Jour 274 ☼ — Le retour d'exil, un nouveau départ fragile
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Résumé : Après avoir refermé les livres des Chroniques, le frère Paul-Adrien ouvre le livre d'Esdras, qui reprend mot pour mot l'édit de Cyrus par lequel s'achevait le livre précédent. Il situe cet édit en 539 av. J.-C., le rapproche du cylindre de Cyrus conservé au British Museum, et explique la nouvelle politique perse : s'appuyer sur des élites locales plutôt que sur la terreur ou la déportation. La lecture donne la première vague de retour d'exil, avec le dénombrement minutieux des ustensiles du Temple et des familles rapatriées. Le commentaire montre que cette énumération n'est pas gratuite : tout est fait pour assurer la continuité d'une communauté et d'un culte refondés grâce à un roi païen.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre.
On a fini les livres des Chroniques ! Bien joué ! Et je vous propose maintenant d'ouvrir le livre d'Esdras. Esdras, c'est ce qui suit directement le livre des Chroniques. Le livre des Chroniques s'arrêtait par l'évocation de l'édit de Cyrus, et c'est exactement, vous allez l'entendre dans le premier chapitre, par ce même édit de Cyrus, en fait exactement la même phrase, que commence le livre d'Esdras. La suture est parfaite. Et vous notez au passage comment on a mis une parenthèse pudique sur l'exil, un souvenir trop douloureux : on l'a mis de côté et on passe directement de la période pré-exilique à la période post-exilique. Dans la période pré-exilique, livre des Chroniques, on vous a donné la théorie, la théologie du Temple. Maintenant, nous allons passer à la pratique : refonder la communauté grâce à cette théologie.
Donc, je vous donne cette phrase magistrale qui clôt les livres des Chroniques et qui va ouvrir le livre que vous allez entendre. Moins 539, l'édit de Cyrus. « Ainsi parle Cyrus, roi des Perses : le Seigneur, Dieu du ciel, m'a donné tous les royaumes de la terre et il m'a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. »
On a retrouvé cet édit, ou plus exactement, on a retrouvé un cylindre d'argile. Pour écrire les édits royaux, on avait comme des tampons — alors là, c'étaient des formes de cylindres qu'on roulait et qui imprimaient les ordres. On en a retrouvé un que vous pouvez aller visiter, il est au British Museum. Un cylindre qui date de 539, dans lequel Cyrus, le grand roi de Perse, se présente comme choisi par Mardouk, dieu des Babyloniens, pour libérer les peuples opprimés par Nabonide. Nabonide, souvenez-vous, on en a parlé dans le livre de Daniel. Et dans ce cylindre, il ordonne de rétablir les sanctuaires locaux et de ramener les statues des dieux dans leur ville d'origine. Je cite la phrase exacte sur le cylindre : « Je réunis tous leurs peuples et je fis revenir leurs dieux dans leurs lieux de résidence. »
Donc c'est exactement ce que vous raconte la Bible. À un détail près : c'est que le peuple juif n'était pas le seul. Il y aurait eu d'autres peuples à qui les Perses auraient permis de retourner chez eux. C'est une nouvelle manière de gouverner un empire. On avait les Assyriens, on avait les Babyloniens ; les Perses les ont vaincus, ont hérité de leur empire, et cette fois-ci on décidait que, plutôt que de régner par la terreur — assyrien — ou la déportation — babylonien —, il valait mieux s'appuyer sur des élites locales. Et donc, en permettant aux Juifs de retourner à Jérusalem, ils s'assuraient l'existence d'États vassaux qu'ils pourraient contrôler, parce que les Juifs leur devraient tout. Ce qui a marché : l'empire perse va durer plusieurs siècles.
En attendant, sortez les mouchoirs. Cinquante ans ont passé, ça aurait été la durée de l'exil, et vous allez maintenant assister à la première vague de repeuplement, en direct. Il y en aura trois au total : les Juifs qui quittent Babylone par paquets successifs pour revenir dans la terre de leurs ancêtres. Nous sommes en moins 539. La vie est belle. Esdras 1 et 2.
Lecture : Esdras 1-2
La première année du règne de Cyrus, roi de Perse, pour que soit accomplie la parole du Seigneur proclamée par Jérémie, le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse, et celui-ci fit publier dans tout son royaume, et même consigner par écrit :
« Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m'a donné tous les royaumes de la terre, et il m'a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que son Dieu soit avec lui, qu'il monte à Jérusalem en Juda, et qu'il bâtisse la maison du Seigneur, le Dieu d'Israël, le Dieu qui est à Jérusalem. En tout lieu où réside ce qui reste d'Israël, que la population leur vienne en aide, qu'on leur fournisse argent, or, dons en nature, bétail, qu'on y joigne des offrandes volontaires pour la maison de Dieu qui est à Jérusalem. »
Alors les chefs des familles de Juda et de Benjamin, les prêtres et les lévites, bref, tous ceux à qui Dieu avait inspiré cette décision, se mirent en route et montèrent à Jérusalem pour bâtir la maison du Seigneur. Tous leurs voisins leur apportèrent de l'aide : argent, or, dons en nature, bétail, objets précieux en quantité, sans compter toutes sortes d'offrandes volontaires.
Le roi Cyrus fit retirer les objets de la maison du Seigneur que Nabuchodonosor avait enlevés de Jérusalem pour les mettre dans la maison de son Dieu. Cyrus, roi de Perse, les fit retirer par le soin du trésorier Mithridate, qui en fit le compte pour Sheshbassar, le prince de Juda.
En voici le compte : trente plats d'or, mille plats d'argent, vingt-neuf couteaux, trente coupes en or, quatre cent dix coupes en argent de deuxième ordre, ainsi que mille autres objets. En tout, il y avait cinq mille quatre cents objets d'or et d'argent. Sheshbassar emporta le tout au moment où les exilés montèrent de Babylone à Jérusalem.
Voici les gens de la province de Juda qui sont remontés de la captivité et de l'exil. Nabuchodonosor, roi de Babylone, les avait déportés à Babylone ; ils retournèrent à Jérusalem et à Juda, chacun dans sa ville. Ils vinrent avec Zorobabel, Josué, Néhémie, Seraya, Relaya, Mardochée, Bilchane, Mispar, Bigvaï, Rehoum, Baana.
Voici le nombre des hommes du peuple d'Israël : les fils de Paréosh, 2 172 ; les fils de Shephatya, 372 ; les fils d'Arah, 775 ; les fils de Pahath-Moab, c'est-à-dire les fils de Josué et de Joab, 2 812 ; les fils d'Élam, 1 254 ; les fils de Zattou, 945 ; les fils de Zakkaï, 760 ; les fils de Bani, 642 ; les fils de Bébaï, 623 ; les fils d'Azgad, 1 222 ; les fils d'Adonikam, 662 ; les fils de Bigvaï, 2 056 ; les fils d'Adine, 454 ; les fils d'Ater et de Yehizkiya, 98 ; les fils de Bessaï, 323 ; les fils de Yora, 112 ; les fils de Hashoum, 223 ; les fils de Guibbar, 95 ; les fils de Bethléem, 123 ; hommes de Netopha, 56 ; hommes d'Anatoth, 128 ; les fils d'Azmaweth, 42 ; les fils de Kiriath-Yarim, Kephira et Beéroth, 743 ; les fils de Rama et Guéba, 621 ; hommes de Mikmas, 122 ; hommes de Béthel et d'Aï, 223 ; les fils de Nebo, 52 ; les fils de Magbish, 156 ; les fils d'un autre Élam, 1 254 ; les fils de Harim, 320 ; les fils de Lod, Hadid et Ono, 725 ; les fils de Jéricho, 345 ; les fils de Senaa, 3 630.
Les prêtres : les fils de Yedaya, de la maison de Josué, 973 ; les fils d'Immer, 1 052 ; les fils de Pashehour, 1 247 ; les fils de Harim, 1 017.
Les lévites : les fils de Josué et ceux de Kadmiel, c'est-à-dire les fils d'Hodavya, 74.
Les chantres : les fils d'Asaph, 128.
Les fils des portiers : les fils de Shalloum, les fils d'Ater, les fils de Talmone, les fils d'Akkoub, les fils de Hatita, les fils de Shobaï, en tout 139.
Les servants : les fils de Ciha, les fils de Hasoupha, les fils de Tabbaoth ; les fils de Kéros, les fils de Siaha, les fils de Padone ; les fils de Lebana, les fils de Hagaba, les fils d'Akkoub ; les fils de Hanane, les fils de Guiddel, les fils de Gahar ; les fils de Reaya, les fils de Recine, les fils de Nekoda ; les fils de Gazzam, les fils d'Ouzza, les fils de Paséah ; les fils de Bessaï, les fils d'Asna, les fils de Méounim ; les fils de Nephoussim, les fils de Bakbouk, les fils de Hakoupha ; les fils de Harhour, les fils de Batslouth, les fils de Mehida ; les fils de Harsha, les fils de Barkos, les fils de Sisera ; les fils de Tamah, les fils de Netsiah, les fils de Hatipha.
Les fils des serviteurs de Salomon : les fils de Sotaï, les fils de Sophéreth, les fils de Perouda ; les fils de Yaala, les fils de Darkone, les fils de Guiddel ; les fils de Shephatya, les fils de Hattil, les fils de Pokéreth-Hassebaïm, les fils d'Ami. Tous les servants et les fils des serviteurs de Salomon étaient donc au nombre de 392.
Et voici ceux qui sont montés de Tel-Mélah, Tel-Harsha, Keroub-Addane, Immer, mais qui n'ont pu établir que leur famille et leur race étaient bien d'Israël : les fils de Delaya, les fils de Tobie, les fils de Nekoda, 652.
De même, certains d'entre les prêtres : les fils de Hobaya, les fils d'Ha-Kots, les fils de Barzillaï, celui qui avait pris pour femme l'une des filles de Barzillaï le Galaadite et qui avait été appelé de ce nom. Ceux-là recherchèrent leur registre généalogique, mais on ne le trouva pas ; ils furent alors déclarés impurs et exclus du sacerdoce. Et le gouverneur leur interdit de manger des aliments très saints, jusqu'à ce qu'un prêtre se tienne debout devant Dieu pour le consulter par les Ourim et les Toummim.
L'assemblée tout entière était au total de 42 360 personnes, sans compter leurs serviteurs et leurs servantes, au nombre de 7 337. Il y avait aussi 200 chanteurs et chanteuses. Leurs chevaux étaient au nombre de 736, leurs mulets 245, leurs chameaux 435 et leurs ânes 6 720.
À leur arrivée à la maison du Seigneur qui est à Jérusalem, certains chefs de famille firent des offrandes volontaires pour la maison de Dieu, afin qu'elle soit rétablie à son emplacement. Selon leurs possibilités, ils versèrent au trésor de l'œuvre 61 000 pièces d'or, 5 000 pièces d'argent, et aussi 100 tuniques sacerdotales.
Alors s'installèrent dans leurs villes prêtres, lévites, une partie du peuple, chantres et portiers, ainsi que les servants. Voilà donc tout Israël dans ses villes.
Commentaire
Ah, cette longue liste ! Vous croyez en avoir terminé avec les Chroniques ? Mais c'est les mêmes ! C'est ce qu'on appelle l'historiographie chroniste, ou encore l'école chroniste. C'est eux qui ont écrit 1 Chroniques, 2 Chroniques, Esdras et Néhémie. À ne pas confondre avec l'historiographie deutéronomiste, qui a écrit Josué, Juges, Samuel, Rois. De fait, ces livres-là, on sentait bien qu'il y avait une parenté. Eh bien là, vous la sentez aussi, cette parenté, sauf que c'est une parenté du côté des listes et des nombres.
En même temps, elle n'est pas gratuite, cette généalogie. Je vous explique. Je ne sais pas si tout le monde l'a vu, mais le retour d'exil, tout le monde est super content. Sauf que c'est un roi païen qui promet de le faire, et en plus, c'est lui qui va payer la reconstruction du Temple. Donc, vous m'excuserez de le dire de manière simple, mais à la fois c'est très bien, et en même temps, ça la fout mal. Ça veut dire quoi sur la validité du culte et du Temple qui va être reconstruit ?
Du coup, on fait tout ce qu'on peut pour forcer la continuité. Donc on vous a présenté Cyrus qui est ému par l'esprit divin. Je vous redonne la phrase, verset 1 :
Le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse.
Ce qui est quand même une phrase très étonnante. Depuis quand Dieu inspire-t-il des rois païens ? Enfin, à la rigueur, il les utilise comme instrument de sa vengeance ; de là à les inspirer, il y a quand même de la marge. Grâce à Dieu, il y avait déjà eu Isaïe, qui était venue avant et qui avait dit qu'un messie, un roi païen, permettrait la reconstruction. Donc on le sentait un petit peu comme ça. Sauf que là, ce n'est pas Isaïe qui est citée, c'est Jérémie. C'était le début du verset :
La première année du règne de Cyrus, roi de Perse, pour que soit accomplie la parole du Seigneur proclamée par Jérémie…
Jérémie qui avait prédit un exil de soixante-dix ans. Et c'était là-dessus aussi qu'on s'était quittés dans le livre des Chroniques. « Le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse. » Donc, vous voyez, on fait toutes les sutures possibles pour vous dire : ne vous inquiétez pas, mes petits bichons, tout ça, c'était prévu, en fait. Ça correspond au plan de Dieu.
C'est aussi pour ça qu'on vous décrit tous les ustensiles du Temple qu'on va ramener de Babylone. Normalement, les ustensiles du Temple, vu qu'ils ont été profanés, on devrait les mettre de côté — parce qu'à chaque fois qu'il y a une profanation du Temple, on met de côté et on recommence. Bon, eh bien là, pour assurer que c'est le même Temple qui va être reconstruit, on reprend les ustensiles, on les compte et on les ramène.
Et c'est ce même souci de continuité qu'on retrouvait dans ces longues listes interminables. On insistait sur les familles, parce que pendant l'exil, ce sont les familles qui vont assurer la continuité. On vous disait les villes d'où elles étaient originaires, parce que c'est un territoire dont on va reprendre possession. Bref, tout est fait pour vous dire que c'est la même communauté, c'est le même culte qui est en train de revenir. Même si — n'oubliez pas ce que je vous avais dit dans 1 et 2 Chroniques — il y a tous les déplacements théologiques qui s'étaient opérés là, dans la manière de se concevoir en tant que communauté. On va voir si on les retrouve ou pas.
Proverbes 22,22-25
Ne profite pas de la faiblesse du faible, n'écrase pas le pauvre au tribunal, car le Seigneur plaidera leur cause, il ravira la vie de leur ravisseur.
Ne fréquente pas le coléreux, n'approche pas l'homme irascible, sinon tu prendrais leurs manières et tu serais pris au piège.
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