Jour 278 ☼ — Esdras face aux mariages mixtes
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Résumé : Après la reconstruction du Temple, le livre d'Esdras passe à un cercle plus large : la refondation de la communauté elle-même. Le frère Paul-Adrien lit la grande prière de confession d'Esdras et la décision, prise par l'assemblée, de se séparer des femmes étrangères, avec la longue liste des hommes concernés. Le commentaire replace l'épisode dans le passage de la théologie monarchique à la théologie du Temple, opéré par Esdras à travers trois piliers : la connaissance de la Torah, la purification de la communauté et l'autorité sacerdotale. Il aborde enfin de front le scandale des mariages mixtes, en refusant de juger trop vite un texte ancien depuis une société où le divorce et l'abandon sont massifs, et en rappelant que le mariage avec un conjoint d'une autre religion, permis dans le Nouveau Testament, reste fortement déconseillé.
Introduction
Notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Bon, on avait commencé par poser une première brique dans les constructions, les premiers chapitres. Et maintenant, comme des poupées gigognes qui s'emboîtent, on est passé à un deuxième cercle concentrique un peu plus large. Ce n'est plus le Temple qu'on reconstruit, ça va être la communauté. Et on est passé de Zorobabel, le roi, à Esdras, le scribe.
Lecture : Esdras 9–10
Quand cela fut achevé, les chefs s'approchèrent de moi, à Esdras, et dirent : « Le peuple d'Israël, les prêtres et les lévites ne se sont pas séparés des peuples des autres pays en ce qui concerne les abominations des Cananéens, des Hittites, des Perizzites, des Jébuséens, des Ammonites, des Moabites, des Égyptiens et des Amorites, car eux et leurs fils ont pris femme parmi leurs filles. Et ainsi, la race sainte a été mélangée aux peuples des autres pays. Les princes et les notables ont été les premiers à mettre la main à cette infidélité. »
Lorsque j'entendis cela, je déchirai mon vêtement et mon manteau, je m'arrachai les cheveux de la tête et les poils de la barbe, et je m'assis accablé. Tous ceux qui tremblaient aux paroles du Dieu d'Israël se réunirent auprès de moi à cause de cette infidélité des rapatriés, et moi, je restai assis, accablé, jusqu'à l'offrande du soir.
À l'heure de l'offrande du soir, je me relevai de ma prostration, le vêtement et le manteau déchirés, je tombai à genoux, les mains tendues vers le Seigneur mon Dieu, et je dis : « Mon Dieu, j'ai trop de honte et de confusion pour lever mon visage vers toi, mon Dieu. Nos fautes sans nombre nous submergent, nos offenses se sont amoncelées jusqu'à atteindre le ciel, depuis les jours de nos pères et aujourd'hui encore. Grande est notre offense. C'est à cause de nos fautes que nous avons été livrés, nous, nos rois et nos prêtres, aux mains des rois étrangers, à l'épée, à la captivité, au pillage et à la honte qui nous accablent encore aujourd'hui.
Or, voici que, depuis peu de temps, la pitié du Seigneur notre Dieu a laissé subsister pour nous des rescapés et nous a permis de nous fixer en son lieu saint. Ainsi, notre Dieu a fait briller nos yeux, il nous a rendu un peu de vie dans notre servitude, car nous sommes asservis. Dans cette servitude, notre Dieu ne nous a pas abandonnés. Il nous a concilié la faveur des rois de Perse. Il nous a rendu la vie pour que nous puissions restaurer la maison de notre Dieu et relever ses ruines, afin d'avoir un abri solide en Judée et à Jérusalem.
Et maintenant, notre Dieu, que dirons-nous après cela ? Car nous avons abandonné tes commandements, ceux que tu as prescrits par tes serviteurs les prophètes en ces termes : "Le pays dans lequel vous entrerez pour en prendre possession est un pays souillé par la souillure des peuples des autres pays et par les abominations dont ils l'ont rempli d'un bout à l'autre par leur impureté. Et maintenant, ne donnez pas vos filles à leurs fils, ne prenez pas leurs filles pour vos fils. Ne vous inquiétez jamais de leur prospérité ni de leur bonheur, afin que vous deveniez forts, que vous mangiez les biens du pays et que vous les laissiez en héritage à vos fils pour toujours."
Or, après tout ce qui nous est arrivé, à cause de nos actions mauvaises et de la gravité de nos offenses, et bien que toi, notre Dieu, tu aies laissé de côté quelques-unes de nos fautes et qu'ainsi tu aies maintenu des rescapés, pourrions-nous recommencer à violer tes commandements et à nous lier par le mariage à ces peuples abominables ? Ne vas-tu pas t'irriter contre nous au point de nous exterminer, sans laisser ni restes ni rescapés ? Seigneur, Dieu d'Israël, tu es juste, car aujourd'hui encore nous subsistons comme des rescapés. Nous voici devant toi avec nos offenses, bien qu'il soit impossible, à cause d'elles, de se tenir devant ta face. »
Comme Esdras priait et faisait cette confession, pleurant et prosterné devant la maison de Dieu, une assemblée très nombreuse du peuple d'Israël — hommes, femmes et enfants — se réunit auprès de lui, et alors le peuple versa d'abondantes larmes.
Shekania, fils de Yehiel, l'un des fils d'Élam, répondit à Esdras et déclara : « Nous avons été infidèles envers notre Dieu en épousant des femmes étrangères prises parmi les gens du pays. Mais maintenant encore, il y a une espérance pour Israël. Nous allons maintenant prendre l'engagement devant notre Dieu de faire sortir du milieu de nous toutes les femmes étrangères, toutes les femmes et leur progéniture, selon la décision de Monseigneur Esdras et de ceux qui tremblent au commandement de notre Dieu. On agira ainsi conformément à la loi. Lève-toi, car l'affaire dépend de toi, nous sommes avec toi. Sois fort et agis. »
Alors Esdras se leva et fit jurer aux chefs des prêtres, aux lévites et à tout Israël d'agir conformément à cette parole. Et ils jurèrent. Esdras se leva du lieu où il était, en face de la maison de Dieu. Il se dirigea vers les logements de Yohanan, fils d'Éliashib. Mais arrivé là, il ne mangea pas de pain et ne but pas d'eau, car il était dans le deuil à cause de l'infidélité des exilés.
Alors, en Judée et à Jérusalem, on fit parvenir une annonce à tous les rapatriés pour qu'ils se rassemblent à Jérusalem. Quiconque ne viendrait pas dans les trois jours, selon la décision des chefs et des anciens, aurait tous ses biens frappés d'anathème et lui-même serait séparé de l'assemblée des exilés.
Alors, tous les hommes de Juda et de Benjamin se rassemblèrent à Jérusalem dans les trois jours. C'était le vingtième jour du neuvième mois. Tout le peuple s'installa sur la place de la maison de Dieu, tout tremblant en raison de la circonstance et à cause de la pluie.
Le prêtre Esdras se leva et leur dit : « Vous avez été infidèles en épousant des femmes étrangères et vous avez aggravé l'offense d'Israël. Mais maintenant, rendez grâce au Seigneur, le Dieu de vos pères, et faites sa volonté. Séparez-vous des gens du pays et des femmes étrangères. »
Toute l'assemblée répondit d'une voix forte : « C'est vrai. À nous d'agir comme tu as dit. Mais le peuple est nombreux et c'est la saison des pluies. On n'a pas la force de rester dehors. Et ce n'est pas l'affaire d'un jour ou deux, car nous sommes nombreux à avoir péché en ce domaine. Que nos chefs se tiennent donc là pour toute l'assemblée ; tous ceux qui, dans nos villes, ont épousé des femmes étrangères viendront aux dates prévues, et avec eux les anciens de chaque ville et ses juges, jusqu'à ce que l'ardeur de la colère de notre Dieu se détourne de nous au sujet de cette affaire. »
Cependant, Yonatane, fils d'Asahel, et Yahzeya, fils de Tiqva, s'opposèrent à cela. Meshoullam et le lévite Shabetaï les soutinrent.
Les rapatriés agirent comme on l'avait dit. Le prêtre Esdras mit à part des hommes, chefs de famille pour chaque famille, tous désignés par leur nom. Alors, ils siégèrent le premier jour du dixième mois pour examiner l'affaire. Et le premier jour du premier mois, ils en eurent fini avec tous les hommes qui avaient pris des femmes étrangères.
On trouva des fils de prêtres qui avaient épousé des femmes étrangères : parmi les fils de Josué, fils de Yosadak, et ses frères, il y eut Maaséya, Éliézer, Yarib et Guedalia. Ils s'engagèrent par serment à faire sortir leurs femmes du milieu d'eux, et aussi à offrir un bélier pour la réparation de leur offense. Parmi les fils d'Immer : Anani et Zebadia. Parmi les fils de Harim : Maaséya, Élie, Shemaya, Yehiel et Ouzia. Parmi les fils de Pachhour : Élioénaï, Maaséya, Ismaël, Netanaël, Yozabad et Éléasa.
Parmi les lévites : Yozabad, Shiméi, Qélaya — c'est-à-dire Qelita —, Petahya, Juda et Éliézer. Parmi les chantres : Éliashib. Parmi les portiers : Shalloum, Télem et Ouri.
Quant à ceux d'Israël, on trouva parmi les fils de Paréosh : Ramia, Yizia, Malkia, Miyamine, Éléazar, Malkia et Benaya. Parmi les fils d'Élam : Mattania, Zacharie, Yehiel, Abdi, Yerémoth et Élie. Parmi les fils de Zattou : Élioénaï, Éliashib, Mattania, Yerémoth, Zabad et Aziza. Parmi les fils de Bébaï : Yohanan, Anania, Zabbaï et Atlaï. Parmi les fils de Bani : Meshoullam, Mallouk, Adaya, Yashoub, Sheal, Yeramoth. Parmi les fils de Pahath-Moab : Adna, Kelal, Benaya, Maaséya, Mattania, Betsalel, Binnouï, Manassé. Les fils de Harim : Éliézer, Yishiya, Malkia, Shemaya, Siméon, Benjamin, Mallouk, Shemaria. Parmi les fils de Hashoum : Mattenaï, Mattatta, Zabad, Élifélet, Yerémaï, Manassé, Shiméi. Parmi les fils de Bani : Maadaï, Amram, Ouël, Benaya, Bedia, Kelouhou, Wania, Merémoth, Éliashib, Mattania, Mattenaï et Yaassaï. Bani et Binnouï, Shiméi, Shélémia, Nathan, Adaya, Maknadbaï, Shashaï, Sharaï, Azarel, Shélémiahou, Shemaria, Shalloum, Amaria, Joseph. Parmi les fils de Nebo : Yehiel, Mattitia, Zabad, Zebina, Yaddaï, Joël, Benaya.
Tous ceux-là avaient pris des femmes étrangères, et de plusieurs d'entre elles ils avaient eu des fils.
Commentaire
J'ai l'impression que je n'arrête pas de le redire, donc vous m'excuserez si vous avez l'impression que je radote. Mais c'est quand même le thème central de tous ces épisodes. Avant l'exil, le peuple était défini par le roi, le Temple, la terre : ce qu'on appelle la théologie monarchique. Après l'exil, sans armée puissante, sans roi indépendant, c'est la Torah et le Temple qui deviennent le ciment commun : ce qu'on appelle la théologie du Temple.
Le passage intellectuel de l'un à l'autre, on l'a vu, c'était le passage du premier livre des Rois au livre des Chroniques. Le passage de l'un à l'autre au niveau des élites et des dirigeants, on l'a vu, c'était le passage de Zorobabel, fils de Shéaltiel, qui était le descendant de la dynastie davidique, à Esdras, le scribe. Mais il reste encore le peuple. Sinon, tout ça, ça ne sert à rien.
Pour vous, ça vous paraît peut-être évident, mais dans la tête des contemporains, c'est de l'ordre d'une révolution. Si on passe d'un régime politique à un autre régime politique, est-ce que le peuple va suivre ? Normalement, c'est exactement dans ces périodes-là que vous pouvez avoir des coups d'État, que vous pouvez avoir des guerres civiles. Enfin, ce sont des périodes graves. Eh bien ça, c'était l'épisode d'aujourd'hui : cette refondation du peuple autour d'une nouvelle théologie. Et ça vous montre quelque chose du génie d'Esdras, qui y est arrivé sans trop de difficultés. En tout cas, on n'a pas l'impression de grande dissension interne. Une révolution pacifique.
Alors, il va donner trois piliers pour ce changement de régime et cette refondation du peuple, qu'il reconstruit par la connaissance de la Torah, par la purification de la communauté, et par la réaffirmation de l'autorité sacerdotale. C'est la lecture publique de la Loi qui est devenue le rite fondamental, le contrat social qui fonde le peuple juif. Avant, c'était le couronnement du roi. Ce que je dis d'ailleurs en passant.
Alors en attendant, il y a cette histoire de mariages mixtes, qui nous choque. Sauf que, comme on ne va pas arrêter de le voir et de le revoir à travers tout le livre d'Esdras-Néhémie, on prend deux secondes pour en parler. D'abord, avant de juger trop rapidement : ce n'est pas nous qui, avec un mariage sur deux dans notre société contemporaine qui se termine en divorce, allons donner des leçons aux autres — nous qui divorçons très souvent pour des motifs allègrement plus légers que ceux qui sont invoqués dans le texte. On dira : « Oui, mais là, ils ont renvoyé les femmes et les enfants. » Eh bien ce n'est pas nous qui allons donner des leçons, avec le nombre de femmes solitaires qui doivent se taper d'éduquer toutes seules leurs enfants, parce que les maris les ont abandonnées. Donc, avant de crier au scandale, regardons chez nous, parce que je pense que la situation est encore pire dans nos sociétés, entre guillemets, évoluées. Ce qui se passe chez nous en ce moment est bien pire, et personne ne dit rien.
Alors, maintenant. Vous avez des familles qui étaient à Babylone et qui ont immigré. Et probablement que ce qui ne posait pas de problème à Babylone, parce qu'on avait une conception des dieux qui était locale, commence à poser problème à Jérusalem. Ces femmes qui adorent Mardouk, etc. : si jamais vous les laissez à Jérusalem, ça veut dire qu'il va falloir construire des temples de Mardouk. Il faut aller jusqu'au bout de la logique. Et alors, qu'est-ce que ça va vouloir dire, de cette reconstruction ? Justement, on ne la veut plus sous un modèle tribal, mais on la veut comme communauté d'élection, comme communauté de choix.
Ensuite, il ne faut pas oublier que c'est un peuple traumatisé par l'exil, et que, dans la tête de ce peuple-là, une grande partie du problème vient de Salomon, qui était marié avec tout un harem de femmes idolâtres et dont le cœur a petit à petit prévariqué.
Et maintenant, sur le fond du problème : ce passage nous permet peut-être de nous rappeler que se marier avec quelqu'un qui ne partage pas votre religion, ce n'est pas interdit — en tout cas ça ne le sera pas dans le Nouveau Testament —, mais ça reste fortement déconseillé. C'est permis, c'est la première lettre aux Corinthiens 7, 12-13, donc ça relativise le passage d'aujourd'hui ; mais ça reste déconseillé, donc l'épisode d'aujourd'hui n'est pas non plus à lire trop vite. Il y a de vraies questions derrière.
Si vous vous mariez avec quelqu'un qui n'a pas votre religion, sans même parler des questions que ça pose sur, moi je ne sais pas, l'éducation des enfants, ça veut aussi dire qu'il y a toute une partie de vous-même — la meilleure partie de vous-même —, toute une partie de votre âme à laquelle elle n'aura jamais accès. C'est ce que je dis quand je marie des couples mixtes : je dis aux conjoints chrétiens qu'il faudrait être chrétien pour deux personnes. Mais est-ce qu'on est capable, tous les jours de sa vie, d'être chrétien pour deux personnes ?
Donc, ce chapitre-là, nous qui le lisons deux mille ans après, il a un côté brutal, qui d'ailleurs va évoluer avec le Nouveau Testament. N'empêche qu'il pose de très bonnes questions, et sur ce qu'on veut vivre à titre personnel, et sur l'état de nos sociétés à nous.
Proverbes 23,12-16
Dispose ton cœur à l'instruction et tes oreilles aux paroles du savoir.
N'hésite pas à corriger ton garçon, il ne va pas mourir pour des coups de baguette. Toi, par des coups de baguette, c'est de la tombe que tu le sauveras.
Mon fils, si tu as le cœur sage, mon cœur à moi se réjouira, et j'exulterai de tout mon être quand tes lèvres parleront avec droiture.
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