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Jour 271 ☼ — Le pire roi… et la plus grande conversion

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Résumé : Cet épisode est consacré au chapitre 33 du deuxième livre des Chroniques : le règne de Manassé, le pire des rois de Juda, avec ses sept abominations, puis son exil à Babylone, sa conversion et la restauration du culte, et enfin le bref règne d'Amon. Le commentaire souligne la particularité du Manassé des Chroniques : le pire des rois est aussi le seul à s'être amendé de manière profonde et durable, message d'espérance adressé à la communauté qui revient d'exil. Le frère Paul-Adrien s'interroge ensuite sur l'instabilité religieuse des rois d'Israël et de Juda, seuls dans l'Orient ancien à changer de religion comme de chemise, et sur ce que l'intransigeance monothéiste rend à la fois plus fort et plus fragile. L'épisode se termine par les Proverbes 22, 6-10.

Introduction

Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.

Les rois se succèdent, continuent de se succéder, nous sommes avec Manassé. Manassé, si vous vous souvenez bien, il avait régné extrêmement longtemps, c'était l'un des règnes les plus longs, et c'était un des pires aussi. La tradition rapporte qu'il aurait scié Isaïe en deux, c'est quand même pas rien.

Oui, mais voilà, nous ne sommes plus dans le livre des Rois, mais dans le livre des Chroniques. Est-ce que ce sera la même chose ou pas ? Pour le coup, vous allez voir, il y a une particularité chez Manassé, essayez de la trouver. Une particularité — je vous donne un petit indice — en bonne part, malgré les apparences. On se retrouve dans les commentaires.

Lecture : 2 Chroniques 33

Manassé avait douze ans lorsqu'il devint roi et il régna cinquante-cinq ans à Jérusalem. Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, selon les coutumes abominables des nations que le Seigneur avait dépossédées devant les fils d'Israël.

Il rebâtit les lieux sacrés qu'avait détruits Ézéchias, son père, et il fit élever des autels aux Baals. Il fabriqua des poteaux sacrés. Il se prosterna devant toute l'armée des cieux et s'en fit le serviteur. Il bâtit des autels dans la maison du Seigneur, alors que le Seigneur avait dit : « Dans Jérusalem, mon nom sera à jamais. » Manassé bâtit aussi des autels à toute l'armée des cieux, dans les deux cours de la maison du Seigneur. C'est lui qui fit passer ses fils par le feu dans la vallée de Ben-Hinnom. Il pratiqua divination, incantation et enchantement. Il interrogea les spectres et les esprits. Il fit de maintes façons ce qui est mal aux yeux du Seigneur pour provoquer son indignation. Il plaça dans la maison de Dieu la statue de l'idole qu'il avait faite.

Or, Dieu avait dit à David et à son fils Salomon : « Dans cette maison et dans Jérusalem que j'ai choisie parmi toutes les tribus d'Israël, je mettrai mon nom à jamais. Je ne ferai plus s'écarter les pas d'Israël loin de la terre que j'ai destinée à vos pères, pourvu qu'ils veillent à faire tout ce que je leur ai ordonné, selon toute la loi, les décrets et les ordonnances transmises par Moïse. »

Manassé égara les gens de Juda et les habitants de Jérusalem, de sorte qu'ils firent le mal encore plus que les nations que le Seigneur avait anéanties devant les fils d'Israël.

Le Seigneur s'adressa à Manassé et à son peuple, mais ils n'y prêtèrent pas attention. Alors le Seigneur fit venir contre eux les officiers des armées du roi d'Assour. Ils prirent Manassé avec des crochets, l'attachèrent avec une double chaîne de bronze et l'emmenèrent à Babylone.

Dans son angoisse, Manassé apaisa le visage du Seigneur son Dieu en s'humiliant profondément devant le Dieu de ses pères. Il le pria. Le Seigneur l'exauça, entendit sa supplication, il le fit revenir à Jérusalem dans son royaume, et Manassé reconnut que le Seigneur est Dieu.

Après cela, il bâtit un rempart à l'extérieur de la cité de David, à l'ouest, vers Guihôn, dans la vallée, jusqu'à l'entrée de la porte des Poissons, de manière à entourer l'Ophel. Ce rempart, il le fit très élevé. Il plaça des officiers de l'armée dans toutes les villes fortifiées de Juda.

Il supprima de la maison du Seigneur les dieux étrangers et l'idole, ainsi que tous les autels qu'il avait bâtis sur la montagne de la maison du Seigneur et dans Jérusalem, et les jeta hors de la ville. Il restaura l'autel du Seigneur, il y offrit des sacrifices de paix et d'action de grâce, puis il ordonna aux gens de Juda de servir le Seigneur, Dieu d'Israël. Toutefois, le peuple sacrifiait encore dans les lieux sacrés, mais seulement au Seigneur, son Dieu.

Le reste des actions de Manassé, la prière qu'il adressa à son Dieu et les paroles des voyants qui lui parlèrent au nom du Seigneur, Dieu d'Israël, cela se trouve dans les actes des rois d'Israël. Sa prière et comment il fut exaucé, tous ses péchés et toutes ses infidélités, les endroits où il bâtit des lieux sacrés et dressa des poteaux sacrés et des idoles, avant de s'être humilié : voilà que cela est écrit dans les actes de Hozaï. Manassé reposa avec ses pères et on l'ensevelit dans sa maison. Son fils Amon régna à sa place.

Amon avait vingt-deux ans lorsqu'il devint roi et il régna deux ans à Jérusalem. Il fit ce qui est mal aux yeux du Seigneur, comme avait fait Manassé, son père. Amon offrit des sacrifices à toutes les idoles qu'avait fabriquées Manassé, son père, et il les servit. Il ne s'humilia pas devant le Seigneur, comme l'avait fait Manassé, son père. En effet, Amon, lui, multiplia les offenses.

Ses serviteurs complotèrent contre lui. Ils le mirent à mort dans sa maison. Mais les gens du pays frappèrent tous ceux qui avaient comploté contre le roi Amon. Et ce sont les gens du pays qui firent roi son fils Josias à sa place.

Commentaire

Est-ce que vous avez trouvé la particularité, en bonne part, de Manassé ? Je ne pense pas que vous l'ayez, alors on va reprendre ça gentiment.

D'abord, ça commence mal. Ça commence même très mal. On nous rapporte sept abominations de Manassé : la complétude dans le mal. Il a rétabli les hauts lieux détruits par Ézéchias, c'est de un. Et de deux, il a bâti des autels au Baal et fait des ashérahs. Et de trois, il a adoré l'armée des cieux, c'est-à-dire les étoiles. Et de quatre, il a construit des autels idolâtres dans le Temple même. Et de cinq, il a fait passer son fils par le feu, le rite de Moloch. Et de six, il a pratiqué la divination, les enchantements. Et de sept, il a consulté les médiums et les spirites. Au total, il a réussi à rendre Juda et Jérusalem pires que les nations environnantes.

Oui, mais, dit le texte, il a été emmené en exil. On n'est pas encore dans la particularité, mais ça, c'est une nouveauté : le livre des Rois ne nous raconte aucun exil. Ici, on le voit emmené avec des crochets et des chaînes de bronze en exil.

Alors, quelle est la crédibilité historique ? On sait que Manassé fut un vassal fidèle de l'empire assyrien, sous Assurbanipal. Ça, on a des sources qui le disent. Il payait un tribut. Pour l'historien, c'est possible qu'il ait été emmené en exil. Mais qu'un roi vassal docile ait été emmené en exil, puis remis sur le trône, ça, ce n'est pas très crédible. Les Assyriens auraient certainement préféré installer un remplaçant, un roi de paille. Donc, petite licence historique.

En fait, on n'est plus vraiment en train de parler de Manassé, là. On est en train de parler du peuple qui a été emmené en exil et qui, maintenant, va revenir d'exil. On lui dit : vous voyez, vous avez fait comme Manassé, vous avez fait pis que pendre, mais en exil, quand vous étiez à Babylone, avec Isaïe, avec Ézéchiel, avec Daniel, vous vous êtes repentis.

Et là, on voit le peuple qui revient, donc sous la figure de Manassé, et qui refait exactement l'inverse. On voit Manassé qui enlève les dieux étrangers, qui restaure l'autel, qui ordonne au peuple de servir le Dieu d'Israël. Ça aussi, c'est peu crédible sur le plan historique, mais c'est un message, encore une fois, envoyé à la communauté qui revient d'exil. Pour leur dire : vous voyez, un chemin de conversion est possible, Dieu ne vous abandonnera pas, malgré tout ce que vous avez pu faire d'horrible.

Et en fait, c'est ça, la particularité de Manassé. Manassé, c'était le pire des rois du Sud. Le pire dans les rois du Nord, c'était Achab ; le pire dans les rois du Sud, c'était Manassé. Oui, mais c'est aussi le seul qui se soit converti, qui se soit amendé, de manière profonde et durable. On a eu beaucoup de rois qui ont bien commencé et qui ont mal terminé — c'est d'ailleurs généralement la pente commune de tous les rois qui prennent la confiance. Et il y en a un, le pire, qui termine bien.

Euh, comment vous dire ? Ça n'enlève pas le sang que Manassé a sur les mains. N'empêche que : sacré message d'espérance pour l'humanité en général et la communauté juive en particulier. Vous voyez, en ce moment — enfin, vous connaissez l'histoire, donc vous savez qu'on s'achemine de manière inéluctable vers la chute de Jérusalem — on commence à arriver vers les moments tragiques, là. Eh bien, il y a quand même la conversion de Manassé au milieu de la nuit. Une petite lueur d'espoir.

Maintenant, on remet ça dans le contexte d'une écriture post-exilique, c'est-à-dire le peuple qui revient pour reconstruire Jérusalem. Évidemment que le peuple connaît l'histoire, il sait quelle crapule Manassé a été. Qu'est-ce que je veux vous dire ? Ce n'est pas en pataugeant dans les erreurs du passé que vous allez réussir à refonder une communauté. Il faut lui redonner une histoire, il faut la rendre fière aussi, sans rien oublier des fautes. C'est là où on navigue sur une ligne de crête. Mais vous l'avez vue se dessiner, là, dans ce chapitre, cette ligne de crête. Même dans le pire des rois, on s'efforce de trouver ce qui pouvait être sauvé. Si vous regardez, c'est un certain rapport à l'histoire qui est particulièrement sain, particulièrement nuancé. Je dis ça… nous, catholiques, on a parfois une histoire qu'on a du mal à assumer. Regardez la manière dont le peuple juif a assumé la sienne.

N'empêche qu'en attendant, ces rois qui ne savent plus à quel saint se vouer, qui n'arrêtent pas de changer de religion, ça pose quand même des questions. Il n'y en a pas un roi qui arrive à faire des réformes durables sans que tout de suite l'autre roi vienne et casse tout. Ça pose quand même des questions. On a l'impression d'un facteur d'instabilité politique. C'est que, à ma connaissance — j'ai fait mes recherches quand même —, le royaume de Juda et d'Israël, c'était le seul pays dont les rois changeaient aussi facilement de religion, comme on change de chemise.

Normalement, quand vous êtes à la tête d'un pays, votre dieu, votre dieu local, c'est ce qui fait votre fierté, c'est ce qui fait l'identité de votre peuple, c'est l'origine de votre souveraineté, et vous ne changez pas de religion. De fait, les Araméens ne changeaient pas de religion comme ça. Les Phéniciens non plus. Les Ammonites, les Moabites. Même les Assyriens ou les Babyloniens, ils ne changeaient pas de religion comme ça.

Alors, ça vient d'où, cette affaire ? Le texte ne le dit pas. C'est quand même très curieux. On peut quand même se douter que, dans la manière d'éduquer les fils de rois, il y avait un problème, une incapacité à transmettre la religion. Il y avait peut-être aussi — je pense quand même que le royaume d'Israël a agi comme un cancer qui a gangréné le Sud ; ça, on l'avait vu dans le livre des Rois.

Peut-être aussi que cela réside dans le monothéisme d'Israël. Les autres religions étaient plus souples : elles étaient polythéistes, et donc elles arrivaient de temps en temps à absorber les influences étrangères en agrandissant le panthéon des dieux. Il y a juste la religion hébraïque. Exode 20 : « Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. » Deutéronome 6 : « Écoute, Israël, le Seigneur est un. » Interdiction stricte du polythéisme, et toute influence étrangère est considérée comme un adultère spirituel. Forcément, cette intransigeance, c'est quelque chose qui vous rend à la fois plus fort, mais aussi, paradoxalement, plus faible pour vous intégrer dans un monde multiculturel, multireligieux. Il faut vraiment savoir où vous voulez aller, sinon la ligne n'est pas tenable.

On a vu aussi que ça n'empêchait pas la religion israélite, de temps en temps, d'absorber certains éléments venant des religions extérieures. Par exemple, dans l'Empire perse, on a parlé de l'angélologie, on a parlé du jugement dernier — ça, ça vient peut-être du zoroastrisme. N'empêche qu'il y a toujours un seul Dieu.

Et chez les rois d'Israël, la pente naturelle est plutôt celle de l'autorité, c'est-à-dire d'utiliser une certaine forme de syncrétisme et, par tolérance politique, de tolérer d'autres religions. Je me dis que ce n'est pas simple, ces questions. Mais de l'autre côté aussi, il y a un culte sponsorisé et subventionné par l'État. Et là, il faut savoir aussi ce qu'on veut. Il faut avoir une cohérence au fur et à mesure des générations, et c'est ce qui manque.

Les choses vont changer après l'exil. Oui, après l'exil, la communauté juive va devenir une communauté d'élection : ne reviendront à Jérusalem que ceux qui adhèrent au projet politique et religieux. Forcément, ça permettra une plus grande homogénéité dans le peuple. Ça aura aussi ses inconvénients, parce que ça peut amener une certaine forme de rigidité et de fermeture par rapport aux autres.

Toujours est-il qu'en attendant, c'est quand même curieux de voir ces rois qui manquent à ce point de fierté nationale qu'ils sont obligés d'aller puiser chez les autres dieux, les dieux étrangers, de quoi rendre leur religion plus attrayante.

Proverbes 22,6-10

Éduque un jeune à mesure de son développement. Jamais il ne déviera, même l'âge venu.

Le riche a pouvoir sur les pauvres. Le débiteur sera l'esclave de son créancier.

Qui sème la fraude récolte le malheur. Le fléau de sa frénésie lui sera fatal.

Qui a bon cœur sera béni : il partage son pain avec les faibles.

Chasse l'insolent, la querelle s'en va. Affronts et procès prennent fin.


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