueilli. Sa supplication parviendra jusqu'au ciel. Et la prière du pauvre traverse les nuées. Tant qu'elle n'a pas atteint son but, il demeure inconsolable. Il persévère tant que le Très-Haut n'a pas jeté les yeux sur lui, ni prononcé la sentence en faveur des justes et rendu justice. Le Seigneur ne tardera pas. Il ne restera pas patient jusqu'à ce qu'il ait brisé les reins des hommes sans pitié, tiré vengeance des nations, supprimé la multitude des insolents et brisé le sceptre des injustes, jusqu'à ce qu'il ait rendu à chacun selon ses œuvres et rétribué les actions des hommes selon leurs intentions, jusqu'à ce qu'il ait jugé la cause de son peuple et qu'il l'ait comblé de joie par sa miséricorde. Ah ! qu'elle sera bienvenue, sa miséricorde, au temps du malheur, comme les nuages de pluie au temps de la sécheresse.
Commentaire
Commençons avec les songes. Vous serez peut-être étonnés, mais ça fait partie des questions que j'ai régulièrement sur Instagram : « J'ai l'impression d'avoir des signes, d'avoir des songes. Comment est-ce que je peux savoir si jamais ils viennent de Dieu ou pas ? » Et là, Ben Sira vous en parle. Sauf que Ben Sira s'avère très circonspect à cet endroit.
Ce qui est assez curieux, parce que la Bible n'arrête pas de vous parler des songes. Ça existe, les songes dans la Bible. Vous pouvez penser au patriarche Joseph. Vous pouvez penser à l'apocalypticien Daniel. Donc les songes, ça existe dans la Bible, c'est un des moyens que Dieu utilise pour communiquer. Sauf que je vous donne une des phrases que disait le Siracide, qui est extrêmement belle d'ailleurs, en 34,1-2 :
Les songes donnent des ailes aux insensés.
En d'autres termes, prendre les rêves pour un guide de conduite, c'est une erreur. Parce que, c'est ce que vous dit Ben Sira de manière assez juste d'ailleurs, les rêves reflètent surtout ce que l'on attend et ce que l'esprit imagine.
Là, en fait, je me permets une petite réflexion personnelle. Pourquoi est-ce qu'on est extrêmement attiré par le fait de vouloir voir des songes ou des signes partout ? Je pense qu'on a un désir secret au fond de nous, qui est de devenir un mystique, d'avoir toujours plus cette relation directe avec Dieu — ce qui est une bonne chose — et de vivre un côté surnaturel dans notre vie, ce qui est légitime. Sauf que, si vous me suivez depuis pas mal de temps, avec les livres sapientiaux, vous avez deviné quand même que la porte d'entrée dans la mystique chrétienne, ce n'était pas les songes, la divination, la recherche de signes : c'était la sagesse.
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que pour discerner et interpréter les songes, il faut d'abord être un sage. Ça, pour le coup, c'était la leçon cachée de Joseph et de Daniel. Ça veut dire que pour entrer dans les songes, il faut d'abord commencer par étudier la loi, la loi de Dieu, ses préceptes, la Torah, l'Évangile, le commandement de la charité — et que ça, ça va vous donner une des premières clés d'interprétation des songes. Parce que ça va vous donner une connaissance de la volonté de Dieu sur vous en général. Et une fois que vous savez la direction générale vers laquelle Dieu veut vous emmener, c'est plus facile après, au cas par cas, de voir dans des songes ou dans des signes les directions particulières vers lesquelles il veut vous emmener. On commence par planter le cadre général.
La deuxième chose, pour pouvoir continuer à interpréter les rêves, c'est qu'il faut utiliser son cerveau. On n'a pas le droit d'utiliser les rêves ou les signes pour court-circuiter l'effort de discernement et de réflexion. Si vous avez l'Évangile d'un côté, et le désir de donner le meilleur de vous-même à vous et à Dieu, quelque décision que vous prendrez, vous aurez toujours fait le bon choix.
Et maintenant qu'on a dit ça, ça devient plus facile pour discerner les songes. Par exemple, c'est quoi la différence entre un rêve qui vient de soi et un songe qui vient de Dieu ? Je vous propose quelques critères — il y en aurait certainement d'autres, mais il y a au moins celui-là : la clarté du message. Parce que Dieu ne joue pas aux devinettes. Quand il a quelque chose à vous dire, il vous le dit. Il faut simplement qu'après, ça puisse être confirmé par quelqu'un et que, évidemment, ce soit en conformité avec l'Évangile.
Et avec tout ça, je ne vais pas vous mentir, vous ne saurez jamais si le songe vient vraiment de Dieu. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il va porter du fruit qui, lui, va vous rapprocher de Dieu. Alors après, vous allez me dire : très bien, mais là, ça sert à quoi d'avoir des songes ? Qu'est-ce que ça apporte de nouveau ? En fait, ce que le songe va vous apporter, c'est une énergie spirituelle. Un songe, ce n'est jamais neutre : il y a une couleur, il y a une force à l'intérieur, c'est quelque chose qui va venir habiter votre psychisme.
Ça, c'était les songes. Ensuite, il y a l'autre partie de la religion. Cette fois-ci, ce n'est plus quand Dieu parle à nous, c'est quand nous parlons à Dieu. Et ça, c'était la deuxième partie de l'épisode d'aujourd'hui : la prière. Eh bien, rebelote : c'est quoi les prières qui plaisent à Dieu ? Et alors là, on a eu droit à du grand Siracide, qui vous rappelle qu'au cœur de la prière, ce n'est pas le jeûne ou le rite, c'est d'observer les commandements de Dieu. Verset 1 :
C'est présenter de multiples offrandes que d'observer la loi.
Et ensuite, on vous disait : c'est apporter une offrande de fleur de farine — ce qui est un type de sacrifice dans le livre du Lévitique — que de se montrer reconnaissant. Ou encore : c'est présenter un sacrifice de louange que de faire l'aumône. Et là, vous voyez, on élargit. Prier, ce n'est pas une activité ponctuelle, le soir, le matin ou même à midi. Prier, c'est un art de vivre. C'est vivre en suivant la loi. C'est vivre dans l'action de grâce pour tout ce qu'on a reçu de la part de Dieu. Et c'est vivre en faisant attention à son prochain, en faisant l'aumône. Eh bien ça, c'est du Siracide, c'est de l'Évangile, c'est ce que vous dit tout le monde. C'est probablement la pratique religieuse la plus sous-cotée. Et elle, pourtant, qui fait des merveilles.
Et puis, au cœur de tout ça, la poursuite de la justice, où Dieu vous est présenté comme un juge qui ne favorise personne au détriment du pauvre, qui accueille la prière de l'opprimé. Et on vous dit qu'il fait particulièrement attention aux pauvres, aux orphelins, aux faibles, aux fragiles. Avec d'ailleurs des phrases parfois extrêmement puissantes, en 34,24 :
Offrir un sacrifice avec les biens du pauvre, c'est tuer le fils sous les yeux du père.
Et puis :
La prière du pauvre traverse les nuées. Tant qu'elle n'a pas atteint son but, il demeure inconsolable.
Ça, c'est la question de la persévérance dans la prière. Vous savez, classiquement, on dit que si nos prières ne sont pas exaucées, c'est parce qu'il y a certains critères qu'elles ne vérifient pas. Par exemple, elles ne correspondent pas à la volonté de Dieu. Ou bien, tout simplement, parce qu'on prie, mais plutôt par réflexe que par foi : on prie, mais sans être convaincu de l'efficacité de notre prière. Et puis, il y a une troisième raison pour laquelle parfois nos prières ne sont pas exaucées : c'est parce qu'on n'a pas persévéré dans la prière.
On se dit : c'est curieux, pourquoi Dieu voudrait qu'on persévère dans la prière ? Pourquoi Dieu voudrait qu'on reste cinq heures à prier ? Vous aviez la réponse là : « La prière du pauvre traverse les nuées. Tant qu'elle n'a pas atteint son but, il demeure inconsolable. » Ce n'est pas que Dieu veuille qu'on persévère dans la prière. C'est parce qu'en fait, on est riche, qu'on demande des choses dont on n'a pas vraiment besoin. Si jamais on était pauvre, on persévérerait dans la prière.
En guise de prière finale, je vous propose pour une fois d'écouter la suite du texte, le début du chapitre 36, parce qu'il se trouve qu'à ce stade-là, Ben Sira se met à prier. Donc on écoute sa prière.
Prière
Prends pitié de nous, Maître et Dieu de tout. Répands ta crainte sur toutes les nations. Lève la main sur les pays étrangers et qu'ils voient ta puissance. À nos dépens, tu leur montras ta sainteté. À leurs dépens, montre-nous ta grandeur, et qu'ils l'apprennent comme nous l'avons appris : il n'y a pas de Dieu hors de toi, Seigneur.
Renouvelle les prodiges, recommence les merveilles. Glorifie ta main et ton bras droit. Réveille ta colère, déverse ta fureur. Détruis l'adversaire, arrache l'ennemi. Hâte le temps, rappelle-toi le terme, et que soient racontées tes merveilles. Qu'un feu vengeur dévore le survivant et que périssent les bourreaux de ton peuple. Brise les têtes des princes ennemis qui disent : « Il n'est rien hors de nous. »
Rassemble les tribus de Jacob comme au premier jour. Donne-leur ton héritage. Prends pitié du peuple porteur de ton nom, Israël, qui est pour toi un premier-né. Prends compassion de ta ville sainte, Jérusalem, le lieu de ton repos. Remplis Sion de ta louange et ton sanctuaire de ta gloire. Rends témoignage à tes créatures des premiers jours. Réveille les prophéties faites jadis en ton nom. Donne la récompense à ceux qui t'attendent et que tes prophètes soient reconnus dignes de foi.
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