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Jour 273 ☾ — Mourir… et pourtant espérer

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Résumé : Dans cet épisode consacré aux chapitres 40 et 41 du Siracide, le frère Paul-Adrien poursuit la réflexion du livre sur la mort, thème presque absent des premiers livres de la Bible et devenu ici angoissant. La lecture déroule l'inquiétude qui pèse sur tous les fils d'Adam, du roi au mendiant, la ruine des impies, la série des « mais plus encore », puis le double visage de la mort, amère pour l'homme comblé, douce pour le vieillard épuisé. Le commentaire montre que c'est la mort qui rend philosophe : elle rend la vie précieuse, rappelle l'humanité commune, fonde la solidarité et l'amour, et prépare le cœur des hommes à la révélation de la résurrection, qui n'était pas encore venue jusqu'à eux. L'épisode se termine par une prière pour tous ceux qui vont mourir aujourd'hui et pour tous ceux qui ont peur de la mort.

Introduction

Nous continuons notre réflexion. C'est un thème qui est assez étonnant. Il était très absent des premiers livres de la Bible. C'est le thème de la mort. Manifestement, il y a quelque chose qui ne passe plus. Dans les premiers livres de la Bible, on parlait de la vie humaine et on parlait bien du shéol, mais ça n'avait pas l'air d'angoisser outre mesure les gens. Peut-être qu'à cette époque-là, il y avait une conscience de la vie individuelle qui était moins développée.

Toujours est-il que maintenant, les anciennes réponses de type shéol ou de survie par la communauté paraissent insuffisantes. La mort, maintenant, il y a quelque chose dans la foi d'Israël qui ne passe pas. On avait parlé du deuil la dernière fois.

Lecture : Siracide 40-41

Une grande inquiétude est la part de tout homme. Un joug pesant accable les fils d'Adam, depuis le jour où ils sortent du ventre de leur mère, jusqu'au jour où ils retournent à la mère universelle.

L'objet de leurs réflexions, la crainte de leur cœur, c'est la pensée de ce qui les attend : c'est le jour de leur mort. Depuis celui qui siège sur un trône de gloire, jusqu'à celui qui est humilié sur la terre et sur la cendre, depuis celui qui porte la pourpre et la couronne, jusqu'à celui qui est vêtu d'étoffes grossières, ce n'est que colère, jalousie, troubles, agitation, crainte de la mort, rancune et discorde.

Et quand on prend du repos sur son lit, le sommeil de la nuit perturbe les idées. À peine est-on assoupi, voilà qu'en rêve comme de jour on s'épuise, et, troublé par des visions imaginaires, on se prend pour un fuyard échappé du combat. Au moment de la délivrance, on se réveille, tout étonné de sa vaine frayeur.

Ainsi en va-t-il pour toute chair, depuis l'homme jusqu'à la bête, et pour le pécheur, cette fois plus encore. Peste, sang, querelle, épée, malheur, famine, destruction, fléau : c'est contre les gens sans lois que tout cela a été créé, c'est à cause d'eux que survint le déluge.

Tout ce qui vient de la terre retourne à la terre, et ce qui vient des eaux fait retour à la mer. Tout cadeau corrupteur part en fumée, mais la fidélité se maintient à jamais.

La fortune des escrocs s'épuisera comme un cours d'eau en été, elle n'est qu'un grand coup de tonnerre dans l'orage. Aussi vrai qu'ils se sont réjouis de prendre à pleines mains, les corrompus iront à la ruine.

Les rejetons des impies ne donnent pas de rameaux, leurs racines impures ne trouveront que rochers arides. Ou bien, comme le roseau qui prolifère au bord de l'eau, on les arrachera avant toute autre plante. Mais la générosité est un jardin de bénédiction, et l'aumône demeure à jamais.

Celui qui se suffit à lui-même, ou celui qui travaille, a une vie agréable, mais plus encore celui qui trouve un trésor. Avoir des enfants, fonder une ville, ça, c'est perpétuer son nom, mais on estime plus encore la femme irréprochable. Le vin et la musique réjouissent le cœur, mais plus encore l'amour de la sagesse. La flûte et la harpe donnent du charme à la mélodie, mais plus encore une jolie voix. Grâce et beauté sont les plaisirs des yeux, mais plus encore la verdure des champs. Amis et compagnons, c'est à propos qu'ils se retrouvent, mais plus encore la femme avec son mari. Frères et protecteurs sont utiles au mauvais jour, mais plus encore l'aumône qui délivre. L'or et l'argent affermissent la démarche, mais on apprécie plus encore un bon conseil. La richesse et la force donnent un cœur confiant, mais plus encore la crainte du Seigneur.

Avec la crainte du Seigneur, rien ne manque ; avec elle, nul besoin de rechercher secours. La crainte du Seigneur est un jardin de bénédiction, plus que toute gloire, elle protège.

Ne vis pas de mendicité, mon fils : mieux vaut mourir que mendier. L'homme qui regarde vers la table d'un autre, son existence n'est pas une vie. Il se souille avec la nourriture d'autrui, alors qu'un homme avisé et bien éduqué s'en gardera. À la bouche de celui qui n'a honte de rien, la nourriture mendiée est douce, mais elle brûlera ses entrailles.

Ô mort, quelle amertume que ta pensée pour l'homme qui vit paisible au milieu de ses biens, pour l'homme qui n'a pas de souci, à qui tout réussit, qui est encore capable de faire bonne chère !

Ô mort, que ta sentence est bonne pour l'homme dont le besoin presse, dont la force décline, pour un grand vieillard qui s'inquiète de tout, qui se révolte et perd patience.

Ne redoute pas la sentence de la mort. Pense à ceux qui t'ont précédé, à ceux qui te suivront. C'est la sentence du Seigneur pour tout être de chair. Pourquoi refuser la volonté du Très-Haut ? Dix ans, cent ans ou mille ans, au séjour des morts, nul ne met en question la durée d'une vie.

Les enfants des pécheurs deviennent des enfants abominables qui fréquentent la société des impies. L'héritage des pécheurs se perdra, la honte s'attachera à leurs enfants. Un père impie sera blâmé par ses enfants, à cause de lui, ils seront couverts de honte.

Malheur à vous, hommes impies, qui avez abandonné la loi du Dieu Très-Haut. Quand vous vous multipliez, c'est pour la perdition. Quand vous naissez, vous naissez pour la malédiction. Quand vous mourez, la malédiction est votre part. Tout ce qui vient de la terre à la terre s'en va ; ainsi s'en vont les impies, de la malédiction à la perdition.

Le deuil des hommes n'est que deuil du corps, mais pour les pécheurs, leur nom même, qui ne vaut rien, disparaîtra. Prends soin de ton nom, car il te survivra plus que mille monceaux d'or. Une belle vie, on peut en compter les jours, mais une bonne renommée demeure à jamais.

Mes enfants, gardez en paix mes instructions de sagesse. Aussi apprenez de ma bouche de quoi il faut avoir honte, car toute honte n'est pas bonne à entretenir, et tous ne savent pas juger correctement de tout.

Ayez honte devant père et mère de la débauche, du mensonge devant le chef et le puissant, du délit devant le juge et le magistrat, de la transgression de la loi devant l'assemblée et le peuple, de la fourberie devant l'associé et l'ami, d'un vol devant tout le voisinage.

Face à la vérité de Dieu et à l'Alliance, tu dois avoir honte de garder tout le pain pour toi, de donner ou de recevoir avec mépris, de ne pas répondre à ceux qui te saluent, d'arrêter ton regard sur une prostituée, de te détourner d'un parent, d'enlever à autrui ce qui lui revient ou lui est offert, de dévisager une femme mariée, d'être entreprenant avec sa servante et, surtout, n'approche pas de son lit.

Tu dois avoir honte d'insulter tes amis, et n'insulte pas après avoir donné.

Commentaire

C'est la mort qui rend philosophe. Il y a peut-être un avantage à ne pas aller trop vite aux solutions, aux réponses et aux dogmes : c'est que ça nous oblige à mettre les mains dans le cambouis et à faire l'expérience de l'humanité, dans le sens le plus commun et le plus tragique du mot.

En attendant, on peut saluer d'une pensée émue ces anciens patriarches que nous lisons aujourd'hui et qui n'ont pas eu d'autre choix que de se poser la question, parce que l'espérance de la résurrection n'était pas encore venue jusqu'à eux. Il faudra attendre pour cela le dernier livre des Maccabées, le livre de la Sagesse. Moins 100, moins 200 avant Jésus-Christ. On n'en est pas encore là. Ces patriarches ne savaient pas qu'il y avait une vie après la mort. Aucun prophète ne l'avait clairement dit, sinon par allusion trop fugace. Et je suppose qu'ils ont vécu dans une angoisse qui n'était pas la nôtre. Imaginez que la résurrection n'ait pas encore eu lieu : ça veut dire quoi, de votre vie ?

C'est-à-dire l'inquiétude et l'angoisse qui parcourent tous ces textes.

Une grande inquiétude est la part de tout homme, un joug pesant accable les fils d'Adam.

C'est l'expérience la plus commune de l'humanité : toute vie doit finir. De là naît une inquiétude existentielle. Verset 5 :

Et quand on prend du repos sur son lit, le sommeil de la nuit perturbe les idées. À peine est-on assoupi, voilà qu'en rêve, comme de jour, on s'épuise. On est troublé par des visions imaginaires, on se prend pour un fuyard échappé du combat.

Et ça, c'est le début du chapitre 41 :

Ô mort, quelle amertume que ta pensée !

C'est ce que vous dit le texte : c'est la loi du genre humain, c'est la condition des fils d'Adam. Alors, on me dira : oui, peut-être, mais Adam avait été créé immortel au début, au paradis — ce qu'on appelle un don préternaturel. Il ne devait pas connaître la mort. Oui et non. Notre destinée, elle n'est pas sur terre, elle est dans le ciel. Et de ce point de vue-là, toute vie doit finir, il doit y avoir un passage. Un passage, en hébreu, un pessah, une Pâque. Simplement, ce que le péché originel, la faute d'Adam, a rajouté, c'est que ce passage se fait dans le drame, dans l'angoisse, dans l'inquiétude et dans la souffrance du corps et son agonie. Depuis Adam, on a l'impression de retourner à un néant, mais n'empêche qu'on devait quand même passer au ciel.

La mort, initialement, est une bonne chose. Ça vous donnera la prière de saint François d'Assise : « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour notre sœur la mort corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper. » Et même, c'est ce que je vous disais, la mort rend la vie précieuse. Elle rend chaque instant unique. Elle donne à nos actes un poids d'éternité. Si on n'avait pas la mort, notre vie serait une vie étendue, indéfinie, sans urgence et sans contour.

La deuxième leçon de la mort que vous donne le Siracide dans l'épisode que vous venez d'entendre, c'est qu'elle nous rappelle à notre humanité. On est tous au même seuil : rois, esclaves, savants ou ignorants, personne n'échappe à la poussière. C'est le correctif à l'orgueil : souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière. Et même — alors ça, c'est cruel — qu'on ait une vie qui soit brève ou une vie qui soit longue, de toute façon, au regard de la mort, ça veut dire quoi ? C'était le verset 4 :

Dix ans, cent ans ou mille ans, au séjour des morts, nul ne met en question la durée d'une vie.

C'est ce que Ben Sira vous disait : ainsi la vie de tout homme et la mort, du pécheur ou du juste, tout se termine.

Mais c'est aussi ce qui fonde la solidarité humaine. C'est aussi ce qui fait que chaque homme, chaque femme est pour nous un frère et une sœur : on partage la même vie, on partage la même condition, on partage le même destin.

Et la mort — alors là, ce n'est pas dit dans le texte, c'est moi qui le dis — la mort, c'est aussi ce qui fonde l'amour. Parce que la conscience de la mort rend chaque lien fragile et chaque lien précieux. La mort révèle la valeur de l'autre, elle donne à l'amour une urgence. On aime parce qu'on n'a pas l'éternité devant nous. Et puis, quand je vous dis que c'est ce qui fonde l'amour, c'est aussi parce que, comme ça fonde le poids de notre vie, on est capable de donner un sens à notre mort et d'en faire le don le plus précieux : la mort libre et offerte, qui devient la forme la plus haute de l'amour et qui transforme la perte en don. S'il n'y avait pas la mort, on ne pourrait pas être sauvé.

Et puis, dernière leçon de la mort, c'est ce que je vous disais : elle nous rend philosophes, elle nous oblige à nous poser la question de notre vie, du sens de notre vie. Que devient l'être humain ? Ça fait de notre vie une quête, une aventure. Alors, pour l'instant, on n'a pas le terme, on n'a pas la solution, mais il y a quelque chose de fascinant à voir ces anciennes générations travailler avant nous, rechercher avant nous, être en quête avant nous. Et même dans l'amertume de ces réflexions, il y a quelque chose de la grandeur humaine qui se dit là-dedans. Parce qu'eux, ils n'avaient pas le choix : ils regardaient la mort. Ils ont ce courage. Ils ne nient pas le drame, ils ont les yeux fixés dessus. Et c'est ainsi que Dieu prépare le cœur des hommes à sa révélation ultime.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Prière

Seigneur, je te confie tous mes frères humains. Je te confie tous ceux qui vont mourir aujourd'hui. On me dit que par jour, 150 000 personnes meurent. À la fin de ce podcast, ils seront mille à être passés de l'autre côté du voile, dans les demeures éternelles. Seigneur, je te les confie.

Je te confie ma vie. Elle est précieuse, elle est unique, et c'est entre tes mains que je la remets.

Je te confie tous ceux qui ont peur de la mort, et je les comprends, Seigneur. Seigneur, je te demande de les rassurer, de leur dire que la vie humaine est belle et qu'elle a du sens, qu'elle est grave, mais qu'elle peut être tendre aussi.

Et que cette insatisfaction que tu as répandue sur la vie humaine, et qui nous empêche de nous trouver en repos sur terre, nous amène, Seigneur, jusqu'à toi, sans drame ni angoisse.


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