Jour 276 ☼ — Sous l'oeil de Dieu et des rois
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Résumé : Un nouveau roi règne sur la Perse, Darius, et la question se pose de savoir si l'autorisation donnée par Cyrus tiendra toujours. Portés par les prophètes Aggée et Zacharie, Zorobabel et Josué relancent les travaux avant même que l'autorisation officielle ne soit revenue ; l'enquête du gouverneur Tatnaï remonte jusqu'au roi, les archives de Babylone livrent le rouleau de Cyrus, et Darius confirme l'édit avec largesse. Le commentaire s'arrête sur l'expression nouvelle « l'œil du Seigneur était sur eux » — une providence devenue discrète, qui passe désormais par les méandres de la bureaucratie impériale — et sur le peuple qui, pour la première fois, reconnaît lui-même la faute de ses pères. La maison de Dieu achevée, le petit reste purifié célèbre enfin la Pâque.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. Le roi de Perse est mort, vive le nouveau roi de Perse. Après Cyrus, qui avait permis la reconstruction du Temple, un nouveau roi arrive, Darius. Les choses vont-elles changer ? Vite, allons voir ce que ça donne : Esdras 5 et 6.
Lecture : Esdras 5-6
Les prophètes Aggée et Zacharie, le fils d'Iddo, prophétisèrent pour les Juifs qui vivaient en Judée et à Jérusalem, au nom du Dieu d'Israël qui était sur eux. Alors Zorobabel, fils de Shéaltiel, et Josué, fils de Yosadac, se levèrent et se mirent à bâtir la maison de Dieu à Jérusalem. Avec eux, il y avait les prophètes de Dieu qui les aidaient.
Mais à ce moment-là, Tatnaï, gouverneur de Transeuphratène, Shetar-Boznaï et leurs collègues vinrent vers eux et leur dirent : « Qui vous a donné l'ordre de rebâtir cette maison, de relever cette construction ? » Ils ajoutèrent : « Quels sont les noms des hommes qui bâtissent cet édifice ? »
Mais les anciens des Juifs étaient sous le regard de leur Dieu. On ne leur fit pas arrêter le travail jusqu'à ce que le rapport parvienne chez Darius et que revienne ensuite l'acte officiel à ce sujet.
Copie de la lettre envoyée au roi Darius par Tatnaï, gouverneur de Transeuphratène, Shetar-Boznaï et ses collègues, les fonctionnaires de Transeuphratène. Ils lui envoyèrent un message où il était écrit : « Au roi Darius, toute paix ! Qu'il soit porté à la connaissance du roi que nous sommes allés dans la province de Juda, à la maison du grand Dieu. Elle se construit en pierres de taille et des madriers sont placés dans les murs. Ce travail s'accomplit avec soin, il progresse par leurs mains. Alors nous avons questionné ces anciens et nous leur avons dit : "Qui vous a donné l'ordre de rebâtir cette maison, de relever cette construction ?" Nous leur avons aussi demandé leurs noms pour te les faire connaître. Nous avons ainsi écrit les noms des hommes qui sont à leur tête.
Voici la réponse qui nous parvint : "Nous sommes les serviteurs du Dieu du ciel et de la terre, et nous rebâtissons la maison construite jadis, il y a de longues années. Un grand roi d'Israël l'avait construite et achevée. Mais après que nos pères eurent irrité le Dieu du ciel, il les livra aux mains du Chaldéen Nabucodonosor, roi de Babylone. Et celui-ci détruisit alors cette maison et déporta le peuple à Babylone. Toutefois, la première année de Cyrus, roi de Babylone, le roi Cyrus donna l'ordre de rebâtir cette maison de Dieu. De plus, les objets de la maison de Dieu, en or et en argent, ceux que Nabucodonosor avait fait enlever du sanctuaire de Jérusalem pour les emporter au sanctuaire de Babylone, le roi Cyrus les fit enlever du sanctuaire de Babylone et remettre au nommé Sheshbassar, celui qu'il avait établi gouverneur. Le roi lui dit : 'Prends ces objets et va les déposer dans le sanctuaire de Jérusalem. Et que la maison de Dieu soit rebâtie sur son emplacement.' Alors ce Sheshbassar est venu et a posé les fondations de la maison de Dieu à Jérusalem. Depuis ce moment et jusqu'à maintenant, elle est en construction, mais elle n'est pas achevée."
Maintenant donc, s'il plaît au roi, qu'on recherche là-bas, dans la maison du trésor royal à Babylone, s'il y a bien eu un ordre donné par le roi Cyrus de bâtir cette maison de Dieu à Jérusalem. Et qu'on nous envoie la décision du roi à ce sujet. »
Alors le roi Darius donna l'ordre de faire des recherches dans la maison des livres où étaient entreposées les archives de Babylone. Dans la forteresse d'Ecbatane, qui est dans la province de Médie, on trouva un rouleau où il était écrit : « Mémoire. La première année du roi Cyrus, le roi Cyrus a donné cet ordre au sujet de la maison de Dieu à Jérusalem : la maison sera rebâtie là où l'on offre des sacrifices et où se trouvent ses fondations. Sa hauteur sera de soixante coudées, sa largeur de soixante coudées. Il y aura trois rangées de pierres de taille et une rangée de madriers. La dépense sera couverte par la maison du roi. De plus, on restituera les objets de la maison de Dieu en or et en argent, ceux que Nabucodonosor avait fait enlever du sanctuaire de Jérusalem et qu'il avait emportés à Babylone. Chaque objet retrouvera sa place dans le sanctuaire de Jérusalem. Tu les déposeras dans la maison de Dieu. »
Alors Darius ordonna : « Maintenant, Tatnaï, gouverneur de Transeuphratène, Shetar-Boznaï et vous, leurs collègues, fonctionnaires de Transeuphratène, éloignez-vous de là. Laissez le gouverneur de Juda et les anciens des Juifs travailler à cette maison de Dieu. Ils doivent la rebâtir sur son emplacement.
Voici mes ordres concernant votre ligne de conduite envers les anciens des Juifs pour la reconstruction de cette maison de Dieu. Les dépenses de ces gens leur seront remboursées exactement et sans interruption sur les fonds royaux, c'est-à-dire sur l'impôt de la province. Ce qui est nécessaire pour les holocaustes du Dieu du ciel — les jeunes taureaux, les béliers, les agneaux, le blé, le sel, le vin et l'huile — que cela leur soit donné sans aucune négligence, jour après jour, selon les indications des prêtres de Jérusalem. Ils pourront ainsi apporter des offrandes d'agréable odeur au Dieu du ciel et intercéder pour la vie du roi et de ses fils.
Voici mes ordres concernant quiconque transgressera cet édit : qu'on arrache une poutre de sa maison, elle sera dressée pour qu'il y soit empalé. Et à cause de cette transgression, on réduira sa maison en tas d'ordures. Que le Dieu qui a fait résider son nom à Jérusalem renverse tout roi et tout peuple qui, transgressant cet édit, étendra la main pour détruire cette maison de Dieu qui est à Jérusalem. Moi, Darius, j'ai donné cet ordre. Qu'il soit strictement exécuté. »
Alors Tatnaï, gouverneur de Transeuphratène, Shetar-Boznaï et leurs collègues exécutèrent strictement l'ordre envoyé par le roi Darius. Les anciens des Juifs continuèrent avec succès les travaux de construction, encouragés par la parole des prophètes Aggée et Zacharie, le fils d'Iddo. Ils achevèrent la construction conformément à l'ordre du Dieu d'Israël, selon les décrets de Cyrus et de Darius. La maison de Dieu fut achevée le troisième jour du mois d'Adar, dans la sixième année du règne de Darius.
Les fils d'Israël, les prêtres, les lévites et le reste des rapatriés célébrèrent dans la joie la dédicace de cette maison de Dieu. Ils immolèrent pour cette dédicace cent taureaux, deux cents béliers, quatre cents agneaux, et, en sacrifice pour le péché de tout Israël, douze boucs, d'après le nombre des tribus d'Israël. Puis ils installèrent les prêtres selon leur classe, les lévites selon leur groupe, pour le service de Dieu à Jérusalem, suivant les prescriptions du livre de Moïse.
Les rapatriés célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du premier mois. Tous les prêtres et tous les lévites, sans exception, s'étaient purifiés : tous étaient purs. Ils immolèrent donc la Pâque pour tous les rapatriés, pour leurs frères les prêtres et pour eux-mêmes. Et les fils d'Israël revenus d'exil mangèrent la Pâque avec tous ceux qui, pour se joindre à eux, s'étaient séparés de l'impureté des païens de ce pays, afin de chercher le Seigneur, le Dieu d'Israël. Sept jours durant, ils célébrèrent avec joie la fête des pains sans levain, car le Seigneur les avait remplis de joie et avait tourné vers eux le cœur du roi d'Assour, pour que celui-ci les soutienne dans les travaux de la maison de Dieu, le Dieu d'Israël.
Commentaire
L'épisode du jour commençait avec la proclamation des deux prophètes, Aggée et Zacharie, qui à eux seuls rassurent la communauté : Dieu ne reste pas silencieux, et ils sont pour eux le symbole de la providence. Même si, pour les besoins de la cause, leurs prophéties sont singulièrement résumées. On ne dit pas ce qu'il y a dedans, et pour cause.
Il fallait peut-être prendre la communauté israélite dans le sens du poil. Elle était peut-être déjà en train de faire le maximum, et les reproches des prophètes demandant à la communauté d'en faire encore plus, dans des temps de maigres récoltes, ce n'était peut-être pas diplomatiquement la meilleure chose à faire. De la même manière que ces prophètes qui voyaient dans Zorobabel le rejeton promis par Dieu et le début de la restauration de la lignée davidique — alors que dans l'épisode d'avant, les satrapes locaux disaient de ce peuple qu'il était plein de l'esprit de rébellion : ce n'était peut-être pas non plus la meilleure chose à faire. Donc, exit de la proclamation prophétique les reproches faits au peuple, et exit de la proclamation prophétique les élans dithyrambiques sur la restauration de la lignée davidique. La seule chose que l'on garde, c'est qu'à travers eux, Dieu accompagne son peuple.
Et donc les travaux reprennent, alors même que l'autorisation n'est pas encore officiellement revenue. Un mouvement assez audacieux, mais que vient tempérer cette mention, au verset 5 :
L'œil du Seigneur était sur eux.
Une phrase qui est assez curieuse, parce qu'en fait c'est la première fois qu'on rencontre cette expression dans la Bible. Alors on la retrouve bien dans les psaumes et dans les proverbes, mais dans les livres historiques — dans l'Exode, dans Samuel, etc. — on n'en fait pas mention. D'habitude, l'image dominante, c'est plutôt la main, la main du Seigneur, qui désigne sa royauté, sa puissance active. Oui, mais voilà : maintenant, il y a un empire au-dessus de la royauté de Jérusalem, et l'action de Dieu se fait plus discrète, plus indirecte, j'allais dire à travers les méandres de la bureaucratie impériale. Ce qui ne veut pas dire qu'elle soit moins efficace.
Bon, ça nous renvoie aussi à nos vies, dans lesquelles Dieu a plusieurs modes d'intervention : des modes plus directs, où il affirme sa souveraineté et sa puissance, et d'autres formes de providence plus discrètes, où c'est après coup que l'on comprend qu'on était sous la protection de Dieu.
Ah tiens, d'ailleurs, une remarque aussi sur la réponse des anciens — ça, ça mérite d'être dit. Je vous redis la lettre qu'ils ont envoyée :
Nous sommes les serviteurs du Dieu du ciel et de la terre.
Ça, c'est une formule théologique, c'est une manière de désigner Dieu qui est assez perse.
Et nous rebâtissons la maison construite jadis, il y a de longues années. Un grand roi d'Israël l'avait construite et achevée.
Ils ne vont pas dire le nom de Salomon, parce que de toute façon ça ne va rien dire à l'empereur perse, qui ne connaît pas l'histoire d'Israël. Et puis ensuite, c'est ça qui est intéressant :
Après que nos pères eurent irrité le Dieu du ciel, il les livra aux mains du Chaldéen Nabucodonosor.
Vous, vous trouvez ça normal, parce qu'évidemment les prophètes n'ont pas arrêté de dire que c'était à cause des fautes des rois. Donc les prophètes le disaient, mais c'est quand même la première fois, si vous voulez, que vous entendez le peuple qui a intégré la leçon des prophètes et qui reconnaît ce qui s'est passé. Ce que je veux dire, c'est que la leçon a été bien apprise pendant le temps de l'exil.
Et c'est là, comme je vous le disais, que la protection de Dieu intervient sous la forme d'une bureaucratie impériale qui fait bien son boulot. On ne sait pas très bien, d'ailleurs, ce qu'il faut dire : on ne sait pas très bien s'il faut dire qu'une bureaucratie qui marche, ça permet de faire des miracles, ou bien peut-être que le miracle, c'est que précisément cette bureaucratie, ça marche. Toujours est-il que là, vous avez des archives qui fonctionnent et vous avez des fonctionnaires qui savent où regarder, et ça permet au miracle d'arriver. Dans ces grands empires, les autorités, les institutions ont été voulues par Dieu. Ce ne sont plus des providences directes : ça se fait par le truchement des médiations humaines. Quand les institutions politiques font bien leur boulot, c'est Dieu qui est à l'œuvre.
Toujours est-il que l'ordre de reprendre le travail est confirmé. Et cette fois-ci, on peut enfin faire la Pâque. On se rappelle du roi Ézéchias, qui avait invité tout le peuple d'Israël et de Juda à fêter une Pâque. On retrouve ce même élan d'unité nationale, avec quand même une petite différence : c'est que sous Salomon et sous les anciens rois, c'étaient des milliers de bœufs qu'on sacrifiait. Et là, on a du mal à faire la comparaison : quelques centaines. C'est le petit reste. Oui, mais un petit reste qui s'est purifié, qui a mis, comme dit le texte, l'ancien levain, le péché, de côté. C'est un nouveau peuple qui commence.
Proverbes 23,1-5
Si tu es à la table d'un grand, fais bien attention à ce qui est devant toi. Mets un couteau sur ta gorge si tu es gourmand. Ne lorgne pas ses bons plats : en manger te décevra.
Ne cours pas après les richesses, qu'elles cessent de t'obséder. L'as-tu suivie des yeux ? Elle a disparu, car elle se donne des ailes. Comme un aigle, elle s'envole vers le ciel.