Jour 272 ☾ — Une sainteté à visage humain
← J272 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J273 ☼ →
Résumé : Dans cet épisode consacré au chapitre 39 du Siracide, le frère Paul-Adrien lit le portrait du scribe, cet homme universel qui étudie les textes, voyage, observe les mœurs et la nature, enseigne et loue son Créateur. Le commentaire montre que ce portrait est le nôtre : celui de tous ceux qui méditent la Parole de Dieu, appelés à une spiritualité décloisonnée, « encyclopédique », où la connaissance est portée par la prière et la prière nourrie par l'observation du réel. Le but n'est pas d'accumuler des notions mais de passer de l'étude à la louange, et de la louange à l'adoration, jusqu'à voir le monde avec les yeux de Dieu et pouvoir dire avec lui que toutes ses œuvres sont bonnes. L'épisode se termine par une prière d'action de grâce pour l'univers créé.
Introduction
Aujourd'hui, un seul chapitre, mais un très beau chapitre où on nous parle du scribe. Et ici, le scribe va vous être présenté comme un modèle de vie, quelqu'un à qui vous devriez avoir envie de ressembler. Après tout, tout le monde a fait des études, tout le monde a fait son bac ; là, vous êtes en train de méditer et de réfléchir avec moi sur la Parole de Dieu, donc on est tous des scribes en puissance. Ce que vous dit ce passage-là, c'est que derrière cet aspect de votre vie, il y a quelque chose de la sainteté qui se dit. Donc je laisse le Siracide d'abord vous en parler, j'espère que ça vous donnera envie, et ensuite, on reprend ça ensemble pour dire comment ça vous concerne. Siracide 39.
Lecture : Siracide 39
Il aura une place au service des grands, il se fera remarquer par les chefs, il voyagera dans les pays étrangers, car il a l'expérience du bien et du mal que font les hommes.
Il s'appliquera de tout cœur à servir dès le matin le Seigneur qui l'a créé. Il présentera sa supplication devant le Très-Haut, il ouvrira la bouche pour la prière et il suppliera pour ses péchés.
Si le Seigneur Souverain le veut, il sera rempli de l'esprit d'intelligence. Il répandra comme une ondée ses paroles de sagesse et, dans la prière, il rendra grâce au Seigneur. Il suivra le droit chemin, dans ses décisions comme dans son savoir, et il méditera sur les secrets de Dieu. Il fera connaître l'enseignement qu'il a reçu et mettra sa fierté dans la loi de l'alliance prescrite par le Seigneur.
Beaucoup feront l'éloge de son intelligence et jamais on ne l'oubliera. Son souvenir ne disparaîtra pas. Son nom vivra de génération en génération. Les nations raconteront sa sagesse. L'assemblée proclamera ses louanges. S'il prolonge sa vie, son nom passe avant mille autres. Et s'il meurt, son œuvre est accomplie.
Je veux encore faire part de mes réflexions, car j'en suis plein comme est pleine la lune. Écoutez-moi, génération de saints, croissez comme une rose plantée au bord de l'eau. Comme le Liban, exhalez votre parfum et fleurissez comme le lys. Élevez la voix, chantez ensemble et bénissez le Seigneur en toutes ses œuvres. Rapportez à son nom la grandeur. Rendez-lui grâce par la louange, par le chant de vos lèvres et vos cithares, et vous direz pour rendre grâce :
Les œuvres du Seigneur sont toutes très bonnes et chacun de ses ordres s'accomplira en son temps. Il n'y a pas à demander : « Qu'est-ce que ceci ? Pourquoi cela ? » car toute chose vient à point en son temps.
À sa parole, les eaux se sont figées. Par un mot de sa bouche, il a mis les eaux en réserve. À son ordre, tout s'accomplit selon son bon plaisir et nul ne peut freiner sa force de salut. Les œuvres de tous les mortels sont devant lui. Rien ne peut rester caché à ses yeux. Son regard porte du début à la fin des temps. Il n'est rien qui puisse l'étonner.
Il n'y a pas à demander : « Qu'est-ce que ceci ? Pourquoi cela ? » car toute chose créée a son utilité. La bénédiction du Seigneur est comme un fleuve qui déborde, comme un torrent qui abreuve la terre. Mais les nations auront sa colère en partage, comme au jour où il transforma une terre arrosée en désert de sel. Ses voies sont droites pour ses fidèles et pleines d'obstacles pour les gens sans loi.
Dès l'origine, les choses bonnes ont été créées pour les bons, et les mauvaises pour les pécheurs. Ce qui est de première nécessité pour la vie de l'homme, c'est l'eau, le feu, le fer, le sel, la fleur de farine, le froment, le lait et le miel, le sang de la grappe, l'huile et le vêtement. Toutes ces choses sont pour le bien de qui est religieux, mais se changent en mal pour les pécheurs.
Certains vents ont été créés pour punir, et dans leur fureur, ils multiplient leurs ravages. Au temps de leur destruction, ils déversent leur violence et assouvissent la fureur de celui qui les a faits. Feu, grêle, famine, peste, tout cela a été créé pour punir. Les dents des fauves, les scorpions, les vipères, l'épée vengeresse qui extermine les impies, tous se réjouissent d'exécuter ses commandements. Ils sont sur la terre, prêts en cas de besoin, et le moment venu, ne désobéiront pas à ses ordres.
Voilà pourquoi j'avais ma conviction depuis le début. J'ai réfléchi. J'ai réfléchi et j'ai écrit : toutes les œuvres du Seigneur sont bonnes. Il pourvoit à tout besoin quand il le faut. Et il n'y a pas lieu de dire : « Ceci est pire que cela », car toute chose sera appréciée en son temps. Et maintenant, chantez de tout votre cœur à pleine voix et bénissez le nom du Seigneur.
Commentaire
Donc, le scribe. Le scribe, ça peut être beaucoup de choses. Le scribe, chez nous, ça peut être l'étudiant, le lycéen, celui qui est en université. Ça peut être aussi le scribe professionnel, le sofer, celui qui a passé des années d'apprentissage à apprendre l'hébreu classique, la grammaire, à interpréter la loi. Ça peut être aussi celui qui médite la loi du Seigneur. C'est donc vous qui suivez ce podcast.
Mais ici, ce qui est très beau, c'est de voir toute l'ampleur qui est en train de prendre cette figure. Le scribe, vous, qui méditez la loi du Seigneur, vous est présenté comme un homme universel. Allez, j'allais dire un homme encyclopédique. Il lit les textes. Il sort. Il voyage. Il se fait sa propre expérience. Il observe les mœurs, la nature. Il enseigne — ça, c'est la transmission, la pédagogie. Il adore. Il proclame la louange de son Créateur.
Et ça, c'est vous. C'est vous qui lisez la Parole de Dieu. C'est vous qui sortez pour explorer le monde. C'est vous qui observez, avec des documentaires ou la science ou je ne sais pas quoi, les étoiles, la nature, les oiseaux. C'est vous qui enseignez, qui transmettez à vos enfants ou qui êtes professeurs. Ou tout simplement, moi, je ne sais pas, qui témoignez du christianisme, qui témoignez de l'existence de Dieu. Et c'est vous aussi, quand vous priez, que vous adorez. Le scribe, c'est une vision universelle de l'homme que vous êtes appelé à devenir. C'était le verset 2 :
Il retiendra l'histoire des hommes célèbres. Il cherchera le sens caché des proverbes. Il se fera remarquer par les chefs. Il voyagera dans les pays étrangers.
Il n'y a pas de véritable connaissance si jamais ce n'est pas porté par une prière. Il n'y a pas non plus de véritable prière si jamais il n'y a pas derrière une observation de la réalité. La spiritualité du scribe, c'est une spiritualité qui vous oblige à décloisonner votre prière. Ça veut dire que la sagesse, ce n'est pas une technique. Ce n'est pas simplement en lisant les textes. C'est une sagesse, c'est-à-dire c'est une manière d'aborder la réalité.
C'est pour ça que dans le texte que vous venez d'entendre, on opposait le sage aux artisans. C'est parce que l'artisan, il est focalisé sur une activité particulière. Le sage, le scribe, lui, il envisage le tout de la vie humaine. C'est de la même manière que doit être construite votre vie spirituelle. Votre vie spirituelle, ce n'est pas de l'artisanat où il y a des techniques pour prier. C'est celle du scribe qui envisage le tout de la vie humaine et qui explore tout. C'est une spiritualité, j'allais dire, du tout, une spiritualité encyclopédique. Pour aimer Dieu, il faut aimer le monde qu'il a créé et le connaître en entier.
Donc on vous montre tout un univers dédié à l'apprentissage, où toutes les dimensions se complètent les unes les autres pour engendrer la véritable sagesse. Il y a d'abord l'étude des textes, l'enracinement dans la tradition — écrite, dans une tradition aussi orale, dans une communauté. Vous avez la prière et la contemplation : ça, c'est l'ouverture intérieure à l'inspiration divine qui oriente l'intelligence. Vous avez l'observation de la vie humaine, l'observation de la nature, mais aussi de la société humaine, qui vous permet de discerner le bien et le mal, qui vous permet aussi de naviguer dans un monde cosmopolite, multiculturel, multireligieux. Il va falloir apprendre à faire son miel et voir ce qu'il peut y avoir de beau dans chacune des différentes traditions, ce qu'on appelle les étincelles de la vérité. Vous avez le dialogue, la rencontre, la confrontation d'idées. Vous avez la mise en pratique, c'est-à-dire qu'on prend la sagesse et on l'applique dans des cas concrets.
Et là, après, c'était la fin de ce chapitre. C'était très, très beau. On vous donnait la fin de la sagesse. L'origine de la sagesse, on l'avait donnée au chapitre 1 : c'était la crainte du Seigneur. Je vous ai fait tout un beau petit paragraphe là-dessus pour vous dire l'aspect pratique de cette sagesse. Mais ici, ce qu'on vous a donné, ce n'était pas l'origine de la sagesse. Ce qu'on vous a donné, c'était les moyens de la cultiver, avec tout ce que je viens de vous dire. Et maintenant, c'est la fin, le but de cette sagesse :
Je veux encore faire part de mes réflexions, car j'en suis plein comme est pleine la lune. Comme le Liban, exhalez votre parfum et fleurissez comme le lys. Élevez la voix, chantez ensemble et bénissez le Seigneur en toutes ses œuvres. Rapportez à son nom la grandeur.
C'est la sagesse en acte. Le sage qui passe de l'étude à la louange. C'est vous, c'est votre manière de méditer. C'est quand on lit la Bible, quand on regarde le monde autour de soi. Le but, ce n'est pas l'accumulation de notions. Ce n'est pas de remplir son cerveau. C'est de remplir son cœur, et de passer de l'étude à la louange et de la louange à l'adoration.
Et c'est là où vous voyez que cet idéal du scribe qui médite la Parole de Dieu, c'est une école de sainteté. C'est une manière pour vous de vous rapprocher de Dieu, de revenir vers lui. C'est une manière aussi de se rapprocher du cosmos. Parce qu'en fait, votre sagesse vous fait résonner avec l'ordre de l'univers. Et c'était toutes les descriptions qu'on avait :
Ce qui est de première nécessité pour la vie de l'homme, c'est l'eau, le feu, le fer, le sel, la fleur de farine, le froment, le lait et le miel.
C'est-à-dire que maintenant, on a enfin compris l'univers dans lequel on existait. On a compris que c'était un univers moral. On a compris que c'était grandiose. On a compris quelle était la place de chaque chose dans l'univers. Parce que quand on cherche à faire le bien, la nature concourt à nous aider. Ça, ce sont des thèmes qui annoncent le livre de la Sagesse, qu'on avait lu juste auparavant.
Toutes ces choses sont pour le bien de qui est religieux, mais se changent en mal pour les pécheurs.
Eh bien voilà : la sagesse vous a rapproché de Dieu, vous a permis de construire votre vie, et en même temps vous a redonné une place dans l'univers en vous faisant comprendre comment il fonctionnait. Et à la fin, vous aviez cette phrase, verset 33 :
J'ai réfléchi et j'ai écrit : toutes les œuvres du Seigneur sont bonnes.
Ça, c'est le regard que Dieu posait sur la création. C'est-à-dire que maintenant, par la sagesse, vous êtes capable de voir le monde dans lequel vous vivez comme Dieu le voit. Ça, c'est la sagesse dans son degré le plus ultime. C'est de voir toutes choses baignées dans l'amour de Dieu, et de comprendre le réel, de voir le monde à travers les yeux de Dieu. C'est pour ça qu'on parle de sainteté. Vous êtes devenus unis à lui. Et votre manière de vous unir à lui, c'est à travers l'action de grâce, la bénédiction et la bonté. Vous êtes devenus comme Dieu.
Oh, c'est un passage qui est très, très beau. Ah, ça me donne envie de prier.
Prière
Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
Seigneur Jésus, je te rends grâce pour l'univers dans lequel j'existe. Je te rends grâce pour les oiseaux, pour les arbres, pour le feu, pour le souffle, pour la grêle. Je te rends grâce, Seigneur, pour ta justice qui est inscrite jusqu'au plus profond des lois de l'univers. Je te rends grâce, Seigneur, pour ta manière à toi de prendre soin du juste, et pour ta manière à toi d'essayer de corriger l'injuste.
Je te rends grâce, Seigneur. Tu as créé le monde dans ta bonté, et c'est ce monde-là que tu m'as donné à arpenter, à explorer, et j'ai appris à l'aimer, Seigneur. À travers les joies, à travers les pleurs, à travers les sots que j'ai rencontrés, à travers les personnes sages qui m'ont éclairé.
Seigneur, j'ai vu ta création et j'ai dit de tes œuvres : il n'y en a pas une qui ne serve à rien et qui ne soit pas à sa place.
Louange à toi, Seigneur de l'univers, Dieu éternel, Souverain, bon, source de toutes choses, et toi qui ne cesses de m'attirer à toi, accueille-moi.
← J272 ☼ · 📋 Index · 🎙️ Écouter · J273 ☼ →