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Jour 274 ☾ — Rallumer le feu du Temple

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Résumé : Le frère Paul-Adrien interrompt la lecture du Siracide pour insérer les deux prophètes post-exiliques Zacharie et Aggée, contemporains de la reconstruction du second Temple. Après un récapitulatif de tous les prophètes déjà parcourus, il plante le décor d'un peuple revenu d'exil, déprimé, dans une Jérusalem délabrée. Il lit ensuite les chapitres 1 et 2 de Zacharie : les cavaliers en patrouille, les quatre cornes et les quatre forgerons, l'homme au cordeau et la Jérusalem sans murailles. Le commentaire montre comment ces visions apocalyptiques servent à rallumer la mystique d'une entreprise au long cours — reconstruction d'un temple, mariage ou sacerdoce — en révélant le rêve qu'il y a derrière.

Introduction

Ce podcast, c'est un podcast libre, et aujourd'hui je vous propose de faire une chose qu'on n'a jamais encore faite : on va interrompre deux secondes notre lecture du livre du Siracide pour insérer deux petits livres prophétiques, Zacharie et Aggée. Parce qu'on a changé en première lecture : on est passé du livre des Chroniques, qui donnait la théorie du second Temple, à la pratique avec Esdras et Néhémie, qui vont le mettre en œuvre. Sauf qu'on a deux prophètes qui ont exercé leur ministère à cette époque. Donc c'est en ce moment qu'il faut qu'on mette ces livres, ce qui fait qu'en premier épisode vous aurez la version historique de la reconstruction du Temple, et en deuxième épisode vous aurez la vision prophétique de la reconstruction du Temple.

Alors, pour le Siracide, rassurez-vous, on le retrouvera après. Et la structure du Siracide étant relativement plus souple, s'il y a un livre que l'on peut interrompre au milieu sans dommage pour insérer un ou deux petits livres, c'est bien le Siracide.

À l'inverse, ça vaut peut-être aussi le coup qu'on fasse un récapitulatif sur les prophètes : on en est où de tout ce qu'on a entendu ? Normalement, dans les prophètes, vous avez quatre prophètes majeurs — Daniel, Ézéchiel, Isaïe et Jérémie — on les a faits. Et vous avez douze prophètes mineurs : Jonas, Abdias, Habaquq, Nahum… Et parmi tous ces prophètes, il nous en reste trois à voir, qu'on appelle des prophètes post-exiliques : Aggée, Zacharie, Malachie. On va en faire deux là, Aggée et Zacharie, on va garder le troisième, Malachie, pour un peu plus tard, car il a prophétisé un ou deux siècles après.

Donc, plantons le décor pour Zacharie, avec qui nous allons commencer. Vous êtes à Jérusalem, en moins 539. Des exilés qui sont revenus sans grand enthousiasme dans un pays délabré. Et le grand jour, le jour où la dynastie allait enfin être restaurée, le jour du Seigneur où tout le monde allait s'agenouiller devant Jérusalem… On est peut-être en train de reconstruire le Temple vaille que vaille avec Zorobabel, mais en attendant, ce n'est pas le plein rétablissement des prophéties messianiques. Tout le monde est déprimé.

Du coup, le prophète Zacharie, fils d'Iddo, se lève. Nous l'écoutons : Zacharie, chapitres 1 et 2. Et Zacharie, il a un truc : pour motiver les troupes, il se dit que rien ne vaut mieux qu'une bonne vieille apocalypse. Parce que ce qui s'est passé, c'est que dans sa vie, un jour, une nuit, il a reçu huit visions, huit visions apocalyptiques, pouf, comme ça, d'un coup. Il est comme ça, Zacharie.

On va commencer avec les trois premières visions. Vous aurez d'abord, un : vision des cavaliers, qu'on retrouvera dans l'Apocalypse. Deuxième vision : les cornes et les forgerons — là, on a l'impression d'être dans du Daniel. Troisième vision : la chaîne d'arpenteur. Cette fois-ci, c'est peut-être plutôt une reprise d'Ézéchiel, où on voyait des anges qui mesuraient le Temple.

Zacharie, chapitres 1 et 2.

Lecture : Zacharie 1-2

La deuxième année du règne de Darius, au huitième mois, la parole du Seigneur fut adressée au prophète Zacharie, fils de Bérékia, fils d'Iddo, pour qu'il dise : « Le Seigneur s'est profondément irrité contre vos pères, mais tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur de l'univers : Revenez à moi — oracle du Seigneur de l'univers — et je reviendrai à vous, dit le Seigneur de l'univers. Ne soyez pas comme vos pères, que les prophètes de jadis ont interpellés en disant : Ainsi parle le Seigneur de l'univers : Revenez donc de vos mauvais chemins, de vos actions mauvaises. Mais ils n'ont pas écouté, ils n'ont pas prêté attention, oracle du Seigneur. Vos pères, où sont-ils ? Et les prophètes, vivent-ils pour toujours ? Cependant, mes paroles et mes décrets que j'avais confiés à mes serviteurs les prophètes, n'ont-ils pas atteint vos pères ? Alors ils sont revenus et ils ont dit : De la manière dont le Seigneur de l'univers avait résolu de nous traiter selon nos chemins et nos actions, ainsi nous a-t-il traités. »

La deuxième année du règne de Darius, le vingt-quatrième jour du onzième mois, le mois de Shebat, la parole du Seigneur fut adressée au prophète Zacharie, fils de Bérékia, fils d'Iddo, pour qu'il dise : J'ai eu pendant la nuit une vision. Voici qu'un homme, monté sur un cheval roux, se tenait entre les myrtes de l'abîme, et derrière lui, il y avait des chevaux roux, bruns et blancs. Je dis : « Ceux-ci, que sont-ils, mon Seigneur ? » L'ange qui me parlait répondit : « Moi, je te ferai voir ce qu'ils sont. » L'homme qui se tenait entre les myrtes intervint et dit : « Ceux-là, le Seigneur les a envoyés parcourir la terre. » Ils s'adressèrent à l'ange du Seigneur qui se tenait entre les myrtes et ils dirent : « Nous venons de parcourir la terre, et voici que la terre est tranquille. »

L'ange du Seigneur reprit alors la parole et dit : « Seigneur de l'univers, combien de temps refuseras-tu d'avoir compassion de Jérusalem et des villes de Juda, auxquelles tu fais sentir ta colère depuis soixante-dix ans ? » À l'ange qui me parlait, le Seigneur répondit des paroles de bonté, des paroles de consolation.

L'ange qui me parlait me dit alors : « Fais cette annonce : Ainsi parle le Seigneur de l'univers : Pour Jérusalem, j'éprouve un amour jaloux ; pour Sion, une grande jalousie. Et je suis très profondément irrité contre les nations qui vivent bien tranquilles : alors que moi, j'étais faiblement irrité contre Jérusalem, elles, elles ont ajouté à son malheur. C'est pourquoi, ainsi parle le Seigneur : De nouveau, je me tourne vers Jérusalem avec compassion. Ma maison y sera rebâtie, oracle du Seigneur de l'univers, et le cordeau à mesurer sera tendu sur Jérusalem. Annonce encore : Ainsi parle le Seigneur de l'univers : Mes villes regorgeront encore de biens. Le Seigneur va encore consoler Sion, encore choisir Jérusalem. »

Je levai les yeux et voici ce que j'ai vu : c'était quatre cornes. Je dis à l'ange qui me parlait : « Ces cornes, que sont-elles ? » Il me répondit : « Ce sont les cornes qui ont dispersé Juda, Israël et Jérusalem. » Puis le Seigneur me fit voir quatre forgerons. Je dis : « Ceux-ci, que viennent-ils faire ? » Il me répondit : « Les cornes ont dispersé Juda, au point que personne n'osait plus relever la tête. Mais ceux-ci sont venus pour effrayer et faire trembler les cornes des nations qui se sont levées contre le pays de Juda afin de le disperser. »

Je levai les yeux et voici ce que j'ai vu : un homme qui tenait à la main une chaîne d'arpenteur. Je lui demandai : « Où vas-tu ? » Il me répondit : « Je vais mesurer Jérusalem pour voir quelle est sa largeur et quelle est sa longueur. » L'ange qui me parlait était en train de sortir, lorsqu'un autre ange sortit le rejoindre et lui dit : « Cours et dis à ce jeune homme : Jérusalem doit rester une ville ouverte, à cause de la quantité d'hommes et de bétail qui la peupleront. Quant à moi, je serai pour elle, oracle du Seigneur, une muraille de feu qui l'entoure, et je serai sa gloire au milieu d'elle. »

Allez, allez, quittez en hâte le pays du Nord, oracle du Seigneur. Aux quatre vents des cieux, je vous avais dispersés, oracle du Seigneur. Allez, Sion, sauve-toi, toi qui es installée à Babylone. Car ainsi parle le Seigneur de l'univers, lui dont la gloire m'a envoyé aux nations qui vous dépouillèrent : Celui qui vous touche touche à la prunelle de mon œil. Oui, me voici : sur elles, je vais lever la main, elles deviendront le butin de leurs esclaves. Alors vous saurez que le Seigneur de l'univers m'a envoyé.

Chante et réjouis-toi, fille de Sion ! Voici que je viens, j'habiterai au milieu de toi, oracle du Seigneur. Ce jour-là, des nations nombreuses s'attacheront au Seigneur. Elles seront pour moi un peuple, et j'habiterai au milieu de toi. Alors tu sauras que le Seigneur de l'univers m'a envoyé vers toi. Le Seigneur prendra possession de Juda, son domaine sur la terre sainte. Il choisira de nouveau Jérusalem. Que tout être de chair fasse silence devant le Seigneur, car il se réveille et sort de sa demeure sainte.

Commentaire

Zacharie, qui prophétise au milieu d'un peuple déprimé, qui se sent abandonné par Dieu. Est-ce que vous, les visions que vous avez entendues, ça vous aurait motivé, ça vous aurait redonné du cœur à l'ouvrage ? Je pense que la réponse est oui. Parce que le but de ces visions, c'est de vous révéler la grandeur de ce que vous êtes en train d'entreprendre, et que par lassitude, vous avez fini par oublier.

Il y a quelque chose d'assez vrai là-dedans. C'est que dans toutes les entreprises difficiles que nous faisons au long cours, s'il n'y a pas une mystique qui vient renouveler notre regard pour rappeler le rêve qu'il y avait derrière ce que nous avons entrepris, on finit par l'oublier et on finit par se décourager. C'est vrai de la reconstruction d'un temple, mais je pourrais dire la même chose d'un mariage ou même simplement d'un sacerdoce. C'est en vous montrant le rêve qu'il y a derrière que vous pouvez remotiver les personnes. La grandeur d'âme, c'est le fait de vouloir se lancer dans des entreprises nobles, ardues et difficiles. Encore faut-il avoir l'énergie et la vision de l'accomplir. Et ça, c'est ce que voulait vous donner Zacharie.

Alors reprenons ces visions. On a entendu les trois premières, qui forment comme une introduction ; on verra demain le centre de sa vision. Pour l'instant, allons-y pas à pas.

La première vision nous montrait des cavaliers. Un thème qui sera repris plus tard dans saint Jean, dans l'Apocalypse, avec une différence : c'est qu'ici, ces cavaliers sont en mission d'observation, c'est une patrouille de surveillance, tandis que dans l'Apocalypse, ils auront une mission d'exécution, ils seront les agents de la colère divine — la mort, la famine, la peste. Pour l'instant, on les voit parcourant les myrtes, un arbuste toujours vert, symbole de l'éternité, et rapportant que la terre est tranquille.

Quand la terre est tranquille, dans la Bible, ce n'est pas toujours bon signe. Souvenez-vous de ce que disait Jésus : au temps de Noé, on riait, on mangeait, on buvait, on prenait des femmes, on épousait, on avait des enfants — survint le déluge qui les engloutit tous. Il y a une paix qui est bonne, il y a une paix qui n'est pas bonne. Dans le contexte d'un empire qui a laissé les Juifs rebâtir le Temple, la paix signifie ici l'indifférence générale des voisins, voire leur hostilité. Mais Dieu conclut cette mission d'observation en disant que ses yeux sont posés sur le Temple. Manière de dire que malgré l'indifférence générale, la priorité reste bien, à ses yeux, le Temple. Dieu annonce qu'il va faire revenir sa présence. Donc le premier songe posait une vision cosmique.

La deuxième vision, elle, vous montrait à travers ces cornes comment Dieu allait briser l'ordre général : les quatre cornes et les quatre forgerons. Alors, les cornes, c'est vu, vu et revu, que ce soit dans Daniel ou dans l'Apocalypse, qui reprendra la même imagerie. Les cornes, symbole de la puissance, les cornes du taureau. Quatre cornes qui sont apparues pour disperser Juda et Jérusalem : on pense aux quatre empires, les Assyriens, les Babyloniens, les Mèdes et les Perses. Ou sinon, vous remplacez les Mèdes par l'empire d'Alexandre.

Et en face de ces quatre cornes, quatre forgerons vont apparaître pour terrasser ces cornes. Alors, on se dit, tiens, c'est curieux, des forgerons contre des cornes, donc on ne voit pas très bien. Mes notes de bas de page disent : « quatre forgerons, ça signifie des artisans dont le savoir-faire et les capacités mises en commun sont décuplés, le chiffre 4 marquant la plénitude ». Bon, je ne sais pas si ça nous avance beaucoup. Je pense que l'idée derrière, c'est que, vous voyez, les cornes, c'est la violence brutale, la violence sauvage, bestiale. Et en face, vous avez un forgeron qui façonne un outil adapté : c'est plutôt l'image de la puissance de la civilisation. C'est-à-dire que le but, ce n'est pas d'opposer à la guerre la guerre ; le but, c'est d'opposer la civilisation à la guerre. C'est ça, les quatre forgerons qui détruiront ces quatre cornes.

Ensuite, troisième vision. Alors, vous voyez, c'est toujours plus structuré que ça n'en a l'air. Les visions apocalyptiques, il y a un côté surréaliste, mais on s'aperçoit que tout suit une structure et un ordre. On commençait, dans la première vision, par observer le monde ; puis, deuxième vision, par briser l'ordre établi ; et maintenant, avec cette troisième vision, l'homme au cordeau, on va rebâtir.

On voit un homme arpenter Jérusalem, probablement pour en poser les fondations — Zorobabel, son nom n'est pas dit. Mais aussitôt, un ange arrive pour l'interrompre : Jérusalem sera une ville sans murailles, à cause du grand nombre d'hommes et de bétail en son sein, car le Seigneur lui-même sera une muraille de feu tout alentour. C'est très beau. C'est très, très beau.

Alors ici, on a repris les anciennes prophéties de Jérémie et d'Ézéchiel, où on voyait un ange qui mesurait au cordeau le Temple ; on le retrouvera d'ailleurs plus tard dans l'Apocalypse. Mais ici, on vous montre un temple où il n'y a pas de murailles, un temple ouvert. Non pas une citadelle repliée, mais une citadelle où tout le monde peut venir, parce que la protection, c'est Dieu qui remplace les murailles. Vous avez derrière le thème des nations païennes qui viendront jusqu'à Jérusalem. Vous avez aussi l'idée d'un rayonnement mondial. Et puis, cette fois-ci, d'une paix, d'une véritable paix — pas comme cette fausse paix qui avait été décriée dans la vision numéro 1, mais d'une paix telle, dans la vision numéro 3, que Dieu étant tout en tous, il n'y a plus besoin de murailles.

Prière

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Seigneur, donne-moi une vision sur ma vie, sur mon destin, sur les œuvres que tu me demandes d'accomplir. Donne-moi de voir la place que je peux avoir dans le monde et dans ton histoire, Seigneur.

Seigneur, montre-moi les visions que tu vas accomplir à travers moi. Montre-moi le chemin d'éternité que tu as ouvert. Ouvre mon cœur et donne-moi du cœur à l'ouvrage, même quand ce que je fais est difficile, qu'il s'agisse de mon travail, qu'il s'agisse de ma famille, qu'il s'agisse d'autres choses.

Mais Seigneur, que je ne quitte jamais le monde de tes visions.


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